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vendredi 27 octobre 2006

Le lieu de la poésie d’Heather Dohollau, un article de Béatrice Bonhomme

Béatrice Bonhomme a bien voulu donner à Poezibao ce texte  "Heather Dohollau : l'évidence lumineuse", qui est celui de sa communication au Colloque de Cerisy  qui s’est tenu du 9 au 12 juin 2005, sous la direction de Daniel Lançon et Tanguy Dohollau, colloque dont les actes sont publiés aux Editions Folle Avoine (directeur Yves Prié) le 14 octobre 2006. Je remercie Yves Prié, Heather Dohollau, Daniel Lançon, Tanguy Dohollau, les organisateurs du colloque et bien sûr, en tout premier lieu Béatrice Bonhomme

Le lieu de la poésie d’Heather Dohollau
par Béatrice Bonhomme

A lire et relire Heather Dohollau, c’est un peu comme si le lieu était partout et se mettait pourtant à manquer, comme si le sol se dérobait, comme si le réel semblait soudain peu sûr. On pressent un mystère, un secret, un trésor et lorsqu’on voudrait « ouvrir l’enveloppe »[1], tenter de pénétrer le lieu et qu’un « autre espace » s’ouvre par cette trouée,[2] c’est notre manque même qui revient à la surface, creusant encore notre impuissance et redoublant notre quête. Nous voudrions retrouver cette chose perdue qui brille mais ne fut jamais nôtre[3], découvrir le lieu de cette stèle d’absence, tenter de décrypter l’image reflétée dans le miroir.   
Ainsi ce lieu que je vais tenter d’évoquer reste-t-il, en fait, incernable comme le lieu absolu d’un non-lieu, lieu nimbé de lumière mais qui disparaîtrait au regard, lieu plein qui est un vide, trou creusé dans le jardin d’Alice, comme un espace de résonance, qui permettrait à la poésie d’être mais qu’on ne pourrait jamais saisir, « Une maison de verre où tout ce qui est dehors est dedans »[4]. Un lieu de double vitrage, un lieu séparé de nous par la vitre, et ce n’est pas hasard si Bonnefoy établit une relation d’équivalence entre le lieu et le dieu, lieu comme dieu caché de même que chez Pierre Jean Jouve, Dieu est séparé de Paulina par une vitre  : 

J’écris pour voir ce qui reste à l’extérieur
qui vient s’appuyer contre la vitre du texte

écrit Heather Dohollau dans L’Adret du jour[5].

Le poète apparaît comme la porteuse d’absence et le lieu de sa poésie s’ancre dans un lieu, qui se trouve nulle part et partout, excentré et au centre :

C’est habiter un lieu où le foyer est partout
            Et les murs sont perdus dans la transparence [6]  
Entre-deux paradoxal à la manière de ces tournures négatives rappelant la méthode apophatique de certains mystiques :

c’est ici et là et tout le temps entre
            se mêler aux lieux porte à la transparence [7] 

lire la suite de ce texte (et toutes les références) en cliquant sur le lien ci-dessous.

Les traces du poète sont en absence, en retrait, le sens se dérobe au moment où l’on croit le saisir. Nous nous trouvons devant une poétique de la suggestion, évocation de ce qui ne peut se dire, moyen d’approche de l’inconnaissable, coup de sonde dans l’invisible comme ce fameux aphorisme de Lichtenberg et son couteau sans lame auquel il manque le manche, et pourtant le couteau des vers d’Heather Dohollau tranche à vif et la transparence cristalline de cette poésie a la force d’une lumière.

Car le lieu est d’abord ici une lumière. Mais cette entaille, cette coupure crée aussi une sorte de vide dans le langage, les traces du poète se trouvant en absence comme pour mieux guider vers la vraie vie. Éloge de l’absence qui, seule, permet de rendre la présence, inscription d’une part et effacement de l’autre, la statue est dissoute pour qu’apparaisse le geste du sculpteur, ce qui est essentiel ne se percevant que par le creux qu’il dessine. Le poète est comme un peintre de repentirs ou de réserves, qui fait naître un monde d’abord par ces vides. 

