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samedi 30 juin 2007

Politique de Jacques Henric

Politique_jacques_henric Quand je découvre, dans les années 1980/90, les livres de Jacques Henric : Archée, Carrousels, La peinture et le mal, Adorations perpétuelles… ce qui me frappe d’emblée c’est qu’ils intègrent tous les registres d’écriture : récit, journal intime, poème en prose… avec une foule de détails liés à une traversée singulière. Il y a du Faulkner chez Henric, une approche du mal marquée par une nécessité brûlante : celle de dire ce qu’il en est, pour un écrivain immergé dans la réalité, des chutes individuelles et collectives, des effondrements du siècle et des débâcles intimes. Quelle vérité le récit poétique peut-il arracher à la remontée des enfers ? Quelle écriture doit s’imposer face au tissu déchiré des vies hasardeuses ? Comment montrer que le monde ne repose que fragilement sur des images ? Autant de questions qui captent et retiennent, surmontent et s’affrontent à la quête posée jadis par Hölderlin : comment habiter, en effet, poétiquement le monde ? C’est le vrai point de départ d’une question dont le témoignage est toujours sûr et qui dévoile toutes les figures – tous les semblants – pouvant naître d’une confrontation avec le réel.
Politique participe, librement et souverainement, à ce dévoilement. Ici, l’éclairage autobiographique déjoue les incitations à parler au nom d’une communauté, d’une famille d’esprit en prenant congé, jusque dans la polémique, avec les figures récurrentes du nihilisme et du langage d’inquisition, bouffi d’impératif et de morale. Né en 1938, Henric appartient à cette génération qui s’est engagée dans le champ idéologique et littéraire. Instituteur en province dans les années 60 et très tôt averti de la violence inhérente à l’espèce humaine, il collabore à des journaux communistes, notamment France Nouvelle, dont il tient chaque semaine la rubrique littéraire. Il sera, avec Jean-Louis Houdebine et Guy Scarpetta, à l’initiative d’un rapprochement entre les intellectuels communistes et les jeunes écrivains de la revue Tel Quel (Philippe Sollers et le poète Marcelin Pleynet notamment). Henric, qui toujours fut réfractaire à toute inféodation de la littérature à la politique, multiplie les anecdotes et les péripéties, dresse des portraits souvent grinçants (Aragon aux obsèques d’Elsa Triolet), touchants (Pierre Rottenberg et son dévouement pour Tel Quel) et parfois féroces (sur Jacques Laurent, Antoine Blondin et Roger Nimier). Sa participation à Tel Quel, son amitié jamais démentie pour Sollers puis la création, avec Catherine Millet, de la revue Artpress, corrigent avec brio la mémoire flouée et les récits tronqués sur l’histoire de cette génération.
©Pascal Boulanger
 

Signalons, dans la nouvelle revue que dirige Henri Poncet : Passage à l’acte, un fronton consacré à Jacques Henric, avec les contribution de Philippe Forest, Elisabeth Joannès, Andrée Barret et un entretien, par Pascal Boulanger, avec Jacques Henric.


 

Jacques Henric : Politique (Seuil, coll. Fiction & Cie), 20 €

Un reportage interactif et participatif sur le Festival Expoésie de Périgueux

L'équipe de libr-critique.com s'associe au festival Expoésie du 28 juin au 3 juillet 2007 à Périgueux pour faire un reportage participatif et interactif sur le festival, que vous pourrez suivre sur le blog http://www.vlog-trotter.org et sur http://www.libr-critique.com
Tous les jours seront mises en ligne des vidéos des soirées et des expositions, des interviews, des rencontres avec les artistes et auteurs invités sur le blog vlog-trotter.org
Les internautes qui suivront le reportage pourront intervenir sur son cours, soit en posant des questions en amont à propos des artistes interviewés, soit en proposant des suggestions d'investigation, tout cela via les commentaires du blog.

 

Festival Expoésie - Périgueux, du 28 juin au 3 juillet 2007
Ce festival pluridisciplinaire se donne pour principal objectif d'explorer les affinités entre la poésie actuelle et les autres arts : spectacles, performances, lectures, expositions, ateliers, danse, musique, vidéo, ainsi qu'un salon de la revue de création, pour un rendez-vous unique en France. Plus de 50 poètes et/ou artistes en chair et en voix, une multiplicité de rencontres, un festival de création vivant et en mouvement.

