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Rédigé par Florence Trocmé le mardi 27 septembre 2011 à 11h03 | Lien permanent
Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus par Poezibao. Il ne s’agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et les présentations font souvent appel aux informations fournies par les éditeurs.
○ Goethe, Divan d’Orient et d’Occident, Les Belles Lettres
○ Marie Huot, Gît le cœur, Le bruit des autres
○ Ingrid Jonker, L’Enfant n’est pas mort, éditions le Thé des écrivains
○ Revue Le Bateau Fantôme, n° 10
○ Anthologie Vingt et un, La Termitière
○ Revue l’Arbre à paroles, N° 154
○ Jacques Basse, Échos et murmures, Rafaël de Surtis
Lire la suite "Poezibao a reçu n° 200, dimanche 29 janvier 2012" »
Rédigé par Florence Trocmé le dimanche 29 janvier 2012 à 10h42 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
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Les 15 articles publiés dans Poezibao cette semaine :
En particulier
La mort de Bernard Vargaftig
Feuilleton
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 22/41
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 23/41
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 24/41
Notes de lecture
Consolatio d'Yves Boudier (par Pierre Drogi)
Sauf d'Antoine Emaz (par Jean-Pascal Dubost)
L'Autobiographie de Gertrude Stein de Martin Richet (par Anne Malaprade)
Anthologie
Yves Boudier (anthologie permanente)
Jacques Darras (anthologie permanente)
Patrick Kavanagh (Irlande, 1904-1967) (anthologie permanente)
Henri Droguet (anthologie permanente)
Rose Ausländer [anthologie permanente]
Fiches bio-bibliographiques
Jacques Darras
Patrick Kavanagh (Irlande, 1904-1967)
Poezibao a reçu
Poezibao a reçu n° 199, dimanche 22 janvier 2012
○Juan Gelman, Lettre ouverte suivie de Sous la Pluie étrangère, Caractères
○Jacques Darras, Irruption de la Manche, Le Cri
○Michel Robic, guère épais, al dante
○Patrick Amstutz, déprendre soi, éditions Empreintes
et aussi
○Jean-Philippe Carlot, La colonne, traduit par Elena Vogli, avec les soins d’Alekis Vassilitos, avec un CD de la musique composée par Apostolos Kaltsas et Kostas Parissis, inspirée par le texte. (bilingue grec/français), Batsioulas, site de l’éditeur
○revue Esprits poétiques, 4, « Sortilèges », Hélices
○revue Borborygmes n° 20
○Eric Dubois, Ce que dit un naufrage, Encres vives
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 28 janvier 2012 à 10h03 dans Poezibao Hebdo | Lien permanent
Poezibao apprend à l’instant, par Jean-Gabriel Cosculluela, la mort de Bernard Vargaftig. Lui-même a été informé de ce décès par Claire Poulain, écrivain, artiste et co-directrice des éditions Collodion.
Bernard Vargaftig dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1, prix Nathan Katz 2008, Ce n’est que l’enfance (parution), Ce n’est que l’enfance et Dans les jardins de mon père (par R. Klapka), (et par T. Hordé), extrait 2
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 27 janvier 2012 à 17h47 dans Evènements | Lien permanent
Le livre s’ouvre sur une règle du jeu prononcée par un locuteur anonyme, le maître d’œuvre sans doute, qui délivre sous forme quasi oraculaire les lois auxquelles obéissent Ulysse et Pénélope, dont les rôles sont désormais tenus par Martin Richet et Gertrude Stein. Grèce, États-Unis et France constituent les trois angles d’un triangle spatio- temporel qui surjoue la relation à l’autre, médiatisée par l’histoire et le territoire, exacerbée par la question d’un sexe qui ne dit pas, ou plus, son nom.
La littérature est un périple qui conduit l’écrivain voyageur à traverser un certain nombre d’épreuves : l’écoulement du temps, les intempéries, les séductions diverses, les monstres, les fées, l’impatience des subordonnés, la colère des Dieux, les prétendants, la jalousie. Autant d’obstacles que l’écriture affronte en perdant toujours plus de chair et de sens. Certes, la langue survit, mais blessée, amputée, astreinte à dire, avec des moyens toujours plats et neutres, la liaison dans la liberté. Ulysse et Martin reviennent au palais du Livre, et ce retour implique une conscience avivée, un savoir excédé, qui (se) refusent tout sentimentalisme, toute spontanéité. Les retrouvailles avec le passé exigent un déploiement technique qui assèche la langue et la dépose en propositions fines, acérées et écourtées. Cette dernière délivre des énoncés, des propositions, des invitations qui déchargent le sens jusque-là confisqué. Le souvenir devient souvenir du mot. L’émotion est filtrée par la forme vers. Pénélope et Gertrude ont conclu un accord tacite dont aucune fiction ne pourrait révéler l’intrigue. Dans le silence d’une familiarité longtemps entretenue, Martin a traduit Gertrude, comme Pénélope avait (trans)porté l’absence d’Ulysse. L’une écrit, l’autre conçoit un voile qui chaque nuit se défait. L’une lit, détruit, compose à nouveau, connaît des blocages de toutes sortes. L’autre attend avec ses mains, et tisse une matière sur laquelle l’absence et le manque conditionnent la teneur d’une fidélité entêtée, expression absolue d’un soi en miroir de l’autre.
Martin donc, porte à la fois le masque d’Ulysse, de Pénélope et de Gertrude. Cette défiguration, à la manière des objets antiques utilisés par les acteurs grecs, amplifie une voix tout en la contraignant. Une voix qui commence par le Livre et s’achève avec lui. Une voix dans les voix, une voix dont les timbres colorent la contemporanéité d’un passé en constante réactualisation. Voix s’emparant d’un « je » à la croisée du féminin et du masculin, voix constamment dédoublée, qui parle depuis l’ombre, et en laquelle repose le partage d’une émotion originelle commune à l’écrivain et au traducteur. Quelque chose a eu lieu pour lequel on ne trouve pas de mot même si une mesure, d’emblée, s’impose. « Au commencement il y a émerveillement. /Émerveillement en mesurant ». Merveille déclinée en « trésor » et « plaisir », deux termes qui disent la jouissance d’un secret, la nécessité d’une volonté mettant en avant un « je » lui-même insaisissable : « J’ai décidé hier ».
Lire, donc, c’est entrer dans la décision de l’Autre, c’est imaginer un aveu qui n’a jamais eu lieu, et qui n’aura plus lieu : la faute c’est de croire que l’on ne joue pas celui que l’on est. C’est circonscrire un tremblement qui doit en passer par les mots pour faire le point et défaire tous les points. En tant que lecteur, chacun d’entre nous reproduit la décision de Martin, qui prolonge elle aussi celle de Gertrude. Nous sommes tous des décideurs, nous sommes tous responsables du texte de l’autre, de celui que nous nous résolvons à écrire, de celui qui n’aura jamais atteint la vie que dans sa fragmentation : traces, restes, surgissements par lesquels nous vivons entre le monde d’une vie et la vie d’une écriture. Stein et Richet sont des écrivains résolus qui attendent de leurs lecteurs qu’ils écrivent à leur tour leur lecture.
