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vendredi 20 octobre 2006

Le colloque Michel Butor à la BNF : aperçus

 

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Michel Butor, déménagements : un colloque

Michel Butor, déménagements : tel est le titre de l’important colloque qui se tient actuellement et jusqu’à samedi soir à la BNF, site François Mitterrand. Un colloque sous la houlette de Mireille Calle-Gruber et fruit d’une collaboration entre la Bibliothèque Nationale, l’université Sorbonne Nouvelle Paris III, les groupes de recherche de Mireille Calle-Gruber et de Michel Collot. Un colloque qui se tient en présence de Michel Butor et de « Marie-Jo » son épouse, figure que l’on croise très souvent dans son œuvre.
Je ne pourrai assister à l’ensemble du colloque et en rendre compte ici, mais j’ai pu suivre la matinée d’ouverture déjà très riche. Je vais tenter de donner un petit aperçu de cette richesse en revenant sur les trois interventions de Michel Deguy, Yehuda Lancry et Mireille Calle-Gruber.

Le colloque a débuté par une lecture d’une lettre de Jean Starobinski à Michel Butor, évocation d’une rencontre il y a cinquante ans, un soir de concert du Quartetto Italiano à Genève. Il sera beaucoup question du professeur Butor dans cette belle lettre où Jean Starobinski souligne la grande ressemblance qui existe entre l’enseignement littéraire tel que l’a pratiqué Butor et sa pratique du croisement des œuvres. Évocation aussi du « métier » de Butor, de ses tenues d’artisan ou de monteur-ajusteur parlant de l’écriture comme on parle métier. Au fond une sorte de portrait de Michel Butor en professeur genevois alors que lui-même avait dressé son portrait en « jeune singe ». De cette lettre je retiens aussi cette belle formule : conjuguer l’acuité mimétique et l’élan novateur et l’évocation des frontières et des voyages, si importants dans l’œuvre et sur lesquels vont revenir aussi les autres intervenants.

 

20_deguyPlaque tournante
Puis Michel Deguy se livre à une intervention assez ébouriffante, d’une densité extrême, émaillée de formules-choc et de pointes d’humour, lui permettant de balayer toute l’œuvre pourtant pléthorique de Michel Butor et d’en évoquer nombre d’ aspects. Lui aussi insiste sur les salopettes de Michel Butor, avec leurs poches mesurées, fabriquées avec du tissu de tous les pays du monde, mais où « l’essentiel c’est le bouton ». En nacre, corne, bois d’olivier, céramique ou plastique vert. Puis c’est le glissement vers un lointain souvenir, un portrait de groupe, qui permet à Michel Deguy de s’interroger sur la notion de génération : évocation d’une rencontre au café L’Espérance, autour de la fameuse collection Le Chemin et où les « cheminots » avaient nom Michel Butor, Georges Lambrichs, JMG Le Clézio, Jean Roudaut, Jacques Réda, Michel Deguy, Jean-Loup Trassard. Ensuite Michel Deguy se livre à une comparaison féconde entre Picasso et Butor, foisonnement du sens et somptuosité des matières. Évocation de tous les genres pratiqués par Butor, romans, soties, poèmes, livrets, répertoires, mobiles, réseaux, cours, à mettre en rapport avec toutes les techniques et matières utilisées par Picasso. Il est question aussi de la stature morale, faite de générosité, d’intensité dans la curiosité joyeuse, de l’engagement, car même si sa maison s’appelle L’Écart, Michel Butor ne s’absente pas de l’époque, il est non pas dans une tour d’ivoire mais plutôt dans une tour de verre : portrait de l’artiste en citoyen du monde, dont l’’éxpérience immense se transforme « médiatement » en œuvre d’art. Michel Deguy saisit le fil du poème dans l’œuvre et démontre la fidélité de Michel Butor à la poésie,  poésie ininterrompue ou plutôt « constamment interrompue et tenacement récidiviste ». Il s’arrête longuement sur le poème Plaque Tournante donné à l’artiste Bertrand Dorny (qui était présent dans la salle), en lisant des extraits, évoquant la cadence du texte, ses listes, ses anaphores litaniques, allant jusqu’à démontrer le caractère pédagogique de la poésie de Butor, le poème Plaque Tournante fonctionnant comme une toupie, invitant à monter à bord du manège, insistant aussi sur le jeu permanent intérieur / extérieur, exotérisme / ésotérisme : « on jure de s’arrêter, on sent qu’on va continuer… Anvers et contre tout ». Michel Deguy termine sur une interrogation sur certaines formes contemporaines de poésie qu’il oppose à l’inventivité butorienne.

