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mercredi 31 octobre 2007

Notes sur la poésie : Guillevic

Si je n’écris pas ce matin,
Je n’en saurai pas davantage,

 

Je ne saurai rien
De ce que je peux être.

 

 

J’ai l’habitude
De me considérer

 

Comme vivant avec les racines,
Principalement celle des chênes.

 

Comme elles
Je creuse dans le noir

 

Et j’en ramène de quoi
Offrir du travail

 

À la lumière.

 

 

Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

 

Il t’arrive des mots,
Des lambeaux de phrase.

 

Laisse-toi causer. Écoute-toi
Et fouille, va plus profond.

 

Regarde au verso des mots,
Démêle cet écheveau.

 

Rêve à travers toi,
À travers tes années
Vécues et à vivre.

 

 

Comme certaines musiques,
Le poème fait chanter le silence,

 

Amène jusqu’à toucher
Un autre silence,

 

Encore plus silence.

 

Guillevic, Art poétique, précédé de Paroi et suivi de Le Chant, Poésie/Gallimard, 2001, p. 147, 154, 166 et 177.

Une contribution de Tristan Hordé

Relier de Guillevic

Guillevic_relier On se réjouit toujours de lire et relire Guillevic, et il faut remercier Lucie Guillevic-Albertini d’avoir réuni un ensemble de poèmes publiés pendant presque 60 ans, comme elle l’écrit « en connivence, au gré des opportunités, des rencontres, des amitiés, avec des peintres, des graveurs, des plasticiens, des sculpteurs, des éditeurs-imprimeurs, des photographes » - Marie Alloy, Baltazar, Dorny, Dubuffet, Manessier, Cortot, Graziella Borghesi, etc. Et quel ensemble ! 800 pages où l’on retrouve tout l’univers, toutes les préoccupations de Guillevic, son goût pour la brièveté – le silence. On peut rêver à une exposition où seraient donnés à voir la totalité des poèmes avec les œuvres graphiques qui les accompagnent, mais cette somme est un des plus vifs hommages qu’on pouvait rendre au poète qui aurait eu 100 ans en mars 2007.
Depuis ses débuts en écriture, Guillevic a choisi de s’attacher à ce qui est bien rarement « objet » de poème, trop insignifiant aux yeux de tous pour susciter l’écriture. La vache, le merle, le rat, le hanneton, le tournesol, le chat, la pierre, l’escargot, la pierre, l’arbre… Pas pour un parti pris des choses comme le fit Ponge, seulement pour approcher par la langue les choses de la nature, pour tourner autour de ce que chacune d’elles a d’unique, de particulier dans ce que l’on pense être insignifiant. Écrire dans le peu, avec peu : « Il avait seulement / Quelques mots à lui. // Il s’écoutait les dire / Près du silence des étangs » (p. 78). Et toujours dire le têtu mouvement vers la nature, car seule l’écriture fait avancer dans la connaissance des choses ; dans un long poème autour des racines s’exprime une "morale" de l’écriture, de la manière de vivre la poésie : « Je tourne autour de vous / C’est vrai // Je ne demande qu’à entrer, / À vivre comme vous, / À me vivre racine. /// Pour cela, / Je suis prêt à tout. / Sauf à me taire, / Sauf à vous vivre sans le dire. // Vivre sans rien dire / Ce n’est pas vivre. // Je ne vis / Que ce que je dis // À ma façon. »
À côté de vers qui rappellent combien le monde peut être harmonieux, comme donné : « Il y a des moments / Où le parfait se dit / Entre le rocher, l’eau, le sel, / La crevette, // Et les tentatives du soleil. », on ne s’étonnera pas de souvent lire des poèmes qui interrogent le mystère des choses, ainsi des nuages « Hésitants / Ne sachant ni qui, ni quoi, // Ni où ils vont, / Ni ce qu’ils deviendront, / Pas même ce qu’ils sont ». Mystère, parce que nous ne savons pas grand chose, seulement que nous disparaîtrons — « Traverserons nous la nuit ?/ Y aura-t-il encore / La nuit et après cette nuit / Un jour débarbouillé ? ». Nous sommes dans le temps, que nous percevons par l’arbre (« L’arbre est du temps / Qui n’en finit pas / De s’incarner »), par la pierre « Qui se croit être // Le passage immobile / Du temps à travers elle ».
Ce questionnement constant n’empêche pas le jeu des sons (« Le buis / Chez lui / Près du puits ») et l’humour (« Va, mon chat ! / Ce possessif / N’engage que moi. »). Surtout il y a, avec le regard si vif sur les choses, une attention profonde à l’humain. On pense au terrible poème consacré à Nita, brûlée dans le four crématoire parce que juive : « Ce n’est pas dans les buis qu’on trouvera son corps, / Dans aucun bois, dans aucune ombre / Et, de toutes les terres, dans aucune. // C’est fumée / Qu’elle est devenue. ». On pense aussi aux mots d’amour : « J’attendais ta venue, / Plus ou moins enroulé // Dans ce que je croyais / Être aussi ton attente. » Bref, le recueil donne une idée de la variété de l’œuvre de Guillevic et de son unité de ton : on reprendra la juste remarque de Marta Krol, dans Le Matricule des Anges (juillet-août 2007) à propos de Relier : « Petitesse, unicité, silence, planarité, sont les valeurs résolument défendues contre l’immensité, la multitude, le bruit ou la discontinuité ».

