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samedi 31 décembre 2005

Rues de la forêt belle de André Ughetto

311205_ughettoPrésent, implicitement, dans le titre, l'arbre pourrait bien être l'emblème de ce livre publié au Taillis Pré (encore l'arbre !) par André Ughetto.

Et cela de plus d'une façon. Certes, l'arbre est le sujet, l'objet de nombreux poèmes ! Dès l'entrée du livre et son "Forêts, vous finissez/à l'intérieur des villes". Deux vers très représentatifs aussi de la quête d'André Ughetto car s'il privilégie le règne végétal, ô combien, il ne se détourne pas pour autant du concret de la vie quotidienne et moins encore de l'exercice de la pensée. Sur le monde, sur l'être, sur la poésie. Restons un moment dans le domaine du végétal  pour dire le bonheur de ces poèmes qui  sont dédiés à ces arbres, à leurs "houles verdoyantes", puisque"c'est bien à leur fourche extatique/que nous rêvons encore de monter" ; ils sont là "Oliviers couronnés de pâleur/Lauriers cernés d'une gloire odorante/Bouleaux médecins/Peupliers miroitants télégraphes", etc.

Si le végétal - et la forêt singulièrement- compte parmi les thématiques majeures du poète, fondamentale aussi est la présence humaine, celle des nombreux poètes célébrés, cités par Ughetto, depuis René Char (il faut rappeler que les deux poètes furent voisins à l'Isle-sur-Sorgue), jusqu'à Christian Gabriel/le Guez Ricord, Gabrielle Althen, Léon Gabriel Gros, Dominique Sorrente pour n'en citer que quelques-uns. Très présents aussi les civilisations anciennes et les souvenirs des voyages, en Chine, en Angleterre, dans le désert.

Plus frappant encore peut-être : la tonalité générale des poèmes, tous écrits dans une langue classique, sobre, avec de temps à autre une pointe de préciosité : tonalité comme archaïque, mythique, ancestrale.
Remarque qui permet de glisser vers l'étonnante construction du livre dominée par…. l'arbre. Et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit de l'arbre des Séphirot, comparable pour les kabbalistes à l'Arbre de vie, véritable diagramme de la création. Cet arbre est construit sur trois axes sur lesquels se répartissent les séphirots qui sont des nombres et des symboles représentatifs de la création, celle du cosmos mais aussi celle, individuelle, de chaque homme. "Tout acte, toute opération, tout projet humain peut-être lu selon ce schéma" dit André Ughetto qui depuis toujours passionné par la Kabbale, a naturellement songé à cet arbre des Sephirot quand il s'est agi de publier une importante sélection de poèmes écrits depuis des années. Il a donc choisi puis réparti les poèmes en une première série ascendante depuis le niveau le plus bas, Malkuth, "notre séjour terrestre, notre sphère d'action" jusqu'à la Couronne Kether "point primordial, point dans le cercle". Mais "comme notre condition n'est pas de rester plantés sur une cime", le poète invite son lecteur à redescendre vers l'incarnation; "désescalade, redescente vers les séphires inférieures".
De tout cela, très justement, André Ughetto s'explique dans ses Intentions, en guise de postface. On est heureux de trouver au terme de la lecture des poèmes, de plus amples explications sur ces noms hébreux aux résonances inconnues qui ponctuent le livre, têtes de chapitres, Tipheret, Netzach, Hod, Yesod. Il décrit cet autre arbre, symbolique, ésotérique, comme un "stimulateur de [ses] errances imaginatives, repris "comme un opérateur de classement pour des poèmes". Confronter aux dix niveaux séphirotiques ces poèmes, dont la plupart furent écrits antérieurement à l'idée de la construction du livre "a été une façon de les mettre à l'épreuve, de les unifier en les reliant et d'affirmer leur diversité en les maintenant sous un principe unitaire".

