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vendredi 28 septembre 2007

Alain Helissen (et quelques autres) aux rencontres poétiques de Pontiffroy, le 13 octobre 2007

Pontiffroy-Poésie accueille hors les murs :
M² : carte blanche.
Patrice Maltaverne : carte blanche.
Hubert Saint-Eve : projection d’un poème-vidéo : acracadavra.
Alain Helissen et Vincent Wahl : Transes frontalières

 

Le samedi 13 octobre, de 16h30 à 18h, Médiathèque de Borny
2 Boulevard de Provence, Metz. Entrée libre.
Tél. 03 87 68 25 35

Henri Meschonnic à Saumur, le 5 octobre 2007

L'association Littérature & Poétiques invite à
une lecture-rencontre avec

 

Henri Meschonnic
le vendredi 5 octobre prochain, à 20h

 

18, rue Basse St Pierre, à Saumur
entrée gratuite, soirée ouverte à tous

 

Le petit homme
veut savoir d'où poussent les jambes
quel est le nombre qui ne
se compte pas
c'est
déjà cinq heures dix
et je t'aime encore

 

Henri Meschonnic
extrait de Voyageurs de la voix, éd. L'improviste.

 

Henri Meschonnic est né en 1932. Il est poète et linguiste. Il a écrit de nombreux livres, de la poésie mais aussi des essais et réflexions critiques sur le langage, la traduction, le rythme...chez de multiples éditeurs. Il a également collaboré à des dictionnaires et traduit la bible de l'hébreu. Henri Meschonnic est invité le 5 octobre à Saumur pour une rencontre axée plus particulièrement autour de son écriture poétique. Il sera le lendemain 6 octobre à Fontevraud (13H30) pour donner une conférence sur « Le sacré, le divin et le religieux à partir de la Bible comme fonctionnement du langage ».

Anthologie Poésies du cri 2 : Charles Juliet

1.

 

l'être
m’élude
se refuse

je suis
l’infirme

 

 

fatigue des chemins perdus
conscience égarée
bilans amers

je n’ai plus la force

 

 

pas un acte qui convienne

pas un chemin qui ne s’égare

pas un mot qui soit conforme

acharnement dans le refus

infernale attente

brûlure du temps

l’ennui ravage
mon visage de pierre

 

 

Charles Juliet, Fouilles suivi de l’Œil se scrute, Approches et Une lointaine lueur, P.O.L, 1998 (premièrement publié dans Fouilles, Fata Morgana, 1980)

 

L’Anthologie Poésies du cri est une proposition d’Alain Marc

Lire la présentation de l’anthologie.

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Anthologie permanente : Ludovic Janvier

Cherchant le vide à plein regard
et que les nuages en passant m'effacent
comme ils font à perte de ciel
lent relâche pour la pensée
l'oubli de moi ouvre sur moi

Ludovic Janvier, Bon d’accord allez je reste, Éditions Inventaire/Invention, p. 9, lire l’intégralité du texte ici

 

Mais la Loire ! […] La voix qui est dans ce mot : Loire, l’ensemble d’échos qu’il réveille, c’est un bouquet, c’est une bouchée sonore presque sans fin dans le français. Une des plus riches en tout cas. Qu’est-ce qu’on entend, articulé par la diphtongue grande ouverte ? Tout un appel d’harmoniques au travail : on entend soir, plus ou moins nettement, on entend hoir, drôle d’héritage que cette eau, à propos d’eau courante on entend lavoir, on entend, de loin il est vrai, loir (la bête), de tout près on entend Loir (la rivière), on entend miroir, on entend terroir, on entend moire évidemment, on entend gloire. Bon, assez de preuves. Ou plutôt encore une. Je m’arrête à boire, car à rôder de ce côté devinez ce qu’on trouve : on nomme boires, en pays de Loire, les eaux dormantes formant pièges où les nageurs (s’il y en a) et les barques courent le risque de s’engloutir, attirés par le faux calme […]

