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lundi 05 mars 2007

Dossier Antonin Artaud

réalisé par Tristan Hordé

et dédié à Paule Thévenin
 

1. Études

2. Biographie

3. Bibliographie

4. Choix de textes*

 

1. Études

 

Comment donc aujourd’hui tenter de lire Artaud ? Trois principes, me semble-t-il : lire tout, lire de travers, réapprendre à lire.

D’abord, donc, ne pas choisir, tout lire : les textes sur le théâtre comme les poèmes (le poème chez Artaud est mise en scène des signes, le théâtre est « poésie dans l’espace »), la correspondance comme les « dessins écrits », les textes du début (L’Ombilic des Limbes, L’Art et la Mort...) comme ceux de la fin (Suppôts et Suppliciations, Van Gogh le suicidé de la société, Pour en finir avec le jugement de Dieu...). Il n’y a pas d’un côté les textes fulgurants des premières années et de l’autre les textes « fous » de Rodez et de la fin. [...]

Ensuite apprendre à regarder et à lire de travers. « La machine de l’être ou dessin à regarder de traviole », c’est le titre d’un des grands dessins d’Artaud à Rodez. Il faut y entendre à la fois l’idée d’une menace (regarder quelqu’un de travers n’est guère pacifiant), de percée dissolvante des mots et des images, mais aussi et en même temps l’idée d’une lecture à l’oblique, d’une écoute déformée proche sans doute d’une certaine « écoute flottante » dans l’analyse. Le mot chez Artaud est mise en acte d’incessants lapsus volontaire : la langue tombe, le sens s’effondre et resurgit à la verticale, à l’oblique. « Ceux qui ont voulu comprendre, écrit-il, sont ceux qui n’ont pas voulu souffrir, / l’idée de comprendre : [...] et de croire que je suis intelligible / seti lisible /stari minible / moni tanible / mani cortible /(corticable). » Artaud n’est donc pas « corticable » (dé-corticable, dé-corps-ticable, dépeçable) et de même « seti lisible » est-il à entendre comme la fusion paradoxale de la question et de la réponse : « c’est-ti-lisible ? » (dans cette langue populaire qu’Artaud affecte souvent) – « c’est illisible ! ».

Enfin, apprendre à lire. Tout lecteur d’Artaud est un lecteur engagé. Le lire suppose de ne pas avoir peur d’entendre et de voir des mots en décomposition (ce qu’il appelle l’humus du Verbe), implique de ne pas craindre leur force de contagion (ce qu’il nomme la peste) [...] Alors seulement la langue redevient vivante et les signes s’espacent sur la page redevenue théâtre. Alors le lecteur est aussi l’acteur d’une lecture en mouvement qui empêche le sens de prendre et de s’engluer dans une forme, une lecture qui fait voler en éclats le carcan syntaxique.

 

Évelyne Grossman, Préface à Antonin Artaud, Œuvres, édition établie, présentée et annotée par Évelyne Grossman, Quarto/Gallimard, 2004, p. 10-11.

*(A partir de la Une de Poezibao, pour lire la suite du dossier, cliquer sur le lien ci-dessous ; les renvois aux quatre parties ne fonctionnent que lorsque l'article est ouvert séparément)

Nous ne sommes pas encore capables de nous rendre attentifs comme il le faudrait au destin d’Antonin Artaud. Ni ce qu’il fut, ni ce qui lui arriva dans le domaine de l’écriture, de la pensée, de l’existence, même si nous le connaissons mieux, ne saurait nous faire signe d’une manière suffisamment claire. Il y a pourtant des vérités partielles que nous devons fixer momentanément : qu’il fut doué et tourmenté d’une extrême lucidité ; qu’il fut constamment en souci de la poésie et de la pensée, et non pas de sa personne à la manière romantique ; qu’il s’exposa à une exigence de bouleversement qui remettait en cause les données de toute culture, particulièrement celles du monde contemporain.

Nous renoncerons, pour l’atteindre, à l’image conventionnelle du génie foudroyé. Nous n’oublierons pas l’espace de douleur, de resserrement et de cri dans lequel il fut maintenu, mais nous ne le verrons jamais porter sur lui-même un regard de complaisance qui n’aurait visé que lui-même. S’il est interrogé, avec soupçon, sur l’énigme qu’il représentait, c’est que cette existence énigmatique le mit constamment aux prises avec des conditions et des rapports nouveaux, exigés par l’esprit de poésie et où il lui fallut demeurer sans prendre appui sur les formes sociales ou religieuses traditionnelles. Qu’il n’ait pas succombé, qu’il se soit retrouvé parmi nous, étranger, mais d’une étrangeté pure et préservée, avec une autorité que son langage ne trahissait pas, voilà seulement ce qui nous étonne et doit nous aider à discerner en lui la force de la raison poétique.

Raison qui ne fut jamais confuse, mais d’une nécessité si tranchante, d’une fermeté si rigoureuse qu’il dut former pour elle le mot de cruauté. C’est cette cruelle raison poétique qui, selon les voies d’une particulière souffrance, le rendit d’abord extrêmement difficile pour sa propre pensée puis, à un stade ultérieur, le provoqua à chercher dangereusement, dans la communication de l’art et du sacré, une forme nouvelle de l’art et une conscience nouvelle du sacré.

Maurice Blanchot, "La cruelle raison poétique (rapace besoin d’envol)", dans L’entretien infini, Gallimard, 1969, p. 432-433.

 

 

 

Je suis. Je suis mort. Je suis devenu moi. Je suis (devenu) mort. Je suis devenu moi. Et ainsi de suite.