Mais surtout que tout cela n'inquiète pas le lecteur ! Rues de la forêt belle n'a rien d'un ouvrage mystique, ésotérique, hors de portée : c'est avant tout un beau recueil de poèmes qui offrent, à ceux qui le désirent, de très beaux moments de lecture qu'ils aient envie ou non de se pencher aussi sur la construction du livre et sur l'univers assez fascinant des Séphirot dont la polysémie semble en accord ave "l'irréductible et nécessaire polysémie de la poésie". Car c'est d'elle, la poésie qu'il s'agit ici avant tout et sans aucune ambiguïté.
©florence trocmé

André Ughetto dans Poezibao :
fiche bio-bibliographique
rencontre avec André Ughetto (nov 05)
extrait 1

André Ughetto, Rues de la forêt belle, Le Taillis Pré, 2004.
isbn : 2-930232-87-0, 20 €

Extrait

La poésie est un ouvrage astronomique
Un long calcul dont nous sommes les osselets
Une chance sur des milliards que survienne un astéroïde
l'entropie d'un immense brouhaha
La recherche de la simplicité la plus exquise
Le silence lacté d'un étang sous la lune
La paix qui s'émerveille à la proue d'une rencontre
La vie discrète au parler incertain, la
Silhouette d'une biche fugace en un vert pré.
(p. 85)

Anthologie permanente : Claude Vigée

                                   311205_vigee

La grande Passacaille1

Écoute le roulement des galets dans la mer !
Hors les murs nus de l'être prolongeant
la hantise de la musique muette,
soudain murmurent en nous les flûtes du crépuscule.
Dans le passage de notre souffle mortel
les mots tracent le sens que nous espérions rencontrer
en explorant du regard
chaque soir chaque matin qui hennit en plein ciel -
la bouche ouverte boit
le vent pluvieux toujours resurgissant,
le vent qui vient d'ailleurs
et porte en soi comme une absence
le silence pareil au germe jaillissant
hors du commencement sans visage et sans lieu :
respirer de nouveau, plonger dans le temps fabuleux des noces
où s'étreignent le jour et la nuit emmêlés.
Afflux divin du livre qui en porte le rythme
comme une lame de fond arrachée au ventre de la mer,
chevaux d'écume dansant caracolant, puis tout à coup
se cabrant pour jouir
jusqu'à la crête mortelle et blanchissante du ressac.

Juillet 2001 – septembre 2002)

1Sur un air de l'Armide de J.-B. Lully (1686)

Claude Vigée, Danser vers l'abîme, in Dans le Creuset du Vent, Essais, Poésie, entretiens, Parole et Silence, 2003, p. 161.


