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mardi 31 juillet 2007

Anthologie permanente : Guy Goffette

Dans la livraison du printemps 2007 de la revue Traversées qui lui est en partie consacrée, Guy Goffette a donné sous le titre Épilepsie force douze 12 poèmes écrits en 1981 qui, précise-t-il, « ne ressemblent à rien de ce que j’ai fait, ni avant, ni après, mais qui me sautent au cou dès que je les approche. »

 

I

 

La parole
Un seul soir ivre
Le petit ramoneur ne passera plus
Demandez le matin
La logique où est la logique
Elle boit un verre
au café de la gare
La mer vomit pas loin
contre un poteau indicateur
Si seulement les tickets
L’antipode dit que c’est l’heure
périodiquement

 

 

XI

 

 

Écrire ah
La tête que font les gens pressés
dans les vitrines
Combien en voulez-vous
Un peu de mou pour vos chats Madame
Le sergent de ville passe
dans les portefeuilles
L’identité du bonhomme de neige
est confuse
Glisser dans le Moyen Âge
est une question de souplesse
Quant à écrire
la putain se méfie

 

Guy Goffette, Épilepsie force douze, dans Traversées, n° 46, printemps 2007, p. 4 et 14.

 

Traversées, Faubourg d’Arival, 43, 6760 Virton, Belgique ; patricebrenoarobasehotmail.com

 

contribution de Tristan Hordé

 

Guy Goffette dans Poezibao :
Bio-bibliographie de Guy Goffette
fiche de lecture Auden ou l’ombre de la baleine
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 5, extrait 6, extrait 7
rencontre autour d’Auden avec Guy Goffette et Michael Lonsdale
"Lecture" poétique 1, "Lecture" poétique 3, "Lecture" poétique 5, "Lecture" poétique 6, "Lecture" poétique 7, "Lecture" poétique 8
Aux mercredis du François Coppée, lecture et présentation par Bernard Fournier (06)

 

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lundi 30 juillet 2007

Anthologie permanente : Vera Feyder

Voici Mélancolie ma prise de voilure
J’entre, profil perdu, dans tes asiles tièdes
tout suturé de pluies, d’Alençon, de chaînettes et de points
ajourés : il y file au travers nocturnes vents coulis et sable
si rapide au ciment des ténèbres qu’elles ont pris sur moi
manteau des épouvantes.

 

 

Bâtiment d’eau qu’errance mène en ruine
je roule sur vos ponts mes têtes mutinées
– butins d’amers déportés par grand fond –
je garde d’un narval la longue dent sorcière
et je monte sur boucle l’anneau blanc des atolls
à mes doigts coraliers

 

Pour moi tout est dérive

 

 

***

 

 

Avec (extrait)

 

à Vladimir Jankélévitch

 

Avec quelque chose qui aurait mis longtemps
pour arriver au but, mais aurait su depuis
toujours la mesure d’un pas, et le nord incertain
où les doutes reviennent
comme limaille au fer

 

Avec quelque chose qui aurait marché droit
à travers le langage et les mots si petits
qu’ils n’iront jamais seuls sans main pour
les coucher et les mener, par encre interposée,
sous la lampe du soir où ils
pourront grandir

 

Avec quelque chose qui s’en va loin dans un
ailleurs plus grand où l’absolu enfin voyage
seul à bord de ses vaisseaux et n’a cure
des eaux qu’il lui faut traverser tant
océan jamais n’eut large
si ouvert

 

Avec quelque chose toujours qui revient sur
ses pas dire le chemin, l’air entendu,
la couleur et le soupir des choses qui n’ont
pas trouvé nom, maison dans la pensée,
arbres dans la forêt où l’on puisse renaître
du sang tumultueux
à la douceur des sèves
[…]

 

 

Vera Feyder, Contre toute absence, poèmes (1960-2003), Le Taillis Pré, 2006, p. 307 et pp. 335.336

isbn 2-87450-010-0, 438 p., 30 €

 

Bio-bibliographie de Vera Feyder

 

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Vera Feyder

Poète, romancière, dramaturge et comédienne, Vera Feyder est née à Liège en 1939 d’un père juif, d’origine polonaise, mort à Auschwitz et d’une mère liégeoise d’origine slave. Elle vient à Paris où elle entame une carrière dramatique et où elle vit depuis plus de trente ans.
Elle a publié une trentaine d’œuvres, tous genres confondus, depuis 1965 dont une quinzaine de pièces. Elle est également l’auteur d’une quarantaine de dramatiques originales pour la radio, d’adaptations et de feuilletons. Elle a reçu de nombreux prix pour son œuvre poétique et littéraire dont le Prix Radio SACD en 1985. Élue vice-présidente de la Commission radio de 1999 à 2002, elle a initié deux actions culturelles : « De mémoire d’ondes » et « Mots d’auteur », des œuvres francophones inédites enregistrées en public et transmises en différé sur les ondes de Radio France.