À partir d’énoncés aussi rudimentaires indéfiniment repris, à partir de formules réduites à leur plus simples expressions, Artaud forge des fictions, tente d’introduire par là un nouveau régime de l’autobiographie. Dans ce temps de retrait forcé [à Rodez], se prépare de cette manière l’affirmation la plus conséquente – donc la plus risquée, la plus difficile à soutenir et à entendre – de ses derniers textes : je suis le fils de mes œuvres ; formule reprise (vraisemblablement) de Baudelaire. Entendons : je n’ai chance de naître que de ce que maintenant j’écris, dans le temps qui se reforme par-delà les morts successives qu’on m’a imposées. Les textes prolifères de Rodez parlent avant tout de cela. Leur visée est de faire exister une force qui est en quête d’un corps, de lui inventer un espace. Ils rêvent d’une langue faire d’intonations et de rythmes inédits : la poésie qui n’aura lieu qu’à la condition de devenir effectivement le mouvement d’engendrement de celui qui la produit, l’expression d’une geste et la conquête d’une identité.

Jean-Michel Rey, La Naissance de la poésie, Antonin Artaud, éditions a.m. Métailié, 1991, p. 33-34.

 

 

 

Artaud accomplit dans la violence, dans les mots, dans la radicalité du geste stylistique, un destin d’humain pour autant qu’humain veut dire parlant. Et s’il l’accomplit, c’est parce que ses écrits sont sans doute, parmi tous ceux que compte notre « bibliothèque », ceux qui emportent au plus loin le tracé de ce qui fonde l’être humain en tant qu’être séparé parce qu’il parle. La puissance de fascination que peut exercer Artaud vient à mon sens de la sensation qu’il donne de pousser à bout d’une façon à la fois savante et impulsive, implacablement rythmée et superbement arrogante dans sa douleur même, cette logique de la séparation : parce qu’il forme sans cesse la langue (le chant) du séparé (d’avec le corps, d’avec le monde) et nous assène à chaque coup la vérité sans fleurs. Or, c’est là, à mon sens, le point névralgique auquel touche toute expérience littéraire digne de ce nom. Artaud nous situe au cœur d’une question à laquelle aucune formule théorique ou stylistique ne saurait répondre sinon par la mise en évidence de sa propre énigme et de son propre ratage – au sens où l’œuvre d’Art est ratée mais où c’est dans ce ratage magnifique qu’est sa nécessité (son toucher de l’être). C’est dans ce commentaire infini sur le ratage de l’humain (son inadéquation au réel immédiat et à sa propre réalité corporelle), que se trouve, je crois, la vérité de l’expérience littéraire.

Je suis frappé de voir que les jeunes gens qui écrivent aujourd’hui ne lisent plus guère Artaud. Il n’appartient pas à leur bibliothèque. Peut-être est-ce l’une des conséquences de leur méfiance envers toute tentative de penser globalement la question de la littérature, voire d’une sorte de rejet de la littérature comme pensée et de l’interrogation théorique sur l’essence de la littérature.

Christian Prigent, Artaud, le toucher de l’être, entretien avec Olivier Penot-Lacassagne, dans Artaud en revues, sous la direction d’O. Penot-Lacassagne, L’Âge d’Homme, 2005, p. 137-138.

 

 

 

Pour Artaud, les faiblesses de ses poèmes de jeunesse manifestaient « une maladie qui touche à l’essence de l’être et à ses possibilités centrales d’expression, et qui s’applique à toute une vie ». Le poète est devenu comédien, et le théâtre acteur, parce que, sans doute, « dans l’état de dégénérescence où nous sommes, c’est par la peau qu’on fera rentrer la métaphysique dans les esprits. » Le corps est devenu le lieu d’une crise du langage.

L’œuvre d’Artaud, en réalité la plus brûlante de ce siècle, mais aussi l’une des mieux articulées, fonctionne comme une table d’orientation : d’où l’on peut voir (tandis que le théâtre écrit et joué, du boulevard à l’absurde et à l’engagement, perpétue des modalités inessentielles de la vieille littérature), une sorte de symétrie complémentaire entre la situation d’écrivains (Joubert, Baudelaire, Mallarmé, Roussel) qui découvraient un nouvel « espace littéraire » (Blanchot), et celle de ces hommes de théâtre qui, au bout de leurs inventions scéniques durent renoncer au texte : Appia, Gordon Craig, Schwitters, Kandinsky, etc.

Ainsi, Artaud, dont on n’a voulu retenir que la « cruauté », quant au théâtre, et la « déperdition » quant à la poésie, met le plus profondément en question et tout aussitôt ordonne un mouvement formidable et précis qui n’est pas près de s’arrêter.

Jean Thibaudeau, Artaud homme de théâtre, dans France-Observateur, 16 juillet 1964, repris dans Obliques, p. 72-73.

 

 

 

Les conditions d’existence d’Artaud auraient certainement brisé tout autre homme que lui. On se demande ce qui peut subsister d’un être attaqué sur tous les points à la fois et sans répit : corps miné d’avance par la maladie, vie sans repos, sans l’appui d’aucun bien-être matériel, à l’exception peut-être des deux dernières années à Ivry, et encore : s’il y avait un bon feu de bois dans la cheminée, et sur cette cheminée un peu d’opium, les repas étaient des plus maigres. Or Artaud, même au dernier jour, n’était pas brisé. La souffrance harcelante pouvait dénuder la volonté, la faire hurler, l’amener à n’être plus par moments qu’un cri au-delà du langage, elle ne l’aveuglait pas, ne la délogeait pas. Toutes les forces étaient rassemblées en un point, et creusaient, taillaient le chemin, progressaient. Vers quoi ? Et à partir de quoi ? les derniers poèmes d’Artaud, les plus extraordinaires sans doute de toute son œuvre, montrent que ces deux questions n’ont pas grand sens. Il s’agissait de tenir l’intenable, d’exister en dehors d’une existence, de créer à chaque instant un espace, un temps, un langage non souillés :

la seule question est d’avoir un corps

d’avoir avec soi assez de corps pour passer intact, intouchable, misérable et vierge à travers toutes les saletés sexuelles de l’enfer.

Henri Thomas, dans Obliques, p. 253.

 


[à propos des autoportraits]

 
        Il n’y a pas, non, il n’y a pas ici Antonin Artaud, car ce qu’il est n’est nulle part qu’en son corps et non pas en lui comme dans une enveloppe charnelle mais en lui induré, enfoncé, incrusté comme l’os et le clou dans l’os de la pensée qui ouvre le gouffre insondable de la face et cette passive figure ravagée d’asthmes, d’affres et de hoquets.