20_lancryIdéologie et politique chez Butor : échographie
Yehuda Lancry est ancien ambassadeur d’Israël en France et aux Nations Unies. Il va s’attacher à sonder l’archipel Butor et sa perpétuelle prolifération pour y détecter ce qu’il appelle les « dérives », pour interroger la pratique des marges, des frontière et du métissage dans l’œuvre. Il ausculte la méfiance de Butor pour l’idéologie dominante et sa volonté essentielle, de transformer la société. Il parle d’une première dérive, « vocationnelle », de la philosophie vers la littérature, s’arrêtant un instant sur l’échec de M. Butor à l’agrégation de philosophie et sur ce qui l’a précédé, un véritable écartèlement entre philosophie et écriture. Les « deux demi-têtes de l’écrivain », celle du philosophe et celle du poète tentant de trouver une conciliation dans le roman. Puis seconde dérive, « païenne », avec le voyage en Égypte au moment de la rédaction du premier roman Passage de Milan, l’Égypte « seconde patrie, presque une seconde naissance », lieu de dérive spatiale, historique culturelle, évoqué dans Le Génie du Lieu, l’Égypte pièce maîtresse de l’opposition de M. Butor aux grands monothéismes, lieu du passage de l’un au multiple, à la pluralité pour « l’ancien élève des Jésuites, pourri de christianisme ». Mais Yehuda Lancry le montrera aussi, se souvenant de ces mots « il y a un humus catholique dans tout ce que je fais ». sans qu’il y ait anéantissement du dogme chrétien,
Y. Lancry s’arrête ensuite sur le décentrement, en tant que conscience de la perte du centre ‘Rome s’est écroulée, Byzance n’est plus », avec le premier voyage en Amérique du Nord en 1960. Importance aussi de la notion de métissage qui déborde les genres, la société. De la marge, puisque selon l’écrivain il n’y a pas de changement possible de l’intérieur de l’institution qu’une telle tentative risquerait plutôt de renforcer, pas non plus de l’extérieur mais plutôt dans la partie médiane où se trouve le plus grand pouvoir de transformation. D’où l’importance du dialogue avec les peintres, les photographes, les musiciens. Et une excitante comparaison avec Moïse, sa mobilité, sa traversée des frontières et des marges. S’arrêtant (ne pas oublier que Y. Lancry est un diplomate) sur les frontières, il lit un magnifique poème de Butor Pluie sur les frontières : « ô pluie, efface pour nous ces frontières, lave nos continents de ces zébrures doucereusement infligées par le fouet diplomatique…. »
Du rapport de M. Butor avec la politique, il montre la complexité, le partage entre la distance, l’écart et en même temps l’engagement, y compris engagement précis comme lors de la signature du Manifeste des 121, les tentatives dans l’écriture pour transformer l’immédiat de l’actualité en durable. Yehuda Lancry termine significativement son intervention par l’évocation du poème Au-delà de l’horizon

Matisse et le « mendiant hospitalier »
Cette belle matinée se terminera dans la lumière de Matisse, grâce à Michel Butor bien sûr mais aussi grâce à l’intervention fervente de Mireille Calle-Gruber. Qui va invoquer autant le peintre que l’écrivain décrit cette fois en mendiant et hospitalier (en un seul mot, dira-t-elle à un moment). Parlant du chant, -il faut peindre comme on chante, disait Matisse-, partant de ce terme un peu oublié, peu appliqué en tous cas à la poésie, usuellement, de cantique. Cantique de Matisse, c’est le titre de ce nouveau livre de M. Butor dont on peut lire des extraits sur son site (car l’écrivain, tout octogénaire qu’il soit a un site Internet, où il publie beaucoup de textes !). M. Calle Gruber qui rappelle que M. Butor ne pose pas les questions, qu’il les « chemine », lui qui dit que la question est son élément, sa terre, le fruit de l’arbre. Et l’importance de « l’attelage avec peintres, photographes, etc. ». Constante dans toute l’œuvre de Butor, qui avance d’expérience, « passe par l’épreuve du texte, forgé à l’enclume de l’autre œuvre », répondant, co-répondant à l’autre œuvre, répondant d’un corps de métier qui n’est pas le sien. Il ne parle pas de Matisse, il parle Matisse. « Caméléonique, l’écrivain mendie toutes les couleurs de sa phrase auprès de la peinture ». Car ici la leçon est celle qui vient de l’atelier, atelier du peintre, atelier de l’écriture. A n’en pas douter une belle introduction donnée ici par M. Calle-Gruber à d’autres interventions au cours de ce colloque, qui vont tourner autour du rapport de Michel Butor avec la musique, avec l’œuvre des peintres, Alechinsky, Bertrand Dorny, projections de plusieurs films, et conclusion avec un concert butorien-beethovénien, puisque Michel Butor donnera son texte Dialogue avec 33 variations de Ludwig van Beethoven sur une valse de Diabelli en symbiose avec le pianiste Jean-François Heisser (samedi soir, à 17h30, Grand Auditorium de la BNF, site François Mitterrand à Paris).
©Poezibao

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Michel Butor dans Poezibao (on peut y lire notamment le premier Chant du Cantique de Matisse, extrait 10)
Note bio-bibliographique,
extrait 1, Regards, regards, ouvrez les yeux / tournez autour….
extrait 2, Trio, dans les touffes de baiser, le palais des coquilles
extrait 3, Des échelles se dressent entre échafaudages et démolitions
extrait 4, Exclamations renversées Une feuille qui vient d’atterrir / près de ma semelle
extrait 5, Hamlet 2 Où me conduis-tu / parle
extrait 6, Actualités Le journal quotidien / est comme une fenêtre
extrait 7, Catalogue des jarres 1. Pour conserver les olives
extrait 8, FRANKLIN un couple de bobolinks….
extrait 9 (Seize Lustres), Certains d’entre nous réussissent / à s’en aller au fil de l’eau
extrait 10, Dans les jardins /  dans les écoles et premier Chant du Cantique de Matiss
annonce édition œuvres complètes à La Différence, rencontre avec Michel Butor à la librairie Compagnie (mars 06),
exposition à la BNF (été 06), visite de l’exposition à la BNF,
fiche de lecture de Don Juan en Occitanie (avec Colette Deblé
 

Commentaires

Merci Poezibao pour ce travail inlassable de reportage et de partage. Quelle ferveur, quelle patience, quel investissement ! Et ici, quel bonheur de pouvoir découvrir et apprendre ce qui se passe ailleurs. Et puis, comment dire ? Quand je lis toutes ces informations, précises, patientes, attentives, je ne peux m'empêcher de voir le soin, l'admirable dévouement / dévotion à la poésie, qui au-delà du seul travail sur Michel Butor révèle à quel point cette nourriture-là est vitale et féconde, précisément au moment où nous n'y réfléchissons pas mais où nous sommes traversés, happés, absorbés entièrement..

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