Il y a refus de fixer, de stabiliser et tout est dans ce tremblé, dans cet entre-deux, dans cette tension entre fixe et mobile comme si le poète enclavait le vide et le rendait soudain visible entre schéma déceptif et épiphanie. Et pour prendre, le poète se déprend, il ne saisit au vif que dans le dessaisissement. Le poème est bifurcation tourbillonnante, sur fond de retrait. Reste une poésie de ce qui se montre et se cache en même temps, le poème manifestant une présence-là énigmatique, écliptique comme un battement, présence qui déroute toujours de nouveau le sens, la situation, la substance.

Le retrait de l’être semble la condition de son apparition. La dissidence est ici séparation active, action menée au nom de la séparation. Il s’agit de faire du dessaisissement la matière friable de la parole : « Cette nuit dans un rêve Novalis m’a dit "Ne prends pas, sois saisie"»[8] Poésie du dessaisissement et du retrait, actio in distans, pour reprendre les termes de Jacques Derrida, elle est aussi poésie de l’oxymore, de l’ici-là-bas, de l’ombre-lumière, l'oxymore permettant à Heather Dohollau l’évocation quasi simultanée de tout un monde en deux mots. Pour ce poète, en effet, ce qui vaut dans l’oxymore, c'est cet angle absolu, impossible qui ouvre sur l'abîme. Rencontre de deux lignes de virtualités, événement qui consiste à se séparer, à vivre l'exil, tout en étant lié en un point, dans une quête de l'Unité. L’œuvre de Heather Dohollau repose, ainsi sur une sorte d’entre-deux « C’est dans l’entre-deux/ Que le monde est réel »[9], ou de paradoxe que l’on pourrait énoncer ainsi : comment nommer ce qui n’a pas de nom, comment parler ce qui est sans parole ? 

Ce lieu, en effet, est avant tout espace paradoxal de résonance par le vide qu’il contient, passoire trouée d’étoiles, absence où l’instant semble se constituer d’un abîme où tombent les choses, un « creux » du temps[10]. Et de même que d’un plein, il fait vide, d’un endroit, le lieu se fait envers, orientation de flèche et d’archer retournée par la blessure[11], approche oblique d’un labyrinthe où rien n’est de face, où nous sommes à l’extérieur de nous-mêmes : « Comme un gant retourné/ Portant le creux intérieur au dos de la main[12]. Ce lieu inversé, lieu comme retournement du regard se transmue parfois en théâtre, trompe-l’œil, reflet, double plafond, rues doubles ou murs doubles, le mur ultime restant caché par les autres. Le lieu devient celui d’une représentation qui, précisément, n’aurait jamais lieu, lieu encadré par les bords de la fenêtre ou du tableau et qui permet comme un arrière-champ, une vision de l’autre côté : « Regardant par la fenêtre/ je me vois de l’autre côté »[13]. Mais dans l’entre-deux, demeure la faille, la séparation, « (…) le talisman rompu/ dont la blessure respire », « l’écart d’une vie », « la fracture du jour » qui permet l’ouvert[14] : « Cela sépare/ De chaque côté »[15] et c’est l’air, le creux, le vide, la déchirure entre les murs, qui résonnent, qui permettent la résonance même des mots.

Mais dès lors, le lieu est une distance, éloignement des contes de l’enfance et du pays des merveilles que l’on ressent à travers « le château du cœur »[16], les portes ou le miroir d’Alice. Et le lieu est un lieu déplacé, décalé, jamais là où on l’attend, lieu d’où l’on se retourne pour regarder ailleurs, un ailleurs d’ici aux montagnes inversées, un ici de là-bas. On pense à l’arrière-monde Nietzschéen. « L’arrière-plan éternel » qui est paradoxalement « éternellement au devant de moi », « pays d’avant les mots »[17]. Un avant-arrière-monde[18], derrière lequel il y a peut-être le jardin d’Éden, jardin magique où le ciel s’inverse, jardin décrit avec sa verdure et ses murs, jardin merveilleux d’Alice. L’ontologie du poétique chez Heather Dohollau en passe ainsi par la présence insistante d’un abîme en arrière-forme, issue de la remontée d’un temps mythique, d’un moment où la chose était là. Éclat du fraîchir. Certes coupure et faille mais revirginisation. Surgissement d’un dire, elle ne porte sens qu’en se défaisant. La parole se maintient seule, risquant sur le blanc de la page, l’affirmation de sa présence.