Il n’a pas ce qui ne peut pas être. Nous regardons ce qui ne peut pas être, ce qui n’a pas pu être là et ce qui n’a pas cru y être : celui qui ne pouvait pas croire à sa propre présence. Celui qui disparaissait donc instantanément dans son image comme témoignage de sa disparition et qui faisait encore disparaître l’image elle-même pour nous la retourner, pour nous la retrousser vide d’imagination, épuisée de personne et de personnage, vidée de consistance autre que resserrée à s’étrangler.

Cela même est ainsi tiré en portrait : la résorption des images des êtres et du monde, la révulsion des interprétations et des représentations. Cela prend un visage, cela force un visage à s’envisager comme une déglutition étranglée d’images, d’idées et d’identités.

Ni l’un, ni l’autre, ni le même, ni le différent : seulement un plaquage de soi en soi, un collage de la face sur le plan de surface où n’affleure rien d’autre que l’effacement de la profondeur.

Artaud – un corps qui ne peut plus reculer en lui-même pour voir où en est son moi puisque son moi est tout son corps et qu’il est lui-même ce corps et que ce corps est tout entier ce signalement émacié de corps, cette grimace mimique de soi-même et d’une pensée plus retirée que tout organe de pensée.

 
Jean-Luc Nancy, Le visage plaqué sur la face d’Artaud, dans Antonin Artaud, sous la direction de Guillaume Fau, catalogue de l’exposition Artaud à la Bibliothèque nationale (26 novembre 2006-7 février 2007), BNF/ Gallimard, 2006, p. 14. 

 

[à propos du voyage au Mexique] 

Une des actions les plus surprenantes d’Antonin Artaud au Mexique, c’est cette Lettre ouverte aux Gouverneurs de l’État, publiée le 19 mai 1936 dans le Nacional, où le poète semble reprendre les idées surréalistes qui avaient inspiré, quelque dix ans plus tôt, la Lettre au Dalaï lama. Dans cette lettre, Artaud tente d’émouvoir le pouvoir officiel et de lui faire sentir l’urgente nécessité des cultures indigènes, des cultures qui sont, selon le mot d’Artaud, « pour les vivants » : « Oui, je crois en une force qui dort dans la terre du Mexique. C’est pour moi le seul lieu du monde où dorment les forces naturelles qui peuvent être utiles aux vivants. Je crois à la réalité magique de ces forces, comme on peut croire au pouvoir curatif et salutaire de certaines eaux thermales. Je crois que les rites indiens sont les manifestations directes de ces forces. Je ne veux les étudier ni en tant qu’archéologue ni en tant qu’artiste, mais comme un sage, au vrai sens du mot ; et j’essaierai de me laisser pénétrer en toute conscience de leurs vertus curatives, pour le bien de mon âme. »

Tel est le sens profond du « message révolutionnaire » qu’Artaud veut délivrer au Mexique. Et, en vérité, en 1936, c’est révolutionnaire ; Vicente Mendoza ne va fonder la Société Folkloriste de Mexico que deux ans plus tard et nous sommes encore loin d’un Institut indigéniste. L’appel d’Artaud aurait-il été entendu ? C’est difficile à dire ; mais il semble qu’après avoir écrit ce texte, le poète s’est de plus en plus refermé sur lui-même, replié sur son rêve d’une Terre Rouge, où l’on pourrait trouver le secret des « forces occultes », de « cette force de lumière qui fait tourner les pyramides sur leur base jusqu’à ce qu’elles se placent sur la ligne d’attraction magnétique du soleil ». Culte du soleil, dualisme yin/yang, médecine par les plantes, tirs magiques, sacrifices, religion du peyotl ; tout cela est l’expression pour Artaud du cœur même de son rêve, et donne naissance à une vision si puissante qu’elle semble effacer totalement la réalité quotidienne du Mexique.

 
J.-M.-G Le Clézio, Antonin Artaud et le rêve mexicain, dans Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue, Gallimard, 1988, p. 200.



[à propos du théâtre] 

Si l’entreprise d’Artaud ne représente pas, en réalité, une transcendance de l’art lui-même, elle implique à tout le moins un objectif vers lequel ce dernier ne peut tendre que temporairement. Vouloir, au sein d’une société sécularisée, faire de l’art l’instrument d’une transformation spirituelle conduit inévitablement, dans la mesure où cette volonté est rendue publique, à lui retirer toute se force véritable, et d’abord parce qu’elle est d’une nature opposée à celle de la société. Qu’untel projet s’inscrive, d’une façon directe ou indirecte, dans une perspective religieuse et le voilà vulnérable. Mais il est apparu que cette société pouvait également coopter des projets d’inspiration athéiste visant eux aussi à une transformation de l’esprit, tel celui de Brecht, qui voulait imposer une forme politique de l’art. Dans la société moderne, sécularisée, rares sont en effet les expériences qui peuvent échapper à ce phénomène de récupération, à moins qu’elles ne soient entièrement désespérées, totalement incommunicables. La folie en est un exemple, l’holocauste un autre, parce que cette expérience va au-delà de la souffrance. Il reste enfin, bien entendu, le silence. Comment mettre un terme à ce processus inexorable d’absorption sinon par un arrêt de la communication, ou par l’anti-communication délibérée [...] Aussi n’est-ce pas seulement par suite de difficultés financières, ou à cause de l’indifférence du monde du spectacle, qu’Artaud, une fois qu’il eut monté les Cenci renonça au théâtre. Le projet de créer dans une société sécularisée une institution dont le rôle serait de faire se manifester une réalité obscure, secrète, représente une proposition contradictoire.

Susan Sontag, À la rencontre d’Artaud, traduit de l’américain par Gérard H. Durand, Christian Bourgois, 1973, p. 82-84.