L’Autobiographie de Gertrude Stein met ainsi en place une chaîne de cristallisations : le scripteur cristallise sa lecture, et, en écho, toute lecture recristallise une écriture. Ce Livre est un miroir scénique que le lecteur tend à l’écrivain, l’écrivain offrant une image des mots à partir desquels le travestissement modèle-modère un autoportrait syntaxique. La forme des phrases en dit long sur l’individu qui les construit et sur celui qui les inspire. Et de même que Picasso affirme que le modèle finira par ressembler à son portrait, l’autobiographie d’un écrivain ressemble à l’histoire d’une langue inscrite dans des usages étranges, étrangers : cela donne, in fine, « Un troisième écrivain », spectre nourri de « nombres » et de « noms », variation biographique qui improvise le je depuis l’autre, et poursuit le « tu » de tout un chacun.
(Cette lecture n’est vouée qu’à constituer le début d’une autre lecture — qui l’effacera.)
[Anne Malaprade]
Martin Richet, L'Autobiographie de Gertrude Stein, Éric Pesty éditeur, 2011.
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 27 janvier 2012 à 11h41 dans Notes de lecture | Lien permanent
Mont-Ruflet
poème-feuilleton d’Ivar Ch’Vavar
24e épisode
Résumé de l’épisode précédent : On a manqué le cœur de la forêt et le coucher de soleil dans les bois. On est bien perdu, mais l’odeur du brouet de la sorcière nous ravigote quelque peu, même si la perspective de ren-contrer cette dernière ne laisse pas de nous inquiéter...
Se rajouter... un peu comme le chantonnement de Glenn
Gould sur la musique de Bach). Euh... et en regardant la
Peau de nos mains y bouge la lueur des stigmates. Phos
Phorescences qui courent maintenant dans tout le bois... (1200)
La nuit est bel et bien tombée. Une tarte d’airelles ou de
Baies d’argousier vient tourner autour de nos têtes, ça a
Tout l’air d’être une caméra volante télécommandée, en
Réalité. Des potirons creusés de trous pour les yeux et d’
Une bouche crénelée viennent rouler parmi nos mollets,
Et j’ai la nette impression qu’ils sont en tungstène ou un
Métal de ce genre, et comme la tarte ils font entendre cli
Quetis et ronronnées. C’est quoi ce délire ? Et la sorcière
On l’a vu entre les troncs elle a un bon petit bedon et ses
Cheveux, c’est vrai, pendent long. Et, tournée vers nous, (1210)
Frottant lubriquement la verrue de son menton à son ép
Aule levée, minaudant... elle montre sa dent et roule des
Yeux blancs. Plus loin (entre les troncs aussi, des arbres),
Furtif (et un peu vague et fumant), se trimbale l’hologra
Mme d’un gros chien brun. Il s’est arrêté pour déchiffrer
L’inscription d’une pierre tombale. Puis viennent des né
Bulosités de toutes formes (certaines sans forme) elles se
Succèdent, quelquefois se chevauchent, et voire se traver
Sent. Il y a dans le cramoisi de la nuit une veine verdâtre
Faiblement phosphorescente. Elle nous signale qu’on n’a (1220)
Plus le choix... Et qu’il faut faire contre mauvaise fortune
Bon cœur. – Du reste, ce qui nous advient est-il vraiment
Si malencontreux ? Le brouet a de très étranges saveurs...
Mais bien intéressantes. Et c’est vrai qu’il va falloir entrer
Dans le lit de la vieille, son peautre, son grabat. Mais elle
En prend toujours deux à la fois alors ça ira, et, baste ! on
Se soutiendra, moi et l’autre gars. Il paraît qu’elle chante,
Des fois, même d’une jolie voix, dans la nuit, dans son lit.
Faut juste avoir le cran d’enfiler chacun d’un côté nos lon
Gues jambes entre ses draps crissants et gris, pour ensem (1230)
Ble ranimer son vieil os en tremblant. Vieille omoplate et
Vieille échine. Il est dit que des fois, elle est brûlante com
Me une patate dans la braise, comme un lingot de fièvre,
Et que c’est elle alors qui vous réchauffe... Et il restera à f
Rotter nos joues à sa vertèbre cervicale la plus pointue ou
À la verrue de son pif tout bleu et crochu, oui, eh bien on
S’y fera, quoi ! Tant que la marmite fume...c’est malvenu
De dénigrer la suie de la turne...
(Notes de travail) Qui
Est Alix? Mon double ? Duplicité sexuelle, plutôt qu’amb
Iguïté. C’est elle la jeune fille qui vient toute nue au point (1240)
De rencontre comme au sacrifice... et rejoint par là l’Alice
De Hon qui est Mouchette mais une anti-Mouchette). Elle
Est la randonneuse, la fille au sac-à-dos (qui devient lui le
Monde, puis la grand-mère, et fait pendant au fardeau de
Fagots de la sorcière). Elle est l’autochtone, la Gauloise, il
Faudrait lui faire fumer une gitane ! et rencontrer les Rom
Anichels, elle rejoindrait les roulottes et... une bonne flam
Bée dans la nuit, elle partagerait leur ragoût de hérissons !
à suivre, épisode 25 le lundi 30 janvier 2012
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 27 janvier 2012 à 11h05 dans Feuilleton | Lien permanent
Les éditions Héros-Limite ont fait paraître en 2011 Je compte les étoiles de mes mots, Ich zähl die Sterne meiner Worte, de Rose Ausländer, dans une traduction d’Edmond Verroul. On peut rappeler aussi que plusieurs poèmes d’elle sont parus dans le cadre du dossier Transnistrie de la revue Fario.
La terre
me fait
un signe secret
et me dit Adieu
Je lui réponds
Au revoir
Die Erde
gibt mir
ein geheimes Zeichen
und sagt ade
Ich antworte
auf Wiedersehen
*
La Rosace de couleurs
éclatantes de Chartes
Regarder droit
dans les yeux de la beauté
Die bunte Rosette
von Chartes
Der Schönheit
ins Auge schauen
*
Clairs brillent
Les yeux de la nuit
Un disque jaune
Fleurit dans le regard
Quelle grande étrangeté
dans son propre corps
Deutlich leuchten
Die Augen der Nacht
Eine gelbe Scheibe
Blüht im Blick
Die große Fremdheit
in der eigenen Haut
*
Reste
à ton mot
Fidèle
Il ne
t’abandonnera
pas
Bleib
deinem Wort
treu
Es wird
dich nicht
verlassen
Rose Ausländer, Je compte les étoiles de mes mots, traduit de l’allemand par Edmond Verroul, bilingue, Éditions Héros-Limite, 2011, pp. 36 à 39, site de l’éditeur
Rose Ausländer dans Poezibao :
bio-bibliographie extrait 1, ext 2
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 27 janvier 2012 à 10h15 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Tout venant
il a déplu
brocante et troc l'or fluide
et fourchu des foudres
s'efface au ciel ouvert et sec
comme la langue d'un pendu
ainsi tout autour de l'ailleurs au temps
du capiteux loisir l'amour uni
que ardent fou s'en va-t'à la
prairie saugarure bigrenue
duveteuse et bruissante
aux acharnés zonzons des melliflus essaims
et bombinants paquets des mouches
à conchiures
et c'est l'hiver
-onglées! chemins pourris!
l'oeil vitrifié des flaques!
jonchaies brisées à la grisure!-
le décontent marche démarche
contremarche enfin défoui
du ventre à sa moman
loin des années vertes noires
-pères & fils semblablement tortus
rogneux et muets-
il mesure la mer
au-delà de la mer
s'encréche entonne aux mages
face à l'âne le boeuf
le chat la belette et le catoblepas
son hymne et ses antiennes:
"Cap à nulle
part au blanc rien
cap au ni vu
ni connu noir
taille ton pain
taille ta route
sauve le vent!