Lire un autre texte de Claude Vigée
Fiche bio-bibliographique de Claude Vigée

Claude Vigée

311205_vigee_et_massonClaude Vigée est né à Bischwiller (Bas-Rhin) le 3 janvier 1921 dans une famille juive établie en Alsace Son enfance se passe dans une région où on parlait surtout le dialecte alsacien. Cette expérience sera décisive pour lui "les mots du dialecte alsacien sont saturés de substance" dit-il dans Délivrance du Souffle. Il faut aussi lire Un Panier de Houblon pour mieux comprendre le caractère fondateur de cette enfance, pourtant marqué par le climat de tristesse engendré par la mésentente de ses parents et le caractère dépressif de sa mère.
Il fait ses études secondaires au collège classique de Bischwiller puis au lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg. En 1938, il est évacué, puis expulsé d'Alsace avec tous les siens à la suite de l'occupation nazie. Étudiant en médecine, il participe à l'organisation de la résistance juive à Toulouse contre l'occupation hitlérienne et le gouvernement de Vichy, d'octobre 1940 à fin 1942. Il publie ses premiers vers dans la revue résistante
Poésie 42, chez Pierre Seghers.
Réfugié aux États-Unis au début de 1943, il s'y marie après la guerre avec sa cousine Évelyne, et y termine son doctorat en langues et littératures romanes en 1947.
Il enseigne la littérature française à l'Ohio State University, à Wellesley College, puis à l'Université Brandeis, près de Boston. C'est là que grandissent ses enfants, Claudine et Daniel, nés en 1948 et 1953.
En 1950, il publie son premier livre de poèmes,
La lutte avec l'ange, à Paris,
La famille s'installe en Israël durant l'été 1960 et il est nommé professeur de littérature française et comparée à l'Université hébraïque de Jérusalem, où il enseignera jusqu'à sa retraite, en 1983.
Le 18 mars 2000, le Centre culturel Claude-Vigée a été inauguré à Bischwiller.
311205_vigee_2 Depuis 2001, Claude et Evy Vigée sont installés à Paris.
Claude Vigée a reçu plusieurs prix littéraires français et étrangers : le Prix international Jacob-Burckhardt (Suisse, 1977), le Prix Fémina Vacaresco pour la Critique (1979), le Prix Johann-Peter Habel (R.F.A. 1984), le Grand prix de Poésie de la Société des Gens de Lettres de France (Paris 1987), le Prix de la Fondation du Judaïsme français (1994), le Grand prix de Poésie de l'Académie française (1996), Le prix de Littérature européenne de la Fondation Würth (2002).
De son vrai nom Claude André Strauss, Claude Vigée choisit son nom dans les années 40 "Comme mon aïeul Jacob sortant du gué du Yabbok vainqueur, mais blessé, après le combat avec l'ange, « je boîte, mais
vie j'ai -, moi aussi ! » Désormais, Claude Vigée sera mon nom, celui d'un poète juif" (Cité in Anne Mounic, La poésie de Claude Vigée, l'Harmattan, 2005, p. 61)


Bibliographie
Forme du poème : Étude sur la poétique, The Ohio State University Press, 1949
La lutte avec l'Ange, Les Lettres, 1950 - réédition l'Harmattan 2005.
Avent, Les Lettres, 1951.
Aurore souterraine, Seghers, 1952.
La Corne du Grand Pardon, Seghers, 1954.
L'été indien (poèmes et journal de l'été indien), Gallimard, 1957 - réédition Cerf/Paroles et Silence 2001.
Les artistes de la faim, Calmann-Lévy, 1960
Révolte et louanges, José Corti, 1962
Canaan d'exil, Seghers, 1962
L
e poème du retour, Mercure de France, 1962.
Moisson de Canaan, Flammarion, 1967
La lune d'hiver, Flammarion, 1970, réédition : Honoré Champion 2002
Le soleil sous la mer (poèmes 1939-1971), Flammarion, 1972.
Délivrance du souffle, Flammarion, 1977.
Du bec à l'oreille (album de textes), Ed. de la Nuée Bleue, Strasbourg 1977
L'Art et le démonique (essais), Flammarion, 1978
L'Extase et l'Errance (essais), Grasset, 1982 
Pâque de la parole, Flammarion, 1983
Le Parfum et la Cendre (entretiens), Grasset, 1984
Les Orties noires (poèmes et proses), Flammarion, 1984 - réédition éd. Oberlin 2001
Vivre à Jérusalem, Une voix dans le défilé, 1960-1985 , Nouvelle Cité, 1985
La Manne et la Rosée (essai), Desclée de Brouwer, 1986 .
La Faille du regard (essais et entretiens), Flammarion, 1987.
Wénderôwefir, Association Jean-Baptiste Weckerlin, Strasbourg, 1988.
Aux sources de la littérature moderne I, les Artistes de la Faim (essais), Entailles - Philippe Nadal 1989.
Le feu d'une nuit d'hiver (poèmes), Flammarion, 1989
Apprendre la nuit, (poèmes), Arfuyen, 1991
L'héritage du feu, Mame, 1992
Dans le silence de l'Aleph, Albin Michel, 1992
L'héritage du feu (essais – poèmes - entretiens), Mame, 1992
Les puits d'eaux vives (avec Victor Malka), Albin Michel, 1993
Un panier de houblon
tome I,
La Verte Enfance du monde, J.-C. Lattès, 1994
tome II,
L'Arrachement, J.-C. Lattès, 1995
Treize inconnus de la Bible (avec Victor Malka), Albin Michel, 1996
La Maison des vivants, Images retrouvées , La Nuée Bleue, 1996 
Aux portes du labyrinthe (poèmes, 1939-1996), Flammarion, 1996
La lucarne aux étoiles, Cahiers de Jérusalem, 1967-1997, Le Cerf,1998
Le Grenier magique , Graph-Editions, Bischwiller, 1998 
Vision et silence dans la poésie juive - Demain la seule demeure (essais et entretiens) L'Harmattan,1999 Le passage du vivant, éd. Paroles et Silence, 2001
Les Orties noires, nouvelle édition bilingue, Oberlin, 2000
Journal de l'été indien : Il n'y a pas de temps profane, Parole et Silence, 2000
Dans le creuset du vent, Éditions Parole et Silence, 2003
Danser vers l'abîme, éd. Parole et Silence, 2004
Être poète pour que vivent les hommes, choix d'essais et d'entretiens 1950-2004, Parole et silence, 2005
La lutte avec l'ange, poèmes 1939-1949, l'Harmattan, 2005

