Syndications pour Poezibao

« octobre 2006 | Accueil | décembre 2006 »

jeudi 30 novembre 2006

Poezibao a deux ans

30_anniversaire_1

Plus personne n’écoute la poésie[1]
Et je comprends mon impuissance, attablée que je suis au festin du néant
[2]
Il y tant de savoir maudit qui embarrasse, qui obstrue
[3]
Pourtant ce qui meurt, demeure / Empreinte et sillon / pour le souvenir semeur
[4]
Alors on guette, ça ne viendra pas mais on guette
[5]
la chose que nous poursuivons repose en chaque chose approchée
[6]
Entre télescope et microscope, c’est là que nous sommes
[7]
Peut-être […] si nous prêtons l’oreille avec plus de ferveur, pourrons-nous percevoir l’écho de ce qui n’a même plus de nom dans aucune langue
[8]
Ce qui vaut appelle, la poésie est d’entendre
[9]

Centon composé pour célébrer le deuxième anniversaire de
Poezibao. Les 9 vers sont extraits de l’anthologie permanente.

 
C’est en effet le 30 novembre 2004 que j’ai créé Poezibao. Deux ans plus tard, le site a reçu 250 000 visiteurs (dont 10 à 20 % de visiteurs vraiment concernés par la poésie, ce qui fait de 25 000 à 50 000 visites). Poezibao enregistre actuellement environ 800 visites par jour, dont environ 150 à 200 de lecteurs qui restent un moment significatif sur le site. Par ailleurs, chaque jour, l’extrait choisi pour l’anthologie permanente est adressé par mail à environ 180 personnes. Cette anthologie est riche d’environ 700 extraits d’œuvres de poètes modernes ou contemporains, français ou étrangers. Pour mémoire, l’anthologie permanente, d’abord publiée sous le nom d’almanach poétique à partir du 1er janvier 2002 sur le site zazieweb.fr est riche à ce jour d’environ 1700 poèmes.


Depuis la première note, un poème de Jean Tardieu,
Poezibao a été enrichi de 1995 articles. Et 292 poètes différents ont fait leur entrée dans la base de données, avec une fiche bio-bibliographique aussi complète que possible.

Car je rappelle que Poezibao est à la fois :

  • une anthologie permanente avec un extrait de poésie publié chaque jour (+fiche bio/bibliographique du poète choisi)
  • un journal quotidien de l'actualité de la poésie (évènements, parutions, marchés et salons, etc.),
  • un magazine avec des reportages, des rencontres et des fiches de lecture,
  • une revue littéraire (qui sollicite et reçoit des poèmes inédits et des articles),
  • une recension des revues littéraires et de poésie,
  • enfin une base de données qui se constitue au fur et à mesure de l'enrichissement du site.



[1] Jack Spicer, 10 novembre 2006
[2] Yerra Sugarman, 11 septembre 2005
[3] JMG Le Clézio, 7 février 2006
[4] Charles Dobzynski, 20 juin 2006
[5] Jacques Ancet, 16 juillet 2005
[6] Hélène Dorion, 15 juin 2006
[7] René Char, 5 janvier 2005
[8] Jean Tardieu, 30 novembre 2004, création de Poezibao, premier extrait publié de l’anthologie permanente.
[9] Christophe Van Rossom, 31 juillet 2006
(les dates sont celles de la publication dasn l'anthologie permanente de Poezibao)

mercredi 29 novembre 2006

Anthologie permanente : Anne-Marie Albiach

En écho à la recension par Olivier Goujat du livre de Jean Daive, Anne-Marie Albiach, l’exact réel

Dialogue épisodique
sur la prise de conscience
ou les reliefs du regard
(Heinrich von Kleist, Les Marionnettes)

 

 

