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dimanche 31 juillet 2005

Anthologie permanente : Danielle Fournier

ce vent, oui, ce vent, entre les plis de la chair de
la mer et le fleuve et la rondeur de la peau. Nous
nous battons contre des forces obscures pour
arriver vivantes, malgré le difficile éclatement de
soi

au centre absolu, au ventre, nous habitons les
rues lisses. À l’infini, des cieux lumineux. Je ne
te quitte pas sans baisser la tête ni tendre mon
corps

incendiée, au plus près du vide, dans la déme-
sure – avant le poème

je reconnaîtrai, hier, que nous avons été, à l’au-
rore, sans savoir qui de nous commença l’autre,
dans une ville sans nom, à tracer du doigt
les lettres d’une langue réfugiée.

Danielle Fournier, Il n’y a rien d’intact dans ma chair, L’Hesagone, 2004, p. 30.

voir la fiche bio-bibliographique de Danielle Fournier

samedi 30 juillet 2005

Anthologie permanente : Henri Michaux

On le prend sur le fait, le changement ruisselant des humeurs.
Tout à coup, la joie est là, révélée, avant qu’on ne l’ait sentie. Il ne faut plus que la reconnaître. Mais quelques minutes plus tard, sans se briser, elle ralentit, s’immobilise en quelque embrouillamini, où elle trouve une attache forte et dont elle ne peut se défaire, rôdant autour sans profit.
[...]
Lentement, une mélancolie, traversant une mélancolie, rencontre plus loin une mélancolie qui se fond et se rallonge en une nouvelle mélancolie. Les chars sont embourbés. Tout afflige. Tout « repousse ». Mélancolie ne désemplit plus.

Henri Michaux, Passages, (1937-1963), nouvelle édition revue et augmentée, Gallimard, 1950, 1963, p. 126.

voir la fiche de Henri Michaux

vendredi 29 juillet 2005

Communiqué des Editions Corti

L'éditeur José Corti informe tous ceux qui fréquentent son très beau site, riche de 2500 pages environ  que l'adresse jose-corti.fr a pu être rachetée et remise en ligne.
(jose-corti.com est également valide)
FT

Anthologie permanente : Friedericke Mayröcker

290705mayrockerà un coquelicot au milieu de la ville

des mes têtes fuse
le feu d ‘artifice des larmes, le
lilas rouille, le troène
gémit, le camouflage de
l’été laisse prévoir l’orage –
du lait d’euphorbe ensemence le champ, les
sansonnets chutent, des moustiques
fourmillent dans un buisson d’épines,
l’éclosion flétrie d’un
nuage par une cerise vert pois
couronnée –
avec toutes ses gravures impériales
d’aigles doubles – portrayés sur briques rouges – effrite
le mur du cimetière qui
n’est plus soutenu que de sempervirentes
vrilles de lierre –
battant des ailes dans un vent ascendant
se tient
mon cœur qui épie comme rapace

Friederike Mayröcker, Métaux voisins, traduit de l’allemand par Jean-René Lassalle, Atelier de l’Agneau, 2003.

voir la fiche de Friedrike Mayröcker

jeudi 28 juillet 2005

Anthologie permanente : Guy Goffette

Ex-libris

Cela se tait si fort qu’on s’arrête :
quelques grains de tabac, la fleur noircie
d’un pavot et, parmi les cernes de café,
des larmes. Derrière la vitre des mots,

un homme s’est assis qui n’en peut plus
ayant brûlé ses yeux, son nom, perdu
tous ses biens. Peu lui importe
qu’un fleuve continue entre les marges

du livre, s’il est plus seul qu’un fétu
rejeté sur le bord, à la merci du vent,
quand vivre, c’est encore et encore
mourir à tout ce qui refuse

l’exil, la nudité, la nuit.

Guy Goffette, Éloge pour une cuisine de province, suivi de La vie promise, Poésie/Gallimard, 200, p. 195.

voir la fiche de Guy Goffette

mercredi 27 juillet 2005

Anthologie permanente : Heather Dohollau

270705dohollauEZRA POUND

J’aurais pu le voir
Cette dernière année
Mon premier été
A Venise

Vieux Thésée
Tenant le fil
Du labyrinthe
Du Dorsoduro
Vers la Dogana
Et ses rêves de jeune homme
The Custom House
La sortie

Sur le Zattere
Une lumière d’argent
Enchâssait sa tête de cygne
Se redressant hors de l’eau
Et le contresigne de l’ombre
Voguait sur les murs