Anthologie permanente : Henri Droguet

Camera oscura

 

Un soir j’étais au pied d’une colline jaune
trempée d’ombres et glus    cendre à tout prendre
à merveilles    clouée de cistes
barbelée de lavandes roseaux
dans le foutoir sempervirens
le déchant fourbu d’une averse
la haie flambant – quel ennui ! – neuve
et le charivarime à quoi des bourrasques
le vent jeté grand ouvert par mottes
sur les toits pansés de zinc ou d’alu

 

on s’endormait (bis)
là-bas les vacarmes là-bas le
discipliné désordre des océans rodomonts
fumants aveugles éboulis où vont grondant
bossues jubartes et mégaptères
qui ravalent décrachent l’inaperçu Jonas
lointains lointains chantiers    ruisseaux
chevelus  collines mes précieux coffrets
mes greniers perdus et rouges
                                             là-bas
les eaux maisonnées    rives et fondements
les escaliers en cage   raffuts et mauvais songes
où des faquins s’échinent et les soudards
gueule ouverte   trogne à casque
comme des sourds cognent tranchent
s’épongent fendent le fruit fessu
béni de vos entrailles    tuent
tuent   tuent
(prossima fermata dit la voix suavement : la Morte
next stop : Death)
                      alors on s’éveillait (bis)

 

l’à la fin dérobée lumière
des nuits 1000 et 2
3 ou 4 rouges vin coulé ou noires
crépite à sa guise
dans le viandis incinéré des cieux
délestés la limpide opacité des nuages
c’est l’ouest    une aube tuméfiée   les foudres
zézaient s’abattent
aux givres et l’oiseau vole dans le bois vert
un temple est jeté bas dans l’herbe
à neige pelure   et sent le cheveu    c’est la hutte
d’or où dort quelquefois Galatée
qui s’enfuira – ainsi va la vie –
sous les saules

 

il fut midi     l’arbre rajustait ses tignasses
je quittai mon retrait
j’ai chanté    oui
je chantais qu’on part
                                 et la suite

 

                                                      24 avril 2001

 

Henri Droguet, 48°39’N–2°01’W (et autres lieux), Gallimard, 2003, p. 41.

 

Henri Droguet dans Poezibao :
Bio-bibliographie d'Henri Droguet
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4 (Avis de passage),
fiche de lecture de Avis de Passage

 

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vendredi 29 juin 2007

Anthologie permanente : Pierre-Albert Jourdan

Rire

 

L’agitation est telle que cette boue des pensées devient nuage, que dispersion devient ce grand nuage sombre dans ton ciel. Cela tu es à même de le constater: car la page est blanche, toujours blanche !
Peut-être as-tu senti jusqu’à l’écœurement cette triomphale présence des choses comme l’extase d’un monde dispensé de justifications. D’un monde, non de silence mais où le silence ne fait pas tache. Et toi, tu es mélange et toutes ces griffes lancées dans le vide composent ton visage. Laisse-le donc déposer le fardeau, nettoyer cette boue. Élève-le jusqu’au rire du ciel clair.

 

Pierre-Albert Jourdan, Le bonjour et l’adieu, préface de Philippe Jaccottet, Mercure de France, 1991, p. 533.

 

Pierre-Albert Jourdan dans Poezibao :
Note bio-bibliographique
extrait 1, extrait 2, extrait 3,
une rencontre autour de Pierre-Albert Jourdan à la librairie Tschann (mars 07)

 

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jeudi 28 juin 2007

Anthologie permanente : Nicole Brossard

on appelle bruit de beauté
la mer soudée au sel
dans l’infiniment nuit
au-delà de tous les récits
on appelle aussi
bruit de beauté le silence
sa signature lente au bas de l’aube

 

*

 

en regardant par la fenêtre
il faut au moins deux adjectifs
puis observer si la tendresse
si l’infini ou quelqu’un en juillet dans le jardin
nuque tendue se déteste du chaos

 

Nicole Brossard, in Confluences poétiques, une anthologie de l’ailleurs & de l’ici, Éditions Phi, 2007

 

Nicole Brossard dans Poezibao
Bio-bibliographie de Nicole Brossard,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5
au Grand Parquet (mars 06),
prix Molson 2006

 

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mercredi 27 juin 2007

Anthologie permanente : Ariane Dreyfus

La pelouse épanouie

 

« Venez courir ! Venez courir ! »

 

 

La petite, l’éclat-fille
Bondit hors du repas
Rapide comme une balle intacte

 

Puis roule dans le sommeil,
Carrosse jusqu’au jour,
Ce portail invisible.

