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jeudi 31 août 2006

Deux livres de Louise Warren

Étreinte
Écrire, c’est prendre le monde dans mes bras et l’étreindre. Voilà pourquoi, quand je n’écris pas et que je regarde, que je ne fais que regarder, j’ai l’impression de laisser aller le monde.
Mais lorsque je le regarde vivre dans une distance que je crée, fluide, à partir des nuages et de ma solitude, alors criblée d’étincelles, une présence inouïe s’ouvre en moi
Louise Warren, Bleu de Delft, Archives de solitude, Typo, 2006.

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Poezibao recevant de nombreux livres et revues récemment parus et ne pouvant toujours en rendre compte rapidement a décidé de présenter ces ouvrages lors de leur réception (et je m’inspirerai alors largement des communiqués qui accompagnent souvent les envois). Mais je donnerai aussi toujours un court extrait du livre en exergue de la présentation.
Ils pourront ensuite faire l’objet de sélections pour l’anthologie permanente ou pour une fiche de lecture.
31_warren_une_pierreDouble parution pour la poète et essayiste québécoise Louise Warren, un nouveau recueil de poésie aux Éditions de l’Hexagone, Une pierre sur une pierre et la réédition, chez Typo, de son essai Bleu de Delft. Archives de solitude, qui était paru en 2001. Ce livre constitué de textes d’inégale longueur, à partir d’un mot(hiver, songe, indigence, pluie, minuit, etc.) aborde les thèmes de la solitude, du deuil, de la création, du langage, des mots ainsi que différentes œuvres d’écrivains ou de peintres (dont Michèle Desbordes et Alexandre Hollan). C’est en fait une sorte d’inventaire personnel qui a été salué pour le côté ouvert et lumineux d’un essai libre qui entremêle réflexion et poésie dans l’intimité de l’atelier de l’écrivain

En savoir plus sur Louise Warren

Anthologie permanente : Maximine

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Lecteurs des ciels et des saisons
Je vous choisis pour mes semblables
Sapins précis indiscutables
Appliqués au tracé des monts

Sans vous que ferait l’horizon ?
Les déserts sont déraisonnables
Et le désordre inhabitable
Je vous choisis pour ma maison

quitte à finir dans un silence
Imbu de sources de fougères
– cela fait jà longtemps que j’erre –
Je mendie votre résidence

Maximine, Au front des sapins, Arfuyen, 2005, p. 44.


Note bio-bibliographique de Maximine

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Maximine

Maximine Lagier-Durand, Maximine en poésie, est née en septembre 1952, à Saint-Claude (Jura).
Maximine fut aussi le prénom de sa mère et celui de sa grand-mère, qui toutes deux rêvèrent d'écrire : elle y tient, comme à une promesse, un hommage à des vies de femmes saccagées par les guerres.
Agrégation de Lettres modernes en 1975. Elle alternera enseignement et bibliothèques : Institut National de Recherche Pédagogique (fichiers de pédagogie, psychopédagogie de littératures française, étrangère, enfantine...); bibliothèque municipale de Moret-sur-Loing où, agent du patrimoine, elle crée des animations avec les écoles, inaugure un Festival de contes. Mariée durant 18 ans, elle a eu quatre enfants, et accueilli une fillette chinoise. Les séances de contes et la composition de berceuses restent une joie : associations La Forêt qui parle (Melun), puis Le Moulin à Paroles* (Avon), Les Blouses Roses (hôpitaux, site ALH).
Elle écrit, comme on dit, "depuis toujours". Encouragée très tôt par Georges Mounin, puis par Christian Bobin, elle écrit toujours, dans sa "vie souterraine" (Une petite Robe de Fête, Folio n°2466). Jean Toulet, parent du poète, lui permet quatre séjours en Chine, où sont
édités deux livres d'art étonnants, à la façon chinoise
En 1990-91, elle retraduit avec élan des poèmes de Rilke : Elégies de Duino, Sonnets à Orphée, Livre de la pauvreté et de la mort.
Les éditions Arfuyen la tirent du "compte d'auteur" (Deux recueils chez Millas-Martin (Les Paragraphes Littéraires de Paris): "Coeur à dire" en 1979; "Riveraine" en 1981).
Elle vit à Paris : dès qu'on lui parle de son Jura natal, elle cite Colette (La Naissance du Jour) : "J'ai quitté un pays où j'ai laissé mon coeur". Son plaisir à lire en public ses textes, découvert depuis peu, est aussi le plaisir de rencontrer des gens sensibles à toute poésie. Marraine du club de poésie de l'École du Breuil, dans le cadre du Printemps des poètes, elle aide aussi La Maison de Poésie où l'a introduite son tout premier "fan" poète (C.A.P.E.S. de 1974), et ami, le regretté Bernard Lorraine.
(portrait de Maximine par Gilles Dattas, printemps 1998)
 
