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samedi 06 mai 2006

Fernando Pessoa

Pessoa est né en 1889 à Lisbonne. Pendant trente ans, de son adolescence à sa mort, il ne quitte pas sa ville de Lisbonne, où il mène l'existence obscure d'un employé de bureau. Mais le 8 mars 1914, le poète de vingt-cinq ans, introverti, idéaliste, anxieux, voit surgir en lui son double antithétique, le maître « païen » Alberto Caeiro, suivi de deux disciples : Ricardo Reis, stoïcien épicurien, et Álvaro de Campos, qui se dit « sensationniste ». Un modeste gratte-papier, Bernardo Soares, dans une prose somptueuse, tient le journal de son « intranquillité », tandis que Fernando Pessoa lui-même, utilisant le portugais ou l'anglais, explore toutes sortes d'autres voies, de l'érotisme à l'ésotérisme, du lyrique critique au nationalisme mystique. Pessoa, incompris de son vivant, entassait ses manuscrits dans une malle où l'on n'a pas cessé de puiser, depuis sa mort en 1935, les fragments d'une oeuvre informe, inachevée, mais d'une incomparable beauté.

Bibliographie en français
Chez Christian Bourgois :
Faust, 1990
Le livre de l'intranquillité de Bernardo Soares, T.1, 1990
Le livre de l'intranquillité de Bernardo Soares, T.1, 1992
Le violon enchanté, 1993
Je ne suis personne (une anthologie), 1995
Poèmes ésotériques / messages / Le marin, 1995
Le chemin du serpent, 1995
Œuvres poétiques d'Alvaro de Campos, 1996
Le livre de l'intranquillité, édition intégrale, 1999
Poèmes d'Alvaro de Campos, 2001
En bref, 2004
Le banquier anarchiste, 2004
Le marin, 2004
Poèmes païens, 2004
L'éducation du stoïcien, 2004
Un singulier regard, 2005
Chez José Corti :
Le marin, 1988
Messages, 1988
L'heure du diable, 1989
Le privilège des chemins, 1990
chez d'autres éditeurs :
Antinous, Fata Morgana,, 1991
Fragments d'un voyage immobile, Rivages, 1992
Ode Maritime, Fata Morgana, 1995
Dialogues sur la tyrannie, Anatolia, 1996
Notes en souvenir de mon maître Caeiro, Anatolia, 1996
Le banquier anarchiste, Fata Morgana, 1997
Lisbonne, 10/18, 1997
Erostratus, La Différence, 2000
Œuvres poétiques complètes, La Pléiade, Gallimard, 2001
Le gardeur de troupeaux, poésie d'Alvaro de Campos, Poésie / Gallimard, 2003
Le banquier anarchiste, La Différence, 2006


Sitographie
Fiche auteurs sur le site de l'éditeur Christian Bourgois qui est le principal éditeur de Pessoa en France. Présentation des livres disponibles, notamment le fameux Livre de l'Intranquillité.
Le site de l'association française des Amis de Pessoa :
Une belle page aussi sur le site des éditions Corti avec une
"biographie sommaire des principaux hétéronymes de Fernando Pessoa" :
http://www.jose-corti.fr/auteursiberiques/pessoa.html
Un bel ensemble sur Pessoa avec commentaire de nombre de ses ouvrages :
Une immense collection de textes de Pessoa (en portugais)

Commentaires

Le poète et sa ville. Chaque grand poète a sa ville de coeur, sa patrie d'écriture. A l'instar de Saba pour Trieste, Rome pour Penna, Paris chanté par Fargue, Carco... Lisbonne, qu'il décrit si bien au tout début de son seul livre de voyage, une sorte de guide où il célèbre sa ville. Lisbonne qu'il arpente, entre un verre dans une tabaccaria et le surplomb sur l'agitation d'une des rues qu'il a habitées. Lisbonne la multiple. Celle des collines. Celle des bars où le poète discute et fume, donne conseils aux plus jeunes. Celle des bancs où le poète dépose à l'adresse d'un inconnu un journal à lire...à partager. Celle des chambres d'écriture. Car on ressent à lire ses poèmes, ceux du "Cancioneiro", ses textes de prose, les fragments de l'intranquille métier d'exister en partageant tant de vies communes et incommodes. Celle des phrases somptueuses qui l'honorent. Lisbonne magnifiée. La Lisbonne d'une pluie d'été, des "dernières ardeurs de l'été", "comme s'ouvre une fenêtre" sur ce qu'il s'agit de dire au fil des jours, des années, des trop longues années... "Si je regrette que personne ne lise ce que j'écris? Je l'écris pour me distraire de vivre, et je le publie parce que telle est la règle du jeu.", nous dit-il en séquence 118 de son "Livre de l'intranquillité" (Ed.Bourgois, p.144). La vie est contenue dans la ville. Pas seulement formellement. pour quelqu'un qui hume, sent, ressent, éprouve , en sensationniste d'excellence, ce qu'est une ville, avec ses couleurs, ses humeurs, ses tropismes, ses variantes et ses courbes. Pas seulement parce qu'en vitaliste malgré tout, cet espoir qui est pour lui presque un exploit de vivre, le poète perçoit dans l'essaim du vivre-autour-de-lui des raisons de poursuivre ainsi, de cheminer, de lever le pied comme le montrent les si belles photographies de lui, arpentant les trottoirs de sa ville. Le coeur et la raison fomentent chez lui une poésie étrange de ferveurs aussitôt dessaisies de retraits, de foucades rentrées. Comme s'il bridait un lyrisme non désiré. Etrange poète d'un idéalisme forcené qu'un artisanat isole, renferme, referme sur un orgueil à l'image de son exclusion volontaire du monde vivant. Entre les lettres du monde qu'il écrit, entre les figures réelles et inventées de son univers de vie et d'écriture, le poète trouve une place d'exception, au bord du monde, au rebord d'une fenêtre, en surplomb sur la ville. Lisbonne épiée d'un surplomb.

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