La matière inerte effleure le sol, puis remonte en dépit de la loi de la pesanteur : la marionnette se déplace dans cette droite au-dessus du sol, qui la libère de tout poids, sous l’œil rêveur du danseur –tandis que celui qui manipule les fils danse, suivant de ses doigts le centre de gravité de la poupée dont les membres en toute liberté effectuent diverses courbes, dans le sens du mouvement de la danse, déplacement qui semble un défi à l’arbitraire. Cette légèreté viendrait de l’air, d’une arithmétique ou d’une algèbre du mouvement, amenant cette densité oscillatoire dans le déplacement ; la matière ignorante de toute prise de conscience et de toute interprétation donne à la danse un déplacement graduel de la fragilité et de la grâce suprême : il n’est plus d’endroit où l’âme intervient comme une tache, pesante au repli du coude ou au creux des reins d’un danseur.
Ici, l’épure inerte dénie toute l’affectation, fruit vénéneux d’une science des gestes, et bientôt l’automate désiré par le danseur ne saurait tarder à survenir, se survivant à lui-même dans ses circonvolutions toujours justes et où la grâce le rendra pur de toutes élaboration corporelle.
Un élément du sol s’évade ; le sol sur lequel le danseur revient sans cesse en dépit de ses efforts disparaît pour la marionnette qu’une ligne d’horizon maintient dans la perspective de l’air.

Ainsi le fruit de l’arbre de la connaissance est pervers à celui qui le prend : le regard diffuse une conscience mortelle, insinue une paralysie de la grâce. Sans doute, pour pallier ce regard inquisiteur et perdu dans son savoir, faudra-t-il goûter une seconde fois au fruit de la connaissance.

Le jeune homme qui se contemple dans le miroir perd peu à peu son corps, après avoir pris conscience de la grâce et de l’élégance de ce corps adolescent : en vain le recherchera-t-il dans des gestes désormais aveuglés. L’escrimeur le plus fin trouve plus fort que lui chez un ours blanc qui ne prend même pas la peine de parer les feintes : ainsi environnés de l’innocence de la matière, le danseur et son interlocuteur évoluent-ils dans la disgrâce du savoir, admirant cette ligne fragile le long de laquelle évoluent les marionnettes et leurs simples fils.

« Seul un dieu pourrait se mesurer avec la matière »

Anne-Marie Albiach, Anawratha, éditions Al Dante, 2006, p. 45.

bio-bibliographie d'Anne-Marie Albiach

index de Poezibao

Sur simple demande à f.trocme@poezibao.com, recevez chaque jour l'anthologie permanente dans votre boîte aux lettres électronique 

 

Anne-Marie Albiach

« Révélé au début des années 70 et presque immédiatement reconnu par sa propre génération, le travail poétique d’Anne-Marie Albiach inaugure, par un vers dispersé sur la page, la tentative de fiction de ce qui se « se situe au-delà de la Voix » selon ses propres mots. Elle partage avec Edmond Jabès le travail précis sur l’espace physique de la page et sa respiration. La poésie d’Anne-Marie Albiach interroge sans cesse l’expérience de l’écrit, mais aussi l’expérience du corps et son impossibilité tant à vivre qu’à exprimer. Quand elle écrit sur l’écriture, c’est d’un corps qu’il s’agit. Un corps qui s’opère sous nos yeux, avec une écriture désaffublée de tout verbiage inutile.
Anne-Marie Albiach appartient aux auteurs dits de poésie abstraite ou poésie blanche : ce terme désigne l’extrême rigueur de l’écrit, le désir d’une expression toujours plus affûtée et le refus de toute surcharge inutile, de tout ce qui pourrait empêcher la mise à nue de cette expérience des limites. » (note de présentation de deux rééditions chez Al Dante, Anawratha et « Figure vocative » en 2006

« La fonction du travail d’Anne-Marie Albiach est de mettre à bas la parole d’un réel de pacotille pour le réel porteur de la langue dans son mal...»  (Henri Deluy)

« Je ne sais pas si sa voix à elle est une blessure ou un frisson. C’est une voix fatale. Craintive. Apeurée. Chuchotée. Haute. L’existence si indéterminée, de quoi est-elle atteinte, elle qui ne sait rien, mais construit une mémoire pour se dissoudre dans les souvenirs ? Elle produit une voix qui procède d’une négation. Cette voix est derrière la tête. Première rencontre. »  (Jean Daive)

 

Anne-Marie Albiach est née en 1937. Elle a publié une douzaine de recueils depuis 1967. Elle a publié dans de nombreuses revues, notamment Action poétique, The American Poetry Review, Argile, Banana Split, Bulletin Orange Export Ltd, Cahiers critiques de la littérature, Cahier de l’Herne, Change, Le Cahier du Refuge, Esprit, FIN, Nioques, Siècle à mains ainsi que dans de nombreuses anthologies. Traductrice de l’anglais, elle a été elle-même traduite par Keith et Rosmarie Waldrop, Joseph Simas et Norma Cole.

