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dimanche 25 février 2007

Claudine Bohi

Après une agrégation de lettres, Claudine Bohi est chargée de cours en littérature comparée à Paris IV-Sorbonne et enseigne aujourd’hui au lycée Voltaire.Elle a publié plusieurs recueils dont le dernier aux Editions Idée bleue et en revue (Multiples, Thauma).

bibliographie
Car la  vie est cerise, téléphone à ton arbre, Guy Chambelland, 1983
Le nom de la mer, Guy Chambelland, 1987
Divan, Guy Chambelland, 1990
Le mensonge de l’aile, avec le peintre Eva David, 1999
Atalante, ta course, Bartavelle, 1999 (Prix Verlaine)
L’ange fraudeur, Bartavelle, 1999
Une saison de neige avec thé, L’idée bleue, 2004

 

Dans la poéthèque du Printemps des poètes

compte rendu d’une lecture donnée par Claudine Bohi et Bernard Noël aux Parvis Poétiques

Un poème sur le site Terres de Femmes

Sur le site de Pierre Maubé, un autre poème

 

samedi 24 février 2007

Le Printemps des Poètes s'annonce !

Rappel : le Printemps des poètes s’annonce !  Je ne peux bien entendu publier le détail de l’intégralité des manifestations mais je renvoie au site du Printemps des Poètes très bien fait, très complet, avec tout ce qu'il faut savoir sur tous les évènements de ce 9ème Printemps, partout en France.

9e Printemps des Poètes
DU 5 AU 18 MARS 2007
sur le thème Lettera amorosa, le poème d'amour

Le Printemps des Poètes
6 rue du Tage 75013 Paris
Fax : 01 53 800 886

Le site du Printemps des Poètes

Anthologie permanente : Jean Ristat

Pour saluer la parution de Le voyage à jupiter et au-delà. Peut-être,  chez Gallimard

2

 
Ô quel entêtement au bonheur et pourtant
Voici le temps de la grande désespérance
La terre pelée la flamme au nid de l’œil
Comme un rapace le fusil à bout portant
Sur le parquet du ciel les décombres du jour
Où comme dans un fumoir les dieux moribonds
Viennent oublier les hommes défigurés ivres
Du sang chaud à l’odeur d’opium et le crime
Les sacre hagards et tout tremblants d’épouvante
Ô partons partons puisqu’il faut bien s’en aller
Voici la nuit dans ma bouche son manteau d’huile
L’âme d’un enfant prisonnière dans ses
Revers l’ongle retourné de la lune et meurt
Palestine Ô Palestine tes oliviers

Jean Ristat, Le Voyage à jupiter et au-delà. Peut-être, Gallimard, 2006, p. 16.

bio-bibliographie de Jean Ristat


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Jean Ristat

Poète, romancier et auteur dramatique, Jean Ristat est né en 1943. Il fut l’ami et est l’exécuteur du legs littéraire de Louis Aragon. Il a fondé la revue Digraphe et a permis la reparution des Lettres Françaises (supprimé en 1972) à partir de 2004 sous forme d’un cahier mensuel dans le quotidien l’Humanité.