Avance! Avance
à la fin..."
(16 décembre 2011)
|○|
Bout à Bout
La grosse bête amie la jolie mer machine
longuement peinte énigme familière
va vient germe et mitonne
laboure laboure
toujours laboure
et ça gerbe
au ciel intouchable
sac à suie pouque de jute
tombereau caveau d'épluchures
romances et ronflonflons
massivement l'averse est chue son émeute
barbèle l'ardoise et la lande
lumière inopinée ombre habitable
à l'orée ça rit
à la jachère fuireusement
les velimeux serpents crochent au cul
des soudards leurs dégaines à fourbis
l'apôtre fourbu
rêveur de trop peu déclouté
chantourné taillé
en pièces chante encore
l'amer défi le départ et le départage
"c'est à rire mes faux vrais
semblables mes frères c'est à dire
la frime et la grime
et ça vous ira ira
je vous tordrai le cou
misérables je ne prendrai
rien de vos songes mensonges
fables rien feintises
rongeries et griffures pour vous sauver
parce que martyr c'est mûrir un peu
j'aurai gueulé froid noir
douceur
délivrance
j'aurai gueulé"
(5 janvier 2012)
Parlotte
noir blanc tout est à suivre
presque perdu depuis toujours déjà
le vent le crochu le fournisseur d'excès
trousse d'insaisissables nymphes
et l'estran réel gèle
on jette à la natale tombe
l'encaustiqué cercueil
et le brousseux chantre la tête ailleurs
il opère affabule il tonne:
"Chutez chutez mortellement
au torrentiel cosmos à la joie"
puis au refrain:
" mourra bien qui
mourra le dernier"
c'est rue du pet du diable de la pie
qui fume et du temps
retrouvé rue de l'Inconnu
great college street/ Camden Town
c'est partout ailleurs dans l'exubérance
parfumée touffue des giroflées
on scande: "Reviens! Arthur reviens!
ils sont devenus fous!"
on l'entend songeusement passer
la porte fatale et noire l'escalier idem et
dérobé l'absent répondant notre rocheux
témoin venu repartu et c'est
faible massivement farouche et doux
un souffle transitivement
qui redit:
"je préfèrerais ne pas"
(18 janvier 2012)
Henri Droguet, poèmes inédits.
Henri Droguet dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, fiche de lecture de Avis de Passage, extrait 5, extrait 6, Off (parution), extrait 7, extrait 8, extrait 9, ex. 10, Boucans,(par Bruno Fern), Boucans, (par Roger Lahu), ext. 11 , Avis de grand frais (B. Fern)
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 26 janvier 2012 à 10h16 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Mont-Ruflet
poème-feuilleton d’Ivar Ch’Vavar
23e épisode
Résumé de l’épisode précédent : L’antique race sylvestre n’est plus que l’ombre scrofulo-haillonneuse d’un peuple, mais peut encore témoigner du coucher du soleil dans les sous-bois. Pour nous autres, c’est seulement un fantasme, un rêve qui flamboie dans notre imaginaire.
Piégés, rentourés dans un cercle étroit, où toutes les pos
Sibilités qui s’offrent d’aller droit (sentines, passées des
Animaux) insensiblement s’incurvent, et nous (toi, moi)
Ramènent sournoisement, et peu importe, si c’est sourn
Oisement — mais inélucta- et inexorablement au centre.
Et nous en éloignent à jamais. Bon, récapitulons ce qu’il (1150)
Nous a été révélé, depuis qu’on est dans ce secteur de l’
Espace-temps (depuis une centaine de vers à peu près) :
1. La forêt a un centre ou cœur ; autour, nous ne cessons
Pas de tourner, en cercles concentriques, mais qui nous
En éloignent de ce centre au fur et à mesure que nous n
Ous en rapprochons. Sympa. Et 2. Si des fois le soleil se
Couche dans les bois, et il paraît que oui, eh bien on ne
Le verra jamais nous autres, parce que pour des raisons
Mystérieuses, c’est réservé au clan dégénéré des scroful
Eux, et autres guenillards. Sympa-sympa. Après ça que (1160)
Je, tu, nous basculions dans la « pensée magique » pour
Compenser en somme, eh bien il n’y avait qu’un pas. Et
Nous l’avons franchi... Alors on lève le nez, on hume au
Cas où passerait, entre feuilles encore accrochées (certai
Nes déjà toutes rousses et sèches) et feuilles d’ores et dé
Jà à joncher et à faire des tas – que passerait comme une
Onde l’odeur du brouet de la sorcière (faut plus espérer
Qu’à cette heure du soir et paumés comme on l’est on tr
Ouvera autre chose). Oui, on bâille de faim. Putain ! Oh,
Dites, les mecs, vous avez vu comme la lumière a baissé (1170)
D’un coup ? Merde ! c’est comme si un voile était tombé
Devant mes yeux... Oui, le passage d’un degré donné de
L’obscurité, à un autre degré, supérieur, a été nettement
Sensible, comme brusqué.. Vous l’avez remarqué aussi ?
Or, en même temps le gribouillis sonore du bois a baissé
D’un cran et, en même temps également (oh, stop! ça va
Arrêtez de vous marrer, merde).... quelque chose de sub
Tilement visqueux et gluant est venu poisser tout... tout.
.. Tout... tout le ressenti, disons... Ça se tient aussi bien en
Tre les doigts qu’aux cils ; autour de l’oreille, une spirale (1180)
De gluant, qui tourne délicatement ; le nez comme pincé
De glaire, ou gratouillé dans le plasma, ou offert aux pro
Tozoaires, pour leurs ébats. Et la bouche, vous l’ouvrez...
Et on vous pose sur la langue l’hostie de la viscosité. Par
Faitement. Alors non. On sait, à cette seconde-là... que la
Sorcière va pousser son ricanement, et qu’on va mal sup
Porter qu’il soit si proche. Comme caqueté, gloussé au c
Œur du plus proche buisson. Mal supporter de voir son
Œil larmoyer d’une sale joie sous le capuchon. Mal supp
Orter la vue des mèches gris-jaune. Mal supporter de sa (1190)
Voir qu’on sait (si seulement on avait ce recul, cette mar
Ge de ne pas savoir qu’on sait) que tout a commencé de
S’accélérer en un ralentissement. Voilà. Écho concave, il
Est impossible de dire d’où il peut venir, de Cassiopée ?
Ça n’est pas plus improbable qu’autre chose. Bruit de m
Astication (rien à voir avec le précédent c’est en train de
24ème épisode vendredi 27 janvier 2012
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 25 janvier 2012 à 06h43 dans Feuilleton | Lien permanent
Route d’Inniskeen, soir de juillet
Les cyclistes s’en vont par deux ou trois –
Ce soir il y a bal dans la grange de Billy Brennan,
Il y a le langage à demi prononcé des mystères
Et la complicité délicieuse des clins d’œil et des coups de coude.
Huit heures et demie et il n’y a pas une tache
Sur une lieue de route, ni même une ombre portée
Qui révèle homme ou femme, pas un
Pas révélant des secrets de pierre.
Je possède ce que tout poète hait en dépit
Des discours solennels sur la contemplation.
Oh, Alexander Selkirk connaissait bien la condition
D’être à la fois roi, gouvernement et nation.
Une route, un royaume d’une lieue. Je suis roi
Des talus, de la pierraille, et de tout ce qui fleurit.
The bicycles go by in twos and threes -
There's a dance in Billy Brennan's barn tonight,
And there's the half-talk code of mysteries
And the wink-and-elbow language of delight.