Bibliographie :
Alphabètes, Quintette, 1986
Fablier, Quintetten 1987
L'ombre la neige , poèmes, lettre-postface de Christian Bobin, Editions Arfuyen, 1991.
Poèmes nus, Le Tetras-Lyre, 1995
Quotidienne à son amour, Editions Paroles d'Aube, 1998
Un Cahier de Pivoines, Editions Arfuyen, 2002
Les Visiteuses, suivi de Quelques Lilas, poèmes, Maison De Poésie, 2003
Au front des sapins, Arfuyen, 2005

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mercredi 30 août 2006

Anthologie permanente :Volker Braun

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Alain Lance m’envoie cette traduction inédite d’un poème de Volker Braun, occasion de célébrer aussi le cinquantième anniversaire de la mort de Bertolt Brecht

Ô Chicago ! Ô contradiction !

Brecht, votre cigare s’est-il éteint ?
Avec les séismes que nous avons déclenchés
Dans les États bâtis sur du sable.
Le socialisme s’en va. Johnny Walker arrive.
Je ne peux le retenir par les idées
Car il les perd. Les rues chaudes
D’octobre sont les chemins froids
De l’économie, Horatio. Je mets le chewing-gum dans la bouche
Voici venu ce qui ne vaut pas qu’on le nomme.

Volker Braun, Traduction inédite d’Alain Lance

Note du traducteur

En Allemagne, de nombreuses manifestations accompagnent cet été le cinquantième anniversaire de la mort de Bertolt Brecht (à Berlin-Est, le 14 août 1956). Ce court poème fut écrit par Volker Braun en 1990, lors de l’unification allemande. Le mois d’octobre mentionné est celui de 1989, quand se développèrent les grandes manifestations qui aboutirent au «tournant» en RDA. Et deux passages sont des clins d’œil aux dernières strophes de la célèbre ballade de Brecht, Du pauvre B.B. :

«De ces villes restera : celui qui les traversait, le vent !
Sa maison réjouit le mangeur : il la vide. Nous sommes,
Nous le savons, des gens de passage
Et ce qui nous suivra : rien qui vaille qu’on le nomme.

Dans les séismes qui vont venir, je ne laisserai pas, j’espère,
Mon cigare de Virginie s’éteindre par amertume, moi,
Bertolt Brecht, jeté des forêts noires
Dans les villes d’asphalte, au temps où dans ma mère, autrefois


Volker Braun dans Poezibao :
Braun Volker, extrait 1
Alain Lance dans Poezibao :
Lance Alain, extrait 1,

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Le Frisson esthétique, numéro 1

30_frissonSi j’écris que de cette revue monte un parfum suranné, surtout n’y pas voir une critique puisqu’il semble bien que ce soit très exactement le but poursuivi par son initiatrice, Esther Flon. Dont la vocation première est celle d’éditrice, au sein de la maison d’édition Le Frisson esthétique qui a pour but d’ « éditer des livres rares du répertoire classique et contemporain, dans la recherche d’une autre tonalité, pour retrouver le beau lire des volumes précieux illustrés de vignettes, empreints de la nostalgie des années enchantées… » ; parmi lesquels une série consacrée à La France de Jules Verne (en onze volumes) et Sixtine une œuvre de Remy de Gourmont.