 
Bibliographie
Du coup d’état en littérature, suivi d’Exemples tirés de la bible et des Auteurs anciens, Gallimard, 1970
Le fil(s) perdu, suivi de Le lit de Nicolas Boileau et de Jules Verne, postface de Louis Aragon, roman critique, Gallimard, 1974
Qui sont les contemporains, tome I, Gallimard, 1975
Lord B., roman par lettres avec conversations, Gallimard, 1977
Ode pour hâter la venue du printemps, Gallimard, 1978
L’entrée dans la baie et la prise de la ville de Rio de Janeiro en 1711, avec six dessins originaux d’André Masson et un dialogue avec Roland Barthes : l’Inconnu n’est pas le « n’importe quoi », Gallimard, 1980
La perruque du vieux Lénine, tragi-comédie, Gallimard, 1980
Tombeau de Monsieur Aragon, Gallimard, 1983
Le Naufrage de Méduse, comédie héroïque, Gallimard, 1986
Le Naufrage de Méduse, avec cinq gravures originales d’Arman, Durrou Éditeur, 1986
L’hécatombe à Pythagore, poème de circonstance en quatre actes écrit pour célébrer la fondation de la République Française, Gallimard, 1991
Le Parlement d’Amour, éloge de M. Burattoni assis sur le tombeau de Virgile et dessinant, Gallimard, 1994
Le déroulé cycliste, roman, 1996
Album Aragon, iconographie choisie et présentée par Jean Ristat, Gallimard, 1997
Aragon « commencez par me lire ! » Découvertes Gallimard, n° 328, 1997
La mort de l’aimé, tombeau, Stock, 1998
Sur Henri Matisse, entretien avec Aragon, Stock, 1999
Olivier Debré, Le théâtre de la peinture, Fragments Éditions, 2000
N Y Meccano, Gallimard, 2001
Avec Aragon, 1970-1982, entretiens avec Francis Crémieux, Gallimard, 2003
Aragon, l’homme au gant, société des Amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, 2003
Le voyage à jupiter et au-delà. Peut-être, Gallimard, 2006

A paraître chez Gallimard :
œuvres posthumes, tome II
Artémis à la chasse, roman baroque
Qui sont les contemporains, tome II
Pour Jan Hamilton Finlay
 

un éditorial de Jean Ristat sur le site de l’Humanité
la transcription d’un entretien de Jean Ristat avec Gilles Deleuze sur le livre Le Schizo et les langues de Wolfson
(1970)
quelques propos (en vrac et sujets à caution peut-être tant la transcription en semble désinvolte) de Jean Ristat à propos de Louis Aragon
Un article de Daniel Rondeau

vendredi 23 février 2007

Avec Claude Vigée, dans le temps du deuil

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Avec Claude Vigée, le temps du deuil

 

Vivre, c’est être là[1]

 

A l’heure de rédiger quelques mots pour rendre compte  d’une lecture, d’un événement, j’essaie toujours de me replacer dans l’état d’esprit qui fut le mien dans ces instants-là.
Aujourd’hui, m’apprêtant à tenter de dire les moments vécus hier auprès de Claude Vigée, c’est un état d’âme bien plutôt que je voudrais tenter de décrire. Une émotion, profonde, puissante. L’évidence d’avoir vécu un événement très particulier.

Annoncée sur le papier, une simple invitation : l’University of London Institute à Paris proposait ce mercredi 21 février 2007 une rencontre avec le poète Claude Vigée, présenté par Anne Mounic, spécialiste reconnue de son œuvre poétique.
Rencontre décidée de longue date.
Et puis, entretemps, le deuil pour Claude Vigée. La perte, le 17 janvier 2007, d’Evy, celle qui fut la femme de toute sa vie, sa cousine germaine, aimée dès l’adolescence, épousée jeune et avec laquelle il aura vécu plus de soixante-dix ans (Claude Vigée a aujourd’hui 86 ans). Et cette rencontre programmée, la première sortie  après l’inhumation à Bischwiller et un court séjour en Alsace, après aussi une promenade au Ranelagh dont il sera question un peu plus tard.

