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mercredi 30 novembre 2005

Anthologie permanente : Oscar Venceslas von Lubicz Milosz

Aujourd'hui, premier anniversaire de Poezibao, j'ai choisi un texte auquel je suis très attachée parce qu'il représente un de mes premiers vrais contacts avec la poésie, alors que j'étais très jeune, contact plus personnel que celui que pouvait véhiculer l'enseignement scolaire. Ce texte fut l'origine d'un choc que je n'ai pas oublié.
Je le dois à un livre que beaucoup connaissent Le Livre d'Or de la poésie française de Pierre Seghers.
Hommage lui soit rendu et puisse-t-il inspirer la suite du travail de Poezibao, au quotidien, dans la même visée de mettre la poésie un peu plus en valeur, dans une société et une civilisation qui lui tournent le dos si facilement.
J'ai bien conscience que pour un anniversaire, le texte n'est pas très gai !

Une dernière chose enfin, recopiant ce texte comme je le fais de tous les textes de l'anthologie, je me souviens…que je le sais presque entièrement par cœur. Et je déplore que l'on apprenne plus par cœur la poésie.

VII
TOUS LES MORTS SONT IVRES

Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale
Au cimetière étrange de Lofoten.
L'horloge du dégel tictaque lointaine
Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten.

Et grâce aux trous creusés par le noir printemps
Les corbeaux sont gras de froide chaire humaine
Et grâce au maigre vent à la voix d'enfant
Le sommeil est doux aux morts de Lofoten.

Je ne verrai très probablement jamais
Ni la mer ni les tombes de Lofoten
Et pourtant c'est en moi comme si j'aimais
Ce lointain coin de terre et toute sa peine.

Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines
Au cimetière étranger de Lofoten
- Le nom sonne à mon oreille étrange et doux,
Vraimentt, dites-moi, dormez-vous, dormez-vous ?

- Tu pourrais me conter des choses plus drôles
Beau claret dont ma coupe d'argent est pleine,
Des histoires plus charmantes ou moins folles ;
Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.

Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne
La voix du plus mélancolique des mois
- Ah les morts, y compris ceux de Lofoten -
Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi…

Oscar Venceslas von Lubics Milosz, in Livre d'Or de la poésie française, Seghers (je n'ai pu trouver l'année), p. 318
et recueil Chansons et danses d'autrefois, in Poésies, tome I, Éditions André Silvaire, 1972, p. 176.

bio-bibliographie de Milosz

Commentaires

j'etais moi aussi tres jeune quand j'ai lu pour la premiere fois cette poesie . je suis tres heureuse de la retrouver ce soir sur votre site . merci beaucoup yvette.
AVENTURES "Cela ou autre chose, tout le reste, plus encore : autant que l'amour, que mourir se peut, partout, littéralement et en tous sens, absent de tout bouquet, ou tel un vase immense plein d'encre et jonché de pétales, où recueillir les larmes de la langue, ce qui remonte du coeur et se noue dans la gorge, le fond de l'âme peut-être, inapparent, défait, robe en chiffons, trous de misère, c'est une église dans la mémoire, un jardin vide après trois ans, le son d'une cloche lorsque la neige entre en rafales dans le clocher, les craquements d'un escalier, deux ou trois pièces avec des meubles et des cartons, les bougies soufflées de l'anniversaire, les papiers froissés de Noël, dehors le vent, et dans la chambre un baiser tiède, un oreiller, ou quelques livres pour commencer, près de la lampe, l'étrange histoire de tout cela devenu fou, peut-être mort, à force de glisser à des années-lumières de l'amour." J.M Maulpoix, Ne cherchez plus mon coeur, Ed. P.O.L, p. 20 J'en profite pour souffler la bougie de l'anniversaire avec toi, Florence.

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