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lundi 31 juillet 2006

Anthologie permanente : Christophe Van Rossom

La poésie

Lire est un mode de vie perdu, l’ombre d’une existence heureuse.

Ce qui vaut appelle. La poésie est d’entendre.

Nul n’est forcé de relayer le bruit, de propager les parasites, de se faire écho de la rumeur, de donner voix à l’hystérie.

On écrit toujours dans la tempête. Le grand art est de chercher l’œil du cyclone et de l’accompagner.

Je crois à une grand pensée, plus intense encore que la rencontre sexuelle.

Christophe Van Rossom, « La Gloire et autres textes », extrait, Le Nouveau Recueil, juin-Août 2006, p. 27.

Christophe Van Rossom enseigne l’histoire de la littérature et l’histoire du spectacle. L’Académie Royale de Langue et de Littérature française de Belgique lui a décerné le Prix Emmanuel Vossaert pour son œuvre lyrique. Il est notamment l’auteur d’une étude consacrée à Marcel Moreau et publiée chez Luce Wilquin, en 2004 : Marcel Moreau, l’insoumission et l’ivresse

Sur le site de la Maison de la poésie de Namur

dimanche 30 juillet 2006

Anthologie permanente : René Char

Le vipereau

"Il glisse contre la mousse du caillou comme le jour cligne à travers le volet. Une goutte d'eau pourrait le coiffer, deux brindilles le revêtir. Ame en peine d'un bout de terre et d'un carré de buis, il en est, en même temps, la dent maudite et déclive. Son vis-à-vis, son adversaire, c'est le petit matin qui, après avoir tâté la courtepointe et avoir souri à la main du dormeur, lâche sa fourche et file au plafond de la chambre. Le soleil, second venu, l'embellit d'une lèvre friande.
Le vipereau restera froid jusqu'à la mort nombreuse, car, n'étant d'aucune paroisse, il est meurtrier devant toutes. "

René Char, Commune présence, Gallimard 1978, p. 171.

René Char dans Poezibao :
Bio-bibliographie de René Char extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5extrait 6,

samedi 29 juillet 2006

Anthologie permanente : Hélène Dorion

Ce qui nous unit tient au vent, à l’argile où l’on plonge
soudain sa vie pour qu’elle s’y éveille comme un corps en
un autre corps. Chaque chose ainsi empreinte, chaque
chose habitée.

N’écrit-on que les yeux fermés, avec une ombre accro-
chée au bras, - une onde alors flotterait, inimaginable
vertige de l’âme allant plus loin qu’elle-même, et sait-on
si elle reviendra jamais, cette âme éblouie de terre ?

Hélène Dorion, Pierres invisibles, Éditions du Noroît, 1999. p. 26.
Pierres invisibles a été publié en France, aux éditions Tarabuste, en 1998 et a reçu le prix Aliénor 1999 à Paris.  

Hélène Dorion dans Poezibao :Dorion Hélène, au Grand Parquet (mars 06), remise du prix Mallarmé au centre culturel canadien (mars 06), lecture-rencontre au cercle Aliénor, carte blanche à Sylvestre Clancier, discours de remise du prix Mallarmé, extrait 1, extrait 2 , élection à l'Académie des lettres du Canada, extrait 3

vendredi 28 juillet 2006

Anthologie permanente : Paul Valéry

"Peut-être que les réflexions très amères, quand elles ont empli je ne sais quelle mesure inconcevable, à la fin renversent le cœur. Peut-être que la durée mystique et double avait épuisé sa substance de mauvais songes et qu'elle revenait de l'infini ; et peut-être que le temps approchait en secret, à travers nos tristes pensées, de nous regarder au visage ? Déjà nous faisions distraitement le rêve de nous sourire : Ah ! s'il était possible ! et nous formions le visage qui répondrait, et nous pressentions le seuil délicieux des larmes naissantes. Il suffit alors aux vivants qui s'étaient cru éternellement séparés d'une rencontre de leurs yeux pour qu'ils se trouvent tout à coup dans l'âme l'un de l'autre. Ils reconnaissent qu'ils y sont des dieux, maîtres de la vie et des vérités ; et ces dieux mutuels échangent des regards, et ils s'accordent dans l'instant sur la nécessité de leurs existences !
(Ce que je suis véritablement en toi/vous/tout à coup me regarde par tes yeux).
(La voix de l'un parle dans l'autre, et l'autre ne la peut empêcher de se faire entendre)".

