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lundi 31 octobre 2005

Anthologie permanente : Vesna Parun

311005_parun_copieCOULEUR BLEUE

Grand-mère avait une petite maison sur la colline.
Sur la colline, les fossoyeurs portaient
le soleil, et elle chantait.
Dans la forêt se précipita le vent avec quatorze brigands.
Ils avaient des visages de terre cuite et des yeux d’étain.

Le vent, les fossoyeurs, la grand-mère ailée, et moi
et les brigands avec des yeux
d’étain.

Ceci est ma vie, loin de toi, couleur bleue,
toi qui dors ensorcelée
dans la petite maison sur la colline.

Vesna Parun, La pluie maudite et autres poèmes, traduit du croate par Borka Legras et Anne Renoue, Obsidiane, 1990, p. 88 et 89.


MODRINE

Baka je imala kućicu na brdu.
Grobari su nosili sunce
na brdo, a ona je pjevala.
U šumu je upao vjetar sa četrnaest
razbojnika
imahu lica od pečene zemlje, oči od
kositra.

Vjetar, grobari, krilata baka i ja
i razbojnici sa očima od
kositra ?

To je moj život daleko od tebe, modrino
što začarana spavaš
u kućici na brdu


En savoir plus sur Vesna Parun :
sa fiche bio-bibliographique

et d’autres extraits de son œuvre, sur Poezibao
extrait 1, extrait 2 , extrait 3

dimanche 30 octobre 2005

Anthologie permanente : Jean-Gabriel Cosculluela

RIEN N’ETAIT

à Jacques Ancet

Où il y a l'attente, longtemps, et sans retour, où il y a dire, et puis ne plus pouvoir dire, où il y a écouter et puis ne plus pouvoir écouter, où il y a regard et puis tenter de regarder encore, et sans retour. C'est un chant, et malgré la douleur, il n'y a rien d'orphique, c'est un chant sans retour. Chaque mot creuse, là où il est pour un instant, là où il est, même dans l'absence.


Rien n'avait changé mais rien n'était plus comme avant
Jacques Ancet

Ce qu'il n'est plus: que le mot rien dans le mot absence, que le mot ombre dans le mot corps et l'ombre ne se retourne pas, elle tourne ou elle avance, voix perdue dans la lumière subite. Le mot attend son retour, non, le mot attend sans retour. Chaque mot tourne, absent dans l'absence, sidéré dans le silence. Il est encore une ombre dans le silence: rien n'était plus, rester sans rien dire, comment, sans qu'il dise rien ?

Extrait inédit
A paraître dans
D’un retrait, deux, Ed. Atelier des Grames

bio-bibliographie de Jean-Gabriel Cosculluela

extrait 1,

 

samedi 29 octobre 2005

Anthologie permanente : Danielle Fournier

301005_fournierPour célébrer la parution d’un nouveau livre de Danielle Fournier

et dis-moi, maintenant, le passé que nous aurons.

je monte ces marches et témoigne que les Tziganes de l’Est défendent des langues poignardées avec des mains qui s’ouvrent sur les secrets les plus purs. Leurs actes gardent le souvenir d’exils brillants et de fuites blessées ; entre nous, un univers déglacé

derrière les persiennes d’une immémoriale éternité, des pièces fermées, murées, étrangeté inchangée. Malgré ces embâcles, je confesse les confluents infinis pendant que quelqu’un, là-bas, chante.

entre le fin du jour et le lever du soleil, au bout de chemin qui conduit au fleuve, j’aurai inventé les soupirs

la rencontre des âmes

Danielle Fournier, Il n’y a rien d’intact dans ma chair, L’Hexagone, 2004, p. 46.

Bio-bibliographie de Danielle Fournier,
deux autres extraits sur Poezibao
extrait 1, extrait 2,
compte rendu d’une
lecture aux Parvis poétiques,

vendredi 28 octobre 2005

Anthologie permanente : Jean-Paul de Dadelsen

281005_dadelsenQu’as-tu fait de ton frère Maurice ?

             J’étais ailleurs. Je n’ai rien entendu.
            Je n’écoutais pas. Je me regardais dans un miroir.
            Ce n’est pas moi qui ai ouvert le gaz.
            Je n’ai rien fait pour mon frère Maurice.