TRADUCTIONS

Cinquante poèmes de R. M. Rilke, "Les lettres", 1953 et "jeunes amis du livre", 1957.
Mon printemps viendra, poèmes de Daniel Seter, adaptés par Claude Vigée, P. Seghers, 1965.
Les yeux dans le rocher, poèmes de David Rokéah, traduits de l'hébreu par Claude Vigée, José Corti 1968.
L'Herbe du songe, poèmes d'Yvan Goll, traduits de l'allemand par Claude Vigée, Ed. Caractères, 1971, Arfuyen, 1988.
Le vent du retour, poèmes de R. M. Rilke, Arfuyen, 1989.
Quatre Quatuors, poèmes de T.S. Eliot traduits de l'anglais, The Mernard press, Londres, 1992.
Un abri pour nos têtes, recueil de poésie de Shirley Kaufman, traduit et préfacé par C. Vigée, Editions Cheyne 2003.
Rainer Maria Rilke - le vent du retour, Ed. Arfuyen Strasbourg mai 2005

Quelques ouvrages sur Claude Vigée :
Jean-Yves Lartichaux,
Claude Vigée, Seghers poètes d'aujourd'hui, 1978
La terre et le souffle, rencontre autour de Claude Vigée, actes du colloque de Cerisy, 1988, Albin Michel, 1992
Anne Mounic,
la poésie de Claude Vigée, Danse vers l'abîme et Connaissance par joui-dire, l'Harmattan, 2005

Pour une bibliographie complète, notamment en ce qui concerne les articles publiés sur Claude Vigée, je renvoie au livre d'Anne Mounic,
la poésie de Claude Vigée, Danse vers l'abîme et Connaissance par joui-dire, l'Harmattan, 2005

Un très bel ensemble sur Claude Vigée, sur le site du judaïsme d'Alsace et de Lorraine, avec de nombreuses photos et un texte lu en judeo-alsacien par Claude Vigée (section Alsace) ainsi que plusieurs poèmes lus.
Sur le site de la ville de Bischwiller
Une page intéressante sur le site de France Culture
fiche©florence trocmé