Car le lieu de l'expérience poétique d’Heather Dohollau est, en effet d’abord le lieu du Livre et des mots écrits sur la page : « Le noir aspire le blanc/ il couvre le papier d’un nombre infini de petites clefs »[19] le monde entier est comme un livre à feuilleter, celui d’Alice au pays des merveilles. Le tissu du poème, « mouchoir d’herbe »[20] construit un écheveau inextricable fait de « fente »[21] de « pli »[22], de repli et de « coquillage »[23], de déchirures et de superpositions (« Cousu de fils blancs»[24],) ligne défaite[25],« Point à la ligne »[26]. Dès lors, le lieu, c'est peut-être d'abord et tout simplement la page qui n'est plus une simple surface : « Le spectre des couleurs sur le blanc intact/ De la dernière page »[27]. Ainsi il y a substitution du lieu par un espace tout autre, en apparence, celui de la page, du poème, du livre : «  Un lieu de regard »[28]. Cet espace de la page constitue un lieu de représentation et de non représentation tout à la fois, lieu d’une représentation paradoxale ou d’une aporie de la représentation. La peinture restitue un lieu qui n'est jamais déterminé. Où est le tableau ? Nous ne fixons pas le tableau en son lieu, nous voyons selon lui. Nous ne voyons pas la chose mais le terme de l'approche de la chose puisque la peinture mime cette approche. Les textes d’Heather Dohollau évoquent ainsi très fréquemment la peinture, jouant parfois même avec l’ekphrasis :  « Une fresque du bord du chemin/Où amour est regard »[29]. Le lieu et l'instant de la peinture est, en effet, un point qui ne se situe ni dans la pénombre du dedans (l'atelier ou le dépôt invisible des gestes en mémoire) ni dans la lumière du dehors (le visible et le vert le flot de lumière naturelle du dehors) mais peut-être dans l'intersection des deux espaces[30]. La poésie d’Heather Dohollau est visuelle, picturale, de Pages aquarellées au Dit des couleurs, cette poésie est lieu de lumière, Matière de lumière, et le lieu est d’abord un regard. Et le poème est comme un cadre d’où l’on pourrait sortir comme d’un tableau, toile œuvre picturale, épaisseur d’une boîte de couleurs :  

En bas de la toile
            En bas de la page [31]

car le lieu est celui des « Peintures »[32] du « portrait »[33] le tableau est lieu où la mémoire prend sa palette[34] et «(…) l’on se demande/ Si là où sont les couleurs/ N’est pas le vrai lieu/ Et où sont les tableaux »[35]. Mais le texte peinture, est aussi lieu de partition, lieu musical, devenir-corps de la musique, spatialisation de la partition. La poésie est ici une parole écrite comme transposition d'un parlé-chanté, quelque chose comme le récitatif dans l'oratorio : « Le silence où la musique creuse sa voie »[36].
Expérience des limites du subliminal au sublime : 

Les voix qui chantent sont aiguës
            et les notes nous suspendent
            soudain comme ce Christ oiseau
            un instant dans les airs[37]

Et dans ce lieu pictural ou musical du texte, s’ouvrent des horizons intimes, lieux référentiels, lieux biographiques, lieux d'enfance, lieux des langues :  

Heureusement que je n’en ai que deux
           Car elles changent de place
           Parlent entre elles
           Inversent les noms sur les portes.[38]