Half-past eight and there is not a spot
Upon a mile of road, no shadow thrown
That might turn out a man or woman, not
A footfall tapping secrecies of stone.
I have what every poet hates in spite
Of all the solemn talk of contemplation.
Oh, Alexander Selkirk knew the plight
Of being king and government and nation.
A road, a mile of kingdom. I am king
Of banks and stones and every blooming thing.
|○|
Shancoduff
Mes collines noires n’ont jamais vu se lever le soleil,
Éternellement elles fixent le nord vers Armagh.
L’épouse de Loth ne se serait jamais changée en sel si elle avait
Été aussi peu curieuse que mes collines noires toutes réjouies
Lorsque l’aube blanchit la chapelle de Glassdrummond.
Mes collines accaparent les clairs shillings de mars
Tandis que le soleil fouille toutes les poches.
Elles sont mes Alpes et j’ai gravi le Cervin
Avec une botte de foin pour trois veaux agonisant
Dans le champ sous le Grand Fort de Rocksavage.
Les vents mêlés de neige caressent les flancs hirsutes de Shancoduff
Tandis que les bouviers cachés dans les fourrés de Featherna
Lèvent les yeux et disent : « Qui donc les possède, ces collines de famine,
Pour que la poule d’eau et la bécassine des marais aient dû les fuir ?
Un poète ? Alors par tous les cieux il doit être pauvre ! »
J’entends et mon cœur n’en est-il pas durement éprouvé ?
My black hills have never seen the sun rising,
Eternally they look north towards Armagh.
Lot's wife would not be salt if she had been
Incurious as my black hills that are happy
When dawn whitens Glassdrummond chapel.
My hills hoard the bright shillings of March
While the sun searches in every pocket.
They are my Alps and I have climbed the Matterhorn
With a sheaf of hay for three perishing calves
In the field under the Big Forth of Rocksavage.
The sleety winds fondle the rushy beards of Shancoduff
While the cattle-drovers sheltering in the Featherna Bush
Look up and say: "Who owns them hungry hills
That the water-hen and snipe must have forsaken?
A poet? Then by heavens he must be poor."
I hear, and is my heart not badly shaken?
Patrick Kavanagh (Irlande, 1904-1967), trad. Paul Le Jéloux, in Anthologie de la poésie irlandaise du XXe siècle, Verdier, 1996
[choix de Jean-Pascal Dubost]
Bio-bibliographie de Patrick Kavanagh
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 25 janvier 2012 à 06h35 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Poète et romancier irlandais, Patrick Kavanagh est né le 21 octobre 1904 Il est considéré comme un des principaux poètes du XXème siècle. Il est mort le 30 novembre 1967.
Eléments de bibliographie en anglais
poésie
Ploughman and Other Poems, 1936
The Great Hunger, 1942
A Soul For Sale, 1947
Recent Poems, 1958
Come Dance with Kitty Stobling and Other Poems, 1960
Collected Poems, 1964
The Complete Poems of Patrick Kavanagh edited by Peter Kavanagh, 1972
Lough Derg, 1978
Selected Poems edited by Antoinette Quinn, 1996
Collected Poems edited by Antoinette Quinn, 2004
prose
The Green Fool, 1938
Tarry Flynn, 1948
Self Portrait, 1964
Collected Prose, 1967
November Haggard, a collection of prose and poetry edited by Peter Kavanagh, 1971
By Night Unstarred, A conflated novel completed by Peter Kavanagh, 1978
A Poet's Country: Selected Prose edited by Antoinette Quinn, 2002 (
fiche Wikipédia très complète (en anglais)
un site dédié au poète en anglais)
un article et un choix de poèmes (en français)
Rédigé par Florence Trocmé le mercredi 25 janvier 2012 à 06h31 dans Poètes (fiches bio-bibliographiques) | Lien permanent
Dans la nouvelle collection « Reprises » des éditions Tarabuste, Sauf reprend plusieurs titres publiés à la même enseigne, épuisés aujourd’hui, ainsi que des poèmes publiés en d’autres livres et lieux ou en livres d’artiste (Antoine Emaz a signé de nombreux livres d’artistes). Comme l’ensemble démarre à la première publication du poète, en 1986, à Tarabuste déjà (on notera le fidèle compagnonnage), et suit le parcourt, Sauf présente l’intérêt non négligeable d’une vue d’ensemble sur un travail toujours en cours, un travail du vivant posé sur de l’écrivant, une vue sur le mouvement imperceptible mais indéniable que celui-ci connaît, imperceptible en cela qu’Antoine Emaz n’est pas poète de l’éclat ni de la démonstration ni du bouleversement, mais de la discrétion et de la main qui bouge autour d’un axe maintenu ferme, l’axe de la régularité, du syntaxico-sémantique dépouillé, pour produire un léger jeu, une articulation autour de la régularité d’être (vivant) au monde, des irrégularités non langagières mais légères dudit être, irrégularités manifestées par l’étonnement non interrogatif. « On est là » est une tournure emblématique d’Antoine Emaz, laquelle est l’expression d’un constat étonné, l’adverbe « toujours », en ellipse, résonne dans toute sa poésie, lancé dans le vide silencieux pour faire injonctif écho. Une tournure qui, au fil des livres, s’est affinée pour jouer, justement, discrètement, avec l’homonymie de l’adverbe « là » : on est las ; mais sauf ; « Se maintenir est épuisant ». Il y a chez Antoine Emaz l’obstination de la même chose. C’est cela, entre autres, que permet de regarder une telle somme, « comme un travail sans fin/un remuement incessant/de mots ». Son travail fait écho à un autre, qu’on évoque peu lorsqu’on évoque ses sources littéraires, à celui de Cesare Pavese, aux réflexions de son Métier de vivre (« Devant la mort, ne persiste plus que la conscience brutale d’être encore vivant » écrivait ce dernier). Où chez l’écrivain italien, la puissance d’écrire s’alimente dans la fatigue et la souffrance de vivre, puissance transformée en énergie chez Antoine Emaz ; le souci de la mort se regarde chez lui dans celui du corps, le poids de sa fatigue (« corps écrasé » ; « on se demande ce qui porte encore/le corps/au bout du compte du jour sauf/l’erre »). Si on veut considérer encore l’avancée de l’écriture d’Antoine Emaz, on remarquera de même un poème qui, imperceptiblement toujours, prend de la vitesse, et plus particulièrement dans les poèmes prosimétriques, où les blocs de prose perdent peu à peu en chemin les signes de ponctuation et à l’intérieur desquels les phrases sont agglutinées les unes aux autres, vitesse qui relève moins de l’urgence que de l’énergie acquise. Pauvreté, dépouillement, répétition et monotonie sont les particularités et forces de cette poésie-là, qui jamais n’ennuie, au contraire, étonne sans lassitude, pour ce que les étonnements personnels subrepticement s’élèvent sur des questionnements ; la poésie d’Antoine Emaz est ontologique.
[Jean-Pascal Dubost]
Antoine Emaz
Sauf
Tarabuste
340 p., 13€
Rédigé par Florence Trocmé le mardi 24 janvier 2012 à 10h22 dans Notes de lecture | Lien permanent
Jacques Darras publie Irruption de la Manche, aux éditions Le Cri.