Ajoutons que Lucie Guillevic-Albertini et Monique Chefdor établissent en fin de volume une excellente bibliographie de l’œuvre.

 

©Tristan Hordé

 

Guillevic,
Relier, poèmes 1938-1996,
Gallimard, 2007,
810 pages ; isbn : 978-2-07-078514-8
29€.

 

Guillevic dans Poezibao :

bio-bibliographie extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, Mots et images de Guillevic (présentation)

Anthologie permanente : William Carlos Williams

Les chasseurs dans la neige

L’hiver est partout
montagnes glacées
à l’arrière-plan retour

de la chasse vers le soir
à gauche
de robustes chasseurs ramènent

leur meute l’enseigne de l’auberge
qui pend d’un
gond cassé est un cerf un crucifix

entre ses bois la froide
cour de l’auberge est
vide seul flamboie un énorme

bûcher attisé par le vent autour duquel
se pressent des femmes
qui le surveillent à droite derrière

la colline un motif de patineurs
le peintre Bruegel
qui a l’œil a choisi

un buisson meurtri par l’hiver pour que son
premier plan
complète le tableau


The Hunters in the Snow

The over-all picture is winter
icy mountains
in the background the return

from the hunt it is toward evening
from the left
sturdy hunters lead in

their pack the inn-sign
hanging from a
broken hinge is a stag a crucifix

between his antlers the cold
inn yard is
deserted but for a huge bonfire

that flares wind-driven tended by
women who cluster
about it to the right beyond

the hill is a pattern of skaters
Brueghel the painter
concerned with it all has chosen

a winter-struck bush for his
foreground to
complete the picture

 

William Carlos Williams, Asphodèle, suivi de Tableaux d’après Bruegel, Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et présenté par Alain Pailler, Points/Poésie, 2007, p. 147 et 146.

contribution de Tristan Hordé

 

William Carlos Williams dans Poezibao :
Bio-bibliographie de William Carlos Williams,
extrait 1 (Paterson),
Asphodèle suivi de Tableaux d’après Bruegel, Points, présentation

 

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De mauvaises nouvelles concernant le Nouveau Recueil

Je publie ci-dessous un communiqué reçu de Jean-Michel Maulpoix. Même si Poezibao est heureux de voir que l'aventure, importante, du Nouveau Recueil, ne s'arrête pas complètement, elle regrette néanmoins très profondément cette nouvelle atteinte à la diversité et à la richesse du paysage des revues, convaincu qu'une revue électronique ne remplace pas, à l'identique, une revue imprimée sur papier.


Le Nouveau recueil est mort ! Vive le nouveau recueil !


1984 : Premier numéro de recueil
1995 : Naissance du Nouveau recueil
2007 : Arrêt de la parution de la revue sur support papier.

