Sédiments
Si tu te penches le soir sur le gouffre du jour enfui, que vois-tu ? Que retiens-tu ? Pourquoi soudain comme si un tube te reliait à cela précisément remontent des sédiments déposés par les heures retombées ces cailloux et ces feuilles incrustés dans le tout petit chemin de terre dans le jardin. Ces incrustations, ces natures mortes, ces compositions pour rien ni personne, agencées par des forces indéchiffrables, déposées, disposées là. Ce caillou-là différent des autres, ocre, qui brille dans la terre grise, d’où vient-il, de quelles couches surgi, quel poids de temps, quelles compressions, quelle histoire ? Et pourquoi l’histoire de ce caillou-là, inaperçu de tous, ne serait-elle pas aussi importante que la tienne, tout aussi inaperçue à l’échelle vraie du temps. Et cette étrange moisissure blanche, qui s’auréole à cet endroit du chemin, qui l’a suscité, l’oiseau et sa fiente, le végétal et sa moisissure, le minéral en une exsudation ? Et ce visage, caillou encore, qui soudain te parle, t’appelle, ce visage si parlant, comme mémoire d’un défunt, d’un trépassé comme on disait jadis dans ces contrées. Peut-être visage recomposé d’un noyé après lente migration sédimentaire là ressurgi ?
Le poème, né d’une lente migration sédimentaire, serti soudain dans la terre grise du chemin.