J’ai prononcé là sans doute le nom clé de l’aventure parce que c’est un auteur qui compte beaucoup pour Esther Flon et qui est très présent dans le premier numéro de la revue qu’elle vient de créer et qui s’appelle tout naturellement Le Frisson esthétique. Or l’on apprend que l’expression est… de Remy de Gourmont, comme l’explique fort bien une belle étude d’Alexia Kalantzis  incluse dans ce numéro : « qu’est-ce donc que ce frisson, entre joie et inquiétude […]. Est-ce une métaphore du plaisir esthétique ou une véritable réaction physique ? » et on découvre rapidement une composante inattendue de ce frisson, celle du sentiment de peur que peut provoquer une œuvre d’art et sur lequel insiste Gourmont.
Bâtir un projet de revue sur ce fil-là, dans l’esprit « des bonnes petites revues du XIXe siècle » voilà le projet d’Esther Flon qui ici régale, au sens propre et figuré, esthétique et physique, le lecteur : une série de nouvelles écrites aujourd’hui mais dans l’esprit fin de siècle caractéristique de Gourmont, ou écrites jadis dans cette fin de siècle (étonnante « Réclamation posthume » de Jean Lorrain, conte d’un buveur d’éther, daté de 1895). Mais aussi dessins, comme ces Eaux-Fortes de Yves Guezet ou les bois gravés de Marc Ollivier qui accompagnent de beaux poèmes à la Hague composés par Florence Burnouf (on espère que cet ensemble fera l’objet d’un livre). Courts essais comme celui déjà évoqué sur la notion de Frisson esthétique chez Gourmont ou comme une étude très intéressante sur le Jammisme (Francis Jammes) signé Francesco Viriat. A retenir aussi l’article de tête dont le principe consiste à demander à une personnalité d’évoquer son premier Frisson esthétique. La parole est ici à Régine Deforges !

Et comme la maison d’édition et la revue sont normands, il y a bien sûr quelques gourmandises, la recette du café au lait de Chéri, une évocation de la Sauce ou des fromages normands ou encore des Navets de Parves. On peut aussi compter au rang des gourmandises une lettre d’amour et un extrait de Sixtine, tous deux signés Remy de Gourmont et le début d’un feuilleton (quelle bonne idée de ressusciter l’esprit du feuilleton !) de Daniel Lesueur. Bref de quoi susciter quelques frissons esthétiques. D’autant que la mise en page est très soignée avec un très beau travail sur la typographie et l’illustration (il faudrait donner la source de ces images).

Le Frisson Esthétique
74 route de Coutances
50180 Agneaux
Abonnement, un an, quatre numéros, 21,35 €
courriel : frissonesthetique@wanadoo.fr.
site : www.frissonesthetique.com

mardi 29 août 2006

Claire Malroux, La Femme sans paroles

29_malrouxQuel titre à la fois magnifique et désespéré que celui du livre de Claire Malroux, La Femme sans paroles ! Est-ce la poète qui se dit Sans paroles. Est-elle privée de paroles, « sans bouche pour répondre »,  est-ce interdit ou impossibilité de dire, est-ce irrémédiable aliénation de toute parole, la perte sans retour du « verbe tendre et fragile ». On pense aussi bien sûr à la Femme sans ombre (il sera question d’une autre Ombre et quelle ombre dans ce livre)…. Et à toutes les femme sans.

Sans paroles vraiment ? Peut-être que ce sont là l’horizon reculé ou le péril intérieur qui hantent l’auteur (serait-elle écrivain si non) mais ils semblent l’un comme l’autre très lointains tant la voix ici est présente, singulière, tant elle dispose de registres nombreux.

C’est une des richesses de ce livre : sept temps pour un parcours qui part de cette Femme sans paroles pour aller jusqu’à l’Homme en gris, traversant les pages d’un Journal d’hiver et les séquences de poèmes de Regards sur la nuit, Corps perdus, Mythologies du Quotidien, non s’en s’être arrêté un instant sur L’Ombre à Cabourg (inutile d’en dire plus, vous devinerez laquelle n’est-ce pas ?).

Si j’insiste tant sur les titres, c’est en raison de leur importance et parce qu’ils disent toute la mélancolie qui domine ces pages : la pluie, le cimetière, la mort, le sablier, les fantômes, tout le royaume du jadis, du jamais vécu, de l’impossibilité à « réchauffer entre ses bras le dieu rompu ». Claire Malroux n’appelle-t-elle pas cette femme qui peut être elle, ou peut-être moi ou vous, ou sans doute celles, nombreuses, qu’elle a si magnifiquement traduites (Emily Dickinson bien sûr, mais aussi Marilyn Hacker ou Anne Carson parmi bien d’autres) à lutter à corps perdus contre ce qu’elle appelle d’une formule terrible la « parole rechargeable », alors qu’un « nouveau Moyen Age s’annonce / que les métaphores n’apprivoiseront pas ».