 

Bibliographie
Flammigère, Siècle à mains, 1967, Ad Dante, 2006
État, Mercure e France, 1971
« H II » linéraires. Le Collet de Buffle, 1974
Césure : le corps, avec des collages originaux de Raquel. Orange Export Ltd, 1975
Objet. Orange Export, 1976
Mezza Voce, Flammarion, coll. « Textes », 1984 et coll. « Poésie », 2002
« Figure vocative », Lettres de Casse, 1985, fourbis, 1991, Al Dante, 2006
« Le chemin de l’ermitage », Première Saline, 1986
Travail vertical et blanc. Spectres familiers, 1989
Figurations de l’image, Flammarion, 2004
L’excès : cette mesure, avec Richard Tuttle, Galerie Yvon Lambert, 2004

Traductions
Louis Zukofsky, « A » 9 (première partie). In Vingt Poètes américains, Gallimard, 1980
Keith Waldrop, Poème de mémoire, Orange Export Ltd, 1982

La revue CCP a consacré un dossier complet à Anne-Marie Albiach (n° 5) et Jean-Marie Gleize un livre, Le Théâtre du Poème, paru chez Belin (recension de Dominique Grandmont sur le site de l’Humanité). Jean Daive vient également de publier Anne-Marie Albiach, l’exact réel (fiche du livre sur le site de son éditeur Eric Pesty)

Sur le site du cipM
Une recension de Mezza Voce, par Jean-Michel Maulpoix

Un court article d’Emmanuel Laugier dans le Matricule des Anges
sur le site de Al Dante
Un extrait de Figurations de l’image sur le site Terres de Femmes
et un autre, le site proposant un lien vers un document audio rare, Anne-Marie Albiach lisant deux de ses textes
A propos de l’éditeur Orange Export Ltd

Recension par Oliver Goujat du livre de Jean Daive, Anne-Marie Albiach, l’exact réel Eric Pesty, 2006)

Jean Daive, Anne-Marie Albiach l'exact réel, une recension d'Olivier Goujat

29_daiveAvec mes remerciements à Olivier Goujat pour cette recension


LÀ : DIALOGUE, LÈVRES JOINTES

Jean Daive, Anne-Marie Albiach l’exact réel, éditions Éric Pesty, 2006, 14 euros. 

L’abord de ce nouveau livre de Jean Daive formule une étrangeté, effet singulier d’une signature. Il réunit, après un essai de l’auteur, cinq entretiens avec Anne-Marie Albiach. Le nom de celle-ci ne se tient pas à côté de celui de Jean Daive sur la ligne d’auteur, mais, en lettres capitales, comme sujet du livre, sur la ligne de titre. Jean Daive est bien le maître de cérémonie d’un livre qui compte dans le temps, et nous conte le temps d’une rencontre. Il s’agit du premier opus de l’œuvre d’interviewer d’un homme de radio[1], qui donna cinq fois à entendre, de juin 1978 à janvier 2003, la voix d’Anne-Marie Albiach. Cette voix manque à la parole restituée du livre. Les rires d’Anne-Marie Albiach, si présents dans l’entretien sur Bataille, sont inscrits entre des parenthèses dont la ponctuation établit une équivalence dans la perte. Mais Jean Daive, par son introduction, restitue au livre une évocation de la voix : « (…) une blessure ou un frisson. C’est une voix fatale. Craintive. Apeurée. Chuchotée. Haute. (…) Cette voix est derrière la tête. »[2]

