Outils Poezibao

Syndications pour Poezibao

« avril 2005 | Accueil | juin 2005 »

mardi 31 mai 2005

Revue Siècle 21 : présentation du numéro 6

310505siecle21revue_1La revue siècle 21 présentait hier soir dans le beau cadre du Centre Culturel Calouste Gulbenkian* à Paris, son sixième numéro consacré à un panorama de la littérature portugaise contemporaine.

En effet cette revue qui se fixe comme objectif "d’aborder les grandes questions de société et les littératures mondiales à travers la vision des écrivains de tous les pays et de tous les temps" (édito du numéro 1) présente dans chacun de ses numéros un gros dossier de littérature étrangère. De préférence peu ou mal connue en France.

Ce qui n’est pas tout à fait le cas avec ce numéro 6 puisque la littérature portugaise contemporaine a une certaine audience ici mais, il est vrai, surtout du fait de quelques grandes figures comme le Prix Nobel (1998) José Saramago ou encore d’auteurs comme António Lobo Antunes ou Lídia Jorge. Mais ils masquent de nombreux autres auteurs de grand intérêt, dans un contexte où la littérature, prose et poétique, est très vivante.

La revue présente donc un substantiel dossier de 18 auteurs présenté par Marie-Hélène Piwnik pour la prose et par Nuno Júdice pour la poésie.

310505sophie_kpsAprès une courte introduction de Sophie Képès, chargée de la coordination du numéro, c’est Marie-Hélène Piwnik qui hier soir a introduit le dossier (en l’absence de Nuno Júdice), avant que des extraits en soient lus par certains des traducteurs présents.

Dans son panorama, Marie-Hélène Piwnik a distingué plusieurs étapes dans la période représentée dans ce numéro et qui va des années 50 à celles de la fin du siècle, avec la coupure radicale du 25 avril 1974. Il y a bien sûr l’avant et l’après Révolution des Œillets, avec dans les années 50 et 60 une lutte clandestine dans une littérature caviardée par la 310505mariehelene_piwnikcensure, puis une période correspondant à la fin de règne de Salazar et enfin la grande libération d’après 74 anticipée en quelque sorte par les fameuses Nouvelles lettres portugaises, éditées en 1972 par les trois Maria (M. Teresa Horta, M. Isabel Barreno et M. Velho da Costa), violente provocation du régime par le côté sensuel et érotique du texte. Puis la révolution fait exploser la création littéraire et le phénomène est au demeurant bien perçu en Europe et en particulier en France qui organise en 1988 des Belles Etrangères consacrées à la littérature portugaise et qui multiplie les traductions.

Dans le domaine de la poésie, ce sont quatre générations qui sont représentées dans la revue des années 60 aux années 90. Avec à partir des années 60, une rupture par rapport à une poésie 310505pierre_lglisecostaantérieure très engagée et cela autour de deux grands courants, l’un incarné par un Gastão Cruz avec une tendance lyrique et élégiaque et l’autre par une femme comme Ana Hatherly d’abord très marquée par l’avant-garde brésilienne puis jouant plus librement sur la forme et le sens. Et plus tard, un retour vers une attention au monde du quotidien.

Dans la revue, les deux introductions signées Marie Hélène Piwnik et  Nuno Júdice savent allier une certaine brièveté à un véritable esprit de synthèse et introduisent magnifiquement à une belle sélection de textes de prose et de poésie où l’on retrouve les noms de Agustina Bessa-Luis, Helder Macedo, Mário de Carvalho, Lídia Jorge, Fernando Pinto do Amaral, parmi beaucoup d’autres.

Mais Siècle 21 comporte aussi deux dossiers thématiques, l’un Marges et Lisières, autrement dit tout ce qui est limites - intérieure ou extérieure -, frontière - franchie ou infranchissable - marginalité, "border-line" avec des textes de Claude Duneton et Amina Saïd entre autres, et l’autre Sur le310505lecturesiecle21_1 ring, autour du thème de la boxe, avec des écrits de Dickens, Thom Jones, Abdelkader Djemaï, etc.

Lire une présentation plus approfondie de la revue Siècle

©florence trocmé

*La revue a été publiée avec le concours du Centre National du Livre et le soutien de la310505joao_pedro_garcia_1 Fondation Gulbenkian.

 

Photos de haut en bas : 1. Le numéro 6 de Siècle 21, Sophie  Képès, Marie-HélènePiwnik, Pierre Léglise-Costa, Marie-Hélène Piwnik et Joao Pedro Garcia, directeur du service international de la Fondation Gulbenkian.
(toutes les photos peuvent être agrandies par simple clic)


Siècle 21 Littérature & Société, présentation de la revue

Sicle_21_bandeau_1siècle 21, Littérature et société, est une revue semestrielle qui s’est fixée pour but « d’aborder Les grandes questions de société et les littératures mondiales à travers la vision des écrivains de tous les pays et de tous les temps.

