Syndications pour Poezibao

« Le Printemps et l'Iliade | Accueil | Almanach poétique : André Frénaud »

vendredi 18 février 2005

Avec la mort quartier d'orange entre les dents de Marie-Claire Bancquart

180205_bancquart

Avec la mort quartier d’orange entre les dents, un titre magnifique non seulement par la force de l’image mais aussi en ce sens qu’il remplit si parfaitement sa fonction de titre. Tout y est, me semble-t-il, de la thématique et de la manière de Marie-Claire Bancquart, à l’orée de ce recueil en quatre temps, quatre mouvements, quatuor dit même son éditeur François Boddaert. Thématique fuguée en effet pour rester dans les métaphores musicales, enlacements de quelques dominantes, récurrentes, reprises, travaillées, démontées, désossées, renversées, déclinées : la mort, le corps, l’arbre, les mots. Le corps dans sa matérialité presque médicale, cela m’a toujours frappée dans la poésie de Marie-Claire Bancquart qui se distingue de ses contemporain en cela que lorsqu’ils parlent du corps, c’est d’une façon finalement curieusement désincarnée, sans rapport avec la « carne », la viande, la chair, d’une façon abstraite, globale, comme une image, sans épaisseur. Alors que chez Marie-Claire Bancquart le corps est travaillé au corps, pris à bras le corps, il s’agit de lui faire rendre gorge, avec ses viscères, ses veines, ses tissus « en nous les aponévroses, les mastoïdes, les péritoines » … « tu déambules dans tes veines, tu escalades ta cage thoracique ». Le corps ici respire, vit, digère « mou, le corps. Bave, jouit // Dur le corps. Son squelette, ses cals./Muet » (116)
Et ce corps fait alliance avec les mots « cherchant passage imprévisible ». Car à qui est si proche du corps ne peut échapper le travail de la mort. Mais c’est la « mort quartier d’orange entre les dents », une mort affrontée avec pour arme la lucidité et le refus de se laisser abattre : « la mort la vie : /équivoques/dans leur ombre/un larron dérobe les mots /les suractive » (111).
La nature, ses fruits et ses feuilles, l’arbre (figure centrale du quatrième mouvement de la suite, « nous devenons /un arbre ciel compris [nous soutenons l’oiseau »), la ville, les outils et les instruments : il y a dans cette poésie comme une alchimie, résultante de l’alliage de matériaux étrangers, qui soudain « prennent » ensemble en un tissu de mots. « Alors l’existence devient marchable/ [un peu, à pas de chat » (99)
©florence trocmé

Marie-Claire Bancquart
Avec la mort, quartier d'orange entre les dents
Obsidiane, 2005.
ISBN :2.91194.84.8

Commentaires

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce weblog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Ce weblog autorise uniquement les commentaires émis par des utilisateurs enregistrés. Pour commenter, merci de vous identifier.