Photos ©florence trocmé. Les deux ont été prises en 2005.
En haut, en compagnie de Jean-Yves Masson lors d'une rencontre autour de Nelly Sachs au musée d'art et d'histoire du Judaïsme à Paris
En bas, lors d'une lecture bilingue avec la poète Shirley Kaufman, à la librairie anglophone Village Voice à Paris

vendredi 30 décembre 2005

Yves Leclair, Manuel de contemplation en montagne et Le voyageur sans titre

301205_leclair_1"Tu cours après la lumière sur du papier" : dès que j'ai découvert ces mots à la page 53 de ce Manuel de contemplation en montagne, j'ai su que je tenais ma définition de l'ouvrage ! Car c'est bien d'une quête qu'il s'agit ici, une quête dont l'aspect le plus original est sans doute cette recherche de la lumière, intérieure et extérieure.
Il s'agit d'un ensemble de notes, notules, aphorismes, remarques brèves, courtes descriptions qui évoquent bien sûr les philosophies orientales dont on sent l'importance qu'elles revêtent pour Yves Leclair : il n'est que de consulter la bibliographie portative qui clôt le livre pour y trouver maintes références aux maîtres zen et aux chinois anciens. On songe aussi parfois lisant ce Manuel à certains textes de Krishnamurti, singulièrement cette série qui s'ouvre toujours par une description d'un paysage, moment de lumière ou de silence, pour ensuite déboucher sur une considération sur la vie, sur la souffrance, sur la relativité de toutes choses, considérations qui prennent tout leur poids de la confrontation avec la description qui les précède. Cette bibliothèque portative compte un peu plus de cinquante entrées et on y relève les noms de Claude Vigée, Gustave Roud, Philippe Jaccottet, Tchouang-tseu, Rogier Munier, Claudio Magris, Fernando Pessoa, Emily Dickinson, René Daumal, Confucius, etc. Et si je cite ces noms-là, c'est pour bien montrer la diversité des sources auxquelles s'abreuve Yves Leclair. Il parvient ainsi à mêler les traditions différentes avec pour seul objectif, cette quête de la lumière "une lumière d'autant plus douce, neigeuse, levante, élevante, que la nuit fut noire, qu'elle put paraître sans fin. S'orienter" dit-il en ouverture du livre, alors qu'il ouvre ses volets vers l'est. C'est la première partie de ce livre en trois temps, Matin, Midi et Soir, où le temps de vacances qu'est le séjour répété dans une région reculée des Pyrénées, au cours des étés et des hivers de 1996 à 2004 se transforme en temps de vacance, en lutte (douce, passive) contre la "défaite quotidienne de la cécité". Apprendre à voir, à être là, à l'écart, passer des "heures à ne rien faire, à laisser [l'] esprit divaguer – barque qui dérive sur les eaux calmes de la journée" avec une pointe de critique du mode de vie contemporain "non pas une journée bien pleine, bien occupée, une de ces journées de gavé, d'obèse, d'homme important (qui se croit tel), ignorant le vide et l'impermanence de tout".
Mais qu'on ne croit pas trouver ici un de ces digests zen médiocres comme il en a tant fleuri. Il y a une approche littéraire, une sorte de sculpture fine des impressions, des sensations, avec une humilité qui s'appuie sur Robert Frost dont l'auteur dit qu'il rejoint la belle définition de la poésie "une résolution temporaire de la confusion". Au demeurant, qu'on y songe, 120 pages pour tant d'années de présence, dans ces montagnes, en été et en hiver, dans la chaleur ou la neige, pour tant d'heures à "ne rien faire", "dans l'étoffe douce et secrète du silence" : c'est bien le livre d'un poète, d'un poète de la lumière et du silence en accord avec Philippe Jaccottet lorsqu'il dit "ce qui pourrait encore valoir la peine, quelques paroles vraies sans aucun vibrato". Et même cela est-ce nécessaire semble nous dire Yves Leclair alors qu'une "merlette, queue relevée, affûte son bec sur une tuile faîtière et fuse" ?

