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mercredi 02 mai 2007

Hommage à Jean Grosjean dans la NRF, une lecture de Tristan Hordé

Jean_grosjean001 La Nouvelle Revue Française publie en son numéro 581 d’avril 2007 un hommage à Jean Grosjean dont Tristan Hordé propose ici une lecture :

 

Les vrais textes sont ceux qui nous font survivre à l’usure quotidienne. Ils transforment la mort de chaque jour en cette vie qu’on lui arrache
(J. Grosjean, Ce qu’on ne sait pas ne nuit pas", dans NRF, « Vie ou survie de la littérature », octobre 1970)

 

Vingt écrivains rendent hommage au grand poète et traducteur qu’était Jean Grosjean, disparu en avril 2006. Quand on cherche des lignes de force dans son œuvre trop peu connue, il faut dire avec Gérard Bocholier qu’elle « nous ramène toujours à l’inévitable disparition des choses, au fatal déclin de tout ». Si l’on tente de qualifier l’homme, il faut retenir qu’il était d’une extrême discrétion, « plus discret et solitaire et silencieux qu’une graminée au bord de la route » (Guy Goffette). Tous les témoignages réunis dans cette livraison de la NRF insistent sur son extrême curiosité, sur son attention à autrui, sa générosité : prêt à donner ce qu’il savait. Tous aussi présentent un Jean Grosjean malicieux, à l’esprit vif, dont les digressions étaient de passionnants détours qui le ramenaient toujours à ce qui le préoccupait.

Ancien prêtre, connaisseur en soldats de plomb (comme Réda), membre du Comité de lecture de Gallimard, ce marcheur infatigable était aussi un savant, qui lisait le grec, l’hébreu, l’araméen, le syriaque, qui commentait inlassablement les Évangiles. Connaisseur du Moyen Orient, il traduisait le Coran et l’Ancien Testament et, dans cette tâche, il privilégiait le vocabulaire le plus simple, refusait la métaphore, montrant son goût de l’ellipse : ses traductions sont un éloge de la vivacité et de la nudité. Mais sa quête de Dieu défait l’idée qu’un poète empli par les textes sacrés ne puisse être apprécié par un athée : « paradoxe de toute poésie filée sur une trame de croyance religieuse sans pour autant tourner à la prière : elle rappelle, elle maintient la croyance, mais comme tout art, elle en laïcise les actants. » (Hédi Kaddour).

Jean Grosjean était, plus que tout, poète, hors des modes, à côté, la poésie n’étant jamais pour lui simple jeu de langage. Jacques Réda insiste sur la « limpidité mélancolique » de sa métrique et réfléchit à la « poétique de Dieu » qui lui est propre. Constatant qu’il y a « autant de poétiques de Dieu […] qu’il y a de poètes », il conclut : « Cette identité de Dieu et de son langage, qui le dépossède de soi, n’est-ce pas ce qu’a toujours observé (modestement ou pas) dans son domaine chaque poète ? ». Belle invitation à lire ou relire une œuvre riche, non d’un "croyant" mais d’un écrivain. On peut commencer par les recueils rassemblés en un volume dans la collection Poésie/Gallimard (La Gloire précédé d’Apocalypse, d’Hiver et d’Élégies), poursuivre avec Cantilènes (1998) et, pour les récits, Clausewitz, pour les traductions, L’Évangile selon Jean.

©Tristan Hordé pour Poezibao

 

« Hommage à Jean Grosjean (1912-2006) » dans La Nouvelle Revue Française, n° 581, avril 2007.


 

Jean Grosjean dans Poezibao :
Bio-bibliographie de Jean Grosjean, sa mort, extrait 1,