 

Il n’y a plus de place dans la France d’aujourd’hui pour une revue littéraire trimestrielle de qualité paraissant chez un éditeur de taille modeste, disposant de peu de moyens et peu soutenu par les institutions nationales ou régionales. Une centaine d’abonnés et quelques ventes en librairie ne suffisent pas pour maintenir en vie cet objet désormais perçu comme archaïque par beaucoup. Si l’on ajoute à cela le désintérêt complet des médias pour une publication qui ne transporte pas dans ses pages l’esprit de polémique mais qui se montre simplement soucieuse de garder vivante et présente une certaine idée de l’écriture supposant autant d’exigence et de rigueur que d’esprit d’ouverture, alors on comprend que 23 ans d’existence c’est déjà beaucoup : presque un miracle !

 

On arrête. Le numéro 85 qui sortira dans quelques semaines sera le dernier numéro « papier » du Nouveau recueil.

On arrête. Mais on continue. Avec les moyens du temps : une nouvelle revue électronique est mise en ligne à l’adresse www.lenouveaurecueil.fr

Ce sera une revue gratuite, numérique, plus prompte, plus réactive, plus présente, plus vivante…

 

Sans doute est-ce sacrifier une part essentielle de notre identité : la distance et la lenteur supposées par le geste même de recueillir trimestriellement des pages, et surtout le bonheur incomparable (pour quiconque aime les livres) de feuilleter du papier en y découvrant du sens, de la vie…

Ainsi s’en va le tempo de l’histoire dans « le tunnel de l’époque » !

A celles et ceux qui nous ont accompagnés durant toutes ces années, nous exprimons notre gratitude et donnons dès à présent rendez-vous sur :www.lenouveaurecueil.fr

Rejoignez-nous. Faites-nous part de vos propositions et suggestions.

Afin que vive le Nouveau recueil !

 

Jean-Michel Maulpoix

dimanche 28 octobre 2007

L'homme imprononçable de Patrick Laupin

« J’aurais donné jusqu’à mon nom, secrète nudité impossible à prononcer »

 

L’homme imprononçable.

 

Ceci n’est pas un titre. C’est le seul titre. Comme une résonance du tétragramme (tel que déthéologisé par un Henri Meschonnic). Titre de gloire, c'est-à-dire à être reconnu, connu comme il a été connu : homme aux semelles de vent (un pronom-sable), celui qui est ce qu’il sera, aux entrailles de devenir, l’homme selon Mallarmé, celui que s’employèrent à dépister un Blanchot ou un Laporte auxquels échut le don de le mi-dire.

 

C’est donc le titre du dernier ouvrage de Patrick Laupin. Un titre à entendre. Longtemps. (Après que les poètes ont disparu.) Le poète comme dernier homme. Celui dont l’effacement, seul, est leçon. Et dont nous parvient la rumeur, libre.

 

S’élargit, s’approfondit la voie ouverte par les livres précédents qu’il s’agisse du Courage des oiseaux, un titre à chanter, ou Les Visages et les voix, ou encore les textes rassemblés dans Poésie, récit (dans lequel se trouve le recueil La rumeur libre).

 

Un pluriel de paroles, des visages (Marco, L’homme qui avait perdu son peuple), une attention à l’être (Piéça, une ode au fleuve Rhône), les quartiers, une méditation ouverte, une lyrique sans apprêts dont les beautés surviennent par surcroît, pas d’effet recherché, seul un partage en vue, ce que souligne Eugène Durif, « [...] celui qui parle, devenu Poème, […] dans l’à-vif de ce qui ne peut se départager de la pensée, du rythme, du déchirement du jour »  -quatrième de couverture-.

 

Une expression pour le dire : égalité spirituelle. Ici se ressent la rencontre avec les écrits de la « téméraire » Marion Milner : Une vie à soi, et les ouvrages comme Entre les mains du Dieu vivant (liber terribilis), et Rêver peindre,  ce qui se rassemble dans le Mystère de la création en chacun.(185-221)

 

Je tiens à en donner ce passage :

 

J'ai trouvé mes alliés substantiels dans la tête pensive de quelques enfants fous, de quelques voyous méchamment lettrés ou quelques vagabonds analphabètes, ce qui revient au même, et en quelques êtres d'écoute et de bonté naturelles, dont le corps ne trahissait pas l'émotion sincère. Avec eux je pus vivre. Ils ne vous volent pas et ne vous enlèvent pas votre, corps, ils sont le poème écrit qui écoute l'inouï transfert de songe presque impossible à dire dans la lettre inécrite du coeur.

