Spectacle Schehadé à la Maison de la Poésie à Paris
Théâtre Molière Maison de
la Poésie (Paris)
Passage Molière 157, rue Saint-Martin 75003 Paris - métro : Rambuteau
www.maisondelapoesie-moliere.com
Georges Schehadé,
Le nageur d'un seul amour
© Fonds Georges Schehadé/IMEC
Montage du texte et mise
en scène Lara Bruhl
Conseil dramaturgique
Albert Dichy
Création sonore Mickaël
Barre
Assistante à la mise en
scène Valérie Kempeneers
Avec Lara Bruhl,
François Négret
Du 19 avril au 21 mai 2006
Mercredi à 19h, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 17h
Salle Lautréamont
Renseignements et location : 01 44 54 53 00
Prix des places :
plein tarif : 15 €
tarif réduit : 12 € (plus de 60 ans) ; 10 € (demandeurs d’emploi, moins de 26 ans) ;
7 € (dernier mercredi du mois, passeport Poésie, carte jeune)
Il
y a loin
En Asie joliment longue
Le nageur d'un seul amour
Poésies
VI, Gallimard, 1985
Georges Schehadé
Grande figure de la francophonie, le poète et dramaturge libanais Georges
Schehadé (1905-1989) aura été l'un des rares auteurs à voir l'une de ses pièces
inscrite de son vivant au répertoire de la Comédie-Française : L'Émigré
de Brisbane, créée en 1967. Ses
premières pièces, Monsieur Bo'ble , La Soirée des proverbes et Histoire
de Vasco, mises en scène par
Georges Vitaly et Jean-Louis Barrault soulèvent le scandale et reçoivent le
soutien d'André Breton, René Char et Philippe Soupault. Poète, Schehadé avait
publié, dès les années 1930, plusieurs recueils réunis en 1952 sous le titre Les
Poésies aux éditions Gallimard.
Reconnu par les plus grands auteurs et artistes de son temps, de Samuel Beckett
à Ingmar Bergman, ses œuvres sont jouées sur les scènes du monde entier avant
que le retrait dans lequel il s'est toujours tenu et son exemplaire discrétion
n'éloignent quelque peu son nom de la place publique. Il est temps aujourd'hui,
au cours de cette grande année dédiée à la Francophonie de redécouvrir et de
relire celui dont Saint-John Perse disait qu'il "déplaçait de nuit les
bornes de la propriété foncière."
Albert Dichy
Note d’intention
Le nageur d'un seul amour est
le dernier recueil de poésies de Georges Schehadé publié de son vivant. C'est
aussi le titre que j'ai choisi de donner à cette création composée à partir de
son œuvre poétique et dramatique. Poète de l'exil, confronté à son pays déchiré
par la guerre, l'écriture de Georges Schehadé est avant tout un chant d'amour
joyeux et mélancolique dédié au Liban, aux figures de ses proches, à sa mère, à
toute cette mythologie qu'est l'enfance.
"La vision du monde par un enfant est toujours poétique car il peut entrer
en communion avec les situations et les choses afin de les transformer en
poème" écrit Enrique Vila - Matas.
Un "théâtre de poésie" comme le dit lui-même l'auteur puisque ses
pièces apparaissent comme le prolongement de ses poésies.
La scène de notre travail : rendre compte de cette éternelle fascination des
mots dont témoigne toute l'œuvre de Schehadé. Une partition à deux où se mêle
et se conjugue en écho la voix du poète.
Lara Bruhl
Lors de mon dernier séjour à Beyrouth, j’ai été abordé un matin par un
combattant à grosses moustaches, bardé d’armes, l’allure tout à fait
redoutable. «Il paraît, m’a t-il dit, que vous repartez bientôt pour la France.
Je voudrais vous charger de me rapporter quelque chose.»
Je me suis aussitôt fait la réflexion qu’il allait me demander au moins un
canon ! «Je voudrais, a-t-il poursuivi, en m’entraînant à l’écart, que vous me
rapportiez un canari.»
D’une certaine façon, j’ai longtemps tiré vanité du fait qu’il n’y avait aucun
lien décelable entre mon œuvre et ma vie. Car, pour moi, la littérature et la
vie personnelle appartiennent à deux ordres qui doivent rester distincts. Mais
après la parution de cinq poèmes récents dans la NRF de juillet dernier, j’ai
reçu des lettres d’amis qui avaient cru y reconnaître des textes sur le Liban.
Des souvenirs que je ne perçois pas clairement sont peut-être en train de
monter en moi.
Qu’est-ce que la poésie, sinon le visage de la vérité, un visage qui se
dissimule et qu’on s’efforce de dévoiler ?