Ludovic Janvier, Des rivières plein la voix, promenade, L’Arbalète/Gallimard, 2004, p. 85

 

Après la pluie vacance de cristal
brindille au bec un oiseau fend le bleu
on respire à cœur un envoi d'herbe
émané de la dernière eau

 

soleil cru
œil de silence

 

on est fendu par la frontière
entre balance et suspens
le secret s'avance d'un pas
le jour se lève sur parler

Ludovic Janvier, Une poignée de monde, poèmes, Gallimard, 2006 et Bon d’accord allez je reste, Éditions Inventaire/Invention, p. 9, lire l’intégralité du texte ici

 

Bio-bibliographie de Ludovic Janvier

 

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Ludovic Janvier

« Je m’acharne à croire aux mots, seulement voilà : on les croit faits pour désigner les choses, or ils désignent le manque d’elles. Leur lointain, si vous préférez. Et c’est ce lointain qui nous écarte de nous. 
(Tue-le ! - p 198)

 

 

Romancier, poète, essayiste, Ludovic Janvier est né en 1934 à Paris.

 

bibliographie :
Une parole exigeante, essai, Éditions de Minuit, 1964
La baigneuse, roman, Gallimard 1968
Beckett par lui-même, Éditions du Seuil, essai, 1969
Face, récit, Gallimard, 1975
Naissance, roman, Gallimard, 1984
La mer à boire, poèmes, Gallimard 1987
Monstre, va, roman, Gallimard, 1988
Entre jour et sommeil, poèmes, Seghers, 1992
Brèves d’amour, nouvelles, Gallimard, 1993
En mémoire du lit, Brèves d’amour 2, nouvelles, Gallimard, 1996 (Bourse Goncourt de la nouvelle 1996)
Pour Samuel Beckett, essai, Éditions de Minuit, 1996
Bientôt le soleil, sur Pierre Bonnard, Éditions Flohic, 1998
Doucement avec l’ange, poèmes, 2001 (Prix Charles Vildrac, 2001, SGDL)
Tue-le, Voix, Gallimard 2002
Bon d’accord allez je reste, Éditions Inventaire/Invention, 2003
Des rivières plein la voix,
promenade, Gallimard 2004
Encore un coup au cœur, Brèves d’amour 3, nouvelles, Gallimard, 2002
La Mer à boire, Poésie / Gallimard, 2006

 

Sur Poezibao : extrait 1, extrait 2, extrait 3
Une page sur le poète :
En ligne, des textes de Ludovic Janvier sur le site de Inventaire invention
Sur le site du Prix des Découvreurs dont il a été lauréat en 2002
Un bel article sur le site Bleu de Paille
Des poèmes sur le site Terres de Femmes

jeudi 27 septembre 2007

Ce qui alarma Paul Celan d'Yves Bonnefoy

La poésie, cet accès à soi qui se fait accès aux autres

 

Bonnefoy_celan Ce qui alarma Paul Celan, titre magnifique et si profondément emblématique pour ce court essai d’Yves Bonnefoy dont la portée me semble fondamentale. Le rapprochement des mots « alarmer » et « Paul Celan » suffit à lui seul à susciter dans le for intérieur et la question et l’inquiétude liée à la question.

 