Paul Valéry, Alphabet, Le Livre de Poche, p. 93.

Paul Valéry dans Poezibao :
Bio-bibliographie,  extrait 1

jeudi 27 juillet 2006

Anthologie permanente : Sereine Berlottier

Sereine Berlottier vient de publier une séquence très intéressante, Chao Praya, dans le tout dernier numéro de Le Nouveau Recueil. Introduite par une note de Benoît Conort, dont j’extraie ces mots : « Sereine Berlottier s’inscrit résolument dans ce blanc, trace par la vertu d’une syntaxe sèche, voire abrupte, des motifs qui se répondent de page en page […] la stabilité de l’œuvre ne se comprend qu’à travers la pratique d’une instabilité, d’une incertitude »

 

Fragment arraché au petit carnet
japonais une preuve : nuages bleus
traversés d’éclairs blancs, yesterday at
6.20, today maximum weather and
clouds on n’en saura rien.

Un homme sous l’arbre. Un homme
fume et boit une bière. Un homme
écrit. Son visage semble jeune. Sa
main bouge mais sa bouche
demeure invisible.

ainsi dans le ciel gris.

L’écran nacré de la moustiquaire.




Déchiré, décollé. S. dit : douce-
ment. Réfléchis.

Sereine Berlottier, extrait de « Chao Praya », Le Nouveau Recueil, juin-août 2006, p. 133.

Note bio-bibliographique de Sereine Berlottier

Sereine Berlottier

Sereine Berlottier est née en 1971. Elle vit et travaille à Paris.

Elle a publié des textes dans plusieurs revues (Perpendiculaire, Bleue, Exit, Triages, Le Nouveau Recueil, remue.net.) et un roman, Nu précipité dans le vide, paru aux éditions Fayard en 2006.
A signaler, une importante séquence de textes Chao Praya, dans le numéro 79 de Le Nouveau Recueil, juin-Août 2006, présentée par Benoît Conort.


Sereine Berlottier sur remue.net et aussi ici

mercredi 26 juillet 2006

Anthologie permanente : Denise Desautels

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L’espoir ? Se tient debout dans deux vers d’Henri Bauchau : «  Il n’y a rien de nécessaire / Sauf être là, à chaque instant, de plus en plus1 » Puis dans un autre : «  Que je demeure en violence ». Je le répète, ce troisième, contre le mutisme de nuit, jusqu’à ce que la texture de mes sons s’ajuste à ma gorge. « Que je demeure en violence », pour qu’il trouve asile quelque part entre mes côtes, derrière la grille osseuse où bat fort l’organe déréglé, où se sont réfugiés quantité de chagrins et d’énigmes qui n’en finissent plus de brouiller les cartes. « Que je demeure en violence », sans que l’abîme se creuse, sans que ma bouche s’ouvre, noire, muette, comme dans Un devoir d’effroi2 où la tête de l’enfant, telle une lune inquiétante dont la face visible aurait été un tas de fois rapiécée, suffoque de silence.

Vis-à-vis d’un soleil flou qui la gruge

« Être là à chaque instant », plus après qu’avant, assumant jusqu'au bout cette coulée de scories et de joies dans mon fleuve, et le fait d’être encore là aujourd’hui, survivante de nombreux naufrages, étonnée par la hardiesse de mon espoir mais responsable de ce qui – peut-être – adviendra : « une paix capable de dire non3. »

Denise Desautels, Ce Désir toujours, un abécédaire, Leméac, 2005, p. 14.

1. Henri Bauchau. L’écriture à l’écoute, Actes Sud, 2000, P. 34
2. Une installation de Monique Bertrand, Québec, 2002
3. Françoise Ascal, La table de veille, Apogée, 2004, p. 11.

Denise Desautels dans Poezibao :
Bio-bibiographie de Denise Desautels, extrait 1, extrait 2

mardi 25 juillet 2006

Anthologie permanente : Jean-Baptiste Para et André Velter

En mars 2002, la revue Europe a consacré un très beau numéro (875) à la poésie, sous le titre L’Ardeur du poème.
Je publie ici deux extraits de la préface cosignée par deux des meilleurs connaisseurs et diffuseurs de la poésie en France, Jean-Baptiste Para et André Velter.