 

 

Nous restons dans nos chaises
Où s’appuient nos entrailles.
La nuit
Ne sait pas quoi nous donner.

 

Avant de mourir ?

 

L’enfant dort seulement,
Au moins nous sommes dans le même royaume.

 

Ariane Dreyfus, La Durée des Plantes, Tarabuste, 1998 et 2007, p. 15.
isbn : 2-84587-141-4, 12 €

 

 

Ariane Dreyfus dans Poezibao :
Bio-bibliographie d'Ariane Dreyfus
extrait 1, extrait 2,
aux Mercredis du Poète (oct. 06),
Un chantier de poème (Poezilabo),
prix des découvreurs 2007,
note de lecture de Les Iles britanniques d’Eric Sautou,
un atelier d’écriture, 07

 

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mardi 26 juin 2007

Anthologie permanente : Philippe Jaccottet

Lettre du Vingt-Six Juin

 

Que les oiseaux vous parlent désormais de notre vie.
Un homme en ferait trop d'histoires
et vous ne verriez plus à travers ses paroles
qu'une chambre de voyageur, une fenêtre
où la buée des larmes voile un bois brisé de pluie...

 

 

La nuit se fait. Vous entendez les voix sous les tilleuls :
la voix humaine brille comme au-dessus de la terre
Antarès qui est tantôt rouge et tantôt vert.

 

*

 

N'écoutez plus le bruit de nos soucis,
ne pensez plus à ce qui nous arrive,
oubliez même notre nom. Ecoutez-nous parler
avec la voix du jour, et laissez seulement
briller le jour. Quand nous serons défaits de toute crainte,
quand la mort ne sera pour nous que transparence,
quand elle sera claire comme l'air des nuits d'été
et quand nous volerons portés par la légèreté
à travers tous ces illusoires murs que le vent pousse,
vous n'entendrez plus que le bruit de la rivière
qui coule derrière la forêt; et vous ne verrez plus
qu'étinceler des yeux de nuit...

 

*

 

 

Lorsque nous parlerons avec la voix du rossignol….

 

 

Philippe Jaccottet, Poésies, 1946-1967, préface de Jean Starobinski, Poésie / Gallimard, n° 71, 1971, réimpression de 2001, p. 68

 

Philippe Jaccottet dans Poezibao :
Note bio-bibliographie
Fiche de lecture De la poésie,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7,

 

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lundi 25 juin 2007

Celan, sur parole

Partie de neige, par l'ordre savamment déconstruit de sa syntaxe, par la rudesse de ses coupes, la densité rugueuse de ses images (géologiques et botaniques), mais aussi en prenant en charge le contexte historique des années 68 (révoltes étudiantes, mouvements sociaux) et les circonstances de l'existence présente, est un autoportrait bouleversant par lequel l'écriture devient "mâchoire/ coupante,/ tu mords ma peau à travers la chemise et t'accroches ", c'est-à-dire " quelque chose de soufflé/ dans une conque de poings d'enfant ;// quelque chose de ma/ matière et d'aucune". Sa part de neige en somme, de celle qui se désenchevêtre du ciel.

 

Sa part de neige, en somme Emmanuel Laugier conclut en poète sa recension et nous donne de Schneepart une lumineuse traduction.

 

Celle-ci est considérée comme l’une des plus difficiles qui soient. John Edwin Jackson lui-même éminent traducteur de Paul Celan s’est exprimé à propos de celle, récente, de Jean-Pierre Lefebvre (cf. notes de Florence Trocmé et de France Sidante ) : Jean-Pierre Lefebvre, écrit-il, a voulu relever un tel défi en prenant le parti de trancher, chaque fois que c'était possible, non pour la beauté de la langue mais pour sa clarté sémantique.

 

En ayant toutefois indiqué au préalable,

 

"La réalité n'est pas, la réalité exige d'être cherchée et conquise." Ce qui est, c'est la masse des pseudo-réalités, des formulations approximatives, inexactes, simplificatrices, voire mensongères de la réalité par lesquelles nous nous masquons ou nous ignorons celle-ci. La réalité, dès lors, doit être l'objet d'une lutte, d'une conquête. 