En fait, Yves Bonnefoy revient sur la terrible affaire qui mina la fin de la vie de Paul Celan et qui peut-être contribua à son suicide : l’accusation par Claire Goll, la femme du poète Yvan Goll, de plagiat. Celan aurait plagié des poèmes écrits par son mari. Yves Bonnefoy démonte (en l’inversant quasiment !) l’accusation mais se livre à une démonstration où il se fait presque par moments l’avocat du diable, démontrant en effet l’inanité de ces accusations mais s’étonnant qu’elles aient pu blesser aussi profondément Paul Celan, qu’il a connu il faut le rappeler. Comment quelque chose d’aussi lamentable, d’aussi peu fondé, d’aussi dérisoire a-t-il pu atteindre tellement en profondeur le poète ? Ceux qui douteraient de cette vérité-là peuvent se rapporter à l’admirable correspondance de Celan avec Gisèle Celan-Lestrange, son épouse et ils liront comment, comme un leit-motiv, comme une obsession, le thème de cette calomnie revient, et revient et revient sous la plume de Paul Celan.
Mais Yves Bonnefoy va infiniment plus loin que le simple constat, suivi de la dénonciation de la calomnie. Il creuse, il s’interroge, partant de cet excès de la souffrance de son ami, cherchant à en percer la profondeur. Et il en vient à écrire, par ce biais, non seulement une défense de Paul Celan mais une méditation alarmée sur la poésie et son statut aujourd'hui. Car ce qu’il démontre en quelques pages saisissantes c’est que « il n’y a pas de plagiat possible en poésie ». Parce que la poésie naît de « notations qui montent des profondeurs de la personne : ce qui est vivre l’écriture comme une poussée du dedans aussi continuelle qu’irrésistible, et assure au tour qu’elle prend dans le poème quelque chose d’irréductiblement singulier, encore qu’à être telle elle n’en sera que plus riche d’universel ». De cet « irréductiblement singulier » découle que « en poésie la question du plagiat ne se pose pas, [que] cette notion n’y garde même aucun sens ».

Ce qui alarma Paul Celan fut donc la claire perception que cette accusation de plagiat impliquait en fait en premier lieu que ni ceux qui l’attaquaient mais pas plus ceux qui le défendaient ne comprenaient vraiment ce qu’était la poésie ; et que par conséquent ni les uns ni les autres ne le considéraient comme poète. Il était en proie à la négation de son identité de poète qui était le fondement même de sa vie : « l’accusation de plagiat n’allait pas simplement déconsidérer Paul Celan, elle avait pour effet, voulu ou non, conscient ou pas, de le dépouiller devant ses lecteurs d’un rapport à soi qui était pourtant sa vie même »

Et Yves Bonnefoy de se fonder sur cette crainte de Paul Celan pour montrer qu’il y a tout lieu de l’éprouver aujourd’hui. Crainte « aussi et surtout que la poésie, la poésie comme telle, la poésie comme elle a existé à travers les siècles, ne fût plus perçue ou vécue que par très peu de personnes dans la société d’à présent ». Tous, même les défenseurs les plus évidents et les plus informés de Celan sont passés à côté de cette vérité. Les dernières pages de ce mince mais si profond essai sont une méditation sur le sens et le rapport du sens à la mort, à la finitude. Notre société, dit en substance Bonnefoy, nie la mort et ne tient pas les autres « pour un absolu ». Bonnefoy s’interroge sur les idéologies, sur les concepts pour bien faire comprendre que là est l’enjeu de la poésie, elle « est de par sa naissance même dans la parole le débordement des systèmes conceptuels, et plus encore de l’absolutisation que l’on peut en faire »

 

Je voudrais terminer sur cette citation bouleversante qui dit bien la mesure de ce livre et son importance, pour Paul Celan, pour la poésie, pour le sens, pour notre monde : « Paul voulait redoubler d’une relation ouverte et pleine à tout être, et donc à soi, sa dénonciation de ces idéologies antisémites ou autres qui ne sont, aussi bien, sous leurs dehors théoriques, qu’une détestation de la vie confiante. Il le voulait et pouvait rêver le pouvoir, puisqu’il y avait la poésie, cet accès à soi qui se fait accès aux autres »

©florence trocmé

 

Yves Bonnefoy
Ce qui alarma Paul Celan
Galilée, 2006, isbn : 978-27186-0743-6, 11 euros

Anthologie permanente : Eugène Savitzkaya

Au printemps obscur, enflammé, peinture de ténèbres,
succomba, perdue et foudroyée, les boues au cœur,
l’encre à la bouche, la tête noire, parmi les feuilles,
le feuillage déchiré entre les entrailles,
la pourriture répandue sur le pré, la fontaine déjà
blanche, colorée, pleine de lune, d’ordure, fabrique
odorante, abîme aux fleurs, vie succomba, celle qui,
m’offrant la tache de son sein, me colora, me plut,
me déchira, me répandit, se mêlant aux fumées,
au maïs, au ciel liquide.