301205_leclair_2 Dans le même temps, Yves Leclair publie à la Librairie La Brèche, Bergerac, Le voyageur sans titre, une série de poèmes, très beau contrepoint au Manuel, puisqu'on y retrouve la même veine, parfois les mêmes lieux, les mêmes relevés, agencés cette fois en courts poèmes : "Les poèmes ne sont pas/des mots vides, mais plutôt mes lunettes/mon bol de riz,/Ma lune veillant sur le seuil des maisons. Je relis Bashô" (Bunus, Pyrénées Atlantiques, 18 Août 1999).

Yves Leclair, Manuel de contemplation en montagne, La Table Ronde, 2005 (Isbn 2-7103-2784-0)
Yves Leclair, Le voyageur sans titre, Librairie la Brèche, Bergerac, 2005, (Isbn 2-912753-20-1)


Yves Leclair dans Poezibao :
Fiche bio-bibliographique
extrait 1, extrait 2

Pour la millième, carte blanche à Jacques Ancet

Je choisis en effet, pour cette millième note de Poezibao et avec son accord, un très beau texte sur l'écriture de Jacques Ancet, publié dans Chutes, le premier cahier, 1978-1985, aux éditions Alidades, en 2005.

Écrire, c'est entrer en contact avec quelque chose de très lointain. A partir du moment où le moi ne commande plus, où la pensée consciente n'est plus seule à diriger l'écriture, le langage semble libérer une énergie qui doit être à la fois celle de sa matière même, une matière chargée de siècles de culture et d'histoire, et celle du corps, donc de l'inconscient qui, soudain, prend la parole. Vous touchez alors à quelque chose qui, tout en étant le présent même, est chargé d'un passé immémorial, comme la crête d'une lame de fond. Vous ne dominez plus votre langage, comme on dit, c'est lui qui vous domine. Toute distance s'évanouit. Or, plus vous entrez dans le langage, plus vous vous tenez au plus près de lui, plus il s'ouvre, plus il se creuse d'une profondeur infinie. Et c'est elle qui s'entend à travers votre voix.

(p. 24)

Alidades

Une association en faveur de la littérature contemporaine dirigée par Albane Gellé

"littérature et poétiques" dirigée par Albane Gellé, proposera à Saumur un ensemble d'actions en faveur de la littérature contemporaine, un programme de rencontres/lectures publiques d'auteurs, une résidence d'auteur, et un programme d'ateliers de lecture.

Trois principales actions sont prévues :
- des lectures-rencontres avec des auteurs de littérature contemporaine, accompagnés le plus souvent de leurs éditeurs.
- des ateliers de lecture, visant à faire découvrir cette littérature contemporaine de création.
- une résidence d'auteur dans la ville de Saumur.

S'ajoutent à cela un projet de constituer un fonds de littérature contemporaine, et aussi des partenariats avec des écoles, bibliothèques, etc...et pour plus tard, le désir d'organiser un salon d'éditeurs, du type Les Poétiques, qui a existé à Abbaretz (44) cette année...Mais plus tard.

Concrètement, les lectures-rencontres démarreront au printemps 2006 avec :
- le 7 avril, 19h, lecture de Rémi Checchetto et rencontre avec son éditeur Franck Pruja, éditions de l'Attente (33), collectif "Les Cuisines de l'Immédiat".
- le 9 juin, lecture d'Antoine Emaz, et rencontre avec deux de ses éditeurs, Louis Dubost, éd Le dé Bleu/L'idée Bleue (85), et Patrick Cahuzac, éd. Inventaire/Invention (75).
Les ateliers de lecture commenceront aussi dans le courant du mois d'avril, dès qu'un groupe d'une dizane de personnes sera constitué.
La résidence, elle, aura lieu d'octobre à décembre 2006.
L'auteur n'est pas encore choisi.

Pour tous renseignements : littetpo@aol.com

 

Anthologie permanente : Marina Tsvetaïeva

                                   301205_tsvetaeva

(Extraits du cycle Poèmes à Blok)

1
Ton nom - un oiseau dans la main,
Ton nom - sur la langue un glaçon.
Un seul mouvement de lèvres.
Quatre lettres.
La balle saisie au bond,
Dans la gorge un grelot d'argent.

