Rédigé par Florence Trocmé le mardi 27 septembre 2011 à 11h03 dans Evènements | Lien permanent
Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages
reçus par Poezibao.
•Henri Droguet, Maintenant ou jamais,
Belin, 2013, 96 p. 17€
•Mathieu Bénézet, La Chemise de Pétrarque, Obsidiane,
2013, 15€
•Nimrod, Visite à Aimé Césaire, suivi de Aimé
Césaire, le poème d’une vie, essai, aux éditions Obsidiane, 2013, 14€
•Louis-François Delisse, A Gambo, enterrée au cimetière de Thiais depuis le 3 janvier 2011, collection
de l’Umbo, 2013
•Guillevic, Accorder, poèmes 1933-1996, édition établie et postfacée par Lucie
Albertini-Guillevic, Gallimard, 2013, 24€
•Peter Collier et Ilda Tomas (éds), Béatrice Bonhomme, Le mot, la mort, l’amour,
Peter Lang éditeur
•Yves Namur, Un poème avant les commencements, 1975-1990, Le Taillis-Pré en
coédition avec Le Noroît, 2013, 25€
•Yves Namur, Ce que j’ai peut-être fait, choix de poèmes, préface de Lionel Ray,
Les editions Lettres vives, 2013, 18€
•Michaël Glück, Mon chien, illustrations de Susanna Lehtinen, Cousu main, 2013, 6€
•Dominique Fabre, Au bout des machines à écrire, Cousu
main, 2013, 12€
•Chantal Dupuy-Dunier, Mille grues de papier, Flammarion, 2013,
20€
•Nathalie Riera, Paysages d’été, Lanskine, 2013, 14€
•Michel Bourçon, et ainsi les arbres, éditions
Potentille, 2013, 7,70€
•Sophie Khan, L’Entendement d’amour, La Rumeur libre, 2013, 22€
•Frédéric Pradal/Gorky, La promenade des éloignés et Les Balles populaires, Éditions Corps
Puce, 2013, 8€
•Jean Foucault, Entre les laps et l’ennuimonde, Éditions Les Carnets du Dessert de
lune, 2013, 10€
•Jean-Claude Forêt, Un grand eissam de mots, chants et cants, un
grand essaim de mots, chants, EMCE, 2013, 10€
•Maria Desmée, Pommes, conte d’une traversée et Jean Foucault et Maria Desmée, Anthropo-Pommes, Éditions Corps Puce,
2013, 14€
•Marc Sastre, Aux bâtards la grande santé, Les Cyniques, 2013, 8€
•Jean Foucault, Ma traversée du désert (d’Aswan à Abou Simbel), Clapas, 2013, 10€
•Jean-Yves Bériou, Et on s’en va, sur des dessins de
Jean-Pierre Paraggio, édition bilingue, traduction en espagnol par Ildefonso
Rodriguez, collection de l’Umbo, 2013
•Ana Tot, L’Amer intérieur, Luca l’irascible, Collection de l’Umbo, 2013
•France Burghelle Rey, Révolution, La Porte, 2013
•Claudine Bertrand, Au large du Sénégal, papiers gouachés de
Michel Mousseau, Plis urgent 29, Rougier V. éd. 2013
•Christian Bernard, Élégie Ithaque, lettre vingt-sept, in memoriam Ronald Klapka, Walden n
press, 2013
Revues
•Chiendents,
N° 30, Colette Gibelin, entre doute et ferveur
•Mille
et un poètes, mars 2013, numéro 4, éditions Corps Puce
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 20 mai 2013 à 14h25 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
Le nom de la collection dans laquelle paraît ce livre
composé à quatre mains et à double regard renvoie à un recueil de Reverdy
publié en 1918, illustré par Matisse : Les
Jockeys camouflés. Trois textes, « Les jockeys mécaniques »,
« Autres jockeys, alcooliques » et « Piéton » composaient
cette plaquette évoquant un paysage et des silhouettes presque fantastiques. Des
paroles qui viennent « de plus loin que la mer » y esquissent une
série d’images jouant de l’ombre et de la lumière : « Il y a des
lueurs sur le fond noir du ciel/Il y a des lumières qui courent entre les
étoiles/Il y a des yeux qui s’ouvrent à la lueur des étoiles ».