La poésie comme une unité d’être

Vige_mounic_proches_copie Anne Mounic commence par dresser les grandes étapes de la vie de Claude Vigée[2], rappelant à quel point elle fut itinérante (l’Alsace natale, l’exil aux États-Unis, les années à Jérusalem puis Paris), évoquant la pratique de pas moins de sept langues : l’alsacien et le judéo-alsacien dont il est sans doute un des derniers locuteurs, le français, l’anglais, l’allemand, l’espagnol et l’hébreu. On se rendra vite compte à quel point les traditions, littéraires notamment, se mêlent dans l’imaginaire et la mémoire de Claude Vigée, de Shakespeare à Goethe, de Rilke à Saint John Perse, en passant par T.S. Eliot, Baudelaire et toute la tradition hébraïque, la Kabale, le Talmud, le Zohar et la Bible bien sûr. Et Anne Mounic de montrer que le lieu de l’unité de cette vie est la poésie. La poésie comme une unité d’être est au demeurant le titre qu’elle donne à sa communication. Elle insiste sur le refus du dualisme qui habite le poète, et revient sur la notion de jouï-dire et l’analogie constamment faite entre l’acte sexuel et l’acte poétique qui « témoigne du vivant et l’engendre dans l’instant de feu du poème ».
Claude Vigée explique que dans le Talmud, le religieux et le charnel se mêlent intimement et évoque une première fois ce tout récent poème, écrit quelques jours auparavant et qui montre lui aussi comme vie de l’esprit et vie du corps ne sont jamais séparées. Le rythme de la marche, retrouvé après les premières semaines du deuil, dans une promenade au Ranelagh : « pendant la marche ça s’éveille et ça trouve les mots qu’il faut »,. Revenant sur la question d’Anne Mounic, il dit avoir précocement laissé éclore en lui la conscience d’une sexualité relevant à la fois du religieux et du charnel,  autour d’une triple quête : celle de la jouissance,  puis la réception de la « dilection de l’amour », l’amour naissant qui répond à la présence d’un autre être et enfin la quête du salut, « trois forces qui se sont donné la main pour ne plus lâcher prise ». Et de s’étonner de sa longévité, lui l’enfant fragile, lui dont tous les proches ont disparu, lui qui n’aimait pas le sport sauf « marcher, nager, courir, faire de la bicyclette ». Et de sa « résilience » à la fois mentale et corporelle [et l’homme qui est là, vraiment là de toute sa présence, alors même qu’il est dans l’ombre du deuil, est en effet extraordinairement beau, vivant, suivant les méandres et les digressions souvent complexes de sa propre pensée sans un instant d’hésitation, faisant monter de sa mémoire des citations entières de Saint John Perse, de Baudelaire, s’agaçant mais à peine de ne pas trouver la fin d’un énième vers!].

 

Les grands maîtres
Claude_vige_parlant_mains C’est que l’idée de l’énergie vitale et créatrice est très forte, énergie qui « s’exerce aux frontières actuelles, en défiant cette précarité ». « Je suis un être de défi », dit Claude Vigée, « d’accord avec tout le monde à condition que ce soit mes idées », ajoute-t-il avec humour, se décrivant comme « un mauvais esprit prudent ». Mais comment tout cela est-il possible, s’interroge-t-il, comment faut-il comprendre, comment non pas jouer le jeu, mais jouer son rôle, sa partie ? Avec l’aide en particulier de Shakespeare, du Goethe du premier Faust et de Conversations avec Eckermann qui lui ont permis de reconnaître, dès l’adolescence, ce qui était en lui mais pour quoi il n’avait pas encore de mots, « dette à jamais ». Il revient sur la question de la jouissance, montrant qu’il n’a jamais succombé à la « double tentation », d’un côté être un automate égocentrique au service de sa seule volupté personnelle (machine à sexe) ou de l’autre côté s’imposer un ascétisme moralisateur. S’intercale ici sur le ton de la conversation intime, une première évocation d’Evy, sa cousine, leur approche commune de la sensualité, leurs dialogues sans fin, les confidences qu’ils se faisaient alors qu’ils n’avaient que seize, dix-sept ans et puis plus tard la découverte des caresses et cette tranquille assertion que « la vie érotique est une manifestation évidente de la grâce divine ». Puis de dire, avec autant de simplicité « le bonheur appartient maintenant à autrefois depuis quelques semaines ». Comment devenir, comment rester vivant, maintenant ? L’échange de ce jour est présenté comme l’occasion d’une « remontée comme le nageur qui a touché le fond » car il faut « apprendre à vivre encore un peu, la dernière étape ». Claude Vigée à la fin de la rencontre remerciera l’assistance d’avoir rendu possible cette « libération ».

