12 décembre 2007

ce feu follet au crépuscule

Ce feu follet au crépuscule
        dans l’envahissement du sombre
cette très pâle lueur
ce tremblant à merci de vent de nuit
pulsar dans l’infini presque du loin

 

cette aube vague à l’issue du tunnel
        [est-ce lumière, aperture, est-ce mirage
        tremblant comme mirage ?]

 

vacillement à portée d’extinction
ce très peu de feu en froid glacial
l’à-peine vie dans le champ de mort

 

un corps [bouge encore]
enseveli soubresaut
infime bruissement [tendre l’oreille]
derrière le tympan du silence
signes signaux signalisation

 

balises d’un improbable chemin
d’une percée rêvée, creusements à mains
nues, parois à masse exorbitante

 

opacité sur opacité
signes signaux balises à peine
vacillant
si près de la fin

 

à couver conques des mains, des mots
si possibles mains, si possibles mots


©florence trocmé

11 octobre 2007

Ce jasmin, là

ce jasmin, là, maintenant vert
et calme ce jasmin dans la lumière
ce jasmin, auparavant, battu
de grêle
jasmin de lumière ou
jasmin en nuages
regardant regardé jasmin
de l’autre côté à portée mais
si loin fruit d’étrangeté
jasmin moi qui ne suis jasmin
ce jasmin, là, derrière la vitre

05 septembre 2007

Cendres à présent

Feu

Le feu, ce feu que j’ai vu, ce feu que j’ai scruté dans l’âtre, que j’ai photographié. Me reste hermétique, demeure mystère. Théâtre, théâtre d’ombres, scènes où se jouent dix drames, consumation, écroulement, incinération. La brûlure, le rougeoiement mais aussi la chaleur, la lumière, le rayonnement. L’attrait, et ce théâtre d’ombres si l’on entre dans ce feu. Par l’œil, entrer dans ce feu, se faire hôte du feu en tenue ignifugée, se percher sur la brindille transformée en cendres de bout de cigarette, grise, friable, pendue au-dessus du vide, prête à mourir, à s’éteindre, à se disloquer. Cette courbure d’une branche chauffée au rouge mais pas consumée, résistante du feu intérieur. Cette bouche creusée dans la bûche et qu'habite une lampée de feu encore, rougeoie, brûlot dans le noir. Feu inépuisable par le dire, les mots, feu en voie d’extinction, chaleur en déclin, cendres envahissantes, étouffantes. Le rayonnement quitte la lumière, se concentre en chaleur de moins en moins élevée. Tout s’éteint, mathématiquement programmé pour s’éteindre. Petites consumations marginales, craquements ultimes, le rouge en perdition, le gris, le noir, la cendre mangent la lumière, le feu. Tout s’éteint, mille feux du monde de jadis, tout s’éteint, s’affaiblit, se refroidit. Du feu à l’instant ne restent que cendres à présent.

29 août 2007

La pierre verte

Pierre_verte

Le vert, le vert pâle, là, dans la rue, des montants des portes, ce vert pâle à mourir de sa pâleur de vert, de ce vert pâle, là, ici, alors. Et le vert de la pierre resté dans l’œil, œil vert de la pierre, vert jaspé de la pierre dans le sable restée là-bas sur la plage infinie, que sont devenus cette pierre-là et son vert. Qu’est la vie de la pierre [que sont les vies de tout, de ce petit garçon, de ce livre, du feu rouge, quelle est la vie de l’aiguille de pin à la dernière rangée d’arbres sur la montagne, connue de ses seules sœurs aiguilles, de son arbre tuteur, de la sève qui la nourrit.]
Pierre verte prélevée par la photo, où es-tu maintenant, à ton heure de pierre, reprise par les vagues, restée là à l’estran, improbablement ramassée par un promeneur passant ? Que sont ta nuit ton jour, ton eau ton sec, pierre verte, tournée retournée, face lune face soleil, face sable face mer, ballotée, lentement effritée dans la sauvagerie des concassages marins, fracassée contre la brune et la jaune et la noire, éparpillée, fragments arrachés un à un retournant au gravier au sable. Pierre ô ma pierre, familières des étés, des automnes, des équinoxes et des tempêtes.
J’ai quitté le lieu peut-être à jamais et toi, ma pierre verte du rivage, tu t’amenuises à ta manière centenaire dans l’océan maître.
Ma main se referme sur ton absence.
©florence trocmé, 2007

25 août 2007

Lys martagon

Lys_au_cape_3


13 décembre 2006

Détournement de lumière

Italie du Nord. Un village de montagne, dans une vallée très encaissée. Jamais de soleil en hiver pendant de nombreux mois. L’ombre, le froid, le gris….Mais là haut, sur le faîte des montagnes, souvent, la lumière. Alors, cette idée folle du maire, aidé de l’ingénieur. Un miroir. Un miroir là-haut où tombent les rayons du soleil, pour renvoyer la lumière vers le village. Très exactement vers le centre de la place du village. Ascension périlleuse de l’immense panneau de miroir, hélitreuillé. Les éclats violents qu’il renvoie en tournoyant au bout du câble. Et puis la pose, là-haut, du réflecteur. Et sur la place, miraculeuse, la flaque de lumière. Une flaque de lumière, quelques heures, pour l’hiver, pour passer l’hiver. Tout le village peut-il tenir dans le halo et pour cela doivent-ils se serrer les uns contre les autres ?