Chez Heather Dohollau, ce lieu qui habite le texte est d’abord le lieu de l'origine, car la poésie, c'est la mémoire ou plutôt la remémoration. Il y a un travail mnésique qui touche au mythe d'origine, au roman familial. Il y a donc un lieu ou des lieux référentiels avec une poésie qui possède, bel et bien, une base biographique, liée à des objets, des situations ou des personnes impliquées dans la vie, et en même temps la transformation, la transmutation de cet espace référentiel en espace fictionnel, la poésie s'efforçant de gommer ou de transformer cette ou ces références sans quoi elle ne serait pas. Lieux d’origine, Treherbent dans le sud du Pays de Galles, Penarth, Cardiff. Puis lieux de jeunesse, Paris, Londres, île de Bréhat. Lieu de vie : Saint-Brieuc, entrecoupé de voyages, Venise, la Toscane, Rome, l’Iran, la Russie, Istanbul, la Pologne, l’Espagne, le Portugal, la Tunisie, la Suisse… Ronde des lieux et des temps. Il s'agit de retrouver les traces laissées en soi par le passé, transformées par le temps, l'imagination. L'espace personnel, référentiel est stylisé et comme effacé, transposé par la remémoration. L'espace est ainsi projection affective de la mémoire, mémoire d’un oubli, espace chargé puis déchargé d'histoire et de souvenirs qui s'attachent à des lieux, mémoire redoublant le trajet effectué pour le transformer en espace intérieur, topographie magique revisitée par l'enfance. L'enfance est là convoquée pour essayer d'installer dans la langue, un lieu : « Vu du pays si peu réel de mon enfance »[39]. Un paysage se constitue qui passe par quelques éléments comme des localisateurs dont on ne peut préciser s'ils sont métaphoriques ou référentiels. Ces voix sont liées à une mémoire tactile et physique mais imprécisable :  

Ce qui me reste est la mémoire des lieux
            Où j’ai cherché par des questions posées
            A dire ce qui est [40]

 
Le poème revient sur une naissance, il est ce retour en parole Odyssée ( « Seule je fais des sorties / hors des miroirs/ (…) comme Ulysse traversait Ithaque/ l’embrassant de son ombre »[41] et cela même si la poésie est dépassement de la posture nostalgique. Le rapport au lieu devient alors l'approfondissement d'une dimension temporelle, un lieu de mémoire. La quête du lieu est métaphore de la quête du passé et prend la forme d'une navigation mais aussi d'une archéologie : « (…) les feuilles tombées des arbres/ Ont mémoire de longs jours au goût de souffre »[42]. Le vrai lieu est temporel, souffle de mémoire, il postule le surgissement par fouilles archéologiques répétées d'une plénitude perdue, d'une dimension temporelle révolue.

Mais cette dimension temporelle n'est pas seulement personnelle.  « Trouvée sur cette plage de longue mémoire »[43], l'œuvre résulte de plusieurs stratifications historiques, permettant une plongée de plus en plus profonde dans le passé comme un archéologue ou un géologue qui, dans leurs fouilles, rencontrent d'abord les terrains les plus récents puis gagnent les plus anciens, « Comme si la mort habitait trop la terre »[44].

           Le poète doit désormais se faire trouveur, découvreur, navigateur, pour pénétrer l’os des choses et tenter de retrouver, à travers les brisures, l’inscription originelle. Il s’agit de chercher la trace archaïque, enfouie, la lettre perdue, la graine originelle, la clef d’Alice… Il y a quête d’un centre, d’un lieu de source. L’invisible trésor est désormais caché. En même temps, comme l’explique Novalis, qu’il y a signe, il y a retrait du sens, dérobade du sens et de l’origine. Tout est toujours déjà trop loin pour être jamais saisi. Une déchirure ontologique laisse entrevoir la beauté mais c’est à travers les failles, les blessures et le manque. Ainsi le lieu de l'origine est-il habité par un sentiment très puissant de marge, de décalage.