 

Le surgissement du poème
Mounic_vige_table Anne Mounic tente de ramener, sans beaucoup de succès, Claude Vigée à des aspects plus théoriques de son travail. Lui revient au concret du surgissement du poème, évoque ses premiers écrits au commencement de la guerre, influencés à la fois par Valéry et Baudelaire. Quand survint la publication du statut des juifs. Son exode vers Toulouse, sa difficulté à se situer dans ce chaos, seul, sans maître, sans directeur de conscience. Sa découverte de la Bible au contact de jeunes juifs. La poésie qu’il continue à écrire, les études de médecine interrompues mais qui lui auront laissé le temps d’être confronté là aussi à la mort, par la dissection de cadavres (« qui n’étaient pas en plastique comme aujourd’hui »). Sa découverte qu’écrire une œuvre où on ne tienne pas compte de tout ce qui arrive est impossible : « il fallait donc en même temps faire fusionner le récit (témoignage, distance), la prose, la narration, la méditation sur ce qui arrivait, était arrivé et les moments d’exaltation ». Répondant ainsi à la question posée par Anne Mounic sur cette forme particulière par lui inventée, le judan, associant la poésie et le récit, ce dernier souvent d’une crudité, d’une concrétude (Lévinas) réelles, les faisant fusionner.
« On avance dans la vie en boitant », dit-il évoquant Jacob et sa lutte avec l’ange, on associe le mouvement de la prose, horizontal et celui de la poésie, vertical. Il s’arrête sur la lettre aleph, la première lettre de l’alphabet hébreu, de valeur numérique 1, en fait une lettre muette qui a toutes sortes de valeurs vocaliques.

« Brûlez l’échafaudage »
Claude_vige_en_hauteur_1 Suivant un chemin apparemment vagabond mais en réalité très cohérent, Claude Vigée passe à Saint-John Perse qu’il a bien connu aux États-Unis et qu’il est allé voir plusieurs fois. Il relate cette conversation étonnante où Saint-John Perse lui parlant précisément de cette fusion que tente le jeune écrivain du récit et de la poésie, lui dit que les choses du siècle ne devraient pas apparaître dans la poésie, que l’expérience doit être cachée et transformée, concluant en disant « brûlez l’échafaudage », le poème à part, la prose à part. Il évoque aussi la question des rapports de Saint-John Perse avec Claudel qui dans la maison de Francis Jammes tenta de convertir Alexis Saint Leger Leger et ce dernier de dire « il n’a pas réussi parce que je suis sauvé de naissance ». Remarque sidérante qui va poursuivre Claude Vigée pendant des années (« quel toupet » !) jusqu’à ce qu’il rencontre en 2003 Loïc Céry, jeune spécialiste de Saint John Perse, qui lui expliquera que l’expression vient tout simplement des origines du poète, né à La Guadeloupe où  est « sauvé de naissance » qui est issu de la bourgeoisie blanche créole, descendant des premiers colons, un béké ! Quant à l’échafaudage, Claude Vigée invoque Homère et Dante comme presque seuls à avoir réussi à fusionner l’expérience de la vie et son horreur. « Il n’y a pas de consolation, mais une juxtaposition de l’inconsolable et de la joie ». Invoque cette fois Baudelaire conscient de la double origine du poétique, le noyau pulsant originel, le « démonique », l’aleph d’une part et les « Petites vieilles » de l’autre, l’horreur de la vie sauvée parce qu’elle est assumée [je note à cet instant les innombrables vers que Claude Vigée sait par cœur et son regard tourné vers l’intérieur en quête de quelques bribes qui lui échappent, il y revient, deux fois, comme s’il sondait sa mémoire, sûr de les retrouver, il tâtonne assemblant les mots, les rejetant, les réassemblant]. Et le poète de dire encore, comment dans sa propre « arrière-boutique » il y a un mouvement giratoire, kaléidoscopique entre ces deux opposés. Le malgré tout, le peut-être.
Le peut-être ? A Jérusalem, il a étudié les grands livres de la tradition hébraïque et avec ses maîtres, a longuement discuté de la question du Buisson ardent et du nom de Dieu, le « je me ferai devenir que je ferai devenir » traduction de YHVH et qu’un jeu de lettres très savant permet de transformer dans le mot hébreu qui veut dire peut-être : « le nom de Dieu est peut-être  et ce que j’ai à dire est de cet ordre-là, pas plus, pas moins, le reste, gageure, folie, danse » conclut le poète.