[à propos du théâtre de la cruauté]

Artaud ne se réfère explicitement ni à Apollon ni à Dionysos, mais on peut bien dire que le terme de cruauté, qui revient si souvent sous sa plume, rassemble ces dieux, non moins frères qu’ennemis. Commençons par écarter le contresens dans lequel on a voulu enfermer Artaud : « Il ne s’agit pas du tout de la cruauté vice » (IV, 136)*. Qu’est-ce donc que la cruauté ? « Pas de cruauté sans conscience, répond Artaud, sans une sorte de conscience appliquée » (IV, 121), mais Artaud ne fait pas moins appel à l’inconscient dionysiaque qu’à la clarté apollinienne : « J’emploie le mot de cruauté... dans le sens de cette douleur hors de la nécessité de laquelle la vie ne saurait s’exercer... une pièce où il n’y aurait pas cette volonté, cet appétit de vie aveugle et capable de passer sur tout... serait une pièce inutile et manquée » (IV, 122). La cruauté fait la synthèse – l’impossible synthèse ? – de l’instinct et de la conscience, de la nécessité et de la volonté : « Du point de vue de l’esprit cruauté signifie rigueur, application et décision implacable, détermination irréversible, absolue » (IV, 121). Artaud identifie rigueur morale et cruauté foncière vitale : » Il me semble que la création et la vie elle-même se définissent, par une sorte de rigueur, donc de cruauté foncière qui mène les choses à leur fin inéluctable quel qu’en soit le prix » (IV, 123). Ici la cruauté englobe et peut-être dépasse un théâtre voué à Apollon et à Dionysos, car si « c’est sur cette idée d’action poussée à bout et extrême que le théâtre doit se renouveler » (IV, 102), il est difficile et dangereux de parvenir à cette action extrême, car il faut payer la vie de maints sacrifices comme si la vie ne pouvait s’obtenir qu’en sacrifiant la vie, et c’est pourquoi Artaud écrit : « Cette cruauté, qui sera, quand il le faut, sanglante, mais qui ne le sera pas systématiquement, se confond donc avec la notion d’une sorte d’aride pureté morale qui ne craint pas de payer la vie le prix qu’il faut la payer » (IV, 146).

 

* Les citations renvoient à la première édition des Œuvres complètes d’Artaud ; ici, tome IV, Gallimard, 1967.

Roger Laporte, Transmuter la vie, dans Les Cahiers du Chemin, n°19, octobre 1973, Gallimard, p. 84-85.

 

Souvenirs, témoignages :

Je le [Antonin Artaud] rencontrai avec Boris Fraenkel dans une brasserie de la rue Pigalle : il était beau, efflanqué, sombre ; il avait assez d’argent, que lui rapportait le théâtre, mais il n’en avait pas moins l’air famélique ; il ne riait pas, il n’était jamais puéril, et bien qu’il parlât peu, il y avait quelque chose de pathétiquement éloquent dans le silence un peu grave et terriblement agacé qu’il observait. Il était calme : cette éloquence muette n’était pas convulsive, elle était triste, au contraire, abattue, intérieurement rongée. Il ressemblait à un rapace trapu, de plumage poussiéreux, ramassé au moment de prendre son vol, mais figé dans cette position. Je l’ai représenté silencieux. Il faut dire que Fraenkel et moi étions alors les personnages les moins loquaces qui soient : cela pouvait être contagieux, de toute façon cela n’entraînait pas à parler. [...]

Quelques années plus tôt, j’avais entendu une conférence de lui à la Sorbonne (mais je n’avais pas été le voir à la fin). Il parlait d’art théâtral et, dans la demi-somnolence où je l’écoutais, je le vis soudain se lever : j’avais compris ce qu’il disait, il avait résolu de nous rendre sensible l’âme de Thyeste comprenant qu’il digère ses propres enfants. Devant un auditoire de bourgeois (il n’y avait presque pas d’étudiants), il se prit le ventre à deux mains et poussa le cri le plus inhumain qui soit jamais sorti de la gorge d’un homme : cela donnait un malaise semblable à celui que nous aurions éprouvé si l’un de nos amis avait brusquement cédé au délire. C’était affreux (peut-être plus affreux de n’être que joué).

 
Georges Bataille, Le Surréalisme au jour le jour, dans Ouvres complètes, tome VIII, Gallimard, 1976, p. 179 et 180.

 

 

 

De la part d’Artaud, de très grands écarts de jugement sur les fins dernières, d’extrêmes violences écumant en une totale débauche verbale manifestent une tension interne de l’espèce la plus poignante dont rien ne pourra faire que nous ne soyons longtemps secoués. Trop ambitieux, dans l’état actuel de nos connaissances, serait de vouloir expliquer par quel effet de conjuration « en miroir » Artaud, peu avant de mourir, a pu réaliser l’ouvrage hyper lucide, le chef d’œuvre incontestable qu’est son Van Gogh. Le cri d’Artaud – comme celui d’Edouard Munch – part des « cavernes de l’être ».

André Breton, 23 septembre 1959, propos recueillis par Jean Laurent, dans La Tour de Feu, n°112, septembre 1971, p. 7.

 

 

 

Le jour de la soirée de gala des « Cenci », devant une salle d’habits noirs et de robes du soir, il joua avec une fureur sacrée. Par moments aussi, sa voix se brisait, se perdait, s’étouffait pour retrouver de merveilleux élans.

Des années passèrent lorsque je revis Artaud, sortir de sa longue claustration, entreprendre une conférence assis devant une petite table sur la scène du Théâtre du Vieux-Colombier. Vision inoubliable que celle de cet homme émacié, échevelé, se prenant la tête entre les mains décharnées, essayant de rendre compte de ses hantises, de ses illuminations forcenées. On vit, ce soir-là, Artaud pris au piège d’un univers grimaçant traversé de douloureuses magies, lancer à l’auditoire des phrases déchiquetées mais déchirantes Il perdait le souffle à vouloir délivrer cet univers de pureté qu’il voyait naître d’un éclatement de l’espace et du temps. Il apparaissait l’illustration vivante du dire de Rimbaud : «  Nous ne sommes pas au monde ». Je ne crois pas que personne de ceux se trouvant, ce soir-là, dans la salle du Vieux-Colombier ait pu oublier cette présence tragique.