 

 

Bibliographie
•Poésie
Ferrer le sombre, Rougerie, 1967
Pays l'absence, Millas-Martin, 1970
Le sang, la trace, Ed. Lafranca, 1973
Passionnaire (Prix de l'Académie française, 1975)
Franche ténèbre, Éd. Ubac, 1984,avec gravure de Yves Doaré.
Petit incinérateur de poche, Laleure, 1987
Pour Élise, Unimuse, 1988
Eaux douces, eaux fortes, Hôtel Continental, 1988
Le fond de l'être est froid (Rougerie, 1995) - Prix de poésie de la SGDL en automne 1995
Contre toute absence, Poèmes 1960-2003, Le Taillis Pré, 2006

Lire la suite "Vera Feyder" »

dimanche 29 juillet 2007

Poésie, esthétique, éthique dans la Revue Des Sciences Humaines

Rsh_vignette_claircie Peut-on introduire à la poésie en universitaire? La question est peut-être moins incongrue qu’il n’y paraît. Certes, nombre d’universitaires ont produit de la réflexion sur la poésie et sont aussi poètes : Maulpoix, Doumet, Pinson, Deguy, Meschonnic pour ne citer que les noms qui surgissent à la mémoire, pardon pour les oublis. Mais s’expriment-ils encore en poètes en ce cas ? Vaste débat.

 

Jasmine Getz – lire les questions posées à Christian Doumet dans l’entretien Par Océan (Obsidiane, 2004) – s’est attelée à cette tâche impossible en réunissant quelques uns de ses collègues dans une journée d’études en décembre 2002 : poésie, esthétique, éthique (vaste programme), que la Revue des Sciences Humaines (2007/2, Lille III) nous donne à lire.

 

Le ton de son introduction, brillante, savante, est assez comparable à celui du grand article donné à la revue Les Temps Modernes (Éducation Nationale, les faits et les mythes, n° 637-638-639, mars-juin 2006) : « enseigner la poésie » : grande beauté des citations, vive sensibilité, enthousiasme et entrain, mais à le relire me revient cette réflexion de la gouvernante de Susanna (Gertrud Kolmar, Titres, Bourgois, 2007, p. ) : « l'instinct de l'enseignante était encore trop fort en moi pour être renié » mais Jasmine Getz est ici une enseignante ! et on ne saurait que souscrire à ce propos :

 

Sans doute est-ce cela que je désire finalement faire entendre en poèmes à mes étudiants : des paroles qui disent la fragilité des êtres, les épreuves de l'existence, et montrent comment certains les ont surmontées en n'abdiquant pas, malgré toutes les menaces, leur souveraineté d'être humain libre. « Les meilleurs, a écrit Ponge, ne sont pas ceux qui ont choisi de se taire. » Ceux-là se sont faits sujet d'une parole et non pas d'une chose, ils n'ont pas acquiescé à l'injustice, ne fût-ce qu'en se taisant. Ils ont parlé, écrit, créé, et le sens de leurs œuvres, quand elles sont vraies, s'est réfléchi et se réfléchira encore dans la condition de ces « frères humains, qui après nous vivez ». Notamment dans la condition de ces jeunes gens à qui l'on n'a pas encore, pas tout à fait, « volé leur ciel ».

 

Oui, oui, oui et oui. Mais gare aux flonflons. Il est bien des manières de parler et de créer, et le dernier Ponge aurait mieux fait de se taire.

 

Le public étudiant fera donc son miel des contributions réunies dans la R.S.H. Les collègues apprécieront en professionnels la solidité des copies de leurs confrères. Je souhaite dire que la réflexion sur les sujets proposés est toujours bien vivante. Deux exemples, proches :

 

-Christian Prigent, lire les entretiens avec Hervé Castanet (Cadex) et les livres d’essais (POL) en répons de l’œuvre poétique et fictionnelle.

-Philippe Beck : la poésie même inclut cette réflexion, voir le finale de Chants populaires, ou les Poésies didactiques, et dernièrement L’Impersonnage (Argol) avec les judicieuses questions de Gérard Tessier .

 

Mais tout comme la vraie morale se moque de la morale, la poésie peut débouter l’étude tout en en ne rejetant pas celle-ci dans les limbes professorales.

