« Anthologie permanente : Michel Butor | Accueil | Anthologie permanente : Mathieu Bénézet »

mardi 20 décembre 2005

Anthologie permanente : Silvia Baron Supervielle

    Les réveils, à l'aube, initient l'enfant à la différence.
    Il ne sait pas où réside cette différence, comparable à être vivant ou à être mort. Il était les deux : un peu de la vie et un peu d'avant ou d'après la vie. Il n'arrivait pas à exister totalement. Peut-être que l'abandon dont il a souffert ne fut pas total non plus, une moitié de lui étant restée accrochée à sa physionomie qu'il ignore, tandis que l'autre s'en arrachait brutalement pour s'éloigner.

    L'autre moitié s'éloigne toujours. C'est pourquoi il n'a pas la capacité de sortir de lui, ni de son ombre, et de voler beaucoup plus haut jusqu'à se désenchaîner de ses bonds. Comme il ne peut pas se briser au sommet des voltiges, à la manière de la mer. Ce désir, qu'il nourrit en permanence, lui rappelle qu'il a peut-être été elle : il retrouve sans sag ses gémissement. Et la saveur amère remonte à ses pupilles.

Silvia Baron Supervielle, La Frontière, José Corti, 1995, p. 33.

Silvia Baron Supervielle sur Poezibao :
Fiche bio-bibliographique
extrait 1, extrait 2,

Commentaires

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce weblog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Ce weblog autorise uniquement les commentaires émis par des utilisateurs enregistrés. Pour commenter, merci de vous identifier.