Véronique Montémont, l’
auteur de cet essai brillant, très documenté et fouillé, est universitaire.
Elle a travaillé sur Roubaud, mais aussi sur Jacques Garelli et sur Lorand
Gaspar. Une clé supplémentaire de sa passion pour Roubaud est qu’elle
s’intéresse également à la photographie et aux rapports de cette dernière avec
la littérature. Un des chapitres les plus émouvants explore en effet l’œuvre
d’Alix Cléo Roubaud, la femme de Jacques, morte d’une embolie pulmonaire trois
ans seulement après leur mariage. Elle était photographe et a laissé un journal
que son mari a fait publier. Elle est la figure centrale de toute l’œuvre ainsi
que le frère suicidé lorsque le poète approchait de la trentaine.
Le nombre est le fil
d’Ariane qui guide Véronique Montémont dans le labyrinthe. L’amour du nombre
dont elle montre bien toutes la complexité et les composantes : amour du
nombre exprimé dans la passion mathématique et l’intérêt de Roubaud pour le
fameux Bourbaki
(groupe de mathématiciens qui ont « refondé » les mathématiques),
mais aussi dans sa passion poétique, autour de deux formes principales, le
sonnet dont Roubaud est à la fois explorateur et fin connaisseur et les formes
japonaises, principalement haïku et tanka. Sur chacun de ces points, le livre
de Véronique Montémont va très au fond, dans le détail, fournissant maintes
clés et maints exemples. Lesquels -et ce n’est pas un des moindres intérêts de
cet ouvrage- permettent de revisiter, panoramiquement en quelque sorte, toute
l’œuvre de Roubaud, sous ses versants poésie, romans, écrits oulipiens, textes
pour enfants, etc. ; amour du nombre qui s’appuie sur une
« conscience numérique omniprésente » (372) comme si l’adulte n’avait
jamais cessé d’utiliser le subterfuge de l’enfant, tout compter pour moins
s’ennuyer.
Ennui qui semble par la
suite ne plus concerner l’auteur que Véronique Montémont présente d’emblée en
« écrivain, titulaire d’un double doctorat d’État en mathématiques et
littérature française, critique, jouer de go, oulipien, traducteur et historien
[qui] non content d’être un des plus grands poètes français contemporains, est
également auteur d’essais, de fictions médiévales, de méditations
philosophiques, de contes, de romans policiers, de poèmes pour enfants,
d’anthologie » et aussi bien entendu de cet immense cycle autobiographique
qui compte déjà plus de deux mille pages intitulé Le Grand incendie de
Londres. J’ai donné cette longue citation car elle conditionne toute
l’approche de Véronique Montémont qui explore chacune de ces dimensions, avec
tous les outils de l’analyse littéraire les plus pointus.
Ce livre est à ranger
près des livres de Roubaud, c’est un vade-mecum pour approfondir une œuvre
fascinante, complexe et qui se prête à lectures et relectures. C’est une enquête sur l’œuvre et sur la vie de Roubaud, ses fausses évidences, ses
secrets, ses tropismes, ses constantes et ses variantes, une enquête
passionnante qui tient le lecteur en haleine et qui lui donne envie de
s’immerger à nouveau dans l’œuvre du poète.
©Florence Trocmé
Véronique Montémont, Jacques
Roubaud, l’amour du nombre, Presses universitaires de Septentrion,
2004. 415 p. 2-85939-854-6, 21 €.

Rédigé par : Bartlebooth | dimanche 30 janvier 2005 à 23h31
Rédigé par : YvesT | dimanche 30 janvier 2005 à 16h16
Rédigé par : ne surtout pas cliquer ! | dimanche 30 janvier 2005 à 14h17