Chaque numéro comporte un gros dossier sur une littérature ou une époque donnée d’une littérature étrangère ainsi que deux dossiers thématiques. Animée par une équipe qui comporte de nombreux traducteurs, la revue est une revue de création qui privilégie les textes inédits ou les traductions en français inédites.

310505siecle21revue

Sommaire des numéros précédents
1. La littérature indienne ; Hugo vu d’ailleurs ; la guerre et la paix
2. La littérature africaine francophone ; l’étranger ; la mesure du temps
3 Imaginaire de Saint-Pétersbourg ; scatologie, pornographie, érotisme ; le jeu
4. La littérature birmane contemporaine ; La Ballade de la Geôle de Reading d’Oscar Wilde : nouvelle traduction ; Quant j’étais traducteur : l’expérience de traduction vécue par des traducteurs littéraires souvent eux-mêmes écrivains.
5. La littérature mexicaine des 30 dernières années ; Ce qui reste de toi : la mort de la mère ; les écrivains font leur cinéma.
6. De la littérature portugaise contemporaine ; Marges et lisières ; Sur le ring.

Prochains numéros (parution en septembre 2005 pour le n° 7 et au printemps-été 2006 pour ne n° 8)
7. La littérature sud-africaine post-apartheid ; La rue ; Bibliothèques interdites : Cuba.
8. Les écrivains d’Istanbul ; Eloge de l’écrivain : Chapeau !

Comité de rédaction
Jean Guiloineau (directeur de la publication), Sophie Képès, Catherine Pierre-Bon, Jérôme Verain, Tirthankar Chanda, Marie-Claudette Kirpalani, Michel Lebrun, Monica Valby, Timour Muhidine, Marilyn Hacker, Jean-Marie Chevrier.


Rédaction et administration : 41 rue Bobillot, 75013 Paris
Diffusion l’Esprit des Péninsules – Harmonia Mundi

Abonnement (2 numéros) : 30 € pour la France, 35 € pour les Dom-Tom et l’étranger, abonnement de soutien, 70 €

Anthologie permanente : Shirley Kaufman

310505kaufmanAU COMMENCEMENT

quand il s’éveille, il se retourne.
Quelque chose
manque.

Déjà elle est dehors dans le jardin
à respirer l’odeur des lilas, à nommer
les ptérodactyles.

Déjà elle revendique
l’étrange face ridée
dans l’étang.

Avec un empressement terrible, essayant
d’écoper la forme pâle
dans le creux de ses mains.

Ce n’est que de l’eau.
Son vœu est qu’elle lui dise
qui elle est, ou

ce qu’il a perdu.
Shirley Kaufman, Un abri pour nos têtes, traduction de l’américain et préface par Claude Vigée, Édition bilingue, Cheyne Éditeur 2003, P. 72 et 73

IN THE BEGINNING
When he wakes, he turns
on his side. Something
is missing.

Already she’s out in the garden
smelling the lilas, naming
the pterodactyls.

Already she’s claiming
the strange face rippled
in the pond,

a terrible eagerness, trying
to scoop the pale shape
into her hands

It’s only water.
She wants it to tell her
who she is, or

what he lost.

Voir la fiche de Shirley Kaufman

Shirley Kaufman

270505shirley_kaufman_1Poète, Shirley Kaufman est d’ascendance russe. Après une enfance à Seattle et un long séjour à San Francisco, donc sur la côte ouest des États-Unis, Shirley Kaufman s’est établie en 1973 à Jérusalem. Son œuvre, habitée par ses multiples voyages, comporte de nombreux recueils de poésie parmi lesquels Roots in the Air (Copper Canuon Press, 1996) et Threshold, paru en 2003 et qui réunit les œuvres parues ces dernières années.
Elle est également traductrice de l’hébreu, du néerlandais et de poésie israélienne contemporaine. Elle a reçu notamment le Shelley Memorial Award décerné par La Poetry Society of America.

Ses poèmes évoquent ses voyages, la vie à Jérusalem avec ses joies et ses drames, des personnages bibliques, une œuvre où « les échos de la Shoah se mêlent à ceux des guerres du Proche-Orient ou du Golfe Persique [...]disant l’élan de l’espérance indomptable face à l’avenir toujours plus menaçant (Claude Vigée, son traducteur en français pour un livre paru en 2003 chez Cheyne Eiodteur, Un abri pour nos têtes et qui regroupent des textes de Roots in the air, Racines dans l’air et de Threshold, Seuil).

Présentation de Un abri pour nos têtes sur le site de Cheyne Editeur.