Dans son introduction au titre d’énigme (« Le poème pourquoi en sait-il plus que les mortels ? »), Jean Daive relate une rencontre, la venue d’Anne-Marie Albiach et de Claude Royet-Journoud chez lui, au milieu des années soixante, après la parution de Décimale blanche, dont la lecture est la « boîte noire » d’État : « Ils sont là. »[3] Le soin à établir la présence du poète, la prégnance des habits, de la chevelure ou du teint, donnent aux anecdotes rapportées une nécessité qui les élève au statut de scènes primordiales : ainsi, un repas partagé devient-il, baigné de fous rires, une étrange scène d’écriture à quatre mains, dont l’enjeu se situe entre la quadrature du cercle et la circulation des cadres. Un dialogue commence à partir du livre, incessant, « à bouche fermée ». Dans le métier d’interviewer, il faut ouvrir l’entretien, tracer des directions, lancer et relancer le questionnement. Il faut aussi se taire, forcer le silence pour offrir l’écoute. Si en premier lieu Jean Daive nous donne à entendre Anne-Marie Albiach parler de son travail (État, « H II » linéaires, « Le voyage d’hiver » et plus tard Mezza Voce, Anawratha, « Figures vocatives », Travail vertical et blanc, L’EXCÈS : cette mesure), d’autres entretiens prennent pour objet l’œuvre d’écrivains (Samuel Beckett, Georges Bataille) qui deviennent le centre d’un dialogue où les voix s’équilibrent, où les lectures s’épaulent, s’aiguisent, brouillent entre l’un et l’autre la ligne de partage. C’est que le lieu ouvert par la rencontre crée le réel, en est l’exactitude : « Anne-Marie Albiach est là. »[4] 

Les entretiens ponctuent de leurs dates une longue trajectoire : 1978, 1990, 1997, 2003. Ils répondent le plus souvent à une commande de l’interviewer : relire Beckett, Bataille ; relire Mezza voce. Cette « commande » est, à la lettre, une sollicitude. Jean Daive accompagne pas à pas, mot à mot la démarche d’Anne-Marie Albiach, il la devance même parfois, l’entraînant sur son propre terrain de lecture, d’écoute. Chaque œuvre nouvelle relance l’opération de lire, la complète ou la bouge : État est une « partition », une « abstraction théâtrale » ; Mezza voce a un sens musical, ouvre « une scène », « une fiction » ; L’EXCÈS : cette mesure impose sa verticalité, convoque le vertige et la chute. L’étude de la ponctuation d’État qu’a menée Jean Daive dans Un transitif[5] le rend particulièrement sensible à la presque disparition de ces signes dans l’EXCÈS : cette mesure :

JEAN DAIVE. – Pourquoi ? C’est la verticalité qui fait fonction de ponctuation, incite à la chute ?

ANNE-MARIE ALBIACH. – Tout à fait. (Rire.) Tout à fait. C’est la verticalité qui fait fonction de virgule, de point ou de point-virgule. (Rire.)[6]

« S’il est un lieu fermé, il suffit de l’ouvrir avec une tenture drapée d’azur et d’or. S’il est un lieu vide, il suffit de le couvrir d’un luxueux dallage »[7] explique Jean Daive en commentant – et ce commentaire se situe à l’endroit exact du plus rigoureux silence de l’auteur – Décimale blanche, le trait d’union qui expose les deux poètes à se lire et à se lire en écrivant ; mais ce commentaire est un préalable à celui des livres de son invitée. Les lieux d’entretien ont certes leur importance, que le livre ne laisse pas au hasard – Paris, Maison de la radio ; Neuilly-sur-Seine, rue Borghèse, rue de l’Hôtel de Ville. Mais le lieu que met en place Jean Daive est agencé avec un souci de la géométrie et de l’apparat tel qu’il en vient à susciter une parole outre l’enfermement. Et Anne-Marie Albiach ne parle pas de ses livres et de ses lectures du bout des lèvres. Elle expose son travail de lecture et d’écriture comme un travail sur soi, sur le corps, dans le temps. Il n’y a pas de « thème » (dire est athématique) mais « (…) on pourrait tout ramener à la préoccupation du langage en soi, dit à travers le désir. »[8] La suppression du thème supprime le réel afin de le dépasser, c’est-à-dire de toucher du doigt le point exact de jointure qui nous y expose. Une telle expérience ne peut avoir lieu que dans la distance (le jeu, le « ne me touche pas ») procurée par l’écriture, dans l’anonymat des pronoms (il, elle, ils, elles) et des vocables qui occupent la scène. Le corps « avec des blessures, des parures, le souffle »[9], la mémoire, la voix, le chant, la chevelure sont investis dans le livre-théâtre où ils sont l’objet de la terreur, d’une violence, d’une cruauté amplement soulignées par l’auteur. Car une menace pèse, qui n’est pas toujours mise à distance. Les entretiens portent autant sur les livres que sur l’intervalle qui les sépare ; et l’absence d’écrire est aussi le métier d’Anne-Marie Albiach. L’angoisse vécue aliène le plaisir. Si le lyrisme est « l’ouverture » (le « plaisir », la « jouissance ») qui permet à l’écriture de se précipiter, celui-ci ne peut-être que « froid », freiné, « mis au carré » :