Près d’un siècle plus tard, le cheval
s’est métamorphosé en chat, et la course a ralenti jusqu’à devenir marche. Marche nocturne, donc, pour ces
piétons d’un autre siècle qui traversent la nuit jusqu’à l’aube en croisant des
images et des textes, en imaginant des rencontres mêlant le visuel au verbal.
Les images sont les photos prises par La Rochegaussen, les textes sont les
légendes composées-sélectionnées-prélevées-montées par Jean-Jacques Viton.
Soixante-cinq étapes, donc, fractionnent une durée qui s’articule en instants
d’espaces, en détails désarticulant le réel urbain et son bric-à-brac plus ou
moins classique (passants anonymes, prostituées, enseignes lumineuses, petits
pans de murs noirs, intérieurs d’église, façade de gare, cage d’escalier,
écrans vidéo, phares éblouissants, bouches de métro). « Chaque pas que
nous faisons est plus qu’un voyage » écrivait Reverdy. Ici, chaque station
photographiée ouvre une possibilité narrative : la légende — un
énoncé dégagé en dégagement : espèce d’espace dirait Pérec — contient les
prémisses d’un roman policier, d’un thriller, d’une passion amoureuse, d’un crime,
et, plus rarement, d’un conte ou d’une nouvelle fantastique. Celui qui parle
peut dire « je », il lui arrive d’apostropher l’autre, ou d’arracher
la parole depuis les choses et la matière, les tissus et la pierre, les murs et
les combles. Se confrontant aux limites imposées par le cadre du point de vue
choisi par le photographe, il fait écho à une voix première qui a été perdue, à
une figure qui n’est plus, qui reviendra peut-être, une fois le livre accompli.
Ce narrateur intermittent invente ou prélève des énoncés (certains sont
présentés entre guillemets) qu’il accroche à une double page fonctionnant
toujours comme un diptyque mobile, un système duel et duo qui scande le temps
en découpant des fragments d’espaces. À chaque fois un nouveau mystère, le
réveil d’une fiction, l’amorce d’un dialogue qui paraissent sortir de l’ombre
flottante de la nuit. La voix, ici, revient de l’image, provient d’autres
livres, survient d’outre-tombe. Elle émerge d’une obscurité de moins en moins
dense et allume la photo qu’elle accompagne. Elle constitue un « moteur en
avant » (Reverdy là encore) qui conduit au jour.
Il suffit d’une voix pour éclaircir et pour déplacer les ombres : les
impressions et les sensations basculent, hésitent, attirent les fantômes et les
revenants, caressent ou agressent les matières et les corps. Une voix dont on
ne connaît ni l’origine ni la fin, mais dont les accents apprivoisent les
lueurs de la nuit souvent teintées de rouges et alimentées de lueurs
artificielles. La nuit, justement, s’ajourne et, au fil des clichés, se laisse
tenter par le soleil et des morceaux de ciel de plus en plus affirmés :
« vient alors la rosée glaciale ». Parallèlement, il suffit d’un
flash pour maquiller et mettre en scène certains éclats sonores qui trouvent
dans le saisissement du vertige que constitue toute photo l’occasion d’une
nouvelle perspective. Monde en poses, monde en proses.
[Anne Malaprade]
Jean-Jacques Viton + La Rochegaussen, Catwalk,
livre non paginé, Bazar éditions, 2013.
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 20 mai 2013 à 10h18 dans Notes de lecture | Lien permanent
Berceuse
Pourquoi, dis-tu, je ne te fais pas de caresses,
pourquoi je n'essaie plus de rester près de toi.
Mais tu dois comprendre, c'est la queue, ton aiguillon,
qui m'épouvante,
[…],
car chaque fois que je me rapproche
siffle ce harpon et je sens le gel
du venin plonger au fond de mes os.
