Syndications pour Poezibao

« octobre 2007 | Accueil | décembre 2007 »

vendredi 30 novembre 2007

Anthologie permanente : Jennifer K. Dick

Clown au maquillage pâle.  Bouffon tournant et autour son dos.  Soulève objet après objet dans la pièce avec les bouteilles de verre coloré horizontales.  Examinant le bouchon octogonal stop.  Signe des penchés, le déchiré « Regardez le poisson! » Invitation à voir.  « Bon choix », corps porno cassette vidéo emmêlés dans cette « veux voir? » Veux le ?  Veux deux ?  A voir ? Ici les cataractes se brouillant à l’aquarium.  Parlez, pense-t-il, ces choses sont à elles.  Son espace.  Se cachant simplement. Simplement un moment ?  « Pas de questions sur la moquette ». Les rideaux extensibles.  Les guirlandes clignotantes.  Son regard luit (quelle colle) lumières allumé-éteint-lui-et-elle, baissez-la, -les, une par une, un par un.   « Qu’est-ce que cela signifie pour toi? » demande-t-il.  Dans l’ascenseur stroboscopique il voit les lèvres qui remuent de plus en plus loin.  Suivez le sourire peint orange vif penché par la marée nez-rouge avec l’écume bleue qui s’abat sur le corps.  Résistance.  Rebiffe. « Hey », dit-il.  Elle écarte de la main une mouche, un bibet.  Grincement.  Il s’en détourne, le poing qui martèle la poitrine de concert avec les genoux qui flageolent, quand les mots sont gravés directement au corps : inséparables de.  Mais elle en rate le mot de la fin. Encore.  L’intérêt.  Le crochet. Il prend son cartable, une bouffée profondément inhalée d’eau de mer.  Son parfum fleur-de-cerisier, ici. Cheveux noirs tombant sur les épaules.  Rappel sur scène.  Il recule.  Ses mains à elle se tendent comme si, oui, pense-t-il, elle voit, elle a remarqué, elle remarque l’espace que son absence crée.  Il l’observe étranglant et relâchant le cou.

 

Jennifer Dick, extrait de Enclosure (En-Clos), traduction de Christophe Lamiot-Enos

 

 

Comme une épine dans la gorge, les voleurs de la famille, habitudes à perdre
Les langues elle câline dans sa cage thoracique un jeu de barreaux
Barrières d’où il voit Les Palissades rayées phalanges et autres matières qui pendent
Elle tend son œil, sa peau cette vue en grisaille ou sépia
Ce téléspectateur aux couleurs ravivée compte les jours à rebours
Os à pierre à poussière toussée entre deux phrases saisies —d’elle ou de lui ?
Une parodie de procès, une suite de tribulations elle se tient devant lui, nue, comme si
Un tribunal relâché pour relâcher ses muscles ne serait que dans son œil droit
À lui ou elle un coup d’œil, de biais, prolongé, une envie hélas de la question sempiternelle
Dans les bois pourchassée (chaste) « elle n’est pas », répèterait-elle, répète
« Pas non à moi d’avancer dans l’ouverture », clairière dans les pins
Empreinte de mains moutarde sur l’écorce elle ou il suivait une jachère rappelée
Une incantation protectrice dorée sur son nom, éteinte, lacs, ruisseaux, ruisselets, cette ruée
Derrière des langues au bout des lèvres tachées de soufre, des torches s’allumant, sa
Réponse lui semble (plus) proche de ça lorsqu’on parle du centre jauni
Narcisse système central de pointes de fleurs blanches glissant vers elle, le trébuchement l’abandonne
À elle-même dans le sac et ressac de la mer et l’éveil de ça, pour, disons, sembler, parler, parlure
« Parle, écho ! » ou « m’est venu, m’a fuit » dans sa voix à lui quoi, quel, pourquoi,
Lorsqu’une calamiteuse démangeaison dans son œil, le doigt saignant sur l’eau miroitante
Lis mercuriel dans cet organe, orange, lilas, lis tigré, tacheté acte propice de désappartenance

 

Jennifer Dick, extrait de Enclosure (En-Clos),traduction Jacques Demarcq

 

eBook Enclosure, disponible en anglais avec BlazeVox Books:

 

 

Bio-bibliographie de Jennifer Dick

 

index de Poezibao
Revenir à la Une de Poezibao

 

Sur simple demande à f.trocme@poezibao.com, recevez chaque jour l'anthologie permanente dans votre boîte aux lettres électronique