ANNE-MARIE ALBIACH. – (…) je veux garder un lyrisme froid, c’est-à-dire un lyrisme…

JEAN DAIVE. – …contrôlé ?

ANNE-MARIE ALBIACH. …contrôlé, entre guillemets, en italique, avec des blancs.[10]

Et plus loin : « Si je n’avais pas une base géométrique, mathématique, le lyrisme prendrait tout le dessus, et je ne veux pas. Je m’en méfie terriblement. »[11] Passage auquel fait écho le commentaire suivant de Jean Daive : « Donc ce que je lis (…) relève d’un alphabet des restes, désinvestis du désir. »[12]

« Le vers est amoureux »[13], dit-il un peu plus loin, et ces mots établissent la loi qui dicte au vers son état sur la page-partition, la page-théâtre, ou encore la page-verticale : le lyrisme de l’écriture entraîne physiquement dans sa chute : il tombe, brûlé d’émotion ; il est « tension », « menace » pour le corps qui prend alors une dimension sacrificielle et se trouve démembré jusqu’à « l’éclatement »[14]. À cet excès « (…) qui brûle (…), qui est l’envers d’un texte construit »[15] s’oppose une mesure faite d’une rigoureuse élaboration autour de laquelle Anne-Marie Albiach convoque les nombres, la géométrie, la ponctuation et tout un vocabulaire musical. Le démembrement du corps dans la chute est constamment contrecarré par tout ce qui contient, prévient, établit, équarrit et qui reste indissociable du mouvement effrayant et jouissif de l’écriture : « (…) il n’y a pas de construction sans feu. »[16]

Après Le théâtre du poème[17], de Jean-Marie Gleize, ce nouvel ouvrage offre une approche inédite et nécessaire, parce que dialoguée au plus près, de l’œuvre d’Anne-Marie Albiach. Livre rare qui réunit deux poètes et deux lecteurs dans un lieu déréalisé puis rétabli à l’aide d’un sol en damier et d’une tenture, ANNE-MARIE ALBIACH L’EXACT RÉEL, ou L’Atelier[18] de Jean Daive, nous donne à lire la nudité d’une voix dont le rire éclate comme une parure. 

©Olivier Goujat



[1] Inventeur d’inimitables revues Fragment, Fig. et Fin, Jean Daive accueille ou suscite les textes et la présence – même photographique – d’Anne-Marie Albiach de 1970 jusqu’à aujourd’hui ; il y accorde également une place importante aux entretiens, souvent préalablement radiodiffusés, qu’il a menés avec des écrivains (Robert Creeley, Anne-Marie Albiach, Claude Royet-Journoud, Francis Ponge) ou des artistes (François Barbâtre, Mario Merz, Rémy Zaugg, Balthus, Raymond Hains), ainsi qu’avec le philosophe Toni Negri et Paul Zukovsky, violoniste, chef d’orchestre et compositeur, fils du poète Louis Zukofsky. Par ailleurs, dans La Condition d’infini, la figure du dialogue est récurrente – elle instruit et construit des sections entières du roman – qui met en fiction des rencontres réelles avec Paul Celan, Raul Rauschenberg ou encore Marcel Czermak.

[2] Jean Daive, Anne-Marie Albiach l’exact réel, p. 8.

[3] Op. cit., p. 7.

[4] Op. cit., p. 18.

[5] Jean Daive, Un transitif, Spectres familiers, 1984. On trouve à ce propos dans l’introduction au dernier livre de l’auteur de nouvelles indications, par exemple p. 13.

[6] Jean Daive, Anne-Marie Albiach l’exact réel, p. 104.