Corps, beaux arbres et paysages vrais, n'y changent rien. La limite condensée et brutale de la mort répand son magnétisme et son tourment dans le corps ténébreux des mots supprimant une à une les pages du racontable. Le songe et la musique cessent, l'implacable dure.

Mais on peut nommer en toute force aussi et directement dans le présent le soleil ascendant des mots dans la phrase. La liberté ne s'étonne que de naître à contre champ et comme dans le vrai coeur du rêve il n'y en aura pas d'autre. Ce que nous nommons manque, passé, mémoire, n'est qu'une fausse présence de l'instant qui nous fait prendre ce que nous croyons et revivons pour ce que nous sommes. Or à chaque instant le prisme de la force transfigure les totalités partielles du temps d'avant en un geste unique qui ne pourra jamais être vécu une seconde fois. C'est ainsi qu'il est des paysages sur lesquels nous ne cessons jamais de revenir parce que nous ne les avons jamais encore regardés réellement comme ils sont. Nous ne sommes pas encore en eux clairs comme le jour.

 

Je salue tous ceux qui ont permis à cette parole de rejoindre ceux pour lesquels Patrick Laupin a rencontré la nécessité de les confier au papier : les mineurs des Cévennes, les éditions Comp’Act, Claude Adelen (L’Emotion concrète), Jean-Marc Vidal qui donna à découvrir le Mallarmé, Francesca Piolot, Elfriede Gayan, Andrea Iacovella, les éditions La Rumeur libre, et d’innombrables anonymes …

 

 

©Ronald Klapka

 

On peut encore entendre Patrick Laupin, sans doute pendant quelques jours ici et ici (émission Poésie sur Parole d’André Velter , le premier quart d’heure et Du jour au lendemain d’Alain Veinstein)

Laupin_1 Patrick Laupin
L’homme impronnonçable
La Rumeur libre
224 p. isbn : 9782355770005

Signer la pétition pour le cipM, une urgence pour la diffusion de la poésie contemporaine en France

Poezibao soutient totalement le cipM et incite fortement ses lecteurs à signer la pétition. Le cipM fait un travail remarquable et unique en son genre en France en faveur de la poésie contemporaine. Sa disparition ou une réduction de ses moyens serait une atteinte grave à la liberté de penser, d'écrire, de publier en France.

Signer la pétition (ne pas s'inquiéter d'une demande de confirmation, en anglais, elle est tout à fait normale).

Téléchargement du dernier communiqué du cipM.doc

Un colloque Frédéric Jacques Temple à Saorge, les 30 novembre et 1er décembre 2007

Colloque
Frédéric Jacques Temple, L’aventure de vivre

30 novembre et 1er décembre 2007
Monastère de Saorge

Colloque organisé par Béatrice Bonhomme, Laure Michel, Patrick Quillier
Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature (CTEL)
Université de Nice – Sophia-Antipolis
en présence de Frédéric Jacques Temple,
du compositeur Pierre Charvet et du peintre Alain Clément


vendredi 30 novembre
après-midi
14 h : Patrick Quillier : « Être à l'écoute avec Frédéric Jacques Temple »
15 h : Claude Leroy : « L’art d’évoquer les minutes heureuses »
16 h : Alain Clément : « Frédéric Jacques Temple et quelques de ses amis peintres »
18 h Inauguration de l’exposition de livres illustrés par Alain Clément

samedi 1er décembre
matin
9 h 30 : Aude Preta de Beaufort : « Aspects de la présence dans la poésie de Frédéric Jacques Temple »
10 h 30 : Béatrice Bonhomme : « Frédéric Jacques Temple, mémoire et porosité de l’être
au monde »
11 h 30 : Catherine Portevin : « Célébrer le vivant, Alléluia, Amen ! »

samedi 1er décembre
après-midi
14 h : Colette Camelin « La Route de San-Romano: peinture de guerre, exorcisme »
15 h : Laure Michel : « L'Histoire chez Frédéric Jacques Temple : de la mémoire au
mémorial »
16 h : Cécile de Bary : « Les récits de Frédéric Jacques Temple : des fictions
légendaires »
18h Visite de l’exposition
Présentation par Alain Clément de huit livres illustrés
18h30 Conférence-concert
Pierre Charvet : « Le lézard de la fugue : travaux pratiques »
Pièces composées et diffusées par Pierre Charvet :
L’ombre de la lune, pour voix et ordinateur.
Petite suite au paradis perdu, pour violoncelle et piano.
Gloire à FJ,  chœur à 4 voix.
Suivies de : Retour, dans la traduction en occitan de Max Rouquette,
pour voix  jouant du violoncelle. Composé par Pierre Charvet (Interprète : Mlle Charvet).
19h30 Buffet
20h30 Lectures  par Frédéric Jacques Temple