Lumière et ombre
Dans les calli vides
Sur le pont un instant
Il se retourne et voit
Frémir les feuilles

Au matin du monde
Et serrant sa canne
Descend attentivement
les marches

Un parfum d’été
Passant par-dessus les murs
Ouvre doucement
La distance

Heather Dohollau, Matière de lumière, Folle Avoine, 1985, sans pagination.

voir la fiche de Heather Dohollau

voir aussi le programme du colloque Heather Dohollau qui s’est tenu en sa présence à Cerisy en juin 2005

mardi 26 juillet 2005

Anthologie permanente : Jude Stefan

Pour célébrer la parution du très beau livre édité par les éditions Argol, Jude Stefan, entretien avec Tristan Hordé : lire la fiche de lecture

260705jude_stefan_1p. de chiffres

cent milliards de damnés
six milliards de yahous
six tonnes de crottes à Paris
200 000 poètes en province
80 000 lacs en Suède
4 877 dessins & 37 autoportraits
105 robespierristes exécutés
54 maximes sur poutre,
même en Arcadie germera l’ennui
nés de sperme, que spectres
                    allant au vide
en garçonnet encasquetté maculé
engaloché des nombres accablé
                    admirés les aubépins
                    sans leur pouvoir parler
depuis vingt années un livre s’attendait : madame
Tussaud baker street
si plus tard on le lit
parmi les humains joueurs de fléchettes
- et milliards de blasphèmes autant que
d’étoiles

Jude Stefan, Génitifs, Gallimard, 2001, p. 23, cité in Jude Stefan, entretien avec Tristan Hordé, Argol, 2005, p. 78.

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lundi 25 juillet 2005

Importante communication concernant le site de l'éditeur José Corti

Certains l'ont peut-être constaté, le site de José Corti n'était plus accessible depuis quelques jours. José Corti vient de faire parvenir le communiqué suivant :

"Suite à un  problème technique, les éditions Corti ont perdu leur nom de
domaine jose-corti.fr.
Dorénavant, l'intégralité des quelque 2500 pages sont mises en ligne cette adresse

http://jose-corti.com/

Anthologie permanente : Béatrice Douvre

Je rappelle que la revue Linea consacre cet été un important et très beau dossier à Béatrice Douvre, la passante du péril, avec notamment des contributions de Gabrielle Althen, Jean-Yves Masson, Pierre Maubé et une sélection de l’œuvre de cette jeune poète, disparue en 1994.

270705douvreDÔME
Un chemin mène à l’horizon merveilleusement teint de collines. Le pays rayonne sous l’ornière. Je vois des lampes bleues et noires, ce sont des pierres qu’un feu bouge, le soir, quand le pas creuse encore l’avenue. Et je sais la rumeur qui augmente le ciel, j’entends le chant patient de l’éveillé ; et l’invisible entre deux pierres, le long d’un vent est un visage. Ce qui vient, vient brisé, et le pas tente un pas de rêve, brûlé comme le nôtre, ouvrant l’abîme nuitamment, dans la passion de l’éternel.

Béatrice Douvre, Le Temps franchi (1992), in revue Linea n° 4, été 2005, p. 17.

Lire la fiche bio-bibliographique de Béatrice Douvre

Exposition de livres de poésie illustrés par Tapiès

Exposition Antoni Tapiès
encres, gravures, lithographies, livres.
jusqu'au 13 août 2005
à la Galerie Remarque à Trans-en-Provence

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avec notamment, parmi les ouvrages publiés aux éditions Unes et présentés dans cette exposition :La substance et les accidents de Jean Frémon 1991. 1/80 Arches, 15 lithographies de Antoni Tapiès,
Trois leçons de ténèbres de José Angel Valente, ed. Unes 1985, gravure de Antoni Tapiès
Material memoria, José Angel Valente ed. Unes 1986, gravure de Antoni Tapiès
L'éclat
deJosé Angel Valente ed. Unes 1987, gravure de Antoni Tapiès
Intérieur avec figures de José Angel Valente ed. Unes 1988, gravure de Antoni Tapiès
Mandorle
de José Angel Valente ed. Unes 1991, gravure de Antoni Tapiès

Galerie Remarque 2, place de l'Hôtel de ville 83720 Trans-en-Provence
A mi-chemin entre Aix-en-Provence et Saint Paul de Vence
sur l'autoroute A8, sortie Le Muy (5km) tel : 04 94 84 54 72
ouvert du mardi au samedi de 15h 30. à 19h 30.