Nous passerions l’agrégation du sable
Nous apprendrions la culture du raffinement
Nous nous minimiserions
Nous nous amoindririons
Nous nous rapetisserions
Nous nous rémoulerions
Nous nous laminerions
Cela prendrait au mieux plusieurs siècles
Plusieurs millénaires
Plusieurs ères
Plusieurs éons
Nous irions tous les jours à l’école de l’érosion
Nous nous placerions à la disposition du vent
Nous nous laisserions manipuler par les rouleaux de la mer
Nous essaimerions sous forme de grains
Nous deviendrions plage
Nous serions vacance
Nous ferions le vide autour de nous
Nous fermerions la porte au ciel
Nous jaunirions
Nous nous hâlerions
Nous nous confondrions avec l’été
Nous réverbérerions
Nous réfléchirions
Nous nous abstrairions
Nous nous indifférencierions
Nous nous généraliserions
Nous entrerions dans la famille de la poussière
Nous serions ses élus
Nous aurions du grès dans notre pedigree
Nous aurions du granit dans nos grains
Nous prendrions la dorure des champs aurifères
Nous serions devenus le sable
Nous nous agrégerions
Nous serions agrégés
|○|
l’érosion les choses dansent lentement avec les choses
l’érosion la falaise s’use pour l’amour de la plage
l’érosion la craie s’effrite dans la grisaille des galets
l’érosion la craie s’envole dans l’essaimement du sable
l’érosion la plage s’abat devant les assauts répétés de la mer
l’érosion le vent se cabre pour creuser les reins de la vague
l’érosion les nuages montent invisiblement de l’eau
l’érosion les nuages charrient des emporia de flaques
l’érosion le ciel ruisselle indifféremment ses pluies
l’érosion les crues sont l’enfantement de l’eau par l’eau
l’érosion nous sommes dans un conflit d’amour avec le temps
l’érosion le désir se raffine dans une poussière de siècles
l’érosion l’imparité des choses dicte aux choses leur appariement
l’érosion l’unité du monde devient plurielle
l’érosion jamais nous ne remonterons à l’envers de l’érosion
l’érosion où commence l’érosion
l’érosion l’érosion du commencement de l’érosion
l’érosion la circularité des déclinaisons de l’amour
Jacques Darras, Irruption de la Manche, éditions Le Cri, 2011, pp. 27 & 181
biobibliographie de Jacques Darras
Rédigé par Florence Trocmé le mardi 24 janvier 2012 à 10h17 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Poète, essayiste et traducteur, Jacques Darras est né en décembre 1939 à Bernay-en-Ponthieu (Somme), près de la Manche.
On peut trouver une excellente notice bio-bibliographique sur le site de l'auteur
bibliographie
Poésie
Sommières (Pierre Jean Oswald, Paris l973)
Grèves (Pierre Jean Oswald, Paris l975)
La Maye. Poème en 8 chants. La Maye I. (In’hui/ 3 Cailloux, Amiens, 484 pp. l988)
Le Petit Affluent de la Maye. Poème en 4 épisodes souligné de dix gouaches. La Maye II. (In’hui/ Le Cri Bruxelles, 392 pp. l993)
William Shakespeare sur la falaise de Douvres. Poème. (In’hui/Le Cri Bruxelles l31pp. l995)
Van Eyck et les rivières, dont la Maye. Poème roman. La Maye IV. (Editions Le Cri, Bruxelles, 438 pp. Novembre l996)
Petite Somme sonnante. Soixante et Onze sonnets (Editions Mihaly, Paris, Octobre l998).
Gracchus Babeuf et Jean Calvin font rentrer la poésie avec l’Histoire dans la ville de Noyon.(Editions Le Cri, Bruxelles, 64pp. Avril 1999).
L’embouchure de la Maye dans les vagues de la Manche. La Maye III (avec des textes en traduction de Scot Érigène, Shakespeare, Bunting, MacDiarmid, Mackay Brown, 230 pp. Le Cri, Bruxelles, Décembre 1999)
Andrea Doria à Gênes avec un chat (Lanore, Paris 2000)
Moi j’aime la Belgique. Poème parlé chanté. Fragment de La Maye VII. (L’Arbalète/Gallimard 2001)
Vous n’avez pas le vertige ? Poèmes en altitude avec une rivière et des chamois. La Maye V(L’Arbalète/Gallimard, 2004)
Tout à coup je ne suis plus seul ! Roman chanté compté. La Maye VI (L’Arbalète/Gallimard, 2006)
La Maye réfléchit. La Maye VII (Éditions Le Cri/Bruxelles, 2009)
La Reconquête du tombeau d’Émile Verhaeren (le Cri, 2010)
Irruptions de la Manche (Le cri, 2011)
In'hui: Sommaire et réalisation des 66 numéros de la revue
Rédigé par Florence Trocmé le mardi 24 janvier 2012 à 10h04 dans Poètes (fiches bio-bibliographiques) | Lien permanent
Mont-Ruflet
poème-feuilleton d’Ivar Ch’Vavar
22e épisode
Résumé de l’épisode précédent : Les corneilles ont croassé. Les sentiers concentriques qui mènent au cœur de la forêt ne l’atteignent jamais. Le soleil se couche-t-il des fois dans les bois ? Découverte d’une population résiduelle qui paraît en savoir long sur la question...
Tournent dans les visages (mufles, hures) et l’engeance
Terrée à se taire, la marmaille souffreteuse, dolente et é
Grotante, démangée du derrière, chiards couverts de lé
Pismes, cloportes, perce-oreilles ; les vieux qui puent le
Très vieux fond de gibecière, la brisure de genévrier ou
Encor la vesse-de-loup rancie (on a le choix) ; et pour fi
Nir les tristes femelles, à gueuler sans un son, désarticu
Lées par l’éclampsie...Voilà le peuple qui a vu (et conti (1100)
Nue) ce que nous autres avons cru voir, peut-être, le so
Leil se coucher au fond des bois... Oh ! nous, c’est dans
Des livres (tiens! Le Grand Meaulnes) —qu’à rougeoyer
Entre les lignes, de tels couchants ont embrasé notre im
Aginaire, et déposé leur braise dans notre mémoire. Ou
Des récits, contes de fées, fadaises de grands-mères. Ou
Quoi encore ? Mais nul de nos gens, maîtres, valets, n’a
Pu voir cela en réalité : le soleil se coucher dans la forêt.
Eux (de la race blette et rabougrie) ont vu : les couleurs,
Brique, orangé, un rosé, l’écarlate, puis – en de longs fil (1110)
Aments le violâtre, et des mauves, un vert véronèse sus
Pect s’intercale. Des jaunes citrins, mais plombés. Voilà,
Me direz-vous, les teintes attendues – non ? Je réponds :
Oui ; là n’est pas la question. C’est le couchant même, le
Même couchant que celui que vous pouvez voir sur des
Champs, ou à la mer... Mais efforcez-vous de vous rapp
Eler un seul soleil, précis, que vous aurez vu se coucher
Dans les bois, et vous serez surpris. — Vous comprenez
Maintenant ? Or, eux ont vu, voient et verront des mille
Et des cents de soleils couchants au plus profond des es (1120)
Paces boisés. Comment ? pourquoi ? Je l’ignore. Il y a là
Ma foi, un secret, que je n’ai toujours pas pu percer... Et
Ils l’ont toujours vu sous les branches, le météore (mété
Ore... bon, le poète élargit ici un peu – pas mal – l’accep
Tion du terme. Mais s’il n’use pas, lui, de licences poéti
Ques qui le fera ? Et, « météore »... c’est beau ici, non ?).