Jennifer K. Dick

Jennifer K Dick : est née en 1970 aux Etats-Unis (Minnesota) et a grandi à Iowa City, Iowa. Elle vit et travaille Actuellement, à Paris ; elle enseigne à Lille 3 et à Polytechnique et prépare une thèse à Paris III (en littérature générale et comparée,  la poésie d’Anne-Marie Albiach, Susan Howe et Myung Mi Kim). Elle est également titulaire d’un DEA de Paris III, un MFA en poésie de Colorado State University et d’un BA en lettres de Mount Holyoke College (Massachusetts, USA). De 1999 à 2002, elle a été rédactrice en chef de Upstairs at Duroc, revue internationale d'art et de lettres à Paris. Depuis, elle co-organise avec Michelle Noteboom « Ivy Writers » une série de lectures multi-langues de  poètes de tous les pays et envoie par courriel une liste mensuelle de lectures anglophones et bilingues, également disponible sur ce site:

 

•Bibliographie en anglais ou bilingue :
Fluorescence, University of Georgia Press (2004 Contemporary Poetry Series Winner).
Retina/Rétine, Estepa Editions, (France, 2005. Avec artiste Kate Van Houten, traduction de Rémi Bouthonnier.
Enclosures, BlazeVox Books, 2007: eBook: un travail en cours, disponible sur ce site :
•Poèmes en anglais dans ouvrages collectives/anthologies :
Short Fuse: The Global Anthology of New Fusion Poetry (Rattapallax Press: NY, 2002)
100 Poets Against the War, (Salt Press: Cambridge, UK, 2003)
In The Criminal's Cabinet: An Nthology of Poetry & Fiction. (nthposition press, Londres, 2004)
Beyond the Valley of the Contemporary Poets Anthology, (V.C. Press: Los Angeles/Hollywood, CA, 2004)
Moosehead Anthology X: Future Welcome (DC Books, Canada, 2005)
et à paraître:10 pages de poèmes et un entretien en anglais avec le poète américaine Laura Mullen dans 12 x 12, éd. Christine Mengert et Joshua Marie Wilkinson, USA.
• publications et contributions (revues):
Poèmes et prose en anglais dans : Volt, American Letters & Commentary, Cutbank, Gargoyle, Diner, Aufgabe, Pool, Slightly/West, The Canary, The Colorado Review, PinsteripeFedora.com, Frank (Paris), Barrowstreet, TheDiagram.com, Pharos, Green Mountains Review, Curious Rooms, Perma Frost, Paris Times, The Greyrock Review, Runes, Porcupine, Stand (UK), Denver Quarterly, Phantasmagoria, Jack Mackerel, Hammers, Fish Drum, Delmar, The Portland Review, Arsis, Phoebe, nthposition.com, The Alembic, 580 Split, Wicked Sisters, PKA Advocate, Van Gogh's Ear, Tears in The Fence (UK), Gertrude, Multi-Storey (UK), Bombay Gin, 10 Percent, Upstairs at Duroc, Mipoesias.com, et Row Boat.
Et en France dans la revue La Traductière (n° 23 de juin 2005 et n° 25 de juin 2007) dans des traductions d’Anne Talvaz, et puis de Gerty Dambury, d’Elie Stephenson et de Cécile Dubois.
•Travail Critique en français:
1) « Myung Mi Kim et l’emprisonnement du poète dans une langue étrangère. » (pp15-26) in Écriture emprisonnée sous la direction de Jean Bessière and Judit Maár. L’Harmattan, Paris (Cahiers de la nouvelle Europe n°7) juin 2007.
2) Entretien avec Alice Notley, poète américaine, traduit en français sur le site de Double Change, v3, juin 2002.
•Critiques et entretiens avec d’autres poètes en anglais:
Entretiens:
Cole Swensen : vidéo (40mins) disponible sur le site du Continental Poetry Review, 2007
Mary Jo Bang: « Interview » dans Verse (pp25-45) USA.+ Réédité sur Poetry Daily.
Marilyn Hacker : “Translation & Writing: A Conversation with Marilyn Hacker” dans Perihelion, février/mars 2003. Réédité sur Sol eScene, séries 4.
Alice Notley, poète américaine, en anglais ou en français sur  le site de Double change, v3, juin 2002.
•Critiques :
“Essays On Departure by Marilyn Hacker” dans Tears in the Fence, UK, No45, 2007.
Poetry/Fiction : the debate (debacle) continues to Murmur.” sur le recueil Murmur de Laura Mullen (Futurepoem Books) dans How2journal, v3, issue 1, sous-partie “alerts”, juin 2007:
“Eclectic Directions: Jennifer K Dick reviews Anabranch by Andrew Zawacki.” Jacket Magazine, Australie, 2006.
“Three Voices From the States: Andrew Zawacki, Claudia Rankine & Laura Mullen” (pp107-114) Tears in the Fence, No 41, Dorsett, UK, 2005.
“Crossroads of visual fragmentation: The multiplicity of Objective surface in the poetry of Myung Mi Kim and Claude Royet-Journoud.” au colloque: Diasporic Avant-Gardes à l'Université de Californie à Irvine, CA, USA.
•Traductions d’auteurs français (et hongrois) en anglais:
Poèmes de Christophe Lamiot Enos dans l’anthologie New European Poets (Greywolf Press, USA, à paraître en 2008) ;
Extraits du recueil Un bruit de verre en elle d’Albane Gellé, à paraître en 2008 dans Conduit ;
Entretien entre Jean Daive et Claude Royet-Journoud “Un Système Latéral” de fin, N°13, 2002 (pp 13-31) traduit comme : “Interview” dans Verse, “French Poetry & Poetics” v 24, N°s 1-3, 2007 ;
Recueil Silences, de J. Languille « Les Silences » pour édition bilingue, Estepa Editions, Paris, mai 2007 ;
Poème hongrois de Lazlos Bados en anglais dans La Traductière, N° 25, Paris, juin 2007 ;
Extraits du recueil entre-corps de Remi Bouthonnier, ainsi que la préface “By Way of Introduction” et une sélection d’autres traductions des poètes français par des poètes américains sur ce site (cliquer sur “France” pour les voir) octobre 2005.