 

Eugène Savitzkaya, Bufo bufo bufo éditions de Minuit, 1986, p. 15.

 

Comment vais-je mourir demain, par miracle,
aussi brusquement qu’apparu, dans un demi-souffle,
en puanteur commune, avec les roses sur le ventre
et délivré par une fée, né et mort
au même instant, dans l’articulation
de la phrase ?

 

Eugène Savitzkaya, Cochon farci, éditions de Minuit, 1996, p. 31.

 

 

Court stylet d’un lézard très mince comme le bleu furtif des yeux que je connais. Herbes vertes à perte de souffle et d’incendie léger sous les mains et les doigts (légers doigts de dés très doux sous les ongles de laque).
   Où seront demain les chemins autour du lac ?
   Et les oiseaux que tu nommes et que tu caches dans tes épaules ?
  Cœur nid d’aventure. Nid de sang vif embrassé carnage herbu des cuisses et des bras fracassés de verre. Et les paroles anglaises quand tu planteras la plante de menthe ici même.
  Te parler. Etc. dans le sable inondé. Dans ta douce (sereine ?) lucidité très sainte.

 

Eugène Savitzkaya et Jacques Izoard, Rue obscure, dans Mongolie plaine sale, L’Empire [Savitzkaya] et Rue Obscure éditions Labor, 1993 (éditions Atelier de l’Agneau, 1975), p. 127.

 

Il est possible que nous n’ayons aucun visage, mais que nous soyons tous porteurs de masques. Et il semble que c’est pour cette raison que nous paraissons si différents les uns des autres. Il suffit parfois de malmener très légèrement notre face d’apparat pour que déteigne sur la peau la silhouette intime et vénérable qui est notre représentation cachée et essentielle, l’authentique habitant.

 

Je conserve, à jamais, très précieusement, ma tête de mort. Elle est ma tête de mort, ce que je cache le mieux et avec le plus de soin et aussi ce qui apparaît avec le plus de netteté au grand jour du soleil. Ma tête de mort si fraîche est la seule chicane.

 

Eugène Savitzkaya, Rules of solitude, avec une trad. en anglais par Gian Lombardo, Quale Press, 2004, auparavant Les Règles de solitude ont été publiée en édition bilingue français/allemand, Edition Solitude, Stuttgart, 2004.

 

 

Contribution de Tristan Hordé

 

Bio-bibliographie de Eugène Savitzkaya

 

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Eugène Savitzkaya

Eugène Savitzkaya est né à Saint-Nicolas-lez-Liège en 1955, d’un père polonais et d’une mère russe. Il remporte en 1972 le prix "Liège des Jeunes Poètes", et publie ainsi son premier recueil. Il se lie avec les animateurs des éditions L'Atelier de l'Agneau, Robert Varlez et Jacques Izoard - il écrira plusieurs recueils avec ce dernier. Il collabore alors à 25, la revue des éditions et à d’autres revues de la région liégeoise. À partir de 1975, il décide de plus vivre de sa plume. Il vient d'avoir vingt ans.
Son premier récit, Mentir, est publié aux éditions de Minuit en 1977 et sera suivi de beaucoup d’autres (baptisés « roman » pour des raisons commerciales). Il a participé activement à la revue Minuit, véritable laboratoire. Il a passé un an à la Villa Médicis à Rome (en 1988-1989), la même année qu’Hervé Guibert.