[7] Op. cit., p. 9.

[8] Op. cit., p.23.

[9] Op. cit., p.57.

[10] Op. cit., p. 51.

[11] Op. cit., p. 65.

[12] Op. cit., p. 11. On trouve à ce sujet dans Fig. 3 (1990) une lettre d’Anne-Marie Albiach à Jean Daive, datée d’octobre 1968, qui tente « d’expliciter – l e déchirement dans l’acte d’écriture (…) entre la pulsion et la pulsion qui se veut systématisée afin de sécurité d’écriture. » (cf. op. cit. pp. 19-22).

[13] Op. cit., p. 14.

[14] Op. cit., p. 25.

[15] Op. cit., p. 107.

[16] Op. cit., p. 108.

[17] Jean-Marie Gleize, Le Théâtre du poème vers Anne-Marie Albiach, éd. Belin, coll. « L’extrême contemporain », Paris, 1995.

[18] Allusion à L’Atelier de Vermeer, revu par Jean Daive, cf. Anne-Marie Albiach l’exact réel, pp. 18-20.

mardi 28 novembre 2006

Anthologie permanente : Andrea Zanzotto


28_zanzotto



Avec mes remerciements à Philippe Di Meo pour la version originale du poème et ses notes

AUTRES COQUELICOTS

Fiers d'une fièreté et d'un rut barbare,
surabondants en tout pétale,
rouge+rouge+rouge+rouge
        coup de dés maudit,
        sanglantes puissances débordantes,
        presque chacune de vous pour couvrir un pré entier -
depuis quels,
depuis quels mondes massacrifères,
massacrifère coquelicots,
        flambant, ici, vous campâtes
        four effronté du rouge,
        qui en mystériques taches
        ne cesse de jaillir, de se répandre
        soufflant deçà delà ses habituels mois de mai gris-bleu ?

Comme les frelons se font toujours plus énormes
          CRABRO, CRABRO1
et presque difformes vis-à-vis de tout destin,
et les escargots boyaux soufflant deçà delà sur la végétation :
allez ! allez ! il est temps de se débarrasser de ce printemps
de mares de sang, de salves de tireurs d'élite
Courir, courir
en se couvrant, anxieux, essoufflés, têtes et bras et corps aveugles,
courir, courir pour qui
court et court sous les frelons, les tireurs d'élite
et en effroyables coquelicots finit

                                                 (1993-95)

1 Nom latin du frelon.

Andrea Zanzotto, Météo, traduit de l'italien et du vénitien  par Philippe Di Meo, postfacé par Stefano Dal Bianco, Maurice Nadeau, 2002, p. 35


ALTRI PAPAVERI
Fieri di una fierezza e foia barbara
sovrabbondanti con ogni petalo
rosso+rosso+rosso+rosso
         coup de dés maledetto
         sanguinose potenze dilaganti,
         quasi ognuno di voi a coprire un prato intero -
da che
da che mondi stragiferi
stragiferi papaveri
           qui vi accampaste avvampando,
          
sfacciato forno del rosso
           che in misteriche chiazze
            
non cessa di accedere sgorgare su
            straventando i soliti maggi grigioblù ?

Come i calabroni si fanno sempre più enormi
            CRABRO CRABRO1
e quasi difformi da ogni destino
e le limacce budella a stravento su verzure :
via ! via ! è tempo di togliere via questa primavera
di pozze di sangue da tiri da cecchini
Correre correre
coprendosi in affanno teste e braccia e corpi orbi
correre corerre per chi
corre e corre sotto calabroni e cecchini
e in orridi papaveri fini
                                      (1993-95)