Son désordre apparent, c’est celui-là même de l’inconscient.
Quand on parle, on trie, on met en ordre ses pensées.
La poésie, c’est peut-être la matière de nos pensées à l’état pur.
Entretien avec Mirèze Akar- Le Monde, Novembre 1981
« Interview avec soi-même » par Georges Schehadé
[…]
Monsieur Schehadé: Qu'est-ce que c'est ce pays, le Liban ? Est-ce qu'on le
trouve sur la carte ?...
Monsieur Schehadé: : Sur les grandes cartes, oui, car il est tout petit. Et
c'est très bien. J'ai souvent rêvé d'avoir un pays plus petit encore, si petit
qu'il soit réduit à moi-même. J'ai rêvé, en quelque sorte, d'être mon propre
pays. Et si tous les gens pensaient comme moi, je vous assure qu'il y aurait
plus de tranquillité dans le monde.
Monsieur Schehadé: : Monsieur Schehadé, pas de pensée extravagante! Ce n'est
pas le moment. Revenons plutôt à cette Faculté des Lettres de Beyrouth où vous
enseignez...
Monsieur Schehadé: : ... où je n'enseigne pas. Peut-on être un professeur
qualifié quand on écrit les choses que j'ai écrites ? Par exemple : « Deux et
deux ne font jamais quatre que si l'on est parfaitement d'accord. » Ou bien : «
La vérité a plusieurs visages, le mensonge n'en a qu'un. » Ou encore (et ceci
est plus grave) : « Les écoliers ont tort d'écrire le nom de leurs professeurs
avec une majuscule et sans faute d'orthographe. » Oui, Monsieur Schehadé, je
n'enseigne pas. Je suis secrétaire général de la Faculté des Lettres, quelque
chose comme un administrateur. Je suis assis derrière un bureau matin et soir.
Et je signe, je signe, je signe des tas de petits papiers : des certificats
pour les étudiants, des ordonnances de dépenses, etc. Je consulte aussi le
calendrier pour voir, de temps à autre, si le programme des études est en
retard ou en avance sur l'horaire - comme un autobus. Je caresse les rayons de
la bibliothèque de la faculté d'où j'ai banni mes livres - par prudence.
Monsieur Schehadé: : Ce n'est pas joli de vous moquer de votre famille :
l'Université.
Monsieur Schehadé: : Vous avez raison. En vérité, je suis très heureux là où je
travaille.
Monsieur Schehadé: : Bien. Et que faites-vous en dehors de la faculté ?
Monsieur Schehadé: : Des promenades. Le Liban est couvert de belles montagnes.
Oui, je fais beaucoup de promenades avec ma femme et mon fils, car depuis que
j'ai gagné de l'argent en écrivant un film, j'ai une Volkswagen. C'est une
voiture remarquable. Et charmante. Elle a le capot à l'avant si surbaissé que
lorsque je la retrouve dans le jardin, elle me donne l'impression de pencher le
cou pour brouter le gazon - comme une chèvre !
Monsieur Schehadé: : En somme, et pour résumer, vous occupez les fonctions de
secrétaire général à la Faculté des Lettres de Beyrouth, au Liban, vous êtes
marié, père d'un enfant et vous avez une auto qui broute de l'herbe. Tout ça
n'est pas très passionnant, vous en conviendrez. Si on passait à autre chose
avec votre permission.
[…]
Monsieur Schehadé: : Aimez-vous quelque chose en particulier, le thé, le café?
Le sport, par exemple ? C'est très à la mode en ce moment.
Monsieur Schehadé: : Oui, j'aime énormément le sport... mais assis dans un bon
fauteuil et en parcourant les journaux. Quand je lis, par exemple, qu'un
athlète a fait un saut de sept mètres, je dis : « Bravo ! » Puis je me reprends
aussitôt et je pense « Pourquoi faire, il y a les ascenseurs. » Quand je lis
que des gens ont grimpé sur une haute montagne, bravant le froid et le manque
d'oxygène, je dis : « Bravo ! » Puis je pense : « Pourquoi faire, il y a les
aéroplanes. » Quand je lis que des hommes sont descendus, casqués de fer, dans
des gouffres de cinq cents mètres de profondeur, je dis : « Bravo ! Bravo ! »
Puis je réfléchis tout de suite après et je remercie Dieu de m'avoir fait un
garçon raisonnable qui porte un chapeau en hiver de crainte de s'enrhumer. Vous
me demandez ce que j'aime ? J'aime tout, tout, en vérité, le bien et le mal...
mais avec modération et indépendance.