 

Bibliographie (choix) :
Les Lieux de la douleur, poèmes, Éditions Liège des jeunes Poètes, 1972.
Le Cœur de schiste, poèmes, Atelier de l'Agneau, 1974.
Rue obscure, poèmes, avec Jacques Izoard, Atelier de l'Agneau, 1975.
Mongolie, plaine sale, poèmes, Seghers, 1976.
L’Empire, poèmes, Atelier de l’Agneau, 1976.
Mentir, roman, Minuit, 1977.
Un jeune homme trop gros, roman, Minuit, 1978.
La Traversée de l’Afrique, roman, Minuit, 1979.
Plaisirs solitaires, poèmes, avec Jacques Izoard, Atelier de l’Agneau, 1979.
Les Couleurs de boucherie, poèmes, Christian Bourgois, 1980.
Aigle et poisson, poèmes, Pré Nian, 1982.
La Disparition de Maman, roman, Minuit, 1982.
Les Morts sentent bon, roman, Minuit, 1984.
Quatorze cataclysmes, poèmes, avec des dessins d’Alain Le Bras, Le Temps qu’il fait, 1985.
Bufo bufo bufo, poèmes, Minuit, 1986.
Capolican. Un secret de fabrication, récit, Arcane 17, 1986.
Alain Le Bras, portrait en pied, Atelier de l’Agneau, 1987.
Sang de chien, roman, Minuit, 1989.
La Folie originelle, théâtre, Minuit, 1991.
L’Été : papillons, orties, citrons et mouches, poèmes, La Cécilia, 1991.
Marin mon cœur, roman, Minuit, 1992.
Portrait de famille, Librairie Tropisme, 1992.
Mongolie, plaine sale suivi de L’Empire et de Rue Obscure, Labor, 1993.
Jérôme Bosch, Flohic, 1994.
En vie, roman, Minuit, 1995.
Cochon farci, poèmes, Minuit, 1996.
Saperlotte ! Jérome Bosch, Flohic, « Musées secrets, 1997.
Les Règles de solitude, Solitude, 1997.
Peintures de Robert Ketelsiegers, avec Jacques Izoard, Labor, 1997.
Cénotaphe, Atelier de l’Agneau, 1998, 2003.
Mamouze, Atelier de l’Agneau, 1998, 2005.
Fou civil, Flohic, 1999.
Aux prises avec la vie, Le Fram, 2002.
Célébration d’un mariage improbable et illimité, roman, Minuit, 2002.
Technique tectonique, sur Nicolas Kozakis, Yellow now, 2003.
Exquise Louise, roman,Minuit, 2003.
Fou trop poli, roman, Minuit, 2005.
Nouba, Yellow now, 2007.

 

Un entretien avec Georges Guillain, l’extrait d’un entretien avec Stéphane Michalon : sur le site du Prix des Découvreurs
un entretien avec Eugène Savitzkaya (1991)
Dans la revue Prétexte
sur le site de la Femelle du Requin et sur celui de Sitaudis
plusieurs notes de lecture sur le site du Matricule des Anges

 

fiche établie par Tristan Hordé

mercredi 26 septembre 2007

Spécial Prix des Découvreurs : autour de La Place du sujet de Florence Pazzottu

Dans le cadre de son accompagnement du prix des Découvreurs, Poezibao publie ici (et publiera dans les prochains jours) une série de textes et documents liés aux auteurs de la sélection 2008*. Il est d'usage de fournir ces ressources pour chacun des sept ouvrages sélectionnés.
Je publie aujourd'hui la note de lecture que Georges Guillain a consacrée à La Place du sujet de Florence Pazzottu (et Giney Ayme pour les photos).
On pourra lire aussi la courte présentation que j’ai faite sur Poezibao de ce même livre et découvrir de nombreux extraits de poèmes de Florence Pazzottu, ainsi que divers liens la concernant (lire en particulier l’entretien avec Elke De Rijcke).

 

 

Pazzottu Hommage pour commencer à l’éditeur. La Place du sujet est un beau livre. Par la qualité de sa mise en page à l’intérieur de ce format plutôt exceptionnel en poésie qu’est le format à l’italienne, par l’équilibre obtenu entre les superbes photographies en noir et blanc de Giney Ayme et la disposition typographique inventive des textes de Florence Pazzottu, l’ouvrage atteste le professionnalisme et le goût de cette équipe qui fait des éditions de l’Amourier une maison appelée à compter bien au-delà de sa région d’origine.