C’est toute l’ambivalence, l’ambiguïté et donc la force de cette parole poétique. Qu’on suit dans quelques jours d’un début d’hiver, où l’on retrouve comme souvent chez Claire Malroux l’alliance du passé et du présent, l’histoire littéraire et ses figures sous jacentes et le trivial du quotidien, parfois promu au rang de mythe ! Allers et retours perpétuels dans le temps qui seraient, peut-être (on hésite devant cette parole fragile et subtile à être lourdement affirmatif) héritage de l’Ombre de Cabourg….circulation dans l’avant et l’après, dans l’ailleurs et l’ici, incessante, comme la réitération constante d’une question, d’un pourquoi, le ressassement de la vague alors que « la main [écrit] comme l’algue fluctuante ». Avec parfois, presqu’inattendues, des formules qui font mouche, drôles même comme dans cette description d’un ciel d’hiver ces « matelas Walhallas » . Je note également omniprésente mais masquée elle aussi la présence du musical, du végétal, du sidéral : ne pas croire que sans paroles, la femme soit désincarnée, hors temps. Elle connaît le monde, le juge, l’observe, non pas d’une tour d’ivoire mais parfois d’une ligne de métro parisien. Elle voit ses semblables, telle cette jeune fille atteinte d’anorexie dont elle donne une des descriptions les plus fortes qu’il m’a été donné de lire.

Le recueil se clôt sur un texte très étrange, né sans doute de la transcription d’une bribe de rêve, travaillé sur un rythme inspiré du pantoum, des fragments de phrases repris, ressassants, dans la séquence suivante qui ainsi semble progresser vers l’élucidation mais dont on s’aperçoit vite qu’en fait elle nous entraîne à chaque mot davantage dans un système labyrinthique, angoissant et parfaitement mimétique d’un rêve. Un tour de force qui est aussi la description d’un paysage bien particulier, le no man’s land de la frange sommeil/éveil.

Claire Malroux dit quelque part la « douceur inconsolable » : j’aimerais caractériser ainsi ces pages, dire leur douceur lucide et cet inconsolable qui les habite et que la langue précise et discrète (la virtuosité est ici totalement assimilée) sait si bien rendre. Comment le dire mieux qu’avec cet extrait :
« La femme sans paroles appelle un verbe
à la consistance de fer et de plomb
pour ressusciter la fulgurance de l’épée
l’art des rosaces
Un verbe tendre et fragile
comme l’envers des paupières
où renaisse l’enfance du monde. »

©Florence Trocmé

 

Claire Malroux
La femme sans paroles
Le Castor Astral, 2006
13 €, isbn 2-85920-667-1

Anthologie permanente : Florence Pazzottu

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[…]
                    – Livre, cette forme non sue que le
travail délivre ou ce geste risqué
          cette faille qui tremblent sous la toile
                    des mots ? c’est qu’il ne s’agit pas d’une
pente des signes, d’un sol prédestiné
          – le lancer crée le dé – d’une certaine
                    disposition des formes, et je
n’ai jamais cru que c’était soi cette
          palette, ce portrait, au mieux ce
                    tourbillon d’excès (le petit
j’suis est trop immense pour se solder
          bien trop percé pour s’enfumer) ; au vrai
                    je n’ai jamais compris ce qu’on dit
quotidien : l’opacité du
          rythme ? je nomme usure seulement
                    cette soif d’un suspens trop longtemps
contrariée ; c’est sportif parfois
          – pratique de l’apnée – ces passages
                    ou arrêts (respecter les paliers) ;
mais fatigue est accueil aussi
          du plus large – puis vient le second
                    souffle – cette déflagration
où s’accordent les temps – le jet
          dans la durée –, la joie inépuisable
                    d’une nage inventée – corps et pensée.