 
Jean Follain, Sur Artaud, dans La Tour de Feu, n° 112, septembre 1971, p. 138.

 

 

 

Marthe [Robert] et moi décidons d’aller voir Antonin Artaud, oublié de tous, « en traitement » à l’asile de Rodez depuis le début de la guerre.

Nous trouvons Artaud affaibli, terrifié. Un jour il laisse tomber devant nous quelques livres appartenant au directeur de l’asile, le docteur Ferdière (auteur : Gérard de Nerval !). Il veut ramasser les livres, n’y parvient pas, tremble de tous ses membres, nous lui venons en aide.

Il nous raconte sa vie à Rodez, accuse le docteur Ferdière de le terrifier : « Si vous n’êtes pas sage, monsieur Artaud, on va vous faire encore des électrochocs. »

Dans le train du retour, Marthe pleure, nous nous jurons, elle et moi, de sortir Artaud de Rodez. Nous y parvenons moyennant une caution d’un million et quelques. Vente aux enchères, menée par Pierre Brasseur. Donateurs : Braque, Picasso, Giacometti, Sartre, Simone de Beauvoir... Séance au profit d’Antonin Artaud au théâtre Sarah-Bernhardt. Y participent Jouvet, Rouleau, Dullin, Cuny, Blin...

La voix inoubliable de Colette Thomas récitant par cœur dans le noir – une panne d’électricité – un poème d’Artaud.

Artaud, le visage traversé de tics, ravagé, ridé, la bouche édentée, mais dont tout à coup s’échappait une voix retentissante, hurlante.

Nous noyés dans ses mots. 

Antonin Artaud à la maison de santé d’Ivry. Il ne s’y trouve pas mal, y reste même souvent l’après-midi. Sa table tailladée à coups de canif. Marcel Bisiaux s’inquiète. Il pourrait bien se retrouver à Rodez, s’il traite comme cela les tables de café. Artaud sourit : « Voyons, Bisiaux, je ne taillade les tables qu’au Flore et aux Deux Magots » (les deux cafés où il était connu, où il avait déjà autour de lui une petite cour).

Quel autre exemple donner de la gentillesse et de l’humour d’Antonin Artaud ? Celui-ci peut-être. Un soir, chez Marthe [Robert] et Michel [de M’Uzan], il ne cesse de déblatérer contre ses persécuteurs, dalaï-lama, initiés, hauts dignitaires ésotériques de toutes sortes. L’impatience me prend, je lui dis que seuls sont ses ennemis ceux qui lui en veulent d’être supérieur à eux. Si complots il y a, c’est à Paris, et non dans un Tibet mythique, qu’ils se tiennent. Artaud demeure silencieux, j’ai bien cru qu’il ne me pardonnerait pas. Mais quelques jours plus tard, je le rencontre rue Bonaparte, il sourit, me prend le bras : « Dites donc, Adamov, on n’a pas discuté comme cela depuis les personnages de Dostoïevski. »

Arthur Adamov, L’Homme et l’enfant. Souvenirs, Journal, Gallimard, 1968, p. 80-82.

 

 

 

Je connaissais Artaud depuis longtemps, et sa détresse et son génie. Jamais encore il ne m’avait paru plus admirable. De son être matériel plus rien ne subsistait que d’expressif. Sa grande silhouette dégingandée, son visage consumé par la flamme intérieure, ses mains de qui se noie, soit tendues vers un insaisissable secours, soit tordues dans l’angoisse, soit le plus souvent enveloppant étroitement sa face, la cachant et la révélant tour à tour, tout en lui racontait l’abominable détresse humaine, une sorte de damnation sans recours, sans échappement possible que dans un lyrisme forcené dont ne parvenaient au public que des éclats orduriers, imprécatoires et blasphématoires. Et certes l’on retrouvait ici l’acteur merveilleux que cet artiste pouvait devenir : mais c’est son personnage même qu’il offrait au public, avec une sorte de cabotinage éhonté, où transparaissait une authenticité totale. La raison battait en retraite ; non point seulement la sienne, mais celle de toute l’assemblée, de nous tous, spectateurs de ce drame atroce, réduits au rôle de comparses malévoles, de jeanfoutres et de paltoquets. Oh ! non, plus personne dans la salle n’avait envie de rire ; et même Artaud nous avait enlevé l’envie de rire pour longtemps. Il nous avait contraints à son jeu tragique de révolte contre tout ce qui, admis par nous, demeurait pour lui, plus pur, inadmissible.

André Gide, dans Combat, 19 mars 1948, après la mort d’Artaud, cité dans : Antonin Artaud, Œuvres, édition établie, présentée et annotée par Évelyne Grossman, Quarto/Gallimard, 2004, p. 1191.

 

 

 

 

 

2. Biographie

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« Une vie, dont seuls quelques repères sont sûrs, [les biographies] veulent la restituer dans une continuité d’autant plus illusoire qu’elle n’était sans doute pas celle d’une réalité dont le tissu, les liens se sont depuis longtemps défaits.[...] Sa vie, Antonin Artaud en a fait passer l’essentiel dans ses textes écrits et [...] aucun biographe, dans ce domaine, ne saurait rivaliser avec lui. [...] Par ses récits, ses poèmes, ses manifestes, ses textes, ses lettres, on ne peut rien ignorer des jalons majeurs de sa vie. » (Paule Thévenin, Antonin Artaud, ce désespéré qui vous parle, Seuil, 1993, p. 11)

 

Antoine Marie Joseph Artaud, dit Antonin, naît le 4 septembre 1896 à Marseille dans une famille aisée – son père possède une petite compagnie maritime ; sa mère, Euphrasie Nalpas, est originaire de Smyrne. Dans son enfance, Antoine (Nanaqui pour sa famille) grandit au contact des langues, le grec, le turc, l’italien. Il fait ses études chez les maristes de 1903 à 1913 et publie ses premiers textes dans une revue qu’il fonde avec des camarades au collège, en 1910. En 1914, à la suite d’une crise dépressive, il songe à devenir prêtre et passe quelques mois dans une maison de repos. Il fera plusieurs séjours jusqu’en 1918 : il part alors un an en Suisse où il écrit et dessine, où il fait aussi l’expérience du laudanum. Incorporé en 1916, il est réformé au début de 1917.