Présentation de la lecture Claude Vigée, Shirley Kaufman et Sandra Gilbert sur Poezibao

Une interview (en anglais) avec Shirley Kaufman

Une évocation des lectures sous l’arbre du Chambon-sur-Lignon sur remue.net avec Claude Vigée.
©florence trocmé

 

Mathieu Bénézet à la librairie Le Divan, mercredi 1er juin

La Librairie Le Divan
invite à une lecture de

Mathieu Bénézet
Mercredi 1er Juin

à partir de 19 heures

Librairie Le Divan
203, rue de la Convention
75015 Paris
France
01 53 68 90 68 / 01 55 76 50 00
Fax : 01 42 50 84 68

lundi 30 mai 2005

Statistiques poétiques ? !

Publiée sur zazieweb.fr à partir de janvier 2002 et à la fois sur zazieweb.fr et sur Poezibao depuis le 1er décembre 2004, l’anthologie permanente m' a permis de citer 1206 extraits des oeuvres de 205 poètes différents. Chaque poète a fait l’objet d’une fiche bio-bibliographique. Ces fiches sont actuellement en cours de révision et d’actualisation et publiées au fur et à mesure de leur mise à jour dans le site Poezibao (voir la catégorie Poètes, fiches bio-bibliographiques dans la colonne de droite ou bien 2. Index des poètes de Poezibao dans la colonne de gauche.
Sur zazieweb.fr, de nombreux contributeurs sont venus ajouter leurs propres contributions, dès janvier 2002.  Le nombre d'extraits proposés dépasse les 4000 et le nombre de poètes cités est de l'ordre de plus de 400.
FT

Le dossier Heather Dohollau de remue.net

Très souvent citée dans l’almanach poétique de zazieweb à partir de janvier 2002, puis depuis le 1er décembre 2004 conjointement dans l’anthologie de zazieweb.fr et de Poezibao*, Heather Dohollau fait l’objet d’un colloque à Cerisy cet été. L’ocassion pour Ronald Klapka, qui me l’a fait connaître ce dont je lui suis infiniment reconnaissante, de mettre à jour, de compléter et d’enrichir le très beau dossier que remue.net lui a consacré
Poezibao espère très bientôt aller à la rencontre de Heather Dohollau qui vit en Bretagne.

*très exactement 19 fois entre le 25 janvier 2002 et le 8 mai 2005.

Anthologie permanente : Bernard Chambaz

(séquence 65)

Mobile. Au moins tant qu’on peut.
Mobile (Alabama)
Mobile : La Divine Comédie n’est jamais loin. Songer au coup des constellations, comment composer un livre.
Mobile. La matière est mobile.
Mobile (question de mécanique : soit un m – p se déplaçant au ras de l’eau à la vitesse de v).
Mobile un équilibre jamais définitif d’oiseaux ou de poissons au-dessus de ton lit et il suffit que tu souffles pour que ça se mette en mouvement.
Mobile comme dans My creative method : aller tout de suite au fait. A chacun d’y aller comme il peut.
Mobile : le perpétuel.
Mobile. Menuiserie autour d’une charnière, sur des gonds, fenêtre, temps, cœur.
Mo(derato canta)bile
Mobile de nos actions.
Mobile. Voir léger, nomade, vif, fragile.
Mobile poétique.
Mobile (amoureux).
Mobile : le roi Lear Artaud Van Gogh Goya Eliot Mao Conrad William Carlos Williams Cummings Malherbe Ponge Cendrars AnToine, CléMenNT, Coltrane etc.
Bernard Chambaz, Eté, p. 43.

300505chambaz_1 Le compte-rendu d’une lecture Bernard Chambaz aux Parvis Poétiques de Marc Delouze, le 29 mai 2005

La fiche bio-bibliographique de Bernard Chambaz sur Poezibao


dimanche 29 mai 2005

Bernard Chambaz aux Parvis Poétiques, à Paris

300505espace_vian"Si par définition, il n’y a pas de mot pour dire l’indicible, il peut en être (des mots) pour en approcher. Sinon nous n’écririons pas" (Été, séquence 215)


Je ne sais pas si c’est parce que Prévert et Vian ont habité juste au-dessus de l’espace Boris Vian, l’endroit où Marc Delouze organise ses Parvis Poétiques, mais il se passe souvent là de grandes choses.

300505delouzeUn dimanche par mois environ, à Paris, fin d’après-midi, à deux pas des odeurs de frites et de la foule de la Place Clichy, tout au fond de l’incroyable petit passage Véron, tout bucolique, il invente des alliages, des rencontres assez extraordinaires. Il vient de modifier un peu sa formule. En première partie de cette bonne heure de poésie (mais pas plus, une très bonne mesure), une grosse dizaine de minutes est dévolue à quelqu’un qui n’a pas encore publié ou de façon très confidentielle, disons par quelques passages en revues. Ensuite quarante-cinq minutes avec souvent un tandem poète/musicien.