*************

dimanche 2 décembre 2007 (11h-17h)
Aiglun (06)
Le Pigeonnier
6, route de la Chapelle

« À l’écoute du temps » avec Frédéric Jacques Temple
rencontres, entretiens et lectures
(et repas convivial)

Contacts :
Jean-Jacques Boin (monastère de Saorge) 04 93 04 55 55/ 06 84 48 40 48/ jean-jacques.boin@monuments-nationaux.fr ; Patrick Quillier (Aiglun) 04 93 05 64 80/ 06 84 05 42 96/ p.quillier@libertysurf.fr ; Danielle Pastor (secrétariat du CTEL, université de Nice) 04 93 37 54 82/ danielle.pastor@unice.fr

samedi 27 octobre 2007

Poezibao a reçu (dimanche 28 octobre 2007)

Rappel : ces présentations sont faites le plus souvent à partir des éléments fournis par les éditeurs.

 

Au sommaire de ce numéro de Poezibao a reçu :
Caroline Sagot Duvauroux, AA, journal d’un poème,
Christian Bachelin, Mémoire du Mauve
Jacques Broda, et le…pain du visage
Thomas Braichet, Conte de f___
Pierre Ouellet, Voire
Ian Monk, Plouk Town
Bruno Fern, 111 points de contrôle

 

Sagot_duvauroux Caroline Sagot Duvauroux
Aa, journal d’un poème
José Corti, 2007
isbn : 978-2-7143-0958-7 ; 224 pages.
17 €


 

 

Extrait du pré-dire
« Ce n’est pas exactement ma vie que je raconte bien que tout soit vrai, mais un processus. Où je suis aujourd’hui, Héraclite n’a pas encore inventé l’être. Et l’émoi m’intéresse plus que moi. Tout procède par minuscules conversions d’évènements minuscules qui nomment et dérobent l’urgence, au moment de peindre ou d’écrire, au centre de l’importance décisive et gigantesque du contexte : vivre, ici, cependant que le monde où nous sommes. »

 

« Aa
Deuxième mot du Robert. À, c’est d’abord
Aa
1, symbole alchimique de l’amalgame, origine grecque
2, symbole de la juste pesée des mélanges, pas d’origine. Sûr, le partage !
3, le miracle Hawaïen : coulée de lave rugueuse à scories
Mais en vieux germain Aa c’est l’eau du fleuve

À, c’est au point du verbe.
a, c’est par gouvernail que gouverne la foudre d’Héraclite, oiax, on est en mer, à première révolution du feu. De côtés opposés tournent barre et bateau. Faudrait timonier pour relier des destins et des îles. On lit c’est un peu timonier. C’est juste avant la foudre qui arrache la barre. Juste avant de lancer sur le palimpseste, guerres et repentirs de guerre, un petit bateau de papier plié.
B. c’et le bateau.
pour le reste et le grappin c’est demain.

 

Caroline Sagot Duvauroux publie son cinquième volume chez Corti après Hourvari dans la lette, Atatao, Vol-ce-l’est et Köszönöm. Elle publie également chez Les Ennemis de paterne Berrichon.

 

 

 

Bachelin Christian Bachelin
Mémoires du mauve
Apogée, 2007
isbn : 978-2-84398-291-0; 64 pages.
17 €


 

« Méconnu du plus grand nombre, Christian Bachelin n’est pas un poète d’aujourd’hui, c’est un poète de toujours »

(Valérie Rouzeau)

 

« Mais maintenant je m’éveille, je ne raconte plus un rêve, mon pied enfoncé dans un accroc des draps marche en des contrées béates et caverneuses, au fin fond poudreux de la vétusté des couvertures, il est bien vrai qu’inconsciemment m’enchante ma piètre condition, mon emploi minable de touilleur de houilles dans une fabrique de plastiques, mon encroûtement dans le dépit célibataire ; des taches d’eau dormantes émigrent à travers les murs , sous le lit, dans les ressorts du sommier, peu à peu s’amasse la poussière, passe du flottement indécis au flocon casanier »