En 1920, il est à Villejuif dans la maison de repos du docteur Toulouse, qui le charge du secrétariat de la revue Demain ; il y prend en charge la rubrique concernant les arts, le théâtre et la littérature. Il rencontre Lugné-Poé, directeur du Théâtre de l’Œuvre chez qui il travaille un an comme figurant, souffleur, etc. En 1921, il découvre le dadaïsme, Breton, Aragon, et connaît Max Jacob qui le présente à Charles Dullin ; il entre dans sa compagnie et s’y lie avec la comédienne Génica Athanasiou, liaison difficile qui durera six ans. À partir de 1922, il joue dans les pièces montées à l’Atelier – Molière, Regnard, Calderón, Alexandre Arnoux, etc. En 1923, il entre dans la troupe de Ludmilla et Georges Pitoëff dans laquelle il ne jouera que de petits rôles. Son premier recueil de poèmes, Tric Trac du ciel paraît en 1923.

En 1924, est publiée la Correspondance avec Jacques Rivière. Artaud interprète un des personnages d’un petit film de Claude Autant-Lara (Fait divers) et songe à une carrière au cinéma. Il rencontre André Breton et adhère au mouvement surréaliste auquel il participe activement. En même temps, Abel Gance lui propose un rôle dans son Napoléon, celui de Marat, film tourné en 1925 et présenté à l’Opéra de Paris en avril 1927. De la rencontre de Roger Vitrac et Artaud avec Yvonne Allendy et le psychanalyste René Allendy naît en 1926 le Théâtre Alfred Jarry, peu avant son exclusion du groupe surréaliste avec Philippe Soupault. Il joue le rôle du moine Massieu dans la Jeanne d’Arc de Dreyer, tourné à partir de juillet 1927. Au même moment Germaine Dulac débute le tournage de La Coquille et le Clergyman, d’après un scénario d’Artaud, mais très vite les rapports sont tendus entre eux : lors de la première projection, en février 1928, Artaud et quelques surréalistes (avec lesquels il s’est réconcilié) conspuent G. Dulac. Il commence une analyse, qu’il interrompt après dix séances.

En 1928, la rupture avec Génica Athanassou est consommée. La mise en scène au Théâtre Alfred Jarry du Songe de Strindberg suscite une nouvelle rupture avec les surréalistes. Le Théâtre donnera la même année Victor ou les Enfants au pouvoir de Roger Vitrac. Les années suivantes, toujours sujet à des douleurs violentes, souvent dans une situation matérielle difficile, il élabore des scénarios, met en scène un photomontage à partir de son adaptation du Moine de Lewis (publiée en 1931), tourne avec Marcel L’herbier, Pabst, Raymond Bernard, Léon Poirier, écrit des textes théoriques et des notes de lecture. En 1931, à l’Exposition coloniale de Paris, il découvre avec enthousiasme le Théâtre Balinais. Le premier manifeste du Théâtre de la cruauté est publié en 1932 dans la Nouvelle Revue française, Le Théâtre et la Peste, dans la même revue en 1934, année de sa rencontre avec Balthus.

Les Cenci, représentés en mai 1935 dans des décors de Balthus, malgré un article élogieux de Pierre Jean Jouve, doivent s’interrompre faute d’argent. Il suit, après bien d’autres, une cure de désintoxication à l’hôpital Henri-Rousselle, ses prises d’opium l’empêchant de travailler normalement (« [...] ma vie depuis plusieurs années n’est qu’une longue désintoxication ratée », Lettre au Dr Dupouy 17/07/1935, citée dans Œuvres, p. 1744). Il passe beaucoup de temps dans les cafés de Montparnasse, en compagnie d’Adamov, Balthus, Roger Blin, Desnos, etc. ; il rencontre Marthe Robert. Au début de 1936, il part au Mexique où il doit donner une série de conférences ; il restera tout le mois de septembre chez les Indiens Tarahumaras, où il est initié au culte du peyotl. Il rentre en France en novembre, sans argent.

Il signe un contrat chez Gallimard pour Le Théâtre et son double en décembre 1936 (publié en février 1938). L’année suivante, il envisage de se marier avec Cécile Schramme, qu’il connaît depuis 1935 – projet rompu au mois de mai. Il ne parvient pas à être complètement désintoxiqué, malgré deux cures dont Jean Paulhan règle les frais. En août 1937, il part en Irlande ; on sait peu de choses sur ce voyage, mais Artaud sera incarcéré à Dublin fin septembre et rapatrié contre son gré en France. Il est débarqué au Havre et conduit au service des aliénés de l’Hôpital général, puis pour presque six mois à l’hôpital psychiatrique de Sotteville-lès-Rouen ; de là, il passera onze mois à Sainte-Anne, puis trois ans et onze mois à Ville-Évrard où, considéré comme incurable, il ne reçoit aucun traitement. Il y écrit une très importante correspondance et reçoit les visites de ses amis. Grâce à l’obstination de sa mère et de Robert Desnos, il est transféré à Rodez en 1943, dans le service du docteur Ferdière, où il restera trois ans. Il subit une série d’électrochocs. À partir de 1945 il écrit et dessine tous les jours dans des cahiers d’écolier (les Cahiers de Rodez), et continuera jusqu’à sa mort.« En 1945, lorsque, au reçu des lettres d’Antonin Artaud, [Jean Paulhan] entrevoit la possibilité de l’arracher à l’asile de Rodez, c’est lui qui persuade Jean Dubuffet d’aller l’y voir, encourage Henri Thomas à lui écrire, soutient Arthur Adamov qui sollicite les dons des peintres, des écrivains pour une vente aux enchères destinée à recueillir des fonds pour la sortie d’Antonin Artaud, accepte d’être le président du Comité d’organisation constitué dans ce but, puis de la Société des Amis d’Antonin Artaud qui gèrera les fonds ainsi collectés. » (Paule Thévenin, Antonin Artaud, ce Désespéré qui vous parle, p. 42).