Et en contrepoint ces quelques vers de Mireille Fargier-Caruso sur l’œuvre de qui j’ai travaillé tout l’après-midi pour préparer la présentation que je dois en faire samedi prochain, à Saint Mandé

balancement
entre soleil et ombre
résiste le vivant
dans l’intervalle
libre

28 novembre 2005

Ciel du 28 novembre

16h03

Un soleil seul perce boule ronde sans franges soudain comme une bille sur le sable au milieu de la masse noire "convois cois" des nuages épaisse béchamel grise ouverte de boutonnières par lesquelles filtre la lumière. Deux trous une fente un visage grotesque et terrifiant mais ailleurs une autre bouche deux lèvres d'infinie tendresse. Remaniements glissements éboulements perpétuels

17h02

Rose-orange à profusion dans un chaos d'ouates grises. Jaillissant sourdant de l'horizon bandé de noir sombre la lie du couchant diffuse infuse la masse cotonneuse. Orange encore là-bas puis tirant de plus en plus vers le rose indien en attaquant le nuage par dessous de telle sorte que le rose semble former croûtes sur le gris croûtes écaillées de blessures à peine cicatrisées ou de plaies béantes. Percées vertigineuses vers le bleu infini qu'un tunnel creusé à même le flanc bosselé laisse entrevoir. Et là où le soleil a disparu comme une fontaine de plumes de voiles d'effilochements en éventail.

17h40

                                  281105_fumees

22 juillet 2005

Lumière 54

SOLEIL NOIR
10 juillet 2005

soudain le soleil perce
                et pourtant
tout est noir

Inatteignable l’enchevêtrement
                               du jasmin
derrière la vitre

Étrange le damier régulier
                   du carrelage
ombres      et lumières

Le livre sur le bureau
 soudain
jette ce voile noir

Plus d’envol plus d’élan
                          rien qui berce
Sais-tu même si tu existes

©florence trocmé

31 mai 2005

ciel qui est aussi une lumière (53)

Dix neuf heures quarante quatre :
ciel comme le cœur.
A l’horizon, mais loin, si loin, de la lumière, beaucoup de lumière, fraîche, jaillissante alors même qu’elle est couchante, avec une cohorte de délicieux nuages moutonnants comme des empressés vers un festin.
Et puis, plus près, des bandes, des strates, marasme, ni gris ni noir, plates bandes d’attente, sans fleur d’espoir, lignes tirées, lignes alignées, tirez à la ligne tirez sur le pianiste, cœur dévasté chagrin tissé ligne à ligne heure par heure
Et puis plus proche encore une sale grosse nuée noire, méchante, boursouflée, violente, agitée, qui vous veut du mal, qui dit "pas de quartier, pas de répit, le dos au mur, ça va tomber dru, sec, les coups, ça va pleuvoir".
Où est la vérité de ce ciel ?
Est-ce qu’il y a une vérité du ciel ?
Qu’en pensent les hirondelles (il paraît qu’il n’y en a plus, alors ce sont sans doute des martinets, - c’est moins doux comme mot, ça fouette ça encore -) qui le sillonnent aux trois étages, le lumineux, le no man’s land et le boursouflé noirâtre et méchant ? 
Peu leur chaut semble-t-il.
Elles ne font pas la différence.
Ce qui compte sans doute pour elles, ce sont les courants.
Swallow’s lesson ?
©florence trocmé

30 mai 2005

Lumière 52, son 19 et quelques nombres

Urgences. De nuit. Lumière blafarde, glauque, verte, des néons, à la fois diffus et brutaux. Qui accentuent la pâleur et le creusement des visages, la nudité des chairs. Et le bruit, les bips des appareils qui contrôlent les pouls, les tensions, les cœurs, les voix, les murmures des accompagnants, les râles de ceux qui ont mal, les vociférations des solitaires furieux qui cherchent en vain puisque ce n’est pas le lieu (mais il n’y a pas de lieu) une oreille où déverser leur détresse, les cris des furieux alcoolisés, camés, shootés. Cette fois pas de gardé à vue avec cohorte de gardiens de la paix (cinq pour un seul bonhomme la dernière fois).

Je pense aux jardins de ce même hôpital, il y a peu de temps, le plein jour, le soleil de printemps dans les vitraux de la chapelle aux huit nefs, les couleurs éclatantes des pavots, les tulipes et les arbres fruitiers tout frais éclos.

Savoir que c’est le même lieu, la même vie. Qu’il n’y a pas dualité.

Et puis je pense à  mon m-pêcheur à moi qui est plus une pomme, qui est là, qui vit. Je compte les 2675 jours qui sont des jours avec et je pense à lui, BC et à son petit m-pêcheur et à ses 3240e jours sans (Bernard Chambaz, Été,séquence 150, p. 87)
©florence trocmé