Syndications pour Poezibao

« Lectures sonorisées à l'ENSCI le 5 décembre 2006 | Accueil | Livre, lecture, édition, une politique du livre plus active pour soutenir un secteur fragilisé (avec soutien au CNL) »

dimanche 03 décembre 2006

Anthologie permanente : Jacques Dupin

Trois extraits de l’œuvre de Jacques Dupin (avec mes remerciements à Tristan Hordé pour les deux derniers), pour attirer l’attention sur une récente parution, Coudrier, chez P.O.L.

 

la page lustrée, le pelage du loup

être tiré par les mots
pénétrer dans la caverne
imprégner le tissu de l’écoute

le mal de vivre, la soif
de la couleur
                et le geste qui la répand

L’espace est à l’oiseau, à la femme
qui danse, le sol est dur
l’air vibre comme un caillou

il fallait pincer les plantes
comme il est écrit dans un livre

le ciel tournait à l’orage
le martinet volant bas
                 était l’éclaireur
le confident de la foudre

l’apprenti de la douleur

Jacques Dupin, Coudrier, P.O.L., 2006, p. 15.

Romance aveugle

Je suis perdu dans le bois
dans la voix d’une étrangère
scabreuse et cassée comme si
une aiguille perçant la langue
habitait le cri perdu

coupe claire des images
musique en dessous déchirée
dans un emmêlement de sources
et de ronces tronçonnées
comme si j’étais sans voix

c’en est fait de la rivière
c’en est fini du sous-bois
les images sont recluses
sur le point de se détruire
avant de regagner sans hâte

la sauvagerie de la gorge
et les précipices du ciel
le caméléon nuptial
se détache de la question

c’en est fini de la rivière
c’en est fait de la chanson

l’écriture se désagrège
éclipse des feuilles d’angle
le rapt et le creusement
dont s’allège sur la langue
la profanation circulaire

d’un bout de bête blessée
la romance aveugle crie loin

que saisir d’elle à fleur et cendre
et dans l’approche de la peau
et qui le pourrait au bord
de l’horreur indifférenciée

[...]
Jacques Dupin, Romance aveugle, dans Chansons troglodytes, Fata Morgana, 1989, p. 21-23.


Dans la nuit, un corps. De l’écriture le combustible et le conducteur. Un corps. Terre immense, ouverte, qui embaume. Qui n’a pas de mesure. Ni centre, ni aiguilles, ni lisières. Une terre, ou un corps, sans origine – insomniaque, inhumain – offert à la jouissance des monstres, et déréglant les rythmes, bousculant les vides de la feuille et les espacements du souffle.

La nuit remue, écrivait un ami lointain et le plus proche, lointain intérieur, vraie voix des écorchés vifs et la plus sensitive des fleurs nyctalopes. La nuit écrit. Ne cessera jamais d’écrire selon lui. Énigme compacte contre le ciel. Contre les dieux. Phosphore d’une trace d’encre tirant la plume ou le pinceau entre précipices et météores.

La nuit écrit. Élargissant l’espace, extravaguant la page, pulvérisant le cercle de pierres. Et enrôlant la mort. On lui doit un surcroît de force, et l’aggravation du silence. On lui doit de toucher l’extrême fond de la faiblesse, et la cime de nos plissements.

Jacques Dupin, Écarts, P.O.L., 2000, p. 32.

Jacques Dupin dans Poezibao :
Note bio-bibliographique
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5,

index de Poezibao

Sur simple demande à f.trocme@poezibao.com, recevez chaque jour l'anthologie permanente dans votre boîte aux lettres électronique
 

Commentaires

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce weblog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Ce weblog autorise uniquement les commentaires émis par des utilisateurs enregistrés. Pour commenter, merci de vous identifier.