Florence Pazzottu, « gravité (sismographie) », L’Inadéquat, Flammarion, 2005, p. 63 et 64

Florence Pazzottu dans Poezibao :
Pazzottu Florence, extrait 1, lecture de l'Inadéquat, lecture en trio à la Maison de la Poésie de Paris (mars 06), extrait 2, entretien avec Elke de Rijcke

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Portrait d’éditeur (cette année Al Dante) : un nouvel axe de travail pour la Caravane des Poètes (Blois, du 15 septembre au 4 octobre)

Depuis six ans, la Caravane des Poètes a organisé en Région Centre, dans les six départements (Eure-et-Loir , Loiret, Loir-et-Cher, Indre, Cher, Indre-et-Loire) plus de 700 manifestations autour de la poésie sous toutes ses formes : spectacles, nuits de la poésie, lectures, ateliers d’oralité du poème, ateliers d’écriture, rencontres avec des poètes, expositions, publications, journées du livre de poésie pour l’enfance et la jeunesse ainsi qu’ une manifestation d’intérêt national, le Salon international de l’édition - et de la revue - de poésie qui se tient désormais, chaque année, le premier week-end de juin, dans les jardins du domaine de George Sand à Nohant. Au cours de ces manifestations, la Caravane des Poètes a fait entendre plus de 20000 poèmes et réuni au fil des ans plus de 75000 spectateurs. Elle a rapproché de la parole poétique un public parfois inattendu, dans des lieux souvent surprenants, hors des sentiers de la culture balisée. A travers ses différentes approches, la Caravane des Poètes a toujours veillé à réserver une place privilégiée à la poésie contemporaine la plus actuelle.

Portrait d’éditeur
Aujourd’hui, avec ce portrait d’éditeur consacré à Al Dante, elle inaugure une nouvelle approche. Il s’agit de rassembler d’abord tous les ouvrages publiés par un éditeur qui se voue de manière prioritaire à la poésie contemporaine et de prolonger ce rassemblement par un ensemble de manifestations : expositions, lectures, performances, débats, signatures. Demander à des poètes qui ont eu eux-mêmes souvent une expérience de l’édition en marge (et de la publication de revues) ce que représente pour eux la figure de l’éditeur, la fidélité à un éditeur ; les interroger sur la relation au catalogue, sur la relation des auteurs entre eux, à l’intérieur d’un catalogue ; rechercher quel type de nouveau compagnonnage entre écrivain et éditeur s’invente autour d’une maison d’édition comme Al Dante ; chercher les articulations entre conflits et complicités ; analyser les dangers d’une logique de clan ; essayer de cerner quel type de communauté informelle s’instaure là ; interroger aussi les difficultés économiques et politiques que rencontre une édition indépendante et comment elle se situe par rapport aux majors ; essayer de préciser enfin comment s’articulent au livre de nouvelles pratiques (poésie visuelle, poésie sonore, CD, DVD, performances) qui se situent hors champ du livre : telles sont quelques-unes des questions qui se lèvent autour d’un tel projet et qui sont sans doute déterminantes pour l’avenir même du livre de poésie. Chaque portrait d’éditeur s’efforcera d’associer à la présence des poètes, le travail - si important à travers les territoires - des bibliothèques, des librairies et des réseaux enseignants. A ce propos, nous ne pouvons que nous réjouir de la collaboration exemplaire, établie pour ce premier portrait d’éditeur autour d’Al Dante, avec les Bibliothèques de Blois, la librairie Labbé et l’Ecole d’art de la ville. Henri Ronse 

B l o i s, portrait d’éditeur, Al Dante
Expositions, lectures, projections performances, débats
du vendredi 15 septembre au mercredi 4 octobre 2006
avec Julien Blaine, Jean-Michel Espitallier, Raymond Federman,
Bernard Heidsieck, Françoise Janicot, Jean-Luc Parant, Charles Pennequin 

Téléchargement du programme complet (fichier PDF)

 

lundi 28 août 2006

Anthologie permanente : Abdellatif Laâbi

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Sur les visages faiblement éclairés
je n’ai pas besoin du tracé des rides
pour relire notre histoire
Chaque sourire
a valeur et poids de douleur
vécue et terrassée
De cris jamais proférés
afin de désespérer les bourreaux
D’années sans horizon
cousues à d’autres années
pour confectionner le drapeau du retour
De poèmes clandestins
jadis gravés dans la crasse des murs
aujourd’hui déposés entre les mains
des enfants et petits-enfants de l’épreuve
Chaque sourire
a ce pesant d’or
qui fait pencher la balance
du côté de la mémoire ressuscitée.