L’Ardeur du poème

Partout, en tous pays et dans toutes les langues, des poème s’improvisent, se composent, se disent ou s’écrivent. Ces chants, ces invocations, ces exorcismes, ces textes sacrés ou profanes, ces cris de révolte, ces blasphèmes, ces jeux, ces litanies d’amour, ces déplorations, ces visions lumineuses ou sombres qu’on les nomme ou non poèmes, participent d’un même élan, d’une même ardeur. Avoir recours à la parole et aux mots pour créer un alliage de sens et de sons qui excède les limites du langage ordinaire, et par là les interdits et les normes, voilà qui semble une pratique commune sans rien jamais de commun, puisqu’il s’agit d’expériences exceptionnelles ou banales, mais transmuées en créations singulières.
[…]
Dans A Defence of Poetry, en 1821, méditant sur le destin de la poésie, Shelley rappelait qu’elle était née en même temps que l’homme et redoutait un âge où sa voix ne se ferait plus entendre que comme les pas d’Astrée quittant le monde. Pourtant, disait-il « la culture de la poésie n’est jamais plus désirable qu’aux époques pendant lesquelles, par suite d’un excès d’égoïsme et de calcul, l’accumulation des matériaux de la vie extérieure dépasse le pouvoir que nous avons de les assimiler aux lois intérieures de la nature humaine ». C’était souligner à quel point la poésie concerne de près le foyer de l’humain. Dans le rapport entre forme de vie et forme de langage, peut-être est-elle ce qui s’offre en plus active offrande.
Jean-Baptiste Para et André Velter, revue Europe n° 875, mars 2002, p. 3 et 4.

Jean-Baptiste Para dans Poezibao :
note bio-bibliographique de Jean-Baptiste Para, une lecture à Nantes, fiche de lecture de La Faim des Ombres, extrait 1

André Velter dans Poezibao :
Note bio-bibliographique d'André Velter,  extrait 1, une lecture aux Parvis poétiques, La fiche de lecture du livre d'André Velter, Gherasim Luca, passio passionnément

La revue Europe dans Poezibao :
Europe (revue), n° 907/908 (Pierre Jean Jouve) n° 911 (les formalistes russes), n° 912 (les surréalistes belges), n° 914/915 (Comtesse de Ségur), n° 918 Lorand Gaspar, n° 925 Marcel Schwob et GM Hopkins

lundi 24 juillet 2006

Un récital de poésie arménienne dans le Vaucluse, samedi 29 juillet

L'association Poieo à l'Isle sur la Sorgue (Vaucluse),
organise
Le Samedi 29 juillet à 21 h
dans le parc du Château de Saumane - Saumane en Vaucluse
une lecture-spectacle

PAPIERS D'ARMENIE, FLAMMES DE POESIE

sur la poésie arménienne à partir d'un récitatif donnant quelques éléments historiques introduisant les poètes qui seront lus.
Une récitante et trois lecteurs de l'association avec Jean Kéhayan (essayiste et romancier).
Accompagnement musical par Anouch Donabédian au Kamantcha. (membre de l'ensemble musical arménien Kotchnak)

Entrée libre
Saumane est un petit village proche de l'Isle sur la Sorgue et Fontaine de Vaucluse,
Accès au château par le centre du village et parking à proximité du château.

Anthologie permanente : Sylvie Fabre G.

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Elles s’appellent

D’elle, de moi, où va le cœur ? Dans quel lieu du désir où mourir rejoint vivre, dans quelle città où se pousse le cri qui crie l’insupportable ? Douleur, blessure incendiée des femmes du nom de l’impossible. Elles s’appellent Lol, Emily ou Aurélia. Elles s’appellent encore Agatha, Vera, Anne-Marie. Elles et les autres. Toutes. Dont je reprends la plainte contenue en ma vie. Jaillie de mon passé, gravée de mon présent, si pleine d’avenir. J’en suis le mouvement de rivière souterraine, m’égarant dans sa réalité déjà mienne. Le froid, soudain flamme, qui toujours me traverse quand je les pense, elles, ces folles d’au-delà de mes jours, je le rejoins enfin, et l’espace, le temps s’enlisent en nos silences, et nos bouches débordent en paroles de corps. Ainsi puis-je naître avec elles, intacte. Et si désespérée.

Sylvie Fabre-G., Le Génie des rencontres, L’Amourier, 2003,  p. 61.

 

Sylvie Fabre G. dans Poezibao :
Bio-bibliographie,
extrait 1, extrait 2, extrait 3,
fiche de lecture de Quelque chose, quelqu'un,
carte blanche à : Pourquoi écrire,

 

Très belle présence aussi de Sylvie Fabre-G. sur Terres de femmes