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vendredi 10 juin 2005

Lecture Marie-Claire Bancquart (dialoguée avec Claude Adelen) chez Tschann, hier, à Paris

100605adelenetbancquartHier soir, jeudi 9 juin 2005, à la librairie Tschann, boulevard du Montparnasse, Marie-Claire Bancquart donnait une lecture d’extraits de son dernier livre, paru chez Obsidiane, Avec la mort, quartier d’orange entre les dents.
Les organisateurs de cette manifestation, le directeur de la librairie Yannick Poirier et Muriel Bonicel, grande lectrice et connaisseuse de la poésie ont adopté une formule très satisfaisante à plus d’un égard : elle consiste à accompagner le poète d’un pair, souvent poète lui-même et qui présente son travail. Hier Claude Adelen* s’est chargé de cette sorte de mise en perspective de Avec la mort, quartier d’orange entre les dents. Et c’est ainsi à une lecture dialoguée que nous ont invités les deux poètes, en épousant le rythme du livre construit comme un quatuor dont la composition a ainsi été mieux mise en évidence. Pour chaque partie, quelques mots de Claude Adelen et lectures d’une sélection de textes par Marie-Claire Bancquart. Qui elle-même a explicité certains aspects de son travail.

100605marieclaire_lisantVivre, naître, voix, et corps, quatre mots-clés selon Claude Adelen autour desquels s’articule l’œuvre entière de Marie-Claire Bancquart, et au sein de celle-ci, ce livre au titre à la fois « évident et énigmatique », sur thème du fruit, du soleil, du temps, qui tombent…..
A propos de la première partie, Marie-Claire Bancquart insiste sur ce qu’elle ressent de la nécessaire implication du poète dans la vie du monde, dans ses drames, ses guerres, ses injustices criantes « le poète a une fonction, qui est de dire cette violence » et de s’interroger sur le rôle du poète qui serait de « dire en dehors des faux discours » en se fondant, en s’appuyant sur cette « énergie de parole qui est au cœur de toute poésie ». Elle développe cette idée d’une écriture de l’énergie, disant que si elle écrit en vers libres, ce sont des vers « sous surveillance » mais aussi des « vers de pulsion », qu’ils disent les choses violemment, les bonnes comme les mauvaises, qu’ils doivent être porteurs d’une « décharge » et que chaque poème est un « bloc de paroles » de tel sorte que le poète se fasse « passeur d’énergie » et que s’appuyant sur la mort et sur la révolte, il puisse énoncer une parole réfractaire capable de résister aux discours lénifiants.

100605marieclaire_bancquartOn sait aussi le rôle important accordé au corps dans l’œuvre de Marie-Claire Bancquart et elle développe au cours de l’échange avec Claude Adelen une double question non seulement sur la mort, très présente, mais aussi sur le fait de naître « pourquoi suis-je née ? dit-elle, pourquoi cette déchirure dans la chair générale ? ». « Et tous ces organes qui sont moi mais qui me sont étrangers, sauf à les mettre en rapport, par leur ADN, avec les êtres qui sont porteurs de ce même ADN  ; intérieur pourri d’étrangeté et pourri de rapports avec le monde »…. ;
La mort bien sûr est au centre de l’œuvre et notamment dans la troisième partie, avec une importante distinction entre la mort d’autrui et la sienne propre approchée de façon presque sensuelle, le travail de l’oubli. La IVe partie du livre, très marquée par le thème de l’arbre, se donne comme une sorte de réconciliation, ou de conciliation plutôt, en un entrecroisement symbolique de l’arbre et de la parole poétique.
Livre fermé, paroles tues, on a vraiment eu le sentiment d’avoir assisté non pas tant à un monologue que véritablement à cette lecture dialoguée annoncée par Claude Adelen et Marie-Claire Bancquart qui ont su se renvoyer les thèmes, les questionnements, les problématiques de la poésie de celle qu’on célébrait mais au-delà de la poésie en général.
©florence trocmé
Lire la fiche bio-bibliographique de Marie-Claire Bancquart
Lire ma recension de Avec la mort, quartier d’orange entre les dents

100605claude_adelen_1*Claude Adelen est critique et poète. J’ai toujours à portée de main son livre L’émotion concrète, recueil de ses très nombreuses critiques de poésie, qui m’aident parfois à entrer dans telle ou telle œuvre ou à en préciser un aspect ; et j’adhère pleinement à son idée qu’il faut croire « à l’apprentissage de cette langue étrangère qu’est la poésie par l’imprégnation régulière, l’accoutumance » et quand un peu plus loin, il dit qu’il rêve d’une chronique hebdomadaire qui contribuerait un peu à cette pénétration, je me prends à rêver que c’est au fond un peu son rêve que je tente d’accomplir de façon quotidienne avec l’anthologie permanente de Poezibao !
Claude Adelen est né en 1944 à Paris. Ses premiers poèmes furent publiés par Elsa Triolet dans les Lettres Françaises, en 1969. Il est membre du comité de rédaction de la revue Action poétique. Il a écrit régulièrement depuis 1987 des chroniques de poésie dans cette revue, mais aussi dans la NRF, la Quinzaine littéraire, Europe, etc
Ordre du jour, P.-J. Oswald, 1969
Bouche à la terre, Action Poétique, 1975
Légendaire, E.F.R. Petite Sirène, 1977
Marches forcées, U.R.S.A., 1985
Intempéries, Ipomée, 1989.
Le nom propre de l’amour, Le cri et Jacques Darras, 1995
Aller où rien ne parle, Farrago, 2001
Soleil en mémoire, Dumerchez, 2002 (Prix Apollinaire 2002)
Parmi ses livres de critique :
Henri Deluy : une passion de l’immédiat, Fourbis, 1995
L’émotion concrète, chroniques de poésie, Éditions Comp’Act 2004

Marie-Claire Bancquart a annoncé au début de la séance que Claude Adelen allait publier prochainement chez Dumerchez un livre de poésie intitulé D'où pas même la voix : où nous a-t-elle laissé entendre il serait question entre autres de Debussy et de Bach…….

Commentaires

je regrette de ne pas avoir pu y assiter mais grace à cette chronique je ne l'ai pas tout à fait manquer non plus...
J'attendais avec impatience cette chronique ! voilà qui est fait. Beau travail, Florence, on ne parle pas assez des rencontres poétiques de ce genre.

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