300505evelyne_boix_molesEn première partie, ce dimanche 29 mai 2005, Evelyne Boix-Moles lit quelques-uns de ses textes dont certains viennent d’être rassemblés dans un cahier de la collection Encres blanches de l’éditeur Encres vives. Des textes émouvants, des arrêts sur instant, des moments comme contemplatifs « une feuille seule sur le labyrinthe des branches, noire loque, elle a la beauté d’une main… », quelque chose du « partage, rarissime, compassif, semble-t-il ».

Et puis ce fut le tandem Chambaz/Kassap. Une fois de plus, je vais employer le terme "bouleversant" (quelqu’un m’a écrit anonymement et très gentiment que j’étais un bad writer) mais c’est que la poésie EST souvent bouleversante…. Bernard Chambaz, Sylvain Kassap… Bernard Chambaz, le poète, pas assez connu sans doute en tant que poète mais beaucoup plus 300505chambaz_et_kassap_2connu pour le livre qu’il a publié en 1994, Martin cet été, livre écrit après la mort de son jeune fils de seize ans dans un accident de voiture. Mort qui depuis ne cesse d’habiter/vider, nourrir/hanter, irriguer/assécher, terrasser/bâtir son œuvre poétique. Œuvre qui semble soudain prendre une dimension supplémentaire avec cet objet qu’il publie aujourd’hui Été et que j’ai déjà présenté brièvement sur Poezibao. Recueil de 500 séquences, première livraison d’une collection/collecte de 1000 séquences, tel est le projet, 500 séquences de poésie qui mélangent tout depuis le bref récit jusqu’au poème, l’évocation, la remémoration des grands auteurs, surtout américains, Carlos Williams, Zukofsky, Ginsberg, Cummings, Pound, Olson, mais aussi Mallarmé (à cause d’Anatole), Ponge, Malherbe (pour Du Périer)….., les voyages, partout dans le monde et puis la vie qui essaie de continuer, avec ceux qui sont là (quatre au lieu descinq d’avant, souvent évoqués), l’amour, les deux fils et celui qui est mort appelé simplement de façon bouleversante le m- pêcheur, et puis des chiffres, des dates,
des anniversaires, le décompte des jours sans « 1er décembre/3431e jour »…. comme diastole/systole, dans un cœur, mort/vie-vie/mort, tout le temps, partout, mais amour aussi.

300505bernard_chambaz_seulEt Bernard Chambaz lit cette troisième partie de son livre qui s’intitule A partir de rien tandis que Sylvain Kassap, qu’il cite dans cette troisième partie et qui est aussi son ami « toi grand Kassap que nous venons écouter dans la cave des 7 lézards » (séquence 274), lisant par dessus son épaule, improvise et joue, joue de ses deux clarinettes, la clarinette en si b et la clarinette basse, emmêle son souffle, ses mélodies, ses mélopées, ses battements et ses claquements (mais comment fait-il pour obtenir de pareils sons sur une clarinette et lui donner par moment un son de contrebasse ? ), ses hoquets, ses feulements aux mots de Chambaz (féru de jazz, soit dit en passant !). On voudrait citer, citer, citer, on le fera, Poezibao le fera par bribes, par fragments, il y a de quoi faire.

300505kassap_clarinette_tronquMais surtout achetez ce livre, lisez-le, faites le circuler, vous qui lisez, vous qui écrivez, lisez Été. Une lectrice de Poezibao m’écrivait récemment que Claude Mettra (dont je signalais la toute récente disparition) avait « changé sa vie ». Je pense qu’un livre comme Été a aussi ce pouvoir, pour certains. Pour ma part, je sais déjà ce qu’il m’apprend (et je suis loin de l’avoir fini) et qui deviendra sans doute perceptible petit à petit dans l’écriture journalistique (Poezibao) ou dans l’écriture plus personnelle (dans le Flotoir).

©florence trocmé
photos de haut en bas : 1. dans l'espace Boris Vian, 2. Marc Delouze, 3. Evelyne Boix-Moles, 4. Bernard Chambaz et Sylvain Kassap, 5. Bernard Chambaz, 6. Sylvain Kassap.

Anthologie permanente : Gabrielle Althen

290505althenÉtonnement parmi les paradis cassés de la chaleur, une rosée lustrant la main en partance des feuilles. Levée de rideau, c’est l’impossible ! Allons, voyons, tout recommencer !…Quel avenir est sans sursis ? La scène est à ce point où prend la tige et je m’avance – naissance involontaire – si proche le carré de grès bleu d’une mer privée d’herbes, qui ne dit mot
Gabrielle Althen, Noria, Rougerie, 1983 p. 7.

Lire la fiche bio-bibliographique de Gabrielle Althen