 

Ainsi, la contribution de Laurent Cassagnau, à partir du Méridien (Paul Celan exprime sa vision de la dialectique Art/Poésie en s’appuyant –exercice obligé, il s’agit du discours de réception du prix Büchner – sur les œuvres de l’auteur de Lenz). Le conte Gockel et Hinkel de Clemens Brentano, convoqué à cette occasion permet de mettre en valeur cette dialectique qui peut être exprimée en deux phrases simples :

 

De l’art, il fait beau dire.

 

Mais le poème, il parle !

 

Plus encore, le parcours de quelques sorts (qui plongent dans l’effroi) jetés par Antonin Artaud à des femmes aimées puis rejetées, mis en valeur par Jacob Rogozinski, inscrit la dimension poétologique non pas dans un éther lointain, mais au plus proche du proche : le corps de l’auteur même.

 

S'il y a chez lui une éthique de la poésie, elle s'inscrit dans cette expérience singulière, ce découvrement d'une vérité qui sous-tend son retour à l'écriture, et elle implique une modification de son rapport à son corps et à l'Autre. « Ne plus viser d'ennemis, / viser les blocs du corps » (XIV/2-197) : dans cette formule lapidaire s'énonce la vérité majeure qu'il a découverte - que l'Autre malfaisant qui était la cible de sa haine n'est rien d'autre que lui-même, « quelque chose de moi (qui) s'est révolté contre moi » (XVII-33), un fragment corporel, un résidu de sa chair qui s'est arraché à lui, projeté au-dehors et revient le hanter comme une Chose étrangère. Lorsqu'il reconnaîtra que cet Autre, cet Être qui le persécute et lui soutire sa jouissance n'est qu'un fantasme, une « vieille cinématographie de catastrophe », un simple « repli » de son propre corps, les prête-noms de l'Autre cesseront d'être des objets de haine.

 

Dimension que Jean-Louis Chrétien a su dire en poète et philosophe, dans un essai au titre « parlant » : L'Effroi du beau (éditions du Cerf ,1987 [1997)].

 

©Ronald Klapka

 

Revue des Sciences Humaines
Université Charles-de-Gaulle – Lille 3
BP 601149 – 59653 Villeneuve d’Ascq Cedex
e-mail : chantal.legrandarrobaseuniv-lille3.fr
Le numéro : 23 euros + frais de port (non précisé)

samedi 28 juillet 2007

Anthologie permanente : René Char

ma feuille vineuse

 

Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux. Un moment nous serons l’équipage de cette flotte composée d’unités rétives, et le temps d’un grain, son amiral. Puis le large la reprendra, nous laissant à nos torrents limoneux et à nos barbelés givrés.

 

René Char, Sept saisis par l’hiver, dans Chants de la Balandrane, Gallimard, 1977, p. 16.

 

 

J’ai été élevé parmi les feux de bois, au bord de braises qui ne finissaient pas cendres. Dans mon dos l’horizon tournant d’une vitre safranée réconciliait le plumet brun des roseaux avec le marais placide. L’hiver favorisait mon sort. Les bûches tombaient sur cet ordre fragile maintenu en suspens par l’alliance de l’absurde et de l’amour. Tantôt m’était soufflé au visage l’embrasement, tantôt une âcre fumée. Le héros malade me souriait de son lit lorsqu’il ne tenait pas clos ses yeux pour souffrir. Auprès de lui, ai-je appris à rester silencieux ? À ne pas barrer la route à la chaleur grise ? À confier le bois de mon cœur à la flamme qui le conduirait à des étincelles ignorées des enclaves de l’avenir ? Les dates sont effacées et je ne connais pas les convulsions du compromis.

 

René Char, Le bruit de l’allumette, dans  Chants de la Balandrane, p. 23.

 

une contribution de Tristan Hordé

 

René Char dans Poezibao :
Bio-bibliographie de René Char
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7,
Lettera Amorosa en Poésie / Gallimard,
notes sur la poésie, 1,
exposition R. Char à la BNF (par T. Hordé),

 

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vendredi 27 juillet 2007

Anthologie permanente : Georg Trakl

Occident

 

Ô vous, grandes villes,
érigement de pierres
parmi la plaine !
Muet, le sans-patrie
s’en va, front sombre, où vont le vent
et les arbres chauves de la colline…
Ô fleuves qui là-bas vous perdez dans la nuit !
Un immense effroi se convulse
aux lueurs cramoisies
des nues catastrophiques !
Ô peuples en agonie !
Une lame blême
se fracasse au bord des ténèbres,
– des étoiles tombent –

 

Georg Trakl, in Anthologie de la Poésie allemande, des origines à nos jours, tome 2, choix, traduction, notice par René Lasne, édition bilingue, Stock, 1951, p. 217.

