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samedi 28 juillet 2007

Anthologie permanente : René Char

ma feuille vineuse

 

Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux. Un moment nous serons l’équipage de cette flotte composée d’unités rétives, et le temps d’un grain, son amiral. Puis le large la reprendra, nous laissant à nos torrents limoneux et à nos barbelés givrés.

 

René Char, Sept saisis par l’hiver, dans Chants de la Balandrane, Gallimard, 1977, p. 16.

 

 

J’ai été élevé parmi les feux de bois, au bord de braises qui ne finissaient pas cendres. Dans mon dos l’horizon tournant d’une vitre safranée réconciliait le plumet brun des roseaux avec le marais placide. L’hiver favorisait mon sort. Les bûches tombaient sur cet ordre fragile maintenu en suspens par l’alliance de l’absurde et de l’amour. Tantôt m’était soufflé au visage l’embrasement, tantôt une âcre fumée. Le héros malade me souriait de son lit lorsqu’il ne tenait pas clos ses yeux pour souffrir. Auprès de lui, ai-je appris à rester silencieux ? À ne pas barrer la route à la chaleur grise ? À confier le bois de mon cœur à la flamme qui le conduirait à des étincelles ignorées des enclaves de l’avenir ? Les dates sont effacées et je ne connais pas les convulsions du compromis.

 

René Char, Le bruit de l’allumette, dans  Chants de la Balandrane, p. 23.

 

une contribution de Tristan Hordé

 

René Char dans Poezibao :
Bio-bibliographie de René Char
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7,
Lettera Amorosa en Poésie / Gallimard,
notes sur la poésie, 1,
exposition R. Char à la BNF (par T. Hordé),

 

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Commentaires

Char est, selon moi, le maître incontestable, le plus solaire, le plus vif, le plus à même... il écrivit, la vie en pleine face...
"Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux." Merci pour cette phrase. Elle nous transporte si "simplement" au cœur du désir d'écriture, qui se renouvelle chaque jour car les mots, loin d'être des objets inertes, nous entraînent toujours plus avant dans l'aventure du vivant et du sensible...enfin, si nous choisissons de nous laisser "embarquer" par eux... Louise Brun
René au Thor le 15 septembre 1947 Et Char avec Braque Picasso Alberto Giacometti Jacques Villon Max Ernst Jean Arp et Lam et Miró Qui agite ses points et ses étoiles Pour sauver du fusil le martinet Et Galpérine Tous ses illustrateurs d'un instant Qui attendaient que le franc-bord du Poète Voulusse bien lever l'obstacle Et permette d'un bond le trait ou la couleur...

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