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lundi 22 janvier 2007

Carte Blanche à Isabelle Baladine Howald : acheter vos livres en librairie

Je publie avec son accord ce texte important d'Isabelle Baladine Howald dont j'aimerais, en tant que rédactrice en chef de Poezibao, souligner à la fois le caractère alarmant mais aussi le caractère didactique. Je suis en effet convaincue que nombre d'entre nous ne se rendent pas compte à quel point il est important de toujours favoriser, en premier lieu et chaque fois que c'est possible (quitte à attendre quelques jours le livre désiré) le libraire de proximité.

Acheter vos livres en librairie ne signifie pas seulement la vie des librairies, mais à long terme, la vie des livres tout court

Quand les lecteurs auront acheté tous leurs livres en ligne, quand les éditeurs auront vendus tous leurs livres en ligne, délaissant allégrement et de façon peu élégante (à grand renfort de déclarations fracassantes dans la presse nous enjoignant nous libraires à nous remuer, comme si ce n'était pas ce que nous faisons toute l'année, mais ils ne viennent jamais en librairie!) tout ceux qui les ont fait vivre des dizaines d'années durant, quand les librairies seront désertées - déjà, on nous demande moins conseil, préférant suivre les prescriptions des médias plutôt que nos avis, déjà j'entends "mais on ne peut pas le lire gratuitement sur Internet?" -, il se passera ce qui se passe pour le disque.
Les disquaires ont disparu, dans un premier temps.
Dans un second temps, les disques disparaissent, on télécharge directement (voir les articles de ces derniers jours à ce sujet)
Les livres risquent de disparaître pour une bonne part, et les textes seront téléchargés.
Mais je vois les éditeurs complètement fascinés par les ventes sur Amazon qui n'est jamais, elle, qu'en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis, et des lecteurs aussi.
Moi je crois toujours aux livres.
Mais je me fatigue, je l'avoue.
Des étudiants analphabètes aux parents incultes, des parutions stupides, si nombreuses qu'elles empiètent dangereusement sur le temps d'accueil des clients, et de travail de fonds.
Autre chose : je ne solderai pas "mes" livres. Je ne vois pas en quoi le fait d'avoir passé du temps sur une étagère diminue leur valeur intrinsèque.
Il peut se constituer un réseau de libraires amis (je travaille ainsi avec nombre d'éditeurs, par téléphone, courrier, mail, rencontres). Les « librairies » en ligne sont une solution de facilité dangereuse à long terme comme je l'ai montré plus haut.
Je travaille aussi en dépôt, de manière rigoureuse et efficace (suivi etc).
Acheter vos livres en librairie ne signifie pas seulement la vie des librairies, mais à long terme, la vie des livres tout court.
Ceux que vous lisez, ceux que vous écrivez.
Personnellement je n'ai aucune envie de jamais voir un livre sous vitrine dans un musée.
©Isabelle Baladine Howald

Isabelle Baladine Howald est librairie à Strasbourg, responsable littérature française, critique littéraire, poésie ; elle est aussi philosophe de formation, animatrice de revue et poète, auteur de plusieurs recueils, notamment Secret des souflles, chez Melville, en 2004.

Biographie et bibliographie sur le site du cipM ou dans la poéthèque du Printemps des poètes

Commentaires

Bonjour. Votre cri d'alarme est pour moi, je suis désolé de le dire ainsi, une preuve d'une forme de *conservatisme* qui me fait mal à lire chez une libraire. Ne vous méprenez pas, je suis moi même libraire, j'aime les livres, j'aime en parler avec mes clients, les aiguiller vers des perles à leur faire découvrir, discuter de tel ou tel auteur. Bref, aucune volonté chez moi d'une quelconque mort du livre. Bien au contraire. Par contre, vous accusez l'internet de tous les maux, de la chute de fréquentation des libraires, et, de ce fait, de la mort du livre. C'est oublier bien vite que ladite chute de fréquentation a vu sa naissance bien avant l'internet, quand les super-marché se sont mis à proposer un rayon culture, et quand les grands groupes (autres super-marchés de la culture, type fnac, virgin, etc.) ont lancé leur offensive. De plus, il y a une évidence à prendre en compte : internet existe. Il y a des ventes de livres qui se font sur internet. Et même de plus en plus. (Cf. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-856754,0.html ou http://sellermania.blogspot.com/2007/01/la-vente-de-livres-en-ligne-explos-en.html ou encore http://lafeuille.blogspot.com/2007/01/la-vente-de-livres-en-ligne-explos-en.html ) Tout ce que fait internet, c'est jeter un pavé dans la mare. Oui, le métier change, évolue, mais c'est aussi à nous d'évoluer. Fort heureusement, notre métier n'est pas la répétition routinière de tâches habituelles. Il est changeant, comme la culture qui est son support et son *produit*. Pour citer un excellent article d'un autre très bon blog (La Feuile pour ne pas le citer) : "Plutôt que de prendre l'internet comme un potentiel, les libraires ont regardé l'internet de loin." Voyez l'exemple de la librairie de François Bon. (Cf. http://lafeuille.blogspot.com/2007/01/la-librairie-de-franois-bon.html ) Internet interroge sur ce qu'est au fond notre travail de libraire : parler des livres, proposer des livres à des clients, qui ont leur spécificité, leur goût et leurs envies, et tout ceci pour *gagner notre vie* comme on dit. Et bien internet peut AUSSI être un formidable outil pour cela ! Et c'est d'ailleurs vers cet horizon qu'est en train de tendre le fameux "internet 2.0" (qui est loin d'être une forme hype, mais bien une réalité) Ainsi, voyez même cette BooBox en préparation ( http://fr.techcrunch.com/2007/01/21/boobox-aidera-les-bloggeurs-a-devenir-commercants/ ) Bref et pour finir, internet EST UN FORMIDABLE OUTIL POUR LA CULTURE ET LE LIVRE ET LE LIBRAIRE. Ne raisonnons pas à l'envers... Une dernière chose : votre comparaison avec le disque n'est pas valable, du fait de l'existence de la loi Lang, qui impose un prix unique sur le livre. A la différence de ce qui s'est passé avec le disque. Sans cette loi, les libraires de centre ville n'existeraient déjà plus depuis longtemps... Et mettez vous à y reflechir : c'est peut-être grâce internet, et aux futures ventes que vous y réaliserez, que vous sauverez votre librairie de centre ville. Internet est un atout, pas un ennemi... Pensez-y...

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