 

Le temps des lectures
Claude_vige_seul_copie Vient ensuite le temps de la lecture de quelques poèmes, admirablement dits par le poète, voix du poème, lestée de silences, qui laisse le temps d’entendre les résonnances. Poèmes extraits d’un recueil de la fin des années 80, Apprendre la nuit, paru chez Arfuyen avec les poèmes « L’œuvre de l’araignée noire » ou encore « Petite musique d’automne » où l’on entend « la mémoire enfermée au cœur absent des choses »  et que « l’âme spirituelle entend ce qu’elle ne comprend pas ».
Puis des textes issus de Danser vers l’abîme publié en 2004 et en particulier « La Barque dans le vieux Rhin ».

Enfin, bouleversants, les poèmes du deuil. Dont le premier, écrit alors qu’Evy venait de s’éteindre, lui seul auprès de sa dépouille de trois heures à sept heures du matin, dans la nuit mortuaire, poème né en trois langues, l’hébreu, le dialecte alsacien, le français, poème lu de nouveau devant la tombe ouverte au cimetière de Bischwiller. Puis cet autre poème écrit la veille du 30e jour après le deuil, jour où dans la tradition juive on allume une lumière. Avec l’évocation dans les textes de deux expériences profondes du deuil, une incursion dans la penderie, dans « l’armoire d’Evy » et tout au fond de cette armoire « la douce laine de la mémoire » et la découverte dans un porte-monnaie vide abandonné dans un caddy de courses de cinq tickets de métro, qui n’auront pas été utilisés.
Non pas anecdotes mais bien plutôt clôture de ce moment que le poète nous a donné à partager, quelques amis et quelques anonymes, démontrant au terme de ce parcours dans l’œuvre et dans le deuil comment il savait mêler le concret et le spirituel. Comme il a bien fait de ne pas écouter le conseil de Saint John Perse de ne pas avoir brûlé, de ne pas brûler l’échafaudage.

©Florence Trocmé


[1] La maison des vivants, La Nuée bleue, 1996, p. 111.

Anthologie permanente : Esther Tellermann

23_tellermann Pour saluer la parution d’un nouveau livre d’Esther Tellermann aux Éditions Flammarion, Terre Exacte. (attention le livre sera en librairie le 2 mars)

« On a pu dire que le projet poétique d’Esther Tellermann s’identifiait à celui d’un récit énigmatique, dont chaque séquence déterrerait un nouveau chapitre, une tablette invisible ou enfouie. De psaumes chiffrés en ciels bardés de jaune – jours égrenant leurs dits à la recherche d’un nom d’homme – les quatre parties qui composent Terre Exacte ne dérogent évidemment pas à cette règle, oscillant entre le mystère du mythe et la violence du présent. Mais on s’aperçoit, à voir l’auteur s’avancer plus décisivement de livre en livre vers la contrée tangible qui la hante – cette terre des morts et des vivants dont la parole resurgit au détour de ses strophes – que c’est un portait aussi qu’elle dessine, un paysage intérieur dont le chant porte l’ombre exacte. Et qui donne à sa poésie cette couleur singulière, d’argile mélangée de sable, rehaussée ça et là d’un éclat d’or. Ou d’écarlate. «
A cette note éclairante du dos de la couverture, je me contenterai d’ajouter le nom des quatre parties du livre : Du dit jamais, Psaume 9, Jour jaune, Un nom d’homme.