1
Nome latino del calabrone.


Andrea Zanzotto dans Poezibao :
Notice bio-bibliographique,
extrait 1

Je renvoie aussi à la revue Terres de Femmes qui a publié de nombreux extraits de Andrea Zanzotto
Zanzotto (Andrea), "Cantilene londinese", Filò, La Veillée pour le Casanova de Fellini, Editions Comp’Act, page 53.
(EXTRAIT)(BIO-BIBLIOGRAPHIE)
Zanzotto (Andrea), Filò, la Veillée pour le Casanova de Fellini, Éditions Comp'act.
(ARTICLE)(EXTRAIT) (LIEN VERS ARCHIVE SONORE et ARCHIVE VIDEO)
Zanzotto (Andrea),
Idiome, José Corti, 2006, pp. 144-145. (EXTRAIT)
Zanzotto (Andrea),
« Ticchietto » (extrait), Météo (édition bilingue), Maurice Nadeau, 2002, pages 48-50. (EXTRAIT)

toutes les illustrations de Poezibao peuvent être agrandies par simple clic sur l’image

index de Poezibao 

Sur simple demande à f.trocme@poezibao.com, recevez chaque jour l'anthologie permanente dans votre boîte aux lettres électronique

lundi 27 novembre 2006

Josée Lapeyrère et Jérôme Game au Triangle à Rennes

Jérôme Game invite Josée Lapeyrère, au Triangle, à Rennes,
pour un dîner poétique
Jeudi 14 Décembre à 19h00

Ce Dîner Poétique marque la fin de la résidence de Jérôme Game au Triangle et l’édition de L’Instant T n°18.
Une façon conviviale de découvrir un auteur, une écriture, de lier les plaisirs du palais aux plaisirs des oreilles.

Josée Lapeyrère est poète et psychanalyste. Elle vit et travaille à Paris. Elle a créé les revues Le Temps des loups puis Zoum-Zoum et a publié dans diverses revues (Po&sie, Action poétique, Tombe tout court, If, Banana Split…).
Publications récentes : Les Nappes (avec Jean-Jacques Cecarelli), Al Dante, 1998 ; Entre le 2 et le 3 (avec Thierry Cauwet), Al Dante, 1999 ; 1/0, Ulysse fin de siècle, 2000 ; Mon mari était pâtissier, L’attentive, 2002 ; La grammaire en forêt, Farrago - Leo Scheer, 2003 ; Éloge du coureur (Comment faire le tour ?), Al Dante, 2006

Jérôme Game est né à Paris en 1971 et y habite après avoir vécu plusieurs années aux États-Unis et en Angleterre. Poète et traducteur, il collabore également avec des plasticiens (comme Naby Avcioglu ou encore Valérie Kempeneers), réalise des enregistrements audio et vidéo et des lectures publiques. Il est membre du comité de rédaction des revues Action poétique et Inventaire-Invention.
Publications : Polyèdre suivi de La Tête bande, Voix, 2001 ; Tout un travail, Fidel Anthelme X, 2003 ; écrire à même les choses, ou, Inventaire/Invention, 2004 ; Ceci n’est pas une liste, Little Single, 2005 ; Nappes - L’instant T Hors Série n°2 (à paraître en 2007).

Le Triangle - Bd de Yougoslavie – Rennes – métro : station Triangle
Littérature : Yann Dissez (yann.dissez@letriangle.org)
www.letriangle.org – renseignements et réservations : 02 99 22 27 27

Une lecture de Mireille Fargier-Caruso, le 16 décembre, à Saint-Mandé

Le samedi 16 décembre, j’aurai le plaisir de présenter Mireille Fargier-Caruso dans le cadre des rencontres organisées par l’association Arts et Jalons

Samedi 16 décembre 2006
au Centre Pierre Cochereau : 2 avenue Gambetta 94160
Christos MAKRIDAKIS, peintre
Mireille FARGIER-CARUSO, poète, par Florence TROCMÉ

Samedi 27 janvier 2007
Jean-Henri BONDU : Amitié et Poésie
par Hédi BOURAOUI

Samedi 24 février 2007
Hervé BORREL, peintre
Brigitte GYR, poète

Rendez-vous à 14 h 30 précises.
Nos réunions se tiennent (sauf en décembre)
au Centre culturel de la Mairie de Saint-Mandé,
Métro : Saint-Mandé Tourelles / Autobus : 86 , 56
Salle au 1er ou 2ème étage : consulter le panneau à l'entrée
3 avenue de Liège - 94160 St Mandé
Entrée libre

Arts & Jalons, Association loi 1901
siège social : Mairie de Saint-Mandé 94160
Correspondance : Colette Klein -164 rue des Pyrénées 75020 Paris
colette.klein@ac-paris.fr

Photos et livres chez l'éditeur le Préau des collines

27_le_scanff


Dans l’impasse ? Jacques Le Scanff invite à venir regarder ses photos de l’impasse qu’il espère bien ne pas quitter malgré les menaces d’expulsion: 154 rue Oberkampf 75011 Paris.   dernier atelier à droite tout au fond. 01 48 06 47 06 preaudescollines@free.fr www.preaudescollines.fr

Il en profite pour présenter les livres récents qu’il produit aux éditions du Préau des collines : Ali Zalzalza,  Hanoch Gourarié  Descelle mes lèvres,   Jacques Blanc Le pont.