Abdellatif Laâbi, Écris la vie, La Différence, 2005, p. 56

bio-bibliographie d’Abdellatif Laâbi

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Abdellatif Laâbi

« La poésie est tout ce qui reste à l’homme pour proclamer sa dignité. »

Poète, romancier, essayiste, homme de théâtre, Abdellatif Laâbi est né en 1942 à Fès, au Maroc. Il entre à l’école franco-musulmane et découvre pêle-mêle la lecture, la langue française, la condition de petit colonisé. A l’indépendance, en 1956, il a quatorze ans. Il écrit déjà : « Mon premier choc fut la découverte de l’œuvre de Dostoïevski. Je découvrais avec lui que la vie est un appel intérieur et un regard de compassion jeté sur le monde des hommes. » Il entre à l’université à Rabat où il se trouve inscrit d’office comme aspirant professeur dans la section de lettres françaises, alors qu’il rêvait d’étudier le cinéma ou la philosophie. En 1963, il participe à la création du Théâtre universitaire marocain. C’est alors que la tourmente politique qui l’emportera commence par un cyclone dévastateur : le massacre de milliers d’enfants qui manifestent pacifiquement à Casablanca, en mars 1965.
Il enseigne alors le français dans un lycée de Rabat. Le contact avec les jeunes élèves est enthousiasmant mais ne lui suffit pas. En 1966 débute « la belle aventure » de la revue Souffles. Si la revue s’annonce comme poétique et l’est exclusivement dans son premier numéro, ce n’est pas un hasard. « La poésie est le vrai laboratoire de la littérature. »
Souffles*, ce sera 22 numéros en français, 8 numéros en arabe (Anfas, « souffles » en arabe), où toutes les questions qui agiteront le champ intellectuel dans les décennies suivantes sont posées. « Cette expérience fondatrice a permis un réel bouleversement du champ littéraire maghrébin. » Parallèlement, il s’implique dans l’action politique. Il rejoint les rangs du Parti pour la libération et le socialisme (avatar du Parti communiste marocain), le quitte, est en 1970 l’un des fondateurs du mouvement d’extrême gauche Ilal-Amam, clandestin par la force des choses et du régime de fer. En 1972, il est arrêté, torturé, mis en prison. En 1973, il est condamné à dix ans de prison. Et on l’enferme dans la « citadelle d’exil », à Kénitra, où il devient le prisonnier numéro 18611. Au bout de huit ans et demi, en 1980, les portes de la citadelle s’entrouvrent pour lui et quelques-uns de ses compagnons de détention, grâce à une campagne internationale en sa faveur. Cinq ans plus tard, il quitte le Maroc pour la France.  Depuis, il s’est fait passeur de mots, s’attelant à la traduction en français de nombre d’auteurs arabes, des poètes pour l’essentiel. Il a été élu en 1998 membre de l'Académie Mallarmé et en 2001 membre du conseil d’administration de la Maison des écrivains, à Paris. Il a reçu en 2006 le prix de poésie Alain Bosquet pour l’ensemble de son œuvre
(j’ai repris toutes ces informations du très beau site personnel d’Abdellatif Laâbi)

*En exclusivité, ClicNet met en ligne l'ensemble des numéros de la revue Souffles (à partir de septembre 1997)

Bibliographie
Poésie
Le Règne de barbarie, Seuil, 1980
Histoire des sept crucifiés de l'espoir, La Table rase, 1980
Sous le bâillon le poème, L'Harmattan, 1981
Discours sur la colline arabe, L'Harmattan, 1985
L'Écorché vif, L'Harmattan, 1986
Tous les déchirements, Messidor, 1990
Le soleil se meurt, La Différence, 1992
L'Étreinte du monde, La Différence, 1993
Le Spleen de Casablanca, La Différence, 1996
Fragments d'une genèse oubliée, Paroles d'aube, 1998
Poèmes périssables, La Différence, 2000
Petit Musée portatif, Al Manar, 2002
L’automne promet, La Différence, 2003
Les Fruits du corps, La Différence, 2003
Ruses du vivant, Al Manar, 2004
Écris la vie, La Différence, 2005
Œuvre poétique
1, La Différence, 2006
 

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