Ombre, qu’ai-je à t’offrir ?
                            Quel pain ?
            Je n’ai pas défriché, pas labouré, je n’ai pas semé,
            Je n’ai tracé que des chemins de poussière et
            mon sillage parfois sur la mer qui oublie tout passage.
            Quel pain, sinon de ténèbre et de séparation ?
                            Quelle eau ?
            Je n’ai pas marché vers les eaux désirables,
            je n’ai pas de quoi te donner à boire.

Jean-Paul de Dadelsen, Aux ombres, in Jonas, Jonas, suivi de Les ponts de Budapest et autres poèmes, Poésie/Gallimard, n°405, 2005, p. 91 et 92.

bio-bibliographie de Jean-Paul de Dadelsen,
extrait 1 (
Bach en automne),
Jonas
(fiche de lecture),
extrait 2 (
Bach en automne)

jeudi 27 octobre 2005

Anthologie permanente : Marie Etienne

271005_etienneAATAS ET L'ORIGINE

                Je suis le joueur de Lul
on m’appelle
        chevalier du guet
Aatas
        ou encore Nazar
voyant
                Lul a fini par m’aimer
        un jour je mourrai
        pour la mélodie
Ayéa !
        Mon instrument n’est
        pas la harpe ni
        la cithare ni
        l’arc il est les trois
        dénué de manche
        comme la cithare
        les cordes penchées
        comme on voit la harpe

        Lul est aussi l’arbre
        proche du village
        que les Perses nomment
la Merveille
        et les Portugais
        Arber de reyes
                son tronc est unique et droit
        et ses branches tombent
        dans la terre d’où
        rajeunissent les forês

Marie Etienne, Anatolie , Flammarion, 1997, p. 163 et 164.

Bio-bibliographie de Marie Etienne
extrait 1,

Marie Etienne aux 20 ans du Nouveau Recueil

mercredi 26 octobre 2005

Anthologie permanente : Henri Pichette

261005_pichetteDeux patoiseries extraites de Les Ditelis du rougegorge de Henri Pichette.

Ne disposant pas de photos de rouge-gorge, je propose un autre oiseau, très rouge, nord-américain, le cardinal.

paupetit
afringalé*, effriboulé*, regriché*
et puis quand souffle le grand vent
ses plumes toutes rebrouffées
paupetit

*Afringalé : affamé (patois nivernais) ; *effriboulé : pris de froid, gelé des pieds à la tête (patois de Moret-sur-Loing), *regriché : hérissé (patois angevin)

Tout frimassé*, tout grelottant
Il s’approche du feu de bois d’un boquillon*,
Et là il fait la cendrillon*,
Ses ailes à fleur de flamme.

*Frimassé (matéphoriquement) : "poudré à frimas", mot d’origine bas-mancelle ; *Boquillon, forme haut-normande ou picarde de "bûcheron" ; Cendrillon : se dit d’une petite fille qui ne quitte pas le coin du feu.

Henri Pichette, Les Ditelis du rougegorge, Gallimard, 2005, p. 29 et 33
(les notes sont d’Henri Pichette)

bio-bibliographie d'Henri Pichette,

Présentation de Dents de lait, dents de loup,

Présentation de Les ditelis du rouge-gorge (avec extrait)

mardi 25 octobre 2005

Anthologie permanente : Shirley Kaufman

251005_kaufmanSauver sa peau

Pendant le mois qui précède la chute des feuilles,
tout se cramponne
pour sauver sa peau. Quand je m’arrête
sur le sentier où les lézards courent
en tous sens dans les bordures de fleurs, un
lézard s’arrête avec moi. Il pourchassait
son ombre en remontant le flanc abrupt
de la colline. Maintenant il se tient immobile
et nous faisons ensemble l’étude d’un souci
au voisinage du lierre. Nous respirons tous les deux
aussi doucement que possible pour l’empêcher
de bouger, pour empêcher que cette minute ne
glisse dans la suivante.

Shirley Kaufman, Un abri pour nos têtes, traduit de l’américain par Claude Vigée, édition bilingue, Cheyne Éditeur, 2003, p. 47

For Dear Life

It is the month before the leaves
fall, everything hanging on
for dear life. When I stop
on the path where lizards run
in and out of the borders, one
lizard stops with me. It chased
its shadow up the steep side
of the hill. Now it stands still
and together we study a marigold
next to the ivy. We both breathe
as softly as we can to keep it
from moving, to keep this minute
from slipping into the next.

