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mardi 18 juillet 2006

François Boddaert, Franck Venaille, Je revendique tous les droits

18_venaille_boddaertPour avoir observé le fonctionnement de nombre d’entre eux, je sais que les tandems imaginés par Zéno Bianu pour la collection Jean Michel Place/Poésie sont la plupart du temps très bien assortis, rarement décevants et souvent, même si le mot peut paraître un peu incongru et difficile à prononcer dans le contexte de cette revue, émouvants. Émouvants par ce que l’on devine de la relation des deux poètes en présence, maître et disciple, filiation, amitié, amour, etc.

Il faut que je rappelle en effet le principe de la collection : un ouvrage consacré à un poète alliant un court essai et une section anthologique. Mais ici l’ensemble de la composition, car c’en est souvent une, est confié à une seule personne, poète lui-même ou elle-même (voir à la fin de cet article, les références de plusieurs recensions des livres de la collection.)

Mais venons au fait, quel est le tandem ici ? Franck Venaille et François Boddaert.
François Boddaert qui par touches, dresse un magnifique portrait de Franck Venaille, un portrait dont on se dit parfois qu’il a aussi quelque chose d’un autoportrait caché, tant on sent les affinités très profondes qui unissent ces deux hommes, un même regard terrible de désespoir et d’humanité sur le monde, un même engagement, une même révolte et un même « faire » avec « les armes qu’ils se sont forgées, les seules qui vaillent à leurs yeux, les livres ». Venaille écrit, parle, est présent, Boddaert écrit et édite, livres et revue (Le Mâche-Laurier). Il a édité Venaille, il a édité le maître-livre La Descente de l’Escaut dans sa maison d’édition Obsidiane. C’était en 1995 mais il a récidivé avec en 2001 la publication de Tragique et en 2003, celle de Hourrah les morts.
Cela le rend totalement légitime comme portraitiste d’un homme pour qui « l’écriture est une affaire d’éthique ».
Comment s’y prend-il pour dresser ce portrait ? Principalement en se frayant un parcours au travers des livres, repérant les grands thèmes, les sources, l’enfance et la guerre d’Algérie « l’enfance désespérante et le côtoiement terrible de la guerre ». Regardant Venaille « se dénuder extrêmement, s’écorcher même à vif mais avec la pudeur de qui terrasse par le miracle de l’art l’exhibitionnisme triste en sacrifiant sa douleur sur l’autel agnostique de la poésie ». On l’aura compris via ces citations, François Boddaert trouve des formulations percutantes pour parler de Venaille, il épouse son sujet par son style, ses mots, les rendant fidèles à son modèle. « Toute l’œuvre de ce poète est traversée par la grande profération du corps souffrant, dans une trilogie qui est aussi une trinité presque mystique : le corps qui aime, le corps qui souffre, le corps qui meurt ». Deux grands thèmes sont encore explorés, le cheval et le fleuve, l’Escaut. Et quand Boddaert dit que « l’œuvre de Franck Venaille est l’une des plus marquantes de l’époque » [avec son] « questionnement inlassable et tragique de l’origine et du destin », il en a complètement convaincu le lecteur à qui il offre en prime un keepsake des signes, abécédaire des obsessions de l’œuvre et de l’homme Venaille, de Adolescence à Wozzeck en passant par Juif, Noir et Pédéraste (« ce qu’il voulut être »).
S’ouvrent ensuite les pages anthologiques, ponctuées comme le reste du livre de photos donnant à « lire » le visage de Venaille à diverses époques de sa vie.
Il est d’usage aussi que l’auteur choisisse quelques mots, une phrase, qu’il accole au nom du poète, et qui devient ainsi part intégrante du titre. François Boddaert a choisi « je revendique tous les droits ».

On quitte ce livre en se disant : lire ou relire Franck Venaille de toute urgence.
©Florence Trocmé

François Boddaert, Franck Venaille "je revendique tous les droits"
Jean Michel Place / Poésie, 2006
isbn : 2858938202
11 €

Franck Venaille dans Poezibao :
Bio-bibliographie de Franck Venaille,  fiche de lecture de Pierre Jean Jouve (JM Place), "Lecture" poétique 10, extrait 1,

 

Quelques recensions d’autres titres de la collection Poésie de Jean Michel Place (dirigée par Zéno Bianu)
André du Bouchet, debout sur le vent par Antoine Emaz
Allen Ginsberg, la voix, le souffle, par Jacques Darras
Pierre Jean Jouve, l’homme grave, par Franck Venaille
Roberto Juarroz, mais au centre du vide il y a une autre fête, par Michel Camus
Gherasim Luca, passio passionnément, par André Velter
Octavio Paz, lettres posthumes à Octavio Paz depuis quelques arcanes majeurs du tarot, par Serge Pey
Sylvia Plath, un galop infatigable, par Valérie Rouzeau

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