 

Cocasse, halluciné, le récit des mémoires du mauve se lit comme un songe aimanté par l’existence d’un obscur vieux garçon de peut-être vingt ans, Mathias, dont on imagine bien qu’il est l’un des nombreux « doubles » du poète, tel « Tristan » ou encore le fameux « Ténébros » d’une autre nostalgie. Pas d’histoires en ces pages – sinon celle que le jeune homme « archaïque et flou » se raconte. Pas de commencement. Pas de fin. « Je suis un vaste et pauvre type » dit Mathias et tout est dit alors de la grandeur sublime d’une humble vie qui sait rêver, sait se rêver comme personne.

 

Christian Bachelin est né à Compiègne en 1933 ; L’essentiel de son œuvre a été publiée en un seul volume, Neige exterminatrice, par les Éditions le Temps qu’il fait, en 2004. A signaler aussi le récent Démon d’antichambre

 

 

 

Broda Jacques Broda
et le…pain du visage
Photographies de Martine Beck Coppola
Passages d’encre, 2007
isbn : 978-2-913640-82-5.
15 €


 

« J’écris dans une langue qui n’est pas la mienne, ma langue maternelle est morte, dans le corps de ma mère par deux fois. Chant du peuple juif assassiné.

Un bout de peuple vient de partir, un bout de soi, mis bout à bout ces bouts t’ont fait, dans l’Éclipse de Dieu »

 

Jacques Broda est né à Toulouse le 16 décembre 1944. Il est professeur de sociologie à l’Université de la Méditerranée. Il rencontre dans les années 80 Armand Gatti et coopère avec lui autour du Chant d’amour des alphabets d’Auschwitz. Cette rencontre déclenche une véritable rupture épistémologique dans son rapport au savoir, à l’écriture. Il fonde et anime les Univers-Cités populaires de Martigues et s’engage, en partenariat avec le Secours populaire français dans l’association LEA (Lire, Écrire, Agir).

 

 

 

• Thomas Braichet
Braichet Conte de F_______
P.O.L., 2007
isbn : 978-2-84682-161-2.
18 € (avec un CD)


 

 

« Quelques journées de la vie de Phil « – Raconte : – À l’instar d’un karaoké on peut suivre texte et bande-son simultanément. Et/ou écouter le son après le texte et/ou l’un et/ou l’autre avant l’un ou l’autre, et après ça ça recommence : une journée est déjà recommencée. A la manière d’un karaoké, avec quelques degrés et fossés de lecture en plus : – des blocs de texte s’interpénètrent – les (pas/bien/mal)-entendus tracent du texte dans les textes. Des moments trop longs, d’autres qui prennent de court – une de ces journées à déjà recommencer. Les journées s’accumulent, le cadenas de la veille devient le canevas du lendemain et vice et/ou versa : Phil a le revirement facile. Et plein d’idées reçues. »

 

Thomas Braichet publie son troisième livre chez P.O.L. Il est né à Bois-Guillaume en 1977, « réalise depuis bandes-son et musiques et schèmes et polices de caractères et écrits »

 

 

 

Ouellet Pierre Ouellet
Voire
L’Hexagone( Québec)., 2007
isbn : 978-2-89006-801-8.432 p.



Avec Voire, Pierre Ouellet a souhaité revenir sur la matière de ses premiers livres publiés « pour mieux me vider de ce qui encombre d’obscurités ma mémoire alourdie par tout ce qui tombe en elle dans une sorte d’oubli ». Trois recueils, radicalement transformés, sont présentés ici, L’omis était paru en France, chez Champ Vallon, il y a presque vingt ans ; Rehauts, en Catalogne, chez Noésis, quelques années plus tard. Sommes avait été accueilli à l’Hexagone à la même époque. « Je n’ai jamais fini de vivre ce que j’ai vécu. Je n’aurai jamais fini d’écrire ce que j’ai écrit. Chaque instant de ma vie est une variante de ce qu’elle aurait pu être, comme si d’autres versions de mon histoire étaient toujours possibles. Il n’en va pas autrement des livres, qui tirent leur vérité du fait qui sont une "possibilité" parmi d’autres »

Le livre est illustré de reproductions d’œuvres de Peter Krausz.