Eh bien, donc (comme eut dit Beethoven en réassénant u
Ne phrase musicale particulièrement osée pour l’oreille
De ses auditeurs) : donc : Et ils l’ont toujours vu sous les
Branches le météore, après des hectomètres de jonchées (1130)
De feuilles, et non dans la tricherie de l’orée ou au bout
(Tympan glaireux, trouble opercule) d’une allée où il se
Serait comme par hasard encadré. Non, pas le soleil cou
Ché dans une échappée... mais comme je l’ai dit et répété
Dans les bois.. Ce dont l’anci.enne tribu seule a jamais é
Té témoin. Cependant, lui ayant tourné le dos, non sans
Un certain soulagement (car vraiment, ça n’est guère ra
Goûtant, de devoir les regarder dans les yeux, de leur ti
Rer quelques mots, maigres mots tirés de la bouche, bar
Billes, pelures de langue) – tu leur tournes le dos ils ont (1140)
Disparu, et tu retombes dans ton enfer/mement (je, non,
Je n’ai pas dit que l’enfer me ment, j’ai dit que l’enfer m’
Enferme. Non, en vérité j’ai dit, voulu dire que l’enferm
Ement est un enfer. Et là je, tu, nous sommes carrément
prochain épisode mercredi 25 janvier 2012
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 23 janvier 2012 à 10h48 dans Feuilleton | Lien permanent
Se lancer dans la lecture de Consolatio, car c’est à cela que nous invite ce texte, à voix haute, depuis son premier mot jusqu’à son dernier, revient à se lancer dans une aventure étrange, entre veille et sommeil, une traversée des états de la voix affrontant sa perte, en déséquilibre à partir de mots-appuis basculant un à un vers le silence, de toute leur gravité, de tout leur poids acquis par leur diction, de mots gravides.
C’est dire que le silence, ou ce que le texte désigne aussi comme “ vide ”, perçu à travers la chute des mots qu’un à un on y lâche, réverbère chacun, fait entendre chacun d’entre eux comme on ne l’a peut-être jamais entendu, en fait retentir l’écho vivace, livre d’une certaine façon le secret de ce qu’est un poème, s’en fait, sous nos yeux, sous les doigts gourds de notre voix qui l’accompagne, l’exemplaire “ phénoménologie ”. On dira que c’est le propre de tout poème ; Consolatio s’en fait, délibérément, l’exemplaire.
Lire Consolatio, revient ainsi à éprouver paradoxalement comment dans un poème chaque mot pèse avant de sombrer, emportant le secret de celui qui dit, qui lit, mais en en laissant persister la trace, trace d’un “ cœur qui veille ” même quand il dort, que nous reconnaissons à cette persistance, à la fois comme fantôme et comme noyau ou cœur justement de ce dont il s’agit avec un poème.
Lire Consolatio revient en somme à éprouver, dans l’arrachement même de chaque parole, la voix prenant (mot après mot, en l’assumant, de tout cœur) congé d’elle-même.
Faut-il préciser que le mot consolatio désigne ici surtout le sommeil comme compensation de la veille ?
Consolatio n’est donc pas un désert, frappé de toute part de vanité et de silence. C’est plutôt l’expérience inverse d’un souffle. Souffle qui, d’une part, circule et anime, qui éclaire entre les mots, de toute sa capacité de veille - de conscience persistant au-delà des frontières indécises du je et de l’autre, de la vie et de la mort, de l’illusion et d’un “ réel ” plusieurs fois pointé. Et qui, d’autre part, retraverse comme un Styx les perceptions et les images, et les textes d’ailleurs nombreux de la tradition antique, médiévale ou moderne qu’il emmène avec lui et revisite ; quelques auteurs sont explicitement mentionnés dans une note finale, d’autres relevés dans la postface de Martin Rueff. C’est l’expérience d’un espace chaleureux, celui propre à la voix, où l’on circule, accompagné d’un guide et d’un souffle.
Tombeau du Je à sa façon (on serait là proche de Mallarmé), tombeau qui serait aussi celui d’Orphée, ce texte fait néanmoins signe de tout lui-même vers son lecteur, depuis une mortalité assumée, déjà inscrite au centre du livre précédent Vanités Carré misère. L’adresse, à soi et à l’autre, y est déterminante. Consolatio s’apparente ainsi plutôt à une Consolation à la Boèce (quand Philosophie console le prisonnier, en seconde personne) ou à un Congé, à la Jean Bodel ou Adam de la Halle. Le poème nous confie la voix comme la confidence même, son articulation confiante comme le secret de la “ consolation ”.
“ Dans la nuit du Tombeau ”, Consolatio est donc l’épreuve même de la voix, suscitée, presque fantôme, enjambant les frontières imprécises interrogées par Nerval au début d’Aurélia, mais assurée qu’elle répond, qu’elle répond à une écoute. Lisez, écoutez.
[Pierre Drogi]
Yves Boudier, Consolatio, postface de Martin Rueff, éd. Argol, janvier 2012 - lire des extraits de ce livre
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 23 janvier 2012 à 10h35 dans Notes de lecture | Lien permanent
Yves Boudier publie Consolatio, aux éditions Argol. Poezibao propose également aujourd’hui une note de lecture de ce livre par Pierre Drogi.
Je ne suis pas entré
dans la nuit
c’est elle
qui
(sans éclat sans)
m’a élu : lors
le lieu
s’est
tu
|○|
Delta d’images crues
une diaspora
polaire
(mandorle – retable)
l’ancrage muet
au blanc
transi
(rets- lacs)
seul
couché
au bois d’un lit
mon désert
|○|
Venin des veilles
: consentir
à
(l’inquiétude
sanguine)
je sombre
drame ouvert / orifice arcane
contrefais
le blanc
de nuit
vile
copie
mentale
(ce n’est
rien)
Yves Boudier, Consolatio, postface de Martin Rueff, éditions Argol, 2012, pp. 33 à 35
lire cette note de lecture de Pierre Drogi
Yves Boudier dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1, communication séminaire Pierre Drogi sur la lecture de la poésie
Rédigé par Florence Trocmé le lundi 23 janvier 2012 à 10h34 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus par Poezibao. Il ne s’agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et les présentations font souvent appel aux informations fournies par les éditeurs.
Devant l’afflux de livres, Poezibao n’est plus en mesure de présenter chaque livre reçu de façon détaillée. Tous les livres reçus seront donc cités mais une partie seulement d’entre eux fait l’objet d’une présentation plus complète, accessible en cliquant sur « lire la suite de… » - pour les autres livres, Poezibao s’efforce de trouver des informations en ligne et donne les liens correspondants.