 

Ce texte  est la troisième strophe du poème « Abendland »

En voici une autre traduction, suivie de l’original allemand

 

Occident

en hommage à Else Lasker-Schüller.

III

Ô grandes villes
Bâties de pierre
dans la plaine !
Avec quel mutisme il suit
Le vent, l’apatride
Au front sombre,
Et les arbres dépouillés sur la colline.
Ô fleuves s’enténébrant au loin !
Angoissant
L’atroce soleil couchant
Dans la nuée d’orage.
Ô peuples qui meurent !
Vague blême
Qui se brise sur la grève de la nuit
Chute d’étoiles

 

Georg Trakl in Anthologie bilingue de la poésie allemande, Gallimard / La Pléiade, édition établie par Jean-Pierre Lefebvre, 1993, traduction Marc Petit et Jean-Claude Schneider, p. 973

 

Abendland

III

Ihr großen Städte
Steinern aufgebaut
In der Ebene !
So sprachlos folgt
Der Heimatlose
Mit dunkler Stirne dem Wind,
Kahlen Bäumen am Hügel.
Ihr weithin dämmernden Ströme !
Gewaltig ängstet
Schaurige Abendröte
Im Sturmgewölk.
Ihr sterbenden Völker !
Bleiche Woge
Zerschellend am Strande der Nacht,
Fallende Sterne

 

 

Georg Trakl dans Poezibao :
Bio-bibliographie de Georg Trakl,
extrait 1, extrait 2,

 

Le musicien Philippe Hersant s’est inspiré de Georg Trakl pour Der Wanderer, une pièce du disque Œuvres chorales (par le chœur de chambre « Les Eléments » sous la direction de Joël Suhubiette) dans sa version choeur d’hommes et piano, une sorte de « barcarolle funèbre qui s’achève sur une vision de fin du monde » autour des vers :
« Il s’en revient et chemine sur la rive verte,
se balançant sur une petite gondole noire
à travers la ville en ruine »
« Jener kehrt wieder und wandelt an grünem Gestade,
Schaukelt auf schwarzem Gondelschiffchen
durch die verfallene Stadt.

 

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jeudi 26 juillet 2007

Ce fragile aujourd'hui d'Eric Brogniet

Brogniet_ce_fragile_aujourdhui Eric Brogniet propose un nouvel ensemble de poèmes marqué par la quête vivante et tremblée des pouvoirs du Poème et de l'expression la plus juste de la perte et de la douleur d'exister.
Ici, le "vierge, le vivace et le bel aujourd'hui" de Mallarmé n'est pas l'objet diaphane et lointain du poète du Livre... absent... Il s'agit de dire la fragilité de l'instant, le fil ténu de la présence...
Si extase et douleur cohabitent dans l'expérience humaine, le poète voit "l'obscur qui nous traverse" - son regard est lucidité blessée...une lueur au coeur du  néant....
"Dans la lueur aveuglée du néant", il faut pourtant avancer.... Un théâtre d'ombres s'ouvre : il apportera le songe et quelque nouvelle respiration... Même si la lumière reste "étrangère". Même si nous sommes sur une "scène sacrificielle".
L'Histoire a montré que la Pulsion est à l'œuvre, que le Mal est là, implacable, souterrain et qu'il porte visage d'homme et discours de tromperie.."L'instant du désastre" approche - mais il faut retarder l'échéance, dire l'espoir de la lueur, de la "lumière précise" !
La "présence asphyxiante du monde" ne peut vaincre l'individu, le rêveur écorché de réel.

 

Eric Brogniet racle sa "vision jusqu'à l'os", art poétique et cri vers le lecteur pour partager ....
ce que chacun ne peut partager – la solitude de l'être mais  que le Poème pourtant laisse vibrer au plus profond des cœurs.

©Alain S u i e d

 

 

Eric Brogniet
Ce Fragile aujourd'hui
Editions Le Taillis Pré, 2007
125p, isbn, 978-2-87450-019-0, 15 €

Le site web de la revue Thauma

Thauma

La revue Thauma, revue de poésie et de philosophie créée et animée par Isabelle Raviolo, peintre et écrivain, vient d’ouvrir un site Internet. On y trouve tous les renseignements pratiques concernant la revue mais aussi le projet éditorial et un beau choix de textes ainsi que des encres d’Isabelle Raviolo.
A découvrir ici

Anthologie permanente : Sylvie Fabre G.