L'identification à ces origines tremblées, décalées, superposées peut dès lors se comprendre, comme un sentiment d'étrangeté. On peut se demander si cette identité multiple n'est pas fondamentale à l’être même du poète et si plus généralement tout poète n'éprouve pas cette sensation de décalé par rapport au lieu originel ainsi que ce sentiment d'appartenir à la marge, mais cela est sans doute encore plus intense pour un écrivain qui, comme Heather Dohollau, se trouve entre deux cultures, entre deux langues :

Toujours il se déplace
            Il cherche des livres
            Même dans les langues  [45]  

La conscience poétique semble ici naître de l'exil comme matrice du sens et force germinative. Le lieu de l'origine c’est précisément la marge, le décalage :  « Les baisers de la Reine/ Préparent l’exil »[46]. Le livre d’Heather Dohollau devient un livre des marges. La périphérie l'emporte sur le centre, hors les murs, dans de subreptices déviations. Il y a une sorte de vertige périphérique, un vertige de vert qu'attise l'absence d'un centre, centre occulté, fuyant, imperceptible :

           La toupie tourne/
           La mémoire martinet
           La fouette des cordes
           Quand elle titube
           Dans le vertige du vide [47]          Ce vertige est celui de l’entre-deux, le poète prenant en charge la préposition "entre", et ouvrant un passage vers l’invisible de l’enfance incarnée par L’Alice de Lewis Carroll. Et en effet ce passage est aussi celui du métissage des lectures originelles, des cultures et des langues, ce qui fait de ce poète un traducteur qui parlerait entre entre deux lieux, entre deux langues, traduire, traducere  signifiant  faire passer d’une langue à l’autre. Dans l’étymologie du mot s’inscrit donc le mouvement inhérent au passage, mouvement que l’on retrouve dans une certaine manière d’échanger avec le monde, le poème devenant transmetteur, intermédiaire entre le monde et le langage, nouvel être où se réalise enfin l'impossible union «  et le lieu qui est là/ est un arrêt du ciel/ pour la venue du tout »[48]  ce moment où enfin « le rideau est levé »[49], et où apparaît l’autre vie, celle de l’amour. Et ce lieu est alors celui de la rencontre. Rencontres de la rivière ou de la lune, de la peinture, de la musique ou de la poésie. Coup de foudre quotidien des rencontres avec une couleur, des yeux, une main, une phrase, des instants, des merveilles. Malgré tout, malgré le temps, la mort, il reste la surprise, la création, la soudaineté absolue. C’est une présence-là qui se dit, un « il y a » comme avènement du monde, comme écriture de l’événement, car lorsque nous nous trouvons dans cet état de disponibilité intérieure que relate Heather Dohollau, tout peut devenir événement jusqu’à l’odeur de l’herbe, la courbe d’une branche de fleurs, le vent à travers feuilles.

Les oiseaux sont les poissons de cette mer, la lampe s’allume devant le jour, le premier soleil brille dans le clair intérieur du monde, le paysage est d’une beauté à couper le souffle. Il y a l’apparition des fleurs, la beauté d’une lumière, la rosée éparse, tout ce qui est aérien, lumineux, les souffles, les parfums, le soleil et les oiseaux, la lumière au fil des saisons, la lumière du tableau, traces, signes multiples, intermittents, ténus, convergeant vers l’affirmation d’une possibilité inouïe, merveilleuse.

Et pourtant existent aussi les jours de janvier, l’herbe jaunie, les visages ridés, les fugaces odeurs, les hautes fleurs desséchées, la présence de la mort. Et ce lieu fait lien avec la mère disparue, avec la fille disparue, dans le désir d’un espace de retrouvailles. Autre espace qui constitue une relation avec la mort, l’invisible, espace d’un corps gigogne, celui de la mère et de la fille, de la posture mère-fille qui perdure par-delà la mort :  

Je te cherche
            Es-tu ma mère, ma fille ?
            Laquelle est la porte de l’autre
            La terre est là
            Au niveau de nos songes
            Faut-il descendre et monter
            Pour y être
           A portée de tes bras ? [50]