Cela dit, le travail que propose Florence Pazzottu n’est pas facile à définir. Prenant à première vue comme point de départ la rencontre d’un lieu un moment associé à son histoire personnelle : le quartier dit du Panier à Marseille, La Place du sujet se présente à travers l’appellation trompeuse de carnets comme une suite de croquis qui ne doivent pourtant pas davantage à l’art du peintre ou du dessinateur, contrairement à ce que suggère encore l’épigraphe empruntée à Braque, qu’à celui du journaliste ou de l’écrivain reporter. Mixte de vers et de petites proses renforcées parfois de discrets effets calligrammatiques ces carnets sont de fait une combinaison, un mélange de pièces dans lesquelles les notations premières, révisées, redressées, s’approfondissent dans une écriture où la part du sujet sensible et de sa conscience critique, l’emportent le plus souvent sur la simple chose vue, la scène ou le motif.

 

A l’évidence ce ne sont pas les choses vues – d’ailleurs qu’est-ce que voir – mais bien au-delà des petits comportements ordinaires, ces choses « dont l’absence est comme un trou brûlant au centre de chaque vie » que tente d’approcher ici l’écriture du poète. Libérée des poncifs de nos communs imaginaires, qu’ils viennent de Pagnol ou de J.C. Izzo, l’approche de Florence Pazzottu doit peu au pittoresque. Un petit panier d’herbes et de citrons peut-être quelque part. Puis quelques noms chantants ou parlants de rues. Quelques façons de se traiter. De hurler sur les êtres chers. C’est que le plus souvent ce travail consiste à donner forme et voix à cet espace obscur qui rattache en les séparant les vies les unes avec les autres. La vie d’un père à celle de son enfant mort. D’une enfant complexée par son prénom à des camarades de jeu moqueuses. D’un amant angoissé à sa jeune maîtresse vulnérable… Le plus souvent cela tourne autour d’une difficulté de parole. D’un blanc. D’une sorte de dépossession de l’être dans sa langue. D’une capacité meurtrière aussi qu’ont les mots de revenir sur lui comme des balles perdues qui le frappent au cœur.
Ce que dit alors fondamentalement ce beau texte et jusque dans ses variations de forme, c’est l’irréductible difficulté d’aimer, de vivre dans un monde où la tension des rapports humains, aggravée par le mépris du politique, le métier maladroit de vivre, le manque, fait du sujet cette réalité fuyante et souple, à la recherche de lui-même. Comme une anguille. Si le sujet en nous est bien ce qui nous fait aller, il n’est pas si facile dans la grammaire complexe des jours d’en déterminer à coup sûr la place.

 

©georges guillain
20 juillet 2007

 

La note de Florence Pazzottu, à propos de La Place du sujet

 

La place du sujet, accompagné de photographies de Giney Ayme et publié dans la collection “Carnets” de l’Amourier, compose un ensemble qui lui-même interroge la place et l’espace dans leur pluralité de sens. Il le fait, le tente, me semble-t-il, sur plusieurs modes. Il le fait géographiquement – car il est aussi la rencontre avec un lieu, un quartier, sa topographie et ses habitants –, et typographiquement bien sûr, presque scénographiquement, car il joue avec l’espace de la page, avec l’espace du livre (toutes les pages ont été envisagées par deux, dans le vis à vis qu’offre le livre ouvert), en prêtant une attention toute particulière aux accords des pages entre elles, aux résonances entre les textes et l’espace de la page[1].