La fuite des nuages et des pierres, ininterrompue
ressemble à la mienne qui s’attache à un pays
où rien de se passe, sauf le plus lointain – fuite
vers l’altitude où les fleurs sont rares, et rare
le sapin marquant l’assombri – fuite et accalmie
le long de la crête ou poussent les mots, beaux
cristaux taillés en soi pour une lumière comme
accrochée à l’adret du plein, au versant du vide
– fuite vers un pays où rien de ne passe hormis
l’inouï des pierres, des nuages et des âmes unies

 

***

 

Passe le mois, le mois divin tout d’herbes
folles fait du temps herbe rase – rejointe
la fantaisie du rêve, il razzie au fond de toi
la passion simple, lie en gerbes tes questions
tond les réponses, fait l’étendue pour que tu
cries de douleur et de joie en butant sur le ciel

 

entreras-tu, défaillante, dans sa lumière ?

 

Sylvie Fabre G. Les Yeux levés, L’escampette, 2005,  pp. 50 et 53.

 

Sylvie Fabre G. dans Poezibao :
Note bio-bibliographique,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5,extrait 6,extrait 7
fiche de lecture de Quelque chose, quelqu'un,
carte blanche :  Pourquoi écrire,
carte blanche :  Une tâche terrestre, la poésie de Fabio Scotto, ,
En mémoire de Frédéric Benrath

 

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mercredi 25 juillet 2007

Anthologie permanente : Vladimir Holan

En tout premier lieu, parce que Vladimir Holan n’est pas encore dans l’anthologie permanente et la base de Poezibao. Mais aussi pour signaler que le vendredi 27 juillet sera diffusée à 14h sur France Culture une émission de la série "Une vie, une œuvre", consacrée au poète et traducteur tchèque (rediffusion d’octobre 2006, voir le site)

 

Pendant la fête

 

Je ne crois pas qu’il se mette à pleuvoir,
mais restez, la pluie est proche.
Et bien que le jour baisse, on voit encore
les recueils des nuages
brûlés par le bourreau du soleil couchant,
on voit encore le verger,
l’arpent des pommes, le châssis des fenêtres
et les mots avoués et tus.
S’agit-il d’illusions ou de chimères
Lorsqu’on s’inquiète de l’intégrité du réel ?

 

Il y a plus de mort que de morts.

 

Vladimir Holan, L’Abîme de l’abime, poèmes traduits du tchèque par Patrick Ourednik, présentation de Laurent Grisel, édition bilingue, Plein Chant, 1991, p. 65.


 

 

Le masque

 

   Je cherchais le chemin pour aller au manoir et passant par ailleurs trouvai le manoir sans trouver le chemin.
   Je puis maintenant le rebrousser, ou bien l’éviter et le retrouver par-dessus le marché, et pourtant
   je ne retrouverai jamais ici le premier chemin vers le manoir car le but en fut découvert une fois pour toutes.
   Mais de quelle terreur suis-je payé quand j’apprends que ce manoir n’est pas ce que je cherche, et quand du bois ricane l’heure tardive du soir, l’heure bossue et boitillante, en habit de chasse !

 

Vladimir Holan, revue Plein Chant n° 46-47, Vladimir Holan, 1990/1991, p. 67

 

Igitur I

Pour que sa solitude puisse
parler, il faudrait
qu’elle connaisse le silence.
Pour que l’harmonie choisisse
au sein de l’antécédent,
il ne faudrait pas que la tête de ses fruits
renie la racine du sexe.
Lui cependant a renoncé,
aujourd’hui même, à la vie pour
être celui qu’il restera,
devenu néant…

 

Vladimir Holan, Pénultième, traduction Erika Abrams, présentation André Velter, collection Orphée/La Différence, 1990, p.25

 

et le même poème dans la traduction de Patrick Ourednik

Igitur

 

Pour pouvoir parler, sa
solitude aurait dû
connaître le silence.
Pour que l’harmonie eût choisi
parmi ce qui avait précédé,
la tête de ses fruits aurait dû éviter
de condamner la racine du sexe.
Pourtant aujourd’hui
il refuse la vie afin
d’être celui qui sera
dans la disparition

 

Vladimir Holan, L’Abîme de l’abime, poèmes traduits du tchèque par Patrick Ourednik, présentation de Laurent Grisel, édition bilingue, Plein Chant, 1991, p.12

 

bio-bibliographie de Vladimir Holan

 

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