 

Né à Québec en 1950, Pierre Ouellet est poète, romancier, essayiste. il a écrit plus de trente livre. Il est professeur au Département d’études littéraires de l’Université du Québec, à Montréal et titulaire de la Chair de recherche du Canada en esthétique et poétique. Il vient de recevoir le Grand Prix Quebecor, décerné au Festival International de la poésie de Trois-Rivières.

 

 

 

Monk Ian Monk
Plouk Town
introduit par Jacques Roubaud
Cambourakis., 2007
isbn : 978-2-816589-04-6.
17 €



Trois "parrains", qui situe bien ce livre décapant, Hervé Le Tellier et Harry Mathews à la quatrième de couverture (voir ci-dessous) et une introduction en 113 propositions par Jacques Roubaud, Ian Monk traverse le Channel. Le tout proposé par un tout nouvel éditeur à qui Poezibao souhaite nombreuses publications de cette eau-là.

« Un poème comme Plouk Town tu peux pas l’écrire tu vois si tu crois que dans la Vraie Poésie avec des majuscules il n’y a pas de "salope" et de "ton cul" et de "sécu" même si dans la vraie vie sans majuscules il y en a de ces trucs mais en fait si tu te trompes il y en a dans la vraie poésie sans majuscules et même des "je t’aime" et des "marlboro » et des "merde" et tu ferais bien de te lancer dans Plouk Town comme on se jette dans le vide, parce que Plouk Town tu vois et bien Plouk Town c’est la preuve par Monk »
(Hervé Le Tellier)

 

« C’est une œuvre irrésistible : un vocabulaire qui ramasse tout, une plénitude formelle qui nous secoue sans arrêt, une vision de la douce France frémissante d’une rage qui si terrible qu’elle soit, est finalement la rage de vivre.
(Harry Mathews)

 

Extrait :
poubelle crotte voiture
voiture poubelle crotte
crotte voiture poubelle
poubelle canette crotte
crotte poubelle canette
canette crotte poubelle
pisse canette crotte
crotte pisse canette
canette crotte pisse.

 

Poète, traducteur (de Perec mais aussi de Roussel, Hugo Pratt et Daniel Pennac), Ian Monk est né en 1960 à Londres et il vit à Lille. Coopté à l'Oulipo en juin 1998, après avoir travaillé sur l'Oulipo Compendium avec Harry Mathews, il est l'inventeur de nouvelles contraintes, comme les «monquines» qui combinent sextine et mots nombrés, et les « quenoums » qui combinent les quenines et les pantoums.

 

 

 

Fern Bruno Fern
111 points de contrôle
Voix éditions, 2007
isbn : 2-914640-69-2
12 €


 

Dans la belle collection Vents contraires de Voix éditions, forte déjà des noms (parmi d’autres !) de Véronique Vassiliou, Georges Hassomeris, Charles Pennequin, Hubert Lucot, Jérôme Game, Alain Helissen, ce premier recueil de Bruno Fern qui a déjà publié en revue (Mâche-Laurier, Petite, Action Poétique et Rehauts).

Il s’agit ici de « relancer, quitte à le faire avec minutie, voire une tendance quasi maniaque à prendre le choses à la lettre, ce qui permettrait au moins, dans le même mouvement, de déceler des pannes dans la langue, des fuites dont l’origine demeure en grande partie inconnue, le tout aboutissant à une forme d’égarement ». 

extrait

 

22

 

« pour mieux la tenir la
syntaxe en faire du sol
ide longuement à la recherche d’un corps
qui serait conducteur ou d’un
fil puis
celui du vent fera l’affaire
ou des viscères aussi
bien pris dans l’engrenage dont nulle
roue n’est visible de là
où nous fûmes placés
(moi en tous cas)

 

en réalité ce qui filtre / est filtré le neutre ne figure pas au catalogue
car l’intemporel n’est pas plus dans les tempes
que dans les noms le vers
n’est qu’un point de fuite. »