Il le fait en prolongeant cette interrogation (du sens – pluriel – du mot place) par celle de l’espace poétique et de la frontière de ce que l’on nomme traditionnellement les genres : les textes de La place du sujet ( dont certains, espiègles, saluent tout en riant l’histoire de la poésie et de ses formes) tiennent à la fois du poème en prose, de la prose versifiée, de la courte nouvelle, du dialogue, de la fable, de l’instantané et de la méditation. En ce sens ils récusent (comme d’autres avant eux, mais à leur manière) cette conception traditionnelle de la poésie, affirment que la poésie n’est pas un genre mais bien le ferment même de la littérature et de la vie. Et c’est de vie, bien entendu, qu’il est surtout question dans La place du sujet. D’une vie qui se cherche, oscille, attend, surgit, une vie s’inventant (une forme pensée, un sujet), saisie le plus souvent au seuil de sa disparition ou de son surgissement, et qui toujours prend appui sur le vide – ce vide qui, s’il est parfois le gouffre de souffrance auquel on donne communément le nom de manque, est aussi ce vide qui fonde, qui est déjà et depuis toujours la marque de l’ailleurs, de l’appel de l’autre : la condition et l’affirmation qu’il y a de l’autre. Sans quoi aimer (ses possibles à flanc d’impossible) ne serait pas.

C’est ainsi que ce creux – que je dis espace, ou place (son perpétuel et vital questionnement) – hante, dévore ou habite chacune des figures, des pensées qui traversent ces petits textes, – autour desquelles ces textes se sont cristallisés, ou bien au contraire auxquelles ces textes ont donné naissance...? Cette question, comme celle du sujet, restera ouverte; écrire c’est sans doute ouvrir et creuser cette question, lui faire place (c’est en quoi ces petits textes, comme toujours je crois un poème, disent aussi quelque chose de ce que c’est qu’écrire, sont travaillés par et travaillent la question d’exister, d’habiter, autant que celle d’écrire, inséparablement). Écrire – c’est là son mouvement singulier et énigmatique – laisse indiscernables ce qui a préexisté de réalité (et qui serait comme le “motif” sur lequel parfois travaille le peintre) et ce à quoi l’écriture a donné corps et qui n’accède au réel, ne devient réel que par ce jaillissement et cette traversée.

Pour reprendre et prolonger une idée que propose Georges Guillain[2] dans sa présentation du livre, je dirais que dans un tel travail d’écriture sensibilité et conscience critique ne sont pas seconds, mais qu’ils ont à faire directement avec le “voir”, et qu’il n’y a donc pas dans un premier temps une chose vue (ou entendue), son empreinte et sa résurgence, puis ce travail d’approfondissement qu’entreprendrait alors celui qui écrit; mais que seul ce travail d’écrire, cette condensation-cristallisation puis cette lente composition (un seul mouvement en fait, malgré parfois ce décalage : vitesse du surgissement puis excès de lenteur), sont l’affirmation que quelqu’un a vu et qu’il y avait à voir – qu’il y a de l’apparaître, du commencement, de la traversée (du sujet).

Ce que je nomme “voir” : penser l’apparition et le commencement, ce dont ces textes révèlent l’insistante poussée (percée ?) en moi – il m’a semblé que le touchait la très belle formule de Braque “Travailler d’après nature, c’est improviser[3]”.

Tandis que je vous confie cela, me reviennent ces deux vers (extraits d’une tragédie presque contemporaine des petits poèmes-proses de La place du sujet et qui est restée inédite) :

Travailler, ce mot me fait horreur
ce que je veux, moi, c’est commencer.”

 

©Florence Pazzottu

 


[1] Sans oublier bien sûr les photographies, même si n’est venu que plus tard (l’ensemble des poèmes-proses étant déjà écrit) ce travail-là, ce dialogue entre les textes et les photographies – lesquelles donnent à l’espace de la page une densité et une présence différentes. Si je ne m’y attarde pas, c’est que Georges Guillain me propose d’éclairer plutôt l’écriture du texte, mais il y aurait sans doute beaucoup à dire sur ce travail de composition du livre, qui fut pour nous un moment de réflexion et d’entente passionnant et joyeux.