Monsieur Schehadé: : Tout cela n'est pas bête, Monsieur Schehadé. Vous avez
écrit trois pièces, je crois : Monsieur Bob'le, La Soirée des proverbes et Histoire
de Vasco.
Monsieur Schehadé: . Oui, trois pièces. A ce propos, je me demande combien
d'années a vécu Lope de Vega pour en écrire mille deux cents ! Et surtout,
comment il s'y est pris.
Monsieur Schehadé: : Si nous parlions un peu théâtre ? Sérieusement.
Monsieur Schehadé: : Je me déclare incompétent. Mon expérience là-dessus est
tout à fait personnelle, donc sans valeur pour les autres. Pour moi, Monsieur
Schehadé, le théâtre avant tout est une chose instinctive et spontanée. En
écrivant Vasco, pas un seul instant, je n'ai songé à écrire une pièce à thèse,
une œuvre contre la guerre. Non. J'ai choisi d'abord mes personnages et je me
suis répété : « Tu vas les laisser agir en toute liberté et les suivre
docilement. »
Monsieur Schehadé: : Ainsi, vous ne saviez pas où vous alliez ?
Monsieur Schehadé: : Sincèrement, je ne le savais pas. Par contre, j’étais sûr
que mes personnages, eux, le savaient très bien.
Monsieur Schehadé: : Encore une question. Est-ce que…
Monsieur Schehadé: : C’est suffisant, c’est suffisant comme ça, Monsieur
Schehadé. Il est minuit, allons plutôt nous coucher.
Paris, le 9 septembre 1957
Texte rédigé pour le programme de la création d’Histoire de Vasco à Berlin en 1957
In Georges Schehadé, poète des deux rives de Daniellle Baglione et Albert
Dichy, éditions de l’IMEC
Georges Schehadé / Repères
2 novembre 1905 : naissance à Alexandrie dans une famille chrétienne d'origine
libanaise.
Vers 1920-1921, retour au Liban. Scolarité en français à Beyrouth. Études de
droit (1923-1926). Rédacteur au ministère de la justice (1927).
1928 : premier recueil publié et aussitôt renié, Étincelles, marqué par Verlaine. Rédige les poèmes de L'Ecolier
Sultan, sous l'influence de Max
Jacob, et le "roman" surréaliste Rodogune Sinne.
1930 : grâce à Gabriel Bounoure, Inspecteur général des Œuvres françaises,
entre dans les services de l'instruction publique auprès du Haut-Commissariat.
Saint-John Perse le fait publier dans Commerce.
1933 : premier voyage en Europe (France, Italie). Rencontre Max Jacob,
Saint-John Perse et Supervielle. Publie Poésies chez GLM (1938). Représentation d'un impromptu, Chagrin d'amour. Rédaction de la pièce Monsieur Bob'le dont la guerre suspend le projet de création.
1944 : fondation par Gabriel Bounoure de l'École Supérieure de Lettres dont il
devient le secrétaire général.
1947 : publication de Rodogune Sinne et de Poésies II chez GLM.
1949-1950 : long séjour à Paris. Participe aux réunions surréalistes. Publie Poésies
III et Poésies Zéro ou L'Ecolier Sultan chez GLM.
1950 : première de Monsieur Bob'le au Théâtre de la Huchette, mise en scène de Georges Vitaly.
1951-1952 : publie Si tu rencontres un ramier (éditions de l'Arche) et Les
Poésies (regroupant les quatre
premiers recueils (Gallimard).
1954 : création de La soirée des proverbes au Petit Théâtre Marigny, mise en scène de
Jean-Louis Barrault.
1956 : création de Histoire de Vasco à Zurich.
1959 : nommé conseiller artistique à la Mission Culturelle de l'Ambassade de
France au Liban.
1960 : publication des Violettes (Gallimard).
1961 : Le Voyage est créé par
Jean-Louis Barrault à l'Odéon-Théâtre de France.
1967 : création de L'Émigré de Brisbane à La Comédie
Française.
1972 : publication de Poésies V dans le numéro d'automne de La Délirante.
1973 : publication de la pantomime L'Habit fait le Prince (Gallimard).
1977 : parution de l'Anthologie du Vers Unique (Ramsay).
1978 : il quitte le Liban en guerre et s'installe à Paris.
1985 : parution du Nageur d'un seul amour, Poésies VI (Gallimard). Rédaction de Poésies VII, recueil demeuré inachevé.
1986 : premier lauréat du Grand prix de la Francophonie décerné par l'Académie
française.
1989 : le 17 janvier au soir, il s'éteint à son domicile parisien.
Lara Bruhl
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