On a parlé d’écriture de l’intervalle, de l’entre-deux mais « l’entre » au sens d’Heather Dohollau, c’est un bouquet de coquillages et de rencontres et le concept se métamorphose en « entre-captage » des choses du monde. L’œuvre d’Heather Dohollau est côtoiement continu de l’énigme et du nouveau à l’état naissant et cela confère à ses poèmes l’affirmation de la vie et d’une joie vraie, d’une sérénité, malgré une voix comme assourdie ou voilée, malgré le désarroi devant la fuite du temps et malgré la mort. La parole tente de se faire de plus en plus matinale, elle considère les choses au plus près de leur apparition et rend compte d’un commencement, d’une présence au monde. Innocence si bleue du regard et corrélativement nouveauté du spectacle, le lieu de cette poésie devient le lieu de la rencontre au monde comme si la transcendance d’un lieu absolu inatteignable et inconnaissable, se faisait immanence de l’instant.
©Béatrice Bonhomme

 

Editions utilisées :
Matière de lumière, Ed. Folle avoine, 1985.
Pages aquarellées, Ed. Folle avoine, 1989.
L’Adret du jour, Ed. Folle avoine, 1989.
La Venelle des portes, Ed. Folle avoine, 1996.
La Terre âgée, Ed. Folle avoine, 1996.
Le Point de rosée, Ed. Folle avoine, 1999.
Le Dit des couleurs, Ed. Folle avoine, 2003.
Une Suite de matins, Ed. Folle avoine, 2005.


[1] Matière de lumière, « Retour ».

[2] Matière de lumière, « Jan six ».

[3] La Venelle des portes, « S’y tenir ou sur le pont du regard ? », p. 21.

[4] Le Point de rosée, « Les appartements privés », p. 12.

[5] L’Adret du jour, « Une illusion d’entrée »

[6] La Venelle des portes, « S’y tenir ou sur le pont du regard ? », p. 16.

[7] Une Suite de matins, « Alexandra Park ».

[8] Matière de lumière, « Rêve de Sierre ».

[9] L’Adret du jour,  «Les Venelles ». 

[10] Le Point de rosée, « L’Etoile de Françoise », p. 14.

[11] L’Adret du jour.

[12] La Venelle des portes, « Point de Venise », Poème 7, p. 112.

[13] Une Suite de matins, « Llwyn yr eos », p. 21.

[14] Une Suite de matins, « Penarth beach », p. 11.

[15] Le Point de rosée, « Peintures « , p. 62.

[16] L’Adret du jour, « Le Château d’en bas ».

[17] L’Adret du jour.

[18] Matière de lumière.

[19] Le Point de rosée, p. 11.

[20] Le Point de rosée, p. 60.

[21] Le Point de rosée, p. 53.

[22] Le Point de rosée, p. 37.

[23] Le Point de rosée, p. 28.

[24] Le Point de rosée, p. 32.

[25] Le Point de rosée, p. 21.

[26] Le Point de rosée, p.14.

[27] La Terre âgée, p. 90.

[28] La Terre âgée, p. 67.

[29] Pages aquarellées, « POGGIO A CAIANO ».

[30] D’après Jean-Marie Gleize Le Théâtre du poème, (vers Anne-Marie Albiach), Ed. Belin, Coll. L’Extrême contemporain, 1995.

[31] La Terre âgée, p.108.

[32] Le Point de rosée, p. 61.

[33] Le Point de rosée, « John Keats à Wentworth place », p. 51.

[34] Le Point de rosée, p. 24.

[35] Le Point de rosée, « Là où sont les couleurs », p. 24.

[36] Le Point de rosée, p. 45.

[37] Une Suite de matins, « Llandaff Cathedral », « evensong ».

[38] Le Point de rosée, « Rivière », p. 33.

[39] La Terre âgée, p. 84.

[40] La Terre âgée, p. 9.

[41] Le Point de rosée, p. 59.

[42] La Terre âgée, p. 38.

[43] La Terre âgée, p. 30.

[44] La Terre âgée, p. 19.

[45] La Terre âgée, p. 52.

[46] LAdret du jour, « Portrait du peintre par lui-même ».

[47] Le Point de rosée,  « Un vertige de vert », p. 85.

[48] Le Point de rosée, p. 44.

[49] Une Suite de matins, « Penarth beach », p. 11.

[50] Matière de lumière.

 

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