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vendredi 22 juillet 2005

Fiche de lecture : Jude Stéfan, rencontre avec Tristan Hordé

220705stefanlivrefermUne couverture noire ; une photo, petite et belle, celle d’un homme appuyé dos contre un mur ; un nom rouge sur le fond noir, Jude Stefan, un sous-titre blanc, rencontre avec Tristan Hordé et en bas, Argol, autre nom très évocateur, celui que Catherine Flohic a donné à sa nouvelle maison d’édition ; à mon sens, même si ce livre n’est pas le tout premier qu’elle publie sous le nom d’Argol et sans doute parce qu’elle a déjà une très belle expérience précisément de la « rencontre »*, ce coup d’essai est un coup de maître.

On ne peut pas dire que le concept de ce livre soit entièrement nouveau. Il me fait penser au principe de la collection Découvertes inventé jadis par le regretté Pierre Marchand chez Gallimard. Un texte courant et tout un hors-texte, fait à la fois de textes et d’images. Mais les Gallimard sont d’un petit format, en couleur et souvent la lecture en est riche mais très fatigante. Ici rien de tout cela. Ce livre est un régal et j’espère qu’il sera suivi par d’autres rencontres aussi riches et aussi belles. Le format, 22 x 17 cm, est très agréable et se prête bien au jeu des textes. Car jeu il y a, très subtil. Tristan Hordé mène en effet ses rencontres avec Jude Stéfan sur des thèmes : le nom et le pseudonyme, les apprentissages, les genres, les langues, l’enseignement, les femmes, les chiens et la mort, parmi d’autres. Les questions sont précises et délicieusement courtes (j’ai en mémoire trop de ces entretiens où les questions sont interminables, presque plus longues que les réponses de l’auteur !) et Jude Stéfan répond franchement, sans souci de plaire. Il dit ce qu’il a à dire, comme il le dit au fond dans sa poésie. Et c’est là l’autre mérite de ce livre, le montage des textes de Stefan proposé en regard de chaque entretien, avec une pertinence et une cohérence formidables. Je ne sais si c’est Tristan Hordé qui les a choisis, ce qui suppose une connaissance très intime et très profonde d’une œuvre riche de nombreux opus mais aussi de facettes diversifiées ou si cela s’est fait avec l’aide de Jude Stéfan, mais c’est très éclairant. Se construit ainsi un véritable cheminement qui fait peut faire office aussi d’introduction à l’œuvre. La lecture, contrairement à ce que je disais des Découverts de Gallimard, est extrêmement agréable et on se laisse absorber par le jeu des échos entre les questions/réponses et les poèmes, les proses proposés en contrepoint. A la fin du livre Jude Stéfan dresse une de ces petites biographies marquées par l’auto-dérision dont il a le secret et Tristan Hordé donne lui avec le plus grand sérieux une magnifique et très complète bibliographie. Le livre est émaillé de photos, des 220705stefanlivreouvertmaisons, des épouses et amies, de Jude Stefan lui-même, de jardins, de livres et bien sûr de chiens.

Ce livre peut permettre à ceux qui la connaissent bien de revisiter l’œuvre de Stéfan ou d’en découvrir des pans cachés et à ceux qui la connaissent encore peu ou mal de découvrir son ampleur, sa force âpre et sa nécessité. Un très beau travail pour lequel il faut saluer tant l’éditrice que les auteurs, Jude Stefan et Tristan Hordé. Cet ouvrage puisse-t-il inaugurer une vraie série de rencontres de ce niveau.
©florence trocmé

 

Jude Stéfan, rencontre avec Tristan Hordé
Argol, 2005
ISBN : 2-915978-02-6, 23 €

*Chez Flohic Éditeur, elle a publié une remarquable collection de "rencontres" entre écrivains et peintres, Jacques Roubaud et Constable, Charles Juliet et Cézanne, Pascal Quignard et Georges de la Tour, pour n’en citer que quelques uns.

voir la fiche bio-bibliographique de Jude Stéfan
Lire un article de Jacques Drillon sur ce livre dans le Nouvel Observateur

Commentaires

merci pour votre article de "vraie" lectrice de Stéfan. L'anthologie est de moi (je lis Stéfan depuis... longtemps). Je prépare un n° collectif de la revue NU(E) [publiée à Nice par Béatrice Bonhomme] consacré à Stéfan : je vous l'enverrai si j'ai votre adresse.

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