Shirley Kaufman, Un abri pour nos têtes, traduit de l’américain par Claude Vigée, édition bilingue, Cheyne Éditeur, 2003, p. 47

Bio-bibliographie de Shirley Kaufman
compte rendu d’une lecture :
 lecture Village Voice (05),   
deux autres extraits de Shirley Kaufman sur Poezibao :
 
extrait 1,
extrait 2,

lundi 24 octobre 2005

Erratum Double Change

Attention
Erratum : la lecture aura lieu le samedi 29 octobre et non pas le vendredi 29 comme c'était indique dans le communiqué diffusé par Double Change et précédemment publié sur le site

Double Change invite à la lecture bilingue de

Oscarine Bosquet
et
Kristin Prevallet

le Samedi 29 octobre à 19h30
à la galerie EOF
15 rue Saint Fiacre 75002 Paris
(M° Grands Boulevards)

Revues : Linea

Linea_4A l’origine de la création de Linea, il y a le souhait de l’Association du personnel de la Bibliothèque nationale de France (APBnf) de créer une revue qui fasse découvrir la poésie, la littérature d’aujourd’hui à ses membres et, au-delà, à tous les lecteurs intéressés.
Linea est créée en 2002 par Pierre Maubé (qui la baptise), Anne Stell, Annie Villaret, Daniel Billieux. Son comité de rédaction se répartit entre personnels de la Bnf et personnes extérieures, poètes et écrivains.
Dès le départ, le concept est dégagé : Linea sera une revue semestrielle, d’une centaine de pages, qui ne publie pas seulement de la poésie, mais aussi des nouvelles, des textes en prose, des essais ; chaque numéro comprendra un dossier consacré à un écrivain. On vise la qualité et l’on sort des sentiers battus. Qu’on en juge par le sommaire du premier numéro : un dossier Daniel Leduc, des textes de Gérard Bocholier, Jean Mambrino, le slovène Tomaž Šalamun…
Monique Calinon, représentante de l’APBnf, rejoint ensuite l’équipe fondatrice en tant que directrice de la publication. Marc Fontana, présent dans la revue dès le numéro 1, devient rédacteur en chef à partir du numéro 2

Linea_3Rencontre avec Linea
Poezibao : Que peut-on dire de Linea après deux ans d’existence ?
Marc Fontana : Il s’agit bien d’une revue « ouverte », plutôt éclectique (bien sûr, dans le sens le plus honorable du terme), internationale, actuelle. Il n’est que de citer quelques uns parmi les auteurs publiés depuis le 1er numéro pour vous en donner la preuve: Werner Lambersy, Gilles Baudry, Serge Pey, Marcel Moreau, Raymond Farina, Gérard Augustin, Jean Rousselot, ainsi que le croate Boris Biletič, l’israélienne Hava Pinhas Cohen, le finlandais Markus Jääskelaïnen, l’irakien Jabbar Yassin Hussin, le tibétain Ljang Bu et tout récemment l’italien Gesualdo Bufalino. Il n’est pas de « ligne » éditoriale à Linea, si ce n’est celle d’un partage d’expériences littéraires originales et significatives. On peut dire, je crois, que nous avons atteint un « palier » qui suscite un certain intérêt de la part des auteurs que nous estimons et des lecteurs qui nous sont devenus fidèles.

Poezibao : Comment décidez-vous du contenu des différents numéros ?
Marc Fontana : Nous recevons des textes mais nous sollicitons aussi des auteurs. Mon travail est de « piloter » un travail d’équipe, de lui donner une direction. Chaque membre du comité de rédaction apporte ses idées, coordonne éventuellement un dossier, par exemple Anne Stell (qui anime au François Coppée, à Paris, les soirées « Territoire du poème ») pour le dossier Daniel Leduc (n°1), Pierre Maubé pour le dossier très remarqué sur Béatrice Douvre (n°4), moi-même pour le dossier Annie Saumont, dans le prochain numéro…

Poezibao : Que projetez-vous justement pour vos prochains numéros ?
Marc Fontana : Le dossier du n°5, numéro d’hiver, sera consacré à la nouvelliste Annie Saumont, celui du n° 6, à paraître au Marché de la Poésie 2006, au poète Pierre Dhainaut, deux écrivains que Linea estime beaucoup. Et puis bien sûr, toujours des poètes, des nouvellistes, des essayistes français et étrangers, connus ou inconnus. Cette diversité peut faire de Linea un lieu de confrontation qui rallie des poètes et écrivains, acteurs d’une mosaïque de rencontres. Linea doit demeurer une ligne de partage, c’est sa raison d’être et c’est notre ambition.