Une pierre jetée dans l'étang
Sangloterait ainsi quand on t'appelle.
Dans le piaffement léger des sabots la nuit
Ton nom, son éclat, retentit.
Le chien du fusil qui claque à la tempe
Le dit.

Ton nom -
ah, impossible!
Ton nom - le baiser sur les yeux,
Sur le tendre froid des paupières.

Ton nom - le baiser sur la neige.
Gorgée d'eau bleue qui sourd, glaciale,
Avec ton nom - le sommeil est profond

                15 avril 1916 (Christian Mouze, inédit)

Cité in Véronique Lossky, Marina Tsvetaïeva, Seghers 1990, collection Poètes d'Aujourd'hui, p.
113/114.

Marina Tsvétaïeva dans Poezibao
Fiche bio-bibliographique
concert-lecture (05)
,
extrait 1, extrait 2, extrait 3,

jeudi 29 décembre 2005

Anthologie permanente : Jacques Lacarrière

Ambre

Sève et sueur des arbres séchées
aux autans d'une autre ère,
les Anciens te nommaient electrum
car tu attises en l'homme
son besoin de foudre engloutie.



Ardoise

Tu gardes en toi
le sceau des fougères et des prêles,
le calque des écorces, étant
paume ouverte du temps
mémoire des ruches de la vie
où bourdonne encore en nos doigts
l'enfance des reptiles

Jacques Lacarrière, Lapidaire, Fata Morgana 1980, in Anthologie de la poésie française du XXe siècle, tome 2, Poésie/Gallimard, pages 263 et 264.

Jacques Lacarrière dans Poezibao :

Fiche bio-bibliographique,
extrait 1

mercredi 28 décembre 2005

une soirée autour de Narcís Comadira, le lundi 16 janvier 2006 à Paris

Les Éditions de l’Amandier
Le Centre d’études catalanes - Université Paris IV Sorbonne
Hispanité Explorations
organisent une soirée unique
autour de Narcís Comadira
poète, dramaturge et peintre catalan

lundi 16 janvier 2006 à 19 h 30
à l’ Université Paris IV Sorbonne
Amphithéâtre René Descartes
1, rue Victor-Cousin - 75005 Paris

À l’occasion de la sortie de ses deux livres
En quarantaine
poésie
(Éditions de l’Amandier)
lecture par Jean-Claude Durand
La Vie éternelle
Théâtre
(Éditions de l’Amandier)
lecture par Agathe Alexis et Stéphane Bierry
Musique de et par Carles Andreu

Réservation indispensable au 01 55 25 80 82
ou par mail à editionsdelamandier@wanadoo.fr

Anthologie permanente : Ingeborg Bachmann

le soir j’interroge ma mère

Le soir j’interroge ma mère
en secret sur le son des cloches
comment je dois me rendre proches
les jours et préparer la nuit.

Tout au fond j’aspire sans cesse
à tout raconter sans répit,
en accords à faire le tri
des sons qui jouent autour de moi.

Doucement nous guettons ensemble :
ma mère me rêve à nouveau,
et comme d’anciens lieds touche au
majeur et mineur de mon être.

Ingeborg Bachmann, Poèmes, traduits de l’allemand par François-René Daillie, Actes Sud 1989, p. 7.


abends frag ich meine mutter

Abends frag ich meine Mutter
heimlich nach dem Glockenläuten,
wie ich mir die Tage deuten
und die Nacht bereiten soll

Tief im Grund verlang ich immer
alles restlos zu erzählen,
in Akkorden auszuwählen,
was an Klängen mich umspielt.

Leise lauschen wir zusammen:
meine Mutter trämt mich wieder,
und sie trifft, wie alte Lieder,
meines Wesens Dur und Moll.