L’exposition sera ouverte jusqu’au 20 décembre, l’après-midi de 14 h. à 18 h.30 du lundi au samedi (il est prudent de téléphoner)

Colloque international Claude Esteban, du 14 au 16 décembre 2006

Université Paris X – Nanterre // Observatoire de poésie contemporaine

 Colloque international
Claude Esteban
le partage des mots

 14, 15 et 16 décembre 2006

 

L’Observatoire de poésie contemporaine, équipe intégrée au Centre de recherche « Littérature et poétique comparées » de l'Université Paris X - Nanterre, s’honore d’organiser les 14, 15 et 16 décembre prochains le premier colloque international consacré à l’œuvre du poète Claude Esteban.

Brusquement disparu dans la nuit du 9 avril 2006, Claude Esteban ne sera pas présent lors de ces trois journées dont il connaissait le projet et qu’il attendait avec impatience. Nous rendrons donc hommage, en son absence, au poète, au traducteur, au professeur, à l’éditeur et à l’ami qu’il fut.
Ce colloque réunira 31 écrivains et enseignants chercheurs exerçant dans six pays (Allemagne, Canada, Espagne, Italie, France, Irlande). Il permettra également de découvrir les travaux en cours de plusieurs doctorants et sera accompagné d'une soirée de lectures à la Maison des écrivains.

(programme détaillé dans la suite de note)

Lire la suite "Colloque international Claude Esteban, du 14 au 16 décembre 2006" »

Anthologie permanente : Florence Pazzottu

(douzième inconférence : l’impossible)

Comment l’impossible, un jour, a changé de nature, voilà ce que je voudrais dire, comment l’impossible, pour moi, a changé radicalement sa nature – cela peut-il se dire ? – ; comment d’empêchement, vertige de la confusion, présence se fondant dans l’absence – toute chose, même la douleur, mangée par son envers –, vacillement de tout au bord du rien, il devint cet ourlet d’ombre donnant à chaque jour sa densité et ses couleurs, ce grand mur offert d’inconnu sur lequel, même étourdie, blessée, féroce, une heure se risque et prend appui ; et ce que je pourrais dire, alors, de l’impossible, qui vient de cette soif en moi de distinguer, inextinguible – axe invisible, soutien indivisible pour qui pense, cette exigence ? –, je pourrais le dire aussi du silence (existe-t-il ? peut-on le faire ?), ce n’est pas pour rien que j’y pense (ne sont-ils frères ?), ni l’inaudible, ni l’indicible ce silence, pas plus absence de bruit qu’il n’est absence d’oreille (radicale expérience, mais résorbée, retournée, annulée, n’est-ce pas ? aussitôt qu’éprouvée), ni cette intime ténuité de tout son, ni même du sens la butée ou le bord, ni l’arrêt ni la pause, ni suspens du ça parle infini, mais enclos dans le dit, ou bien l’enclos lui-même, un noyau, une fente, l’armature secrète, la condition du dit, l’impalpable squelette – sans quoi coulerait, épanchée, infléchie, animale et bruissante, ne consisterait pas, ne se dresserait pas vers autrui – la parole.

Florence Pazzottu, L’inadéquat, Flammarion, 2005, p. 54


Florence Pazzottu dans Poezibao :
Notice bio-bibliographique,
extrait 1,
Note de lecture de l'Inadéquat,
lecture en trio à la Maison de la Poésie de Paris (mars 06),
extrait 2,
entretien avec Elke de Rijcke,
extrait 3

index de Poezibao

Sur simple demande à f.trocme@poezibao.com, recevez chaque jour l'anthologie permanente dans votre boîte aux lettres électronique