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lundi 05 décembre 2005

Anthologie permanente : Bernard Noël

2.

    Il y a un lieu infranchissable.
    Tout en moi voudrait que ce lieu soit fictif : une simple hypothèse proposée pour un vain défi.
    Cependant, ce lieu a surgi une fois ou plusieurs et son désir subsiste : un désir trouble où l'effroi se mêle à la curiosité.
    Je veux atteindre un dehors inhumain.
    Ce sont des mots alors que là, il n'y a plus de mots.
    Reste l'impression : elle seule.
    Toute impression forte affecte le corps à cause de l'émotion qu'elle suscite, et si le corps s'interroge sur la nature de ce qu'il éprouve, le voilà qui remonte vers l'espace mental. L'observation utilise bien sûr des mots mais leur usage assèche le flux…
    Comment accepter cette brusque carence devant un phénomène qu'on ne voudrait pas qualifier d'impensable ou d'indicible car il n'y a pas plus d'impensable ou d'indicible pour la raison que ni la pensée ni le langage ni la pensée ne sont environnés d'une extériorité qu'ils auraient à conquérir peu à peu comme une terre vierge. L'impensable est du provisoirement impensé et l'indicible du provisoirement non dit tout comme l'invisible est provisoirement dissimulé derrière du visible….
    La pensée présente nous cache une pensée future parce que son exercice nous occupe entièrement. Ainsi notre activité mentale ne cesse-t-elle de nous masquer un arrière-pays dont l'obscurité menace d'envahir ce qui nous éclaircit. L'écriture pressent cette ombre, qui peut-être la suit, ou qui peut-être la pousse en avant… A moins qu'il n'y ait deux arrière-pays : la région claire du déjà pensé, du déjà dit, et l'autre, celle qui reste en attente…..

Bernard Noël, Ce désir d'écrire, in La vie en désordre, L'Amourier, 2005, p. 64.


bio-bibliographie de Bernard Noël,
Lecture aux Parvis poétiques (nov. 05),
Extrait 1

voir aussi :
les "lectures" de Bernard Noël par Alain Marc

Commentaires

La réalité s'est faite toute peau / elle a peur de sa propre étendue / elle appelle un geste et le partage /// il faut d'abord planter l'ongle et la griffe / soulever un peu de l'épaisseur faire / surgir l'accident minuscule un souvenir /// la taupe du papier va tout droit / c'est un désir masqué qui cherche / où se cache toujours le commencement /// est-ce que la durée voudrait un lieu / elle taille ici un labyrinthe / elle verse dessus l'apparence d'un champ /// et le secret fait semblant de n'être rien / il met des rides plante des pas perdus / les sentiers d'un visage enterré sous le temps Bernard NOËL Jaques CLAUZEL Peintre Fata Morgana 2005 Pas de pagination
L'occasion de vous dire enfin "Merci!" pour ce morceau de pain quotidien, je veux dire ce bout quotidien de poésie

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