Il est installé dans une chambre dans la maison de santé d’Ivry, où le Dr Delmas lui laissera liberté de se déplacer.

Le 6 septembre, il signe chez Gallimard pour la parution de ses œuvres complètes : 4 volumes sont prévus, 26 sont publiés à ce jour. Van Gogh le suicidé de la société paraît en 1947, ainsi que Artaud le Mômo.

Au début du mois de février 1948, des examens conduits par le professeur Mondor à la Salpêtrière révèlent un cancer inopérable. Il ne peut vivre ses douleurs sans de fortes doses de laudanum. L’émission radiophonique qu’il a enregistrée en 1947, Pour en finir avec le jugement de Dieu, est interdite le 1er février.

Mort le 4 mars 1948.

 

 

 

 

 

3. Bibliographie

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L’ensemble des œuvres d’Antonin Artaud est publié par les éditions Gallimard.

A. Œuvres complètes (préparées par Paule Thévenin)

TOME I, vol. 1 : Préambule – Adresse au Pape – Adresse au Dalaï-Lama – L’Ombilic des Limbes – Le Pèse-nerfs – L’Art et la mort – Premiers poèmes (1913-1923) – Premières proses – Tric Trac du ciel – Bilboquet – Poèmes (1924-1935). (1976)
vol. 2. Textes surréalistes – Lettres. (1976)

TOME II : L’évolution du décor – Théâtre Alfred Jarry – Trois œuvres pour la scène – Deux projets de mise en scène – Notes sur les tricheurs de Steve Passeur – Comptes rendus – À propos d’une pièce perdue – À propos de la littérature et des arts plastiques. (1980)

TOME III : Scenari – À propos du cinéma – Lettres – Interviews. (1978)

TOME IV : Le Théâtre et son double – Le Théâtre de Séraphin – Les Cenci. (1978)

TOME V : Autour du Théâtre et son double et des Cenci. (1979)

TOME VI : Le Moine de Lewis raconté par Antonin Artaud. (1982)

TOME VII : Héliogabale ou l’anarchiste couronné – Nouvelles révélations de l’être. (1983)

TOME VIII : De quelques problèmes d’actualité aux messages révolutionnaires – Lettres du Mexique. (1980)

TOME IX : Les Tarahumaras – Lettres de Rodez. (1979)

TOME X : Lettres écrites de Rodez (1943-1944). (1996)

TOME XI : Lettres écrites de Rodez (1945-1946). (1974)

Tome XII : La Culture indienne – Artaud le Mômo – Ci-gît. (1974)

TOME XIII : Van Gogh, le suicidé de la société – Pour en finir avec le jugement de Dieu – Le Théâtre de la cruauté – Lettres à propos de « Pour en finir avec le jugement de Dieu ». (1974)

TOME XIV, vol. 1 : Suppôts et suppliciations. (1978)

vol. 2 : Suppôts et suppliciations. (1978)

TOME XV : Cahiers de Rodez (février-avril 1945). (1985)

TOME XVI : Cahiers de Rodez (mai-juin 1945). (1981)

TOME XVII : Cahiers de Rodez (juillet-août 1945). (1982)

TOME XVIII : Cahiers de Rodez (septembre-novembre 1945). (1983)

TOME XIX : Cahiers de Rodez (décembre 1945-janvier 1946). (1984)

TOME XX: Cahiers de Rodez (février-mars 1946). (1985)

TOME XXI : Cahiers de Rodez (avril-25 mai 1946). (1985)

TOME XXII : Cahiers de Rodez (26 mai-juillet 1946). (1986)

TOME XXIII : Cahiers de Rodez (août-septembre 1946). (1987)

TOME XXIV : Cahiers de Rodez (octobre-novembre 1946). (1988)

TOME XXV : Cahiers de Rodez (déc. 1946-janvier 1947). (1990)

TOME XXVI : Histoire vécue d’Artaud-Mômo. Tête à tête. (1994)


B. Lettres à Génica Athanasiou, précédé de Deux poèmes à elle dédiés. (1969)
Nouveaux écrits de Rodez : Lettres au docteur Ferdière (1943-1946) et autres textes inédits – Six lettres à Marie Dubuc (1935-1937), préface de Gaston Ferdière et notes de Pierre Chaleix (1977)
L’Arve et l’aume, tentative anti-grammaticale à propos de Lewis Carroll et contre lui, suivi de 24 lettres à Marc Barbezat, collection l’Arbalète (1998)
50 dessins pour assassiner la magie, édition d’Évelyne Grossman (2004)
Œuvres, édition d’Évelyne Grossman, Quarto (2004)
Cahier, Ivry, janvier 1948, fac-similé et transcription, édition d’Évelyne Grossman (2006)


En format de poche :

L’Ombilic des limbes, précédé de Correspondance avec Jacques Rivière, suivi de Le Pèse-nerfs, Fragments d’un journal d’enfer, L’Art et la mort et de Textes de la période surréaliste, préface d’Alain Jouffroy, Poésie/Gallimard (1968)
Le Moine, roman de M. G. Lewis raconté par Antonin Artaud, Folio (1975)
Héliogabale ou l’Anarchiste couronné, L’imaginaire (1979) 
Le Théâtre et son double, suivi de Le théâtre de Séraphin, Folio-Essais (1985)
Les Tarahumaras, préface de Paule Thévenin, Folio-Essais (1987)
Messages révolutionnaires, Folio-Essais (1998)
Van Gogh le suicidé de la société, avant-propos d’Évelyne Grossman, L’imaginaire (2001)
Pour en finir avec le jugement de Dieu, préface d’Évelyne Grossman, Poésie/Gallimard (2003)
Suppôts et suppliciations, édition d’Évelyne Grossman (2006)


Études :

