Ciel
Triste, couvert, de la pluie en perspective – 7° - vent du Nord assez fort.
De la lecture comme contre-pouvoirs (M. Macé)
« Voilà la subjectivité composée : un moment d’invention dans les forces de détermination, en leur sein. Il s’agit pour le sujet, produit et objectivé par des instances de pouvoir, de parvenir à se rapporter à lui-même dans cette production, de s’approprier ou de se réapproprier son propre rapport à soi. » (Marielle Macé, Façons de lire, manières d’être, p. 204).
→ voilà qui bien compris plaide magistralement pour la pratique de la lecture par les jeunes. Lieu de contre-formatage, de la résistance aux pouvoirs, y compris chez le jeune enfant, ce qu’il sent et commence à redouter, voire à rejeter, d’une emprise de ses parents sur sa conscience.
→ voilà pourquoi ce sentiment de retour à soi, de retour chez soi, en prenant un livre, notamment dans les périodes de chagrin, de trouble, de malaise, de conflit. Le livre-refuge, mais pas tant au sens psychologique court, plutôt comme lieu où se refaire, espace où se retrouver, se consolider, se maintenir même tout simplement parfois. Parvenir à ne pas se défaire malgré les coups de boutoir.
→ ne jamais minimiser la force des pouvoirs extérieurs qui nous modèlent en si grande part ! La lecture comme moyen de se doter d’une toute petite part vraiment libre, même minuscule, puis de tenter de l’agrandir par pratique continuée, sans cesse ni relâche. Caractère insidieux des pouvoirs, surtout les plus diffus, les pouvoirs formant et déformant de la mimésis sociale et de la société de consommation, qui ont vite fait d’emplir tout espace vide. C’est même un des ressorts du fonctionnement de cette société : attrait frénétique pour le vide à remplir. Temps de cerveau à louer. Où l’on peut considérer louer comme un euphémisme. Il s’agit partout de diriger le désir de l’être humain. Or il me semble que par la réorientation des désirs bien mise en évidence tout au long de son livre par Marielle Macé, la lecture fonctionne comme le plus puissant des contre-pouvoirs. De plus, en tous cas dans nos sociétés occidentales, la lecture est à peu près libre. Elle n’intéresse pas, en fait. Ce qui la protège, comme espace de liberté. Dans les sociétés dictatoriales le livre est craint, car les pouvoirs savent bien ses pouvoirs ! Les livres sont brûlés, interdits et lire est un délit. Ne jamais l’oublier.
→ mais toujours subtile, Marielle Macé montre aussi qu’il peut y avoir modèles et mimésis dans et par la lecture, qu’il ne faut pas confondre désir d’imitation et aliénation potentielle, que l’on peut choisir ses modèles, pour se former petit à petit. Car dit-elle « il faut faire meilleure place aux médiations et aux formes composées de l’intersubjectivité ».
Avec sans doute une idée du choix permis par la lecture vs ce qui est imposé, à corps défendant souvent, passivement et sans conscience des enjeux la plupart du temps, par l’imprégnation des diktats de la société. On pourrait supposer que les jeunes sont d’autant plus formatés et formatables comme proies pour toutes sortes de pouvoirs, économiques en particulier, du fait qu’ils ne lisent pas ?
monde de présences bruissant
cercle, voûte ou croix signant la chute immense, chute vers l’arrière fond d’un monde enfoui, parois modelées, vrilles sculptées, replis et déplis, la pierre ployée, plissée, fond d’eau et rumeur sourde du temps enfoui, monde de présences bruissant.
douceur dansante
parole venue du dessous des mots longue à monter – surgissement lent et petites articulations en tentatives vite reprises par persifflement, lutte à mort du tendre et de l’à-vif, grince et moque, saute à pied joints sur la douceur, toujours revenant, inconsciente, dansante, douce douceur sans cesse, quoique coups et douleur.
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