La revue, mode d'emploi, de Jean-Jacques Nuel

Revue_mode Vous qui tenez en main une revue, vous êtes-vous déjà interrogé sur ce qui entoure sa création ? Peut-être songez-vous à lancer la vôtre ? Ce guide, dont c’est ici la deuxième édition « revue » et modifiée, vous éclairera largement sur les démarches à suivre. Toutes les étapes y sont minutieusement décrites, depuis le choix d’un axe éditorial initial, le choix – très important – du titre, celui des collaborateurs, jusqu’aux méthodes de diffusion. Mais au-delà du contenu, laissé à l’initiative de ses animateurs, c’est surtout de détails pratiques que regorge ce guide. Parce que la liberté d’expression ne fait pas l’économie de formalités légales, à commencer par l’incontournable « dépôt légal » – le mettre au pluriel serait plus juste –. Il faut encore vérifier que le titre ne soit pas déjà existant et, si ce n’est pas le cas, le protéger par différents moyens plus ou moins onéreux. Jean-Jacques Nuel met l’accent sur de multiples « détails » qu’il convient de prendre en compte afin d’éviter la disparition précipitée d’une revue qui vivrait d’emblée au-dessus de ses moyens. En cela, il importe d’étudier au plus près le coût de fabrication, de diffusion, en tenant compte du poids de la publication, du choix du papier, de la périodicité, du prix de vente, du tarif d’abonnement, des frais postaux…La revue mode d’emploi constitue une véritable mine de renseignements. Elle fourmille d’adresses utiles. Elle aborde dans le détail chacune des phases de la réalisation d’une revue : mise en page, maquette, PAO, impression, diffusion, lancement, service de presse, demandes d’aides. Cette deuxième édition intègre le phénomène relativement récent des revues « en ligne », séduisante alternative à la cherté – tant pour l’éditeur que pour le lecteur – de leurs cousines de papier. Mais les « revuistes » utilisent de plus en plus conjointement les deux modes d’expression, la publication en ligne permettant par exemple de gérer sans retard l’aspect « actualités littéraires » et informations diverses. S’adressant autant aux auteurs qu’aux créateurs de revues ou qu’aux attachés de presse, la revue mode d’emploi complète avec bonheur les autres guides proposés par L’Oie Plate, notamment ARLIT & Cie (Annuaire des Revues Littéraires & Cie) et 150 questions sur l’édition, antisèche à l’usage des auteurs.

 

©Alain Helissen

 

 

Jean-Jacques Nuel
La Revue, mode d’emploi,
Editions L’Oie Plate.
220 pages au format 14×22 cm
ISBN, 2-916082-02-6
21 €

Anthologie permanente : Joë Bousquet

L’aveugle de l’aube

 

Beau monde où la lumière est la parabole du don de chair Pensée du monde où je passe enveloppé de ce qui pense Tout s’oublie le réel est ce qu’on ne peut oublier
Il ne voulait qu’éveiller tout entre ses bras grandi dans ce qui le liait à son vœu Les images ont fait la lumière plus seule et le vent et les jours
Je ne suis presque rien je suis ce qui me perd

 

Tombe pour devenir la main qui te retient l’homme naît de rêver qu’il ne se connaît pas Une femme est passé elle devient son rêve
Rend à l’homme une chair en se prenant pour lui
La nuit a froid il est le jour d’avant ses yeux où son regard fut son aile l’amour de son amour durera sans le voir


Sous tant de chants la même étreinte avec l’oubli la même absence Il est ce qui la voit comme un espoir dont ce qu’il vit serait l’épreuve
Ton être a choisi ton malheur pour demeurer en toi
L’amour s’unit à ton amour t’écrase avec ce que tu es s’emplit d’un espoir d’outre-tombe
Qui t’enterre en se déterrant

 

Le son des cloches et l’aurore et l’oiseau du froid dans ton souffle entre les ailes de ton souffle et qu’il soit plus près de toi que ton cœur
Ce que l’aurore a traversé entre les feuilles et les eaux tous les fantômes des caresses quand mon regard devient la chair de ce qu’il aime et que rien de lui ment
Mon cœur est enterré dans ce qui les éloigne comme a sa prison dans ce qui lie mes jours Femme je crie vers toi à travers ce qui passe pour que mon corps soit mon secret comme le tien.

 

Joë Bousquet, La Connaissance du Soir, Poésie / Gallimard, 1981, p. 40 et 41

 

bio-bibliographie de Joë Bousquet

 

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