Adamov Arthur, L’Homme et l’enfant, Souvenirs, Journal, Gallimard, 1968.
Allet Natacha, Les Autoportraits d’Antonin Artaud, La Dogana, 2005.
Barrault Jean-Louis, Souvenirs pour demain, Le Seuil, 1972.
Bataille Georges, Le surréalisme au jour le jour, dans Œuvres complètes, tome VIII, Gallimard, 1976
Béhar Henri, Étude sur le théâtre dadaïste et surréaliste, Gallimard, 1967.
Blanchot Maurice, Le Livre à venir, Gallimard, 1959.
Blanchot Maurice, L’Entretien infini, Gallimard, 1969.
Borie Monique, Antonin Artaud, Le théâtre et le retour aux sources. Une approche anthropologique, Gallimard, 1989.
André Breton, La Clé des champs, Gallimard, 1967.
André Breton, Entretiens, Gallimard, 1969.
André Breton, 23 septembre 1959, propos recueillis par Jean Laurent, dans La Tour de Feu, n°112, septembre 1971.
Charbonnier Georges, Essai sur Antonin Artaud, Seghers, 1959.
Denys Raphaël, Le testament d’Artaud, Gallimard, 2005.
Derrida Jacques, L’Écriture et la différence, chap. VI et VIII, Seuil,
Derrida Jacques, Artaud le Moma : interjections d’appel, Galilée, 2002.
Derrida Jacques et Thévenin Paule, Antonin Artaud, dessins et portraits, Gallimard, 1986.
Dufau Guillaume (sous la direction de -), Antonin Artaud, catalogue de l’exposition de la Bibliothèque nationale (26 novembre 2006-7 février 2007 ), BNF/Gallimard, 2006.
Dumoulié Camille (textes réunis par -), Les Théâtres de la cruauté : hommage à Antonin Artaud, Desjonquères, 2000.
Faye Jean-Pierre, Le Récir hunique, Seuil, 1967.
Jean Follain, Sur Artaud, dans La Tour de Feu, n° 112, septembre 1971.
Garelli Jacques, Artaud et la question du lieu : essais sur le théâtre et la poésie d’Antonin Artaud, José Corti, 1982.
Gautier Xavière, Surréalisme et sexualité, Gallimard, 1971.
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Gouhier Henri, Antonin Artaud et l’essence du théâtre, Vrin, 1974.
Grossman Évelyne, Artaud/Joyce, le corps et le texte, Nathan, 1996.
Grossman Évelyne, Artaud, l’aliéné authentique, Farrago et Léo Scheer, 2003.
Grossman Évelyne, Préface à Antonin Artaud, Œuvres, Quarto/Gallimard, 2004.
Grossman Évelyne, Artaud, Beckett, Michaux, Minuit, 2004.
Roger Laporte, Transmuter la vie, dans Les Cahiers du Chemin, n°19, octobre 1973, Gallimard.
Le Clézio J. M. G., L’Envoûté, dans Les Cagiers du Chemin, n° 19, octobre 1973, Gallimard. 
Le Clézio J. M. G., Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue, Gallimard, 2004. 
Mèredieu, Florence de, Antonin Artaud, portraits et gris-gris, Blusson,1984.
Mèredieu, Florence de, Antonin Artaud, les couilles de l’ange, Blusson, 1992.
Nadeau Maurice, Histoire du surréalisme, Seuil, 1945.
Jean-Luc Nancy, Le visage plaqué sur la face d’Artaud, dans Antonin Artaud, sous la direction de Guillaume Fau, catalogue de l’exposition Artaud à la Bibliothèque nationale, BNF/ Gallimard, 2006.
Nicaise Christian, Antonin Artaud : les livres, L’Instant perpétuel, 2003.
Penot-Lacassagne Olivier, Artaud en revues, L’Âge d’Homme, 2005.
Penot-Lacassagne Olivier, Moi, Antonin Artaud, homme de la terre, Aden, 2007.
Prevel Jacques, En compagnie d’Antonin Artaud, Flammarion, 1994.
Christian Prigent, Artaud, le toucher de l’être, entretien avec Olivier Penot-Lacassagne, dans Artaud en revues.
Rey Jean-Michel, La Naissance de la poésie, Antonin Artaud, a. m. métailié, 1991.
Sartre Jean-Paul, Un théâtre de situations, Gallimard, 1973.
Sollers Philippe, L’écriture et l’expérience des limites, Seuil, 1971.
Sollers Philippe (sous la direction de -), Artaud, colloque du Centre culturel de Cerisy-la-Salle (29 juin-9 juillet 1972), 10/18, 1973.
Sontag Susan, À la rencontre d’Antonin Artaud, traduction de l’américain par Gérard H. Durand, Christian Bourgois, 1973.
Thévenin Paule, Antonin Artaud, ce désespéré qui vous parle, Seuil, 1993.
Thévenin Paule, Antonin Artaud : fin de l’ère chrétienne, Léo Scheer, 2006.
Henri Thomas, dans Obliques, Antonin Artaud, n° 10/11, 1976.
Tonelli Franco, L’Esthétique de la cruauté : étude des implications esthétiques du « Théâtre de la cruauté » d’Antonin Artaud, Nizet, 1972.
Virmaux Alain et Virmaux Odette, Artaud vivant,Oswald, 1980.
White Kenneth, Le Monde d’Antonin Artaud ou Pour une culture cosmopoétique, Complexe, 1989.

Numéros de revues :

Cahiers Renaud-Barrault, Antonin Artaud et le théâtre de notre temps, n° 69, 1969.
Europe, n° 667-668, novembre-décembre 1984 ; n° 873-874, janvier-février 2002.
Le Magazine littéraire, n° 61, février 1972, n° 206, avril 1984, 434, février 2004.
Obliques, Antonin Artaud, n°10/11, 1976.
Tel Quel, n° 20, hiver 1965, n° 39, automne 1969, n° 40, hiver 1970.

Quelques sites :

le site Antonin Artaud
www.docmartine.com/artaud [avec dessins et photographies]
www.ubu.com/sound/artaud.html [avec des enregistrements de Roger Blin, Paule Thévenin, Artaud]
www.artaud.no-ip.org
sur le site de la revue des ressources

 

 

 

 

4. Choix de textes

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