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dimanche 29 mai 2005

Bernard Chambaz aux Parvis Poétiques, à Paris

300505espace_vian"Si par définition, il n’y a pas de mot pour dire l’indicible, il peut en être (des mots) pour en approcher. Sinon nous n’écririons pas" (Été, séquence 215)


Je ne sais pas si c’est parce que Prévert et Vian ont habité juste au-dessus de l’espace Boris Vian, l’endroit où Marc Delouze organise ses Parvis Poétiques, mais il se passe souvent là de grandes choses.

300505delouzeUn dimanche par mois environ, à Paris, fin d’après-midi, à deux pas des odeurs de frites et de la foule de la Place Clichy, tout au fond de l’incroyable petit passage Véron, tout bucolique, il invente des alliages, des rencontres assez extraordinaires. Il vient de modifier un peu sa formule. En première partie de cette bonne heure de poésie (mais pas plus, une très bonne mesure), une grosse dizaine de minutes est dévolue à quelqu’un qui n’a pas encore publié ou de façon très confidentielle, disons par quelques passages en revues. Ensuite quarante-cinq minutes avec souvent un tandem poète/musicien.

300505evelyne_boix_molesEn première partie, ce dimanche 29 mai 2005, Evelyne Boix-Moles lit quelques-uns de ses textes dont certains viennent d’être rassemblés dans un cahier de la collection Encres blanches de l’éditeur Encres vives. Des textes émouvants, des arrêts sur instant, des moments comme contemplatifs « une feuille seule sur le labyrinthe des branches, noire loque, elle a la beauté d’une main… », quelque chose du « partage, rarissime, compassif, semble-t-il ».

Et puis ce fut le tandem Chambaz/Kassap. Une fois de plus, je vais employer le terme "bouleversant" (quelqu’un m’a écrit anonymement et très gentiment que j’étais un bad writer) mais c’est que la poésie EST souvent bouleversante…. Bernard Chambaz, Sylvain Kassap… Bernard Chambaz, le poète, pas assez connu sans doute en tant que poète mais beaucoup plus 300505chambaz_et_kassap_2connu pour le livre qu’il a publié en 1994, Martin cet été, livre écrit après la mort de son jeune fils de seize ans dans un accident de voiture. Mort qui depuis ne cesse d’habiter/vider, nourrir/hanter, irriguer/assécher, terrasser/bâtir son œuvre poétique. Œuvre qui semble soudain prendre une dimension supplémentaire avec cet objet qu’il publie aujourd’hui Été et que j’ai déjà présenté brièvement sur Poezibao. Recueil de 500 séquences, première livraison d’une collection/collecte de 1000 séquences, tel est le projet, 500 séquences de poésie qui mélangent tout depuis le bref récit jusqu’au poème, l’évocation, la remémoration des grands auteurs, surtout américains, Carlos Williams, Zukofsky, Ginsberg, Cummings, Pound, Olson, mais aussi Mallarmé (à cause d’Anatole), Ponge, Malherbe (pour Du Périer)….., les voyages, partout dans le monde et puis la vie qui essaie de continuer, avec ceux qui sont là (quatre au lieu descinq d’avant, souvent évoqués), l’amour, les deux fils et celui qui est mort appelé simplement de façon bouleversante le m- pêcheur, et puis des chiffres, des dates,
des anniversaires, le décompte des jours sans « 1er décembre/3431e jour »…. comme diastole/systole, dans un cœur, mort/vie-vie/mort, tout le temps, partout, mais amour aussi.

300505bernard_chambaz_seulEt Bernard Chambaz lit cette troisième partie de son livre qui s’intitule A partir de rien tandis que Sylvain Kassap, qu’il cite dans cette troisième partie et qui est aussi son ami « toi grand Kassap que nous venons écouter dans la cave des 7 lézards » (séquence 274), lisant par dessus son épaule, improvise et joue, joue de ses deux clarinettes, la clarinette en si b et la clarinette basse, emmêle son souffle, ses mélodies, ses mélopées, ses battements et ses claquements (mais comment fait-il pour obtenir de pareils sons sur une clarinette et lui donner par moment un son de contrebasse ? ), ses hoquets, ses feulements aux mots de Chambaz (féru de jazz, soit dit en passant !). On voudrait citer, citer, citer, on le fera, Poezibao le fera par bribes, par fragments, il y a de quoi faire.

300505kassap_clarinette_tronquMais surtout achetez ce livre, lisez-le, faites le circuler, vous qui lisez, vous qui écrivez, lisez Été. Une lectrice de Poezibao m’écrivait récemment que Claude Mettra (dont je signalais la toute récente disparition) avait « changé sa vie ». Je pense qu’un livre comme Été a aussi ce pouvoir, pour certains. Pour ma part, je sais déjà ce qu’il m’apprend (et je suis loin de l’avoir fini) et qui deviendra sans doute perceptible petit à petit dans l’écriture journalistique (Poezibao) ou dans l’écriture plus personnelle (dans le Flotoir).

©florence trocmé
photos de haut en bas : 1. dans l'espace Boris Vian, 2. Marc Delouze, 3. Evelyne Boix-Moles, 4. Bernard Chambaz et Sylvain Kassap, 5. Bernard Chambaz, 6. Sylvain Kassap.

Commentaires

Mon objectif: realisée le premiere Festival Internacional de Poesia do Rio de Janeiro (Brasil) - poem@RIO.01 idea: janeiro 2006 ´(summertime) I need e-mail supports to the project. Ideas, suggestions... optimistic e-mails Could someone help me?
Dans mes rayonnages, j'ai retrouvé tout à l'heure le livre "Martin cet été" de Bernard Chambaz, découvert dans la collection Pocket en septembre 1995. Le soleil sur la couverture irradiait comme de manière atomique les pages qui suivaient, et que je n'ose relire aujourd'hui. La brûlure est encore trop forte, mais maintenant la musique des clarinettes dans le passage Véron (info vue grâce à François Bon sur remue.net), ce coin de verdure pavée où je m'étais promené il y a quelques mois, doit sûrement se fondre en flamboiement avec le nouvel "Eté" d'un écrivain qui a livré grande bataille avec une douleur pourtant indicible.

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