○Juan Gelman, Lettre ouverte suivie de Sous la Pluie étrangère, Caractères
○Jacques Darras, Irruption de la Manche, Le Cri
○Michel Robic, guère épais, al dante
○Patrick Amstutz, déprendre soi, éditions Empreintes
À propos de ces quatre livres, lire une présentation détaillée en cliquant sur « lire la suite »
et aussi
○Jean-Philippe Carlot, La colonne, traduit par Elena Vogli, avec les soins d’Alekis Vassilitos, avec un CD de la musique composée par Apostolos Kaltsas et Kostas Parissis, inspirée par le texte. (bilingue grec/français), Batsioulas, site de l’éditeur
○revue Esprits poétiques, 4, « Sortilèges », Hélices
○revue Borborygmes n° 20
○Eric Dubois, Ce que dit un naufrage, Encres vives
Lire la suite "Poezibao a reçu n° 199, dimanche 22 janvier 2012" »
Rédigé par Florence Trocmé le dimanche 22 janvier 2012 à 10h09 dans Poezibao a reçu | Lien permanent
Rappel : agenda, liens, informations sont désormais publiés ici
Les 19 articles publiés dans Poezibao cette semaine :
En particulier
L'Enfance des choses, carte blanche à Pascal Boulanger
Un poème contre l'excision (un Chantier de poème) d'Ariane Dreyfus
Les prix Max Jacob et Louis Guillaume
Feuilleton
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 19/41
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 20/41
[Feuilleton] Mont Ruflet d'Ivar Ch'Vavar - 21/41
Notes de lecture
Leçons de choses, d'Hervé Brunaux (par Alain Helissen)
L'Heure dite, d'Henri Deluy (par Jean-Pascal Dubost)
"A"9, de Louis Zukofsky, traduction Anne-Marie Albiach (par René Noël)
Sauf d'Antoine Emaz (par Anne Malaprade)
Anthologie
Juan Gelman (anthologie permanente)
Jacques Ancet (anthologie permanente)
John Cage (traductions inédites de Jean-René Lassalle - anthologie permanente)
Henri Deluy [Anthologie permanente]
Henri Meschonnic (anthologie permanente)
notes sur la création
Notes sur la création : Pascal Boulanger
Notes sur la création : Carlos Liscano
Fiches bio-bibliographiques
John Cage (1912-1992)
Poezibao a reçu
Poezibao a reçu n° 198, dimanche 15 janvier 2012
○ Franck Venaille, C’est à dire, Mercure de France
○ Henri Meschonnic, L’obscur travaille, Arfuyen
○ Yves Boudier, Consolatio, Argol
○ Pétrarque, je vois sans yeux et sans bouche je crie (trad. Y. Bonnefoy), Galilée
○ Robert Lafont, Poèmas, Poèmes 1943-1984, Jorn
○ Gilbert Lascault, Les figurines et les lettrines des délices, pastels de Thamar de Letay, coll. Plis urgents, n° 25, 13 €, Rougier, 2012, site de l’éditeur
○ Thomas Vinau, Chaque matin, Gravures de Dominique Mac Avoy, coll. Ficelles, n° 106, Rougier, 2012, 9€
○ Revue Résonance Générale, n° 4, automne 2011, avec des textes notamment de Jacques Ancet, Serge Ritman et Yann Miralles.
Rédigé par Florence Trocmé le samedi 21 janvier 2012 à 09h47 dans Poezibao Hebdo | Lien permanent
Mont-Ruflet
poème-feuilleton d’Ivar Ch’Vavar
21e épisode
Résumé de l’épisode précédent : Pauvre loup !... Les corbeaux passent dans le ciel et regardent la Terre depuis là. La camarade cligne les yeux en boudant. Il y a beaucoup de brouillard et les troncs des hêtres sont poisseux d’humidité.
Ressent forcément toi et moi, mais quoi ? C’est bien sûr
Que tu ne le sais pas non plus ? Corneilles croassent, re
Passant par là (c’est ici) elles répètent toujours le même
Mot : croââ.. croââ... Tu parles, Charles ! Croire à quoi ?
Mais aujourd’hui je saurais dire que ce bois était « grand »...
Que ce monde était grand, ce « petit » monde était grand: je
N’ai pas su le dire sur le moment... Je le ressentais ! Mais si l
Oin de toute parole. On reviendra ! On recommencera tu
Verras, un proche matin, encor t’emmenerai-je à ce tou
Rnant du chemin. Là, les grands champs, et là, les bois (1050)
Où s’enfoncer. Même, ce sera peut-être demain... Et on
Regardera jusqu’à tant – que les yeux nous tombent de
La tête, tout le pays —
La forêt, plus on s’approche de
Son cœur : en cercles concentriques ou par des biais, et
Moins on se sent près d’y arriver. Au fil des tours... des
Avancées... un soupçon... enfin tant de déceptions et de
Rages, un soupçon a bourdonné longtemps en nous, et
Il a bouilli avec l’écho, pris avec lui dans la profondeur
Du bois, dans le volume du moment, ça a bouilli. Nous
Sommes arrivés à la nudité de l’évidence : jamais on ne (1060)
Gagnera ce parage ; et pourtant on ne peut douter qu’il
Existe, et se trouve bien quelque part... Alors, marcher !
Battre buissons ; arpenter les futaies. Chablis, taillis. En
Jamber la fougère ; traverser les clairières. Et, en allant,
Que de caches se sont trouvées dans les fonds du bois !
De toutes tailles et de tous surplombs. Et que d’entrées
De sentiers, sentes et sentines ; tunnels de feuillages, tu
bes glaiseux et encombrés de racines... Et, tout le temps
On est invité à l’égarement, on sent à quel point on vou
Drait bien se perdre mais se perdre vraiment. Peut-être (1070)
Est-ce qu’on sait, sans savoir qu’on le sait, que : le cœur
De la forêt, on ne peut le gagner autrement. Il n’y a pas
D’autre voie que celle-là. Mais pour éviter de se laisser
Obnubiler, de s’obséder, de s’obstiner sur cette énigme,
Il y a d’autres questions à traiter, moins abyssales peut-
Être... Par exemple, je prends cet exemple du soleil cou
Chant. Ça n’a l’air de rien, mais... accordez-moi une mi
Nute, écoutez. Est-ce que le soleil se couche au fond de
La forêt, jamais ? Quelqu’un a-t-il jamais été témoin, et
J’insiste : témoin – d’un coucher de soleil forestier ? Ah ! (1080)
Vous voyez bien que vous êtes intrigué ! Alors des ban
Des de témoins, j’en ai trouvées. Oui, des bandes, et éti
Rées au fil des tournants, plaquées par une force centri
Fuge sur les bords perdants... Ils ont émergé il y a long
Temps dans la lumière de leur diminution : lumière hâ
Ve (du francique °haswa, « gris comme le lièvre ») ils se
Sont tenus devant cette lumière, comme devant un nou
Vel univers ; mais c’en était un très vieux, c’était le trou
Du cul de l’Histoire et leurs rhapsodes ils ont senti que
Le sens des grands poèmes était changé, et que les vers (1090)
En avaient tourné blets, ils surent que la race s’effiloche
Rait sur place, s’émacierait – avec ces yeux de bêtes qui
prochain épisode lundi 23 janvier 2011
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 20 janvier 2012 à 11h39 dans Feuilleton | Lien permanent
Publication aux éditions Arfuyen de L’Obscur travaille. Ce livre a été écrit durant les derniers mois de la vie d’Henri Meschonnic, en grande partie à l’hôpital, alors que la maladie contre laquelle il s’était battu depuis plus de dix ans allait prendre le dessus. En savoir plus
je nuage je voyage
l’air et moi
nous ne faisons qu’un
le temps est dans ma main
pour pouvoir te tenir
contre nous
serrés sur moi
ton visage mon jour ma nuit
13 juin 2008
je ne sais pas comment je fais
toute cette foule entre en moi
et tous ces visages
sont une part de moi
je m’émerveille
de tant aller de toutes les couleurs
et de me retrouver
moi en eux et eux en moi
nous marchons marchons ensemble
15 juin 2008
les inconnus qui me traversent
me sont connus
ceux que j’aime ont de l’inconnu
mon inconnu
et ils ne cessent
d’aller en moi
j’en suis dans tous les sens
7-10 octobre 2008
on marche
sur une écriture qui n’en finit pas
mais je ne sais pas lire
ce qui est écrit
30 octobre 2008
Henri Meschonnic, L’Obscur travaille, Arfuyen, 2011, pp. 32, 33, 54 et 56
Henri Meschonnic dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extrait 1, "Lecture" poétique 2, extrait 2, lecture à la librairie Tschann déc. 06 (Le nom de notre ignorance, la Dame d’Auxerre), sa mort, ext.3, notes sur la poésie
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 20 janvier 2012 à 11h28 dans Anthologie permanente | Lien permanent
Deux prix de poésie viennent d’être décernés
Le Prix Max Jacob est décerné à Gérard Noiret, pour Autoportrait au Soleil couchant (Obsidiane) et à Volker Braun, pour Le Masssacre des Illusions, traduit de l'allemand par Jean-Paul Barbe et Alain Lance (L'Oreille du Loup).