[2] "ces carnets sont de fait une combinaison, un mélange de pièces dans lesquelles les notations premières, révisées, redressées, s’approfondissent dans une écriture où la part du sujet sensible et de la conscience critique, l’emportent le plus souvent sur la simple chose vue, la scène ou le motif".

[3] Il y aurait aussi beaucoup à dire sur cette idée de Nature, qui est bien sûr une notion entièrement construite, culturelle...

 

voir aussi la note de lecture de Florence Trocmé

 

Florence Pazzottu - Giney Ayme
La place du sujet
L’Amourier, 55 pages, 19 euros

 

Florence Pazzottu dans Poezibao :
Note bio-bibliographique,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5
extrait 6 et revue Amastra-N-Gallard, extrait 7

lecture de l'Inadéquat,
lecture en trio à la Maison de la Poésie de Paris (mars 06), ,
entretien avec Elke de Rijcke
La Place du sujet (présentation)

 

*Rappel de la sélection du prix des Découvreurs
Franck Venaille : Chaos, Mercure de France (note de Georges Guillain)
William Cliff : Immense existence, Gallimard, (note de Tristan Hordé)
Petr Kral : Pour l’Ange, Obsidiane
Florence Pazzottu : La Place du sujet, l’Amourier
Tahar Ben Jelloun : Le Discours du Chameau, Poésie/Gallimard
Francis Ricard : En un seul souffle, Cheyne
André Velter : L’Amour extrême, Poésie/Gallimard

 

Pierre Garnier à Beauvais, le samedi 29 septembre 2007

Samedi 29 septembre
Beauvais – 18h30
Galerie Nationale de la Tapisserie
22 rue Saint-Pierre
Entrée libre et gratuite

 

Lectures rétrospective / Lisages ravise-drière
Pierre Garnier et ses amis picards
Le Poète, le Picard, le picard et la Picardie

 

Pierre Garnier est certainement un des écrivains et poètes de Picardie les plus importants. Né en 1928 à Amiens, après des études en France et en Allemagne au détour de la guerre, il débute en poésie au sein de l’École de Rochefort sous l’œil de Jean Rousselot. Il entre ensuite aux éditions André Silvaire qui deviendront avec la revue Les Lettres le pivot de la poésie spatiale, mouvement qu’il fonde avec sa femme Ilse. Le mouvement est devenu international avec des ramifications aux USA, en Allemagne et au Japon. Il a publié de nombreux livres d’artistes et il cultive une véritable passion pour les oiseaux. Pierre Garnier, poète universel, a toujours affiché une volonté très forte d'écrire et de créer en picard. Il a été l'un des fondateurs de l'association Eklitra qui a marqué dans les années 70 le début de la renaissance de la langue picarde que nous vivons encore aujourd'hui.

 

Cette soirée spatialiste et “linéaire” sera un lieu de passage entre les racines, les origines et les fondations d'une culture millénaire, et son expression la plus contemporaine qui à travers les pratiques artistiques d'aujourd'hui devient un matériau sonore et visuel qui se répand à travers le monde francophone. C'est dans la salle de la haute tour carrée, entourée des vestiges des murs romains de l'antique enceinte de la ville de Beauvais, et en même temps dans un des lieux de l'art le plus contemporain, que des poètes et des écrivains de Picardie et du Nord-Pas-de-Calais rendront à travers leurs lectures un hommage émouvant au poète picard Pierre Garnier.
Cette lecture sera visuelle par la projection des poèmes, et sonore par la diffusion d’enregistrements de Konrad Schmitt, poète mythique de Picardie, et d’ambiances musicales de C. Edziré Déquesnes.

 

Avec la venue exceptionnelle de Pierre Garnier, et ses amis picards Philippe de Beaumanoir et Hélinant de Froidmont, poètes du grand beauvaisis du moyen âge lus par Jean-Michel Eloy, Ivar Ch'Vavar (sous réserve), Lucien Suel, C. Edziré Déquesnes et François Beauvy. Soirée imaginée par Alain Marc.

 

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