 

 

                     Qui brûle
            les soies lissées ?
            A nouveau
               « voix de personne »
                   rien
            dans la mienne
            qui seule voit
            où il y a des yeux
               pierre devant
               syllabe ouverte
                 va
            tu sais
            chaque route engage
            l’étoile dans la mienne


                       •••••

 

            Je désirais
            les torsions et les
               euphorbes
            et les massifs trempés
               d’un horizon.
            Ils crépitent encore
            ceux retenus    dans la bouche
            dans les plaines roussies
            et les quartz.

            Dans la coquille ajournée
            un son    retourne
            une fin

                       •••••

 

            J’ai roulé dans les traces
              des chemins vieux
            non ouverte       simplement
                  vers

            et plusieurs fois l’effleurant
            dans les cristaux        les surfaces
                  soi à soi

                  dans l’ultime

 

                       •••••

 

            Furent sous les portiques
            Ligéia  Perséphone
            aux heures d’insomnie
 elles ne sont plus.

            Laisse-moi boire où tu respires



Esther Tellermann, Terre Exacte, Flammarion, 2007, p. 15, 89, 167, 235

Esther Tellermann dans Poezibao :
Tellermann Esther, extraits 1, extraits


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jeudi 22 février 2007

Anthologie permanente : Jean-Pierre Spilmont

   Ce pourrait être là.
   Ce lieu où un regard, peut-être, suffirait pour étreindre, un instant, l’éblouissante lumière de l’attente.
   Frémissement du temps dans la clarté des bouleaux et des trembles.
   Ce pourrait être un lieu où le souvenir de ce qui fut resterait à jamais enfoui dans les fissures de l’ombre. Dans les plaies de la terre. Dans l’innocence inquiète de l’aube qui va naître.

   La lumière glisse lentement sur les dalles. Elle gagne peu à peu les degrés du silence pour éclairer la pierre qui recouvre l’oubli ou celle qui affleure la terre de quelque contrée aujourd’hui désertée, où des hommes témoignèrent un jour pour leur vie, par refus de l’exil ou pour n’être plus étrangers au sol qui les avait vu naître et prolongeait leur sommeil et leur mort.

   Ce pourrait être ici. A l’instant que le voyageur choisit pour faire halte et pour fixer dans sa mémoire cette image d’un temps où il fut, peut-être, heureux. Magnifié. Simplement magnifié par trois ou quatre signes inscris à portée de lui-même.
   Lumière de schiste où des mains offrirent leur empreinte et dont nul ne saura, ne pourra jamais éprouver la chaleur, ni traduire du regard l’énigme bleue des veines : irrigation d’une vie très lointaine où les dieux s’endormaient à même le sang noir des tourbières pour s’éveiller dans la courbe fragile d’un granite investi de tout l’amour du monde.

[…]

   Se pencher. Un peu. Se pencher une première fois vers ce qui n’est qu’une tombe entre les tombes. La main posée sur le granite usé tout envahi de mousses claires.
   Déchiffrer un prénom. Seulement un prénom.
   Derminie.
   Déchiffrer la durée. 1904-1938.
   Le sang figé. Et le bruissement d’un espace investi par le chant des cigales.
Vous habitiez le pays des empreintes et des signes. Voyageuse. Passante à la frontière d’un très maigre pays d’amour trahi par une mémoire de lichens et de pierre.
[…]
Jean-Pierre Spilmont, Lumière des mains, suivi de L’incessant tourment d’espérances, photographies de Henri Maccheroni, Cadex Éditions, 2005, p. 11 et svt.