Est-ce encore toi, la lame qui pénètre
dans mes reins quand nous nous embrassons ?
C'est elle, qui frappe alors que je te parle
et doucement descend sur ma nuque ?
Je t'aime beaucoup, mais pas toute entière,
juste une moitié peut avoir mon amour,
l'autre non, pardonne-moi, mais c'est trop
demander de baiser aussi le rasoir.
(chap. 72 : E mamma?)
Chroniques du Pléistocène
I.
La ligne de mon père :
les osseux, les affligés, les émaciés,
voilà une moitié de mon sang,
le fantôme dont je suis le drap.
Maigres Magrelli,
étuis peau et os
tissés sur un châssis prodigieux
de nerfs, un treillis de secousses,
colère, colère,
et tout un zigzag de tragédie
sur le Néant – Ciociaria,
terre creuse d’où Ils surgirent,
spléniques prophètes de l’angoisse
venus du désert en habits de laine
avec des herbes amères,
des anathèmes, des exorcismes.
II.
Est-ce image de poésie, la figure
paternelle qui se nourrit de moi,
le ténia qui dévore ma vie de l’intérieur ?
Image de poésie est la figure
de mon fils, qui boit penché
vers le robinet en se dressant
sur un pied pendant que l’autre jambe,
prodige de la statique,
tendue oscille en l’air, contrepoids
magique pour compenser la soif.
Si je pouvais avoir sa grâce
pour équilibrer la faim
de qui au-dedans de moi
s’avance et me déchire !
III. À Hyacinthe, mon père
Le ciel vibre, l’hyacinthe fauchée tombe.
M. Luzi
Il s’agit chaque fois du contraste […] entre le mécanisme
aveugle et la liberté, entre la fixité et l’histoire.
R. Caillois
Vieillesse – en route pour le Grand Mimétisme,
je deviens toujours plus semblable à mon père.
Hyacinthe, je te rejoins !
disque qui me frappe pour me faire pareil à toi.
Visage, gestes, inflexions, démarche :
je reviens à l’original,
simple application d’un programme.
Ou peut-être me déguise, pour être sauf,
barricadé dans son enclos génétique…
De quel prédateur suis-je en train de fuir,
pour abdiquer mon aspect ?
(Cette façon que j’ai de dire : « Vraiment ? »,
en me sentant doublé,
parlé par une voix qui est la sienne).
Vieillesse – l’Invasion se rapproche.
Je ne sais si je pourrai encore signer de mon nom.
IV. Grand Café la Morgue
Derrière le bar, sur la droite,
la chapelle mortuaire.
Je laisse mon fils aller s’acheter une glace,
je lui dis de m’attendre, j’entre
et me retrouve face à trois cadavres.
Le biscuit du mort, ai-je pensé,
corps camouflé en aliment.
Ce poids glacé, comme sur un plateau,
qui m’attend, figé,
refroidi sur le blanc du linceul,
à emballer,
ou sur le bassin métallique d’une balance,
pour calculer le prix
pendant que le client debout attend.
Mieux, la pâte prête pour le four
du matin. C’est le non-cuit,
le jamais-cuit qui attend
éperdument
au feu du futur.
(Appendice)
Valerio Magrelli, poèmes extraits de son dernier livre en prose, Geologia di un padre (2013), “Géologie d’un père”, traductions inédites de J.-Charles Vegliante
Présentation de Valerio Magrelli par J. Charles Vegliante
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 20 mai 2013 à 10h04 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Pour présenter Valerio Magrelli (dans un pays
qu’il connaît bien)
Valerio Magrelli, né à Rome en
1957, a reçu une formation en philosophie, musicologie et français, entre
autres à la Sorbonne Nouvelle - Paris 3, où il participa à l’anthologie Le Printemps italien proposée par J.-Ch.