Les sommaires de Linea

Linea 1, printemps 2003

Dossier Daniel Leduc, de l’aube humaine à la nuit mutante.
Poèmes Gérard Bocholier, Gilles Cheval, Chantal Dupuy, Marc Fontana, Anelé Kersyteé-Josadé (Lituanie), Werner Lambersy, Jean Mambrino, Tomaz Salamun (Slovénie), Jeanine Salesse.
Nouvelles Sylvie Huguet, Pierre-Olivier Costa.
Etudes « Tu ne t’aimes pas », Nathalie Sarraute, par Muriel Rudel. Italo Calvino et les livres, par Antonina Gutta
Entretien : Pierre Dubrunquez, par Anne Stell.

Linea 2, hiver 2003-2004

Dossier  Gérard Bocholier, le chant de l’inconnu qui approche.
Poèmes Gilles Baudry, Boris Biletic (Croatie), Yankel Karo, Suzanne Le Magnen, Pierre Maubé, Michel Monnereau, Hava Pinhas Cohen (Israël), Patrick Raveau
Nouvelles Stéphane Poirier, Jean Rousselot.
Etude Albert Camus, du bonheur païen au bonheur tragique, par Sarah Huou
Entretien Serge Brindeau, par Anne Stell

Linea 3, automne 2004

Dossier Werner Lambersy ou l’idéale invisibilité.
Poèmes Jabbar Yassin Hussin (Irak), Markus Jääskeläinen (Finlande), Ljang Bu
(Tibet), Alvaro Marchetti (Italie), Evelyne Morin, Serge Pey, Frédéric Pouchol.
Nouvelles Marc Fontana, Arnauld Pontier.
Etude Pétrarque 2004 et l’idée du sonnet, par Philippe Marty.
Lectures Jean Rousselot, le lutteur fraternel, par Pierre Maubé. Serge Brindeau : voyages, par Anne Stell.

Linea 4, été 2005

Dossier  Béatrice Douvre, la passante du péril.
Poèmes Gérard Augustin, Jean-Louis Clarac, Raymond Farina, Yankel Karo
Proses
Gesualdo Bufalino, Marcel Moreau
Nouvelle Kira Sapguir.
Etude Jean Rousselot, poète du sang versé, du corps vibrant par Jean-Noël Guéno

Linea 5, hiver 2005-2006 à paraître en janvier 2006

Dossier  Annie Saumont, l’insolite du quotidien.

Linea 6, été 2006 à paraître au Marché de la Poésie 2006

Dossier  Pierre Dhainaut

La revue Théodore Balmoral en danger

Une lettre de Thierry Bouchard

Chers amis,

je vous écris pour vous informer que la revue connaît un passage difficile. Le bénévolat de son factotum ne suffit plus. Alors que Théodore Balmoral atteint son vingtième anniversaire, il doit alerter tous ceux qui sont attachés à son existence. Il ne pourra pour­suivre son aventure que si vous l'aidez. Je fais donc appel à votre soutien et à votre générosité, à l'un ou à l'autre. À vos propositions aussi. Comment aider la revue ? De différentes façons : en incitant vos proches, vos amis, vos connaissances à s'abonner à Théodore Balmoral. Si chacun d'entre vous décrochait deux, trois abonnements, un premier pas serait fait. En achetant les anciens numéros à des prix souvent soldés. En acquérant les livres. En faisant, dans la mesure du possible, un don à la revue.

Je forme tous les voeux pour que la revue passe ce mauvais cap. Je vous suis d'ores et déjà reconnaissant pour votre aide et vous adresse de mes meilleurs sentiments,

Thierry Bouchard.

Éditions Théodore Balmoral
5, rue Neuve Tudelle - 
45100 ORLÉANS
télécopie et téléphone 02 38 5107 12

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A titre indicatif
Abonnement 2 numéros, 37 €, abonnement 4 numéros, 68 €

Mél: theodore.balmoral@wanadoo.fr