Le prix du poème en prose Louis Guillaume va à Déborah Heissler pour Comme un morceau de nuit, découpé dans son étoffe (Cheyne Éditeur)
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 20 janvier 2012 à 09h19 dans Evènements | Lien permanent
La poésie est une manière de dire et une manière d’être. Rien de maudit car rien de mal dit chez elle. Elle dépasse l’inacceptable de la vie sociale en relançant l’existence – son noyau d’enfance – que la servilité n’a pas encore détruite. Elle adopte une économie de type providentiel. Elle est dans le trait, dans le bref, le concis – jamais dans le bavardage sociologique ou psychologique – elle accueille la lumière épiphanique qui ranime les énergies et révèle toute chose à elle-même. Elle salue la beauté et elle est sans pourquoi.
Pascal Boulanger, in "L'Enfance des choses", Carte blanche du 19 janvier 2012
Rédigé par Florence Trocmé le vendredi 20 janvier 2012 à 08h30 dans Notes sur la création | Lien permanent
L’enfance des choses
Carte blanche à Pascal Boulanger
Où en suis-je ? Où en suis-je dans la lecture et dans l’écriture de mon époque ? Et où en suis-je dans ma propre actualité ? Lire et écrire une époque, n’est-ce pas toujours en dévoiler ses symptômes ?
Reprenons d’un peu loin. Je ne me suis jamais identifié au milieu d’où j’étais censé venir et grandir. J’ai toujours résisté à la pesanteur familiale et sociale, qui disqualifie l’expérience singulière. Et je me suis toujours opposé à toute forme de culpabilité et de servitude volontaire ou négociée. Je n’ai jamais fétichisé, en la fixant, la dette infinie et impayable envers tout collectif et ses « prêtres masqués ». Bref, je n’y suis pas. Et j’y suis de ne pas y être. Car fuir l’enfermement, trahir le repas collégial (Deleuze), c’est tenter de produire du réel et c’est laisser au devenir son innocence. J’ai enfin toujours joué le disparate et le désordre dans mes lectures et dans mes traversées. Rester a-collectif, irrécupérable, et se dégager d’un monde rongé par le négatif a été et demeure la question qui fonde mon approche de la poésie et de l’existence.
Ne pas appartenir à un réseau de pensée, à une communauté, se dégager des affaires de famille, se revendiquer athée social, permet, à un individu littéraire (Daniel Oster) d’adopter un rôle analytique. Autrement dit, je ne crois pas une seconde à cette époque à la fois joyeusement infantilisée et sinistrement sérieuse. Je n’adhère pas à ces remèdes et à ces prescriptions. Ni aux divertissements des masses et à ce cimetière en fête qui n’est qu’une tentative vaine de réanimation de l’inanimé.
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Téléchargement Pascal Boulanger, L'Enfance des choses
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 19 janvier 2012 à 15h29 dans Cartes Blanches | Lien permanent
« Je crois que je commence à comprendre un aspect de la création qui jusqu’ici m’avait échappé. La création n’a pas de fin, en ce sens qu’elle n’est jamais terminée. L’œuvre qui procurerait la paix, qui donnerait l’impression qu’on a enfin atteint l’objet recherché, n’existe pas. L’angoisse de ce qui manque revient dès qu’on a terminé l’œuvre qui manquait.
La création, c’est le déséquilibre ; ou plutôt, c’est l’action pour sortir du déséquilibre, pour chercher la paix. Mais il n’y a pas de paix ; on obtient seulement une trêve. Peu après, tout s’écroule et la recherche recommence. La création s’achève avec l’abandon définitif ou la mort. C’est ce qui explique que l’on recherche toujours quelque chose pour arriver à l’œuvre qui manque. On peut passer des mois sans rien faire qui justifie cette quête, mais on ne peut cesser de chercher. »
Carlos Liscano (Montevideo, 1949-), Le lecteur inconstant, p.41, Belfond, 2011
[choix de Vincent Gispert]
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 19 janvier 2012 à 14h51 dans Notes sur la création | Lien permanent
Curieuses leçons de choses qui mêlent fruits et légumes − représentés seulement par des dessins − à des blocs de texte de structures uniformes, l’ensemble étant divisé en sept chapitres. Chacun de ces petits blocs érigés en leitmotiv commence par « une semaine comme une autre » et se termine par « une semaine comme une autre est une autre semaine. » Entre les deux Hervé Brunaux livre quelques faits et gestes anodins de ses occupations jardinières. Et ce petit livre sombrerait vite dans la banalité sans l’intrusion inattendue d’actualités internationales trempées de violence, tels les actes de piraterie sur l’Océan Indien, les exactions de la Mosquée rouge, l’hécatombe par le virus du sida de la population du Swaziland, les cyberattaques… Les semaines se suivent et se ressemblent, teintées de vie ordinaire au calme de son jardin tandis que les médias déversent quotidiennement leurs flots d’actualités ensanglantées. Leçons de choses s’abstient de tout commentaire. Ce n’était pas des détonations de kalachnikov qui ont réveillé Hervé Brunaux la nuit dernière, mais deux blaireaux en train de croquer des noisettes sous le noisetier au jardin.
[Alain Helissen]
Hervé Brunaux, Leçons de choses, Dernier Télégramme, 48 pages ; 9€. dernier.telegramme@free.fr
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 19 janvier 2012 à 14h46 dans Notes de lecture | Lien permanent
Poezibao a publié hier une note de lecture de L’Heure dite, par Jean-Pascal Dubost.
Les feuilles à peine
Vertes
Plutôt violines
Commençaient à peine
De se déplier
•
Le froid s’étalait
Grandissait au soleil
|○|
Parfums d’épices
De poussière
Et d’herbes
Peu communes
Le ciel s’était levé
•
Lèvres
Et bruits de roches
Le ciel s’était levé
|○|
Pâquerettes ou
Marguerites
Un seul amour profond
Singulier
•
Ce matin
Où
La marjolaine
Partout fleurissait
|○|
Tête sous les pierres
Laisser venir
Les événements
Ou encore
•
L’arrière
D’une fumée
À peine légère
|○|
Une adresse très
Courante
Une enveloppe très
Blanche
Très irrégulière
Une couleur elle-même
Émeraude ou encore
•
Un seul petit matin
Une heure elle-même
Très courte
|○|
C’était
Ce que tu disais
Ce que tu répétais
Ce que tu soulignais
•
Une géographie affective
Et sous le crâne
Les viscères
Henri Deluy, L’Heure dite, Flammarion, 2011, pp. 18 à 23
Henri Deluy dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1, compte rendu de Les Arbres noirs (par Tristan Hordé), ext. 2, L’Heure dite (par D. Heudré), ext. 3, L’Heure dite (par JP Dubost)
Rédigé par Florence Trocmé le jeudi 19 janvier 2012 à 13h41 dans Anthologie permanente | Lien permanent