Vegliante (Action Poétique) dès 1977. Ses premiers poèmes avaient paru peu
avant dans la revue de Pagliarani “Periodo Ipotetico” à Rome. Sa thèse de
Littérature française, 1989, est publiée chez Pacini (Pise) en 1995 : La casa del pensiero, Introduzione all’opera
di Joseph Joubert. Il travaille aussi sur Dada et traduit beaucoup du
français. Enseignant-chercheur, il est nommé Maître de Conférences à
l’Université de Florence en 2000, puis Professeur à celle de Cassino.
Auteur précoce mais à la voix d’emblée parfaitement sûre, marquant un renouveau
dans la poésie italienne du second après-guerre – ainsi qu’Enzo Siciliano
l’avait aussitôt proclamé –, son premier recueil Ora serrata retinae (Feltrinelli, 1980), dont la section centrale
“Rima palpebralis” avait été anticipée dans les publications de 1977 rappelées
ci-dessus, trouve sa version définitive (avec un texte soulignant aussi sa
composante biographique) huit ans après, alors qu’un deuxième recueil, Nature e venature (Mondadori) vient
confirmer sa place de tout premier rang parmi les nouvelles voix italiennes.
Chez le même éditeur, Esercizi di
tiptologia (1992) impose enfin cette écriture singulière, renouant avec la
“pensée-en-poésie” d’un Leopardi, le modernisme des sciences du vivant en plus :
une posture que le lyrisme et le flou hermétique du premier XXe
siècle avait un peu fait oublier, non moins que les avatars les plus naïfs du
réalisme, auxquels notre réception française a fait souvent la part belle. De
nouveaux poèmes complètent la reprise de cet ensemble dans le volume Poesie 1980-1992, e altre poesie chez
Einaudi, en 1996. Disponibles, des traductions françaises de Bernard Simeone et
J.Y. Masson le font mieux connaître de ce côté des Alpes.
Valerio Magrelli a dirigé chez Einaudi la collection “Écrivains traduits par des
écrivains” trilingue, et a publié un certain nombre d’essais, sur Valéry et
autres. Il est connu aussi, désormais, comme auteur de proses, dont Nel condominio di carne (Einaudi, 2003),
La vicevita. Treni e viaggi in treno (2009),
Il Sessantotto realizzato da Mediaset
(2011) – de vaste retentissement dans les dernières années du berlusconisme (du
reste, d’autres livres comme Le Campe al
Castello d’Ugo Piscopo affrontent à cette même date ce type de question) –,
ou récemment l’extraordinaire Geologia di
un padre (Einaudi, 2013), dont sont tirés les textes ici traduits. L’aspect
novateur de ce dernier livre tient moins dans son caractère de prosimètre (selon
l’archi-modèle dantesque de la Vie nouvelle),
à la tradition assez affirmée, que dans l’utilisation d’un humour tout
britannique, d’une grande humanité, au sein même des régions les plus intimes
et douloureuses du rapport de transmission générationnelle (et, si l’on peut
dire, comportementale), avec un regard tourné certes vers le passé des
géniteurs – l’on songe au long roman familial en vers La Camera da letto d’Attilio Bertolucci, ou aux chroniques plus
modestes, villageoises cette fois, d’un Angelo Australi –, mais aussi vers le
futur des propres enfants, en bonne logique de la “vie réelle” et de la
transmission que l’écriture, en particulier traductive, dit de façon fine et
plurielle. C’est cette dernière composante, ou modulation, qui soustrait
l’oeuvre au magistère sensible de Pascoli, cet immense poète trop peu traduit,
que Magrelli aime et reconnaît parmi les siens. C’est aussi, semble-t-il, la
seule façon de ne pas dénaturer – par exemple en le dramatisant – notre rapport
essentiel au(x) disparu(s). Voilà ce que montrent magnifiquement ces poèmes,
isolés de leur entourage romanesque avec l’accord amical de l’auteur.
[J.-Charles Vegliante]
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 20 mai 2013 à 09h54 dans Poètes (fiches bio-bibliographiques) | Lien permanent