Bio-bibliographie de Jean-Pierre Spilmont

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Jean-Pierre Spilmont

Écrivain, auteur de poésie, d’essais, de romans, de nouvelles et de théâtre, Jean-Pierre Spilmont est né en 1937. Il vit en Savoie. Il a été producteur délégué et auteur de dramatiques-radiophoniques à France-Culture et à la radio Suisse Romande.
Lauréat de la Fondation de France (1985), Grand Prix du livre d’histoire de la Société des Gens de Lettres (1986), Lauréat de Lettres Frontière (1999)

Bibliographie :
•poésie
Lisières, poèmes, Rougerie, 1969
Moraine Absolue, poèmes, Rougerie, 1970
L’Orée, la déchirure, poèmes, Rougerie, 1971
L’Autre Je, Fagne, 1975
Cicatrices du Silence, Le verbe et l’Empreinte, 1985
les lamentations d’Asnatée, Le Verbe et l’Empreinte, 1989
…Dans le désert du sang, L’envol, 1994
Lumières des mains, Cadex, (4°édition), traduction allemande de R Fisher, Verlag im Wald, 1995
Une Clarté de Passage, Cadex, 1996
Cinéma Muet, poésie, La Passe du vent, 2004
Lumière des mains, suivi de l’Incessant tourment d’espérance, Photographies de Henri Maccheroni, Editions Cadex, 2005

lire la suite de la bibliographie (avec liens) en cliquant sur le lien ci-dessous

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mercredi 21 février 2007

L'ode maritime de Pessoa, en région parisienne, début mars

LUK.M, Cie Frédérique Wolf-Michaux
présente

“L’ode Maritime” de Fernando Pessoa,

présentation publique d’une première étape de travail
Avec le soutien du Théâtre des Amandiers de Nanterre

FRÉDÉRIQUE WOLF-MICHAUX, conception et interprétation
ALEXANDRE MEYER, guitare et composition
FRÉDÉRIC MINIÈRE, basse et composition
GINEY AYME, vidéo


Les 6, 9, 10 mars dans le cadre du festival des “Iles flottantes” Théâtre du Chaudron, la Cartoucherie de Vincennes
13 euros - festival des “Iles flottantes” Du lundi au samedi à 20h, le dimanche à 16h - Théâtre du Chaudron, Cartoucherie - Route du Champ de Manoeuvre, 75012 PARIS -    Renseignements : 01.43.28.97.04

Le  dimanche 11 mars à 16 h à la Maison de la Poésie de ST Quentin en Yvelines (forme concert)
10, Place Bérégovoy 78280 GUYANCOURT - Renseignements : 01 39 30 08 90

Anthologie permanente : Patricia Nolan

Je pousse ton fauteuil roulant, nous longeons
un massif de rhododendrons somptueux dans
un parc de Dublin. Kerry ! Tu ânonnes,
et des souvenirs de départ en vacances dans
une Peugeot pleine d’enfants traversant Dublin pour
se rendre dans le sud explosent dans ta tête. Nous
passons devant la brasserie Guinness, qui grise les
nuages d’effluves de houblons, montons Thomas
Street où Robert Emmet, patriote irlandais, fut pendu
devant l’église Sainte Catherine. La façade a conservé
les trous de l’échafaud en ses murs. Tu ralentis pour
nous montrer les plaies encore visibles de notre ville.
Puis nous poursuivons vers le sud et ses
rhododendrons. Jeune et solide, tu es assis auprès
de ma mère, ton dernier bébé, conçu l’été dernier,
dans ses bras de rhododendrons.

Patricia Nolan, « Dermot », in Dans la Lune, n° 8, décembre 2006, p. 17.

Pushing your wheelchair past rhododendrons in a
Dublin park, Kerry ! you stutter, as memories
explode in your head of summer holidays in a
Peugeot full of children driving south through
Dublin. Past Guinness’ Brewery, the smell of hops
hiccupping the air. Up Thomas Street where an
Irish patriot was hanged outside St Catherine’s
Church. The façade still retains the holes from the
scaffold in its walls. You slow to show us our city’s
unhealed scars, holes as big as an Irish rebel’s fist.
Then the road south and its rhododendrons.
Young and strong, you sit beside mother, your
latest baby on her knees, conceived during a pre-
vious rhododendron honeymoon.

bio-bibliographie de Patricia Nolan

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