 

Les auditeurs de France-Culture, auxquels est proposé le dimanche 1er juillet, un « poésie sur parole » tout entier consacré à Paul Celan, pourront écouter Jean-Pierre Lefebvre s’entretenir avec André Velter et entendre la lecture de poèmes par Michaël Lonsdale.

 

Quant au dialogue de Maurice Olender et de Bertrand Badiou à la librairie Mollat  (Bordeaux) autour de cet ouvrage et de la correspondance avec Ilana Shmueli , tout en élégance et en finesse, il est un véritable cadeau à l’auditeur et au lecteur.
lien direct pour télécharger le MP3

©Ronald Klapka

Anthologie permanente : Claude Esteban

Ne garderai-je du jour que cette longue lassitude et la poussière des chemins au fond des yeux ? Je m'assiérai n'importe où, je tenterai seulement de reprendre souffle, sans hâte et comme pour mieux me souvenir. L'espoir, quand on s'arrête de marcher, devient inutile, mais le vieux désir d'être encore ne disparaît pas avec lui. Et je suis là, comme quelqu'un qui s'étonne que son corps le soutienne et le défende, ce corps meurtri, ce corps appesanti, le mien pourtant, et que je méprisais. Les grandes lois du soleil et de l'ombre nous échappent, nous mesurons l'espace aux battements d'un coeur quand il est neuf, mais que la machine au-dedans hésite ou s'emballe, les repères se dissipent et chaque pas devient une épine dans la chair. N'importe, je suis là, je regarde mes mains, je n'oublie pas qu'elles ont touché la splendeur intacte du monde et qu'il y eut des moments d'allégresse à sentir la sève trembler sous les doigts. Non, la mémoire ne se résume nullement à la somme des choses mortes entassées dans la tête. Elle est tapie au creux d'une odeur, d'une feuille froissée par la pluie, d'un murmure. Et que l'on fasse taire en soi le bruissement de la pensée; qu'on s'arrache à ce théâtre de mauvais rêves, le paysage se recompose, les formes s'animent, les couleurs recommencent à vibrer. Rien ne bouge pour celui qui se détourne, tout s'éveille au-devant de celui qui reste à l'écoute et il ne craint plus. On cherche à l'endroit d'une ancienne blessure, et c'est à peine si la peau tressaille. Et c'est à présent l'immobile qui devient une fiction, et cette lassitude d'avoir tant vécu comme une invitation à poursuivre encore.

 

Claude Esteban, La mort à distance, Gallimard, 2007, p. 100.

Je remercie Maryse Hache pour cette contribution

 

Claude Esteban
La Mort à distance, poèmes
Gallimard 2007
isbn : 978-2-07-078482-0, 20, 50 €

 

Claude Esteban dans Poezibao :
Esteban Claude, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7, extrait 8,extrait 9, extrait 10, extrait 11,
la disparition de Claude Esteban,
Le Matricule des Anges n° 73,
hommage de Hassan Sadfari,
annonce colloque décembre 2006,
hommage à Claude Esteban,
une note d’Alain Lance pour le premier anniversaire de sa mort

 

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dimanche 24 juin 2007

Lectures d'été au Musée Zadkine

Lectures d’été au Musée Zadkine

19 juillet – 2 août 2007

 

En écho à sa programmation qui associe l’œuvre du sculpteur à la création la plus contemporaine, le Musée Zadkine poursuit son cycle de lectures.
Selon une formule désormais consacrée, les écrivains et poètes conviés liront leurs travaux en cours, ainsi que des fragments d’œuvre d’auteurs de leur choix.

Prolongeant l'exposition Inverse Times d’Angela Detanico et Rafael Lain, quatre lectures de poésie contemporaine offrent ainsi un voyage entre les signes, les sons et les mots à la recherche de ce que pourrait être le travail artistique ensemble, la collaboration entre les arts.
Outre les travaux des deux artistes brésiliens, notamment une pièce sonore et visuelle conçue avec le poète Jacques Roubaud et le musicien François Sahran, le musée à cette occasion présente un exemplaire du livre de Blaise Cendrars illustrée par Sonia Delaunay-Terk La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (1913), que possédait Ossip Zadkine.

 

Jeudi 19 juillet 2007 à 13h, Marie-Louise Chapelle
Jeudi 19 juillet 2007 à 19h, Laure Limongi
Jeudi 2 août 2007 à 13h, Jacques Roubaud
Jeudi 2 août 2007 à 19h, Emmanuel Rabu

 

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