La revue Fusées à l'IMEC, le vendredi 7 décembre à 20 heures

« Littérature, arts, cinéma, gastronomie, sports » annonce la couverture de la revue Fusées depuis sa création par Mathias Pérez en 1997. Fruit d’un travail collectif, cette publication expérimentale et magnifique dans sa forme s’attache à faire connaître le travail d’écrivains, de peintres, de cinéastes et d’autres explorateurs peu visibles par ailleurs.

 

Ent’revues accueillent le vendredi 7 décembre 2007 à 20 h quelques-uns des membres de Fusées qui ont une fois encore offert aux lecteurs « un kaléidoscope ou une polyphonie de vues, d’impressions et de formes relatives à notre monde » pour reprendre les mots de Mathias Pérez. Ce dernier sera entouré de Jacques Demarcq, Rémi Froger, L.L. de Mars et Christian Prigent, qui ont tous contribué à ce partage à l’œuvre dans certaines revues, et peut-être plus particulièrement dans celle-ci, ce partage essentiel dont parle Bernard Noël dans la préface qu’il donne au numéro : « Ce n’est pas avec des idées qu’on fait une revue mais avec des mots, déclarait (presque) Mallarmé. Il n’avait pas tort tant qu’il rédigeait tout seul la sienne, sauf que pour faire Fusées il faut une intimité partagée laquelle en se partageant fait tout naturellement surgir des idées… »

 

Au programme de cette rencontre : entretien avec les membres de la revue, présentation des tableaux de Mathias Pérez et des planches BD de L.L. de Mars, lectures de Jacques Demarcq, Christian Prigent, Rémi Froger et L.L. de Mars, projection du Sourire à Bouti, film de Rachel Stella sur Philippe Boutibonnes, petite surprise gastronomique.

 

Rencontre organisée en partenariat avec Ent'revues.

 

IMEC
Abbaye d'Ardenne
14280 Saint-Germain la Blanche-Herbe
Réservation au 02 31 29 52 46

IMEC
Abbaye d'Ardenne
14280 Saint-Germain la Blanche-Herbe
Réservation au 02 31 29 52 46
ardenne@imec-archives.com
site de l'IMEC

Jean-Michel Espitallier aux Poétiques de Strasbourg

Mardi 4 décembre à 20h
à la Médiathèque de Neudorf

 

Ouï lire et la BMS présentent une lecture de
Jean-Michel Espitallier

 

Jean-Michel Espitallier est né en 1957. Il vit et travaille à Paris où il mène une intense activité éditoriale et littéraire. Cofondateur de la revue Java (avec Vannina Maestri et Jacques Sivan) en 1989, il est l’auteur de Ponts de frappe (Fourbis, 1995), Gasoil (Flammarion, 2000), Pièces détachées : une anthologie de la poésie française aujourd’hui (Pocket, 2000), Fantaisie bouchère (Derrière la salle de bain, 2001), et collabore à de nombreux magazines ou revues (il a coordonné le numéro du Magazine littéraire consacré à la « Nouvelle Poésie française », mars 2001). Nombreuses lectures publiques en France et à l’étranger. Poète inclassable, il joue sur plusieurs claviers et selon des modes opératoires constamment renouvelés. Listes, détournements, boucles rythmiques, répétitif, proses désaxées, faux théorèmes, propositions logico-absurdes, sophismes tordent le cou à la notion si galvaudée de poésie en inventant des formes neuves pour continuer de faire jouer tout le bizarre de la langue et d’en éprouver les limites. Entre rire jaune, tension comique, syllogismes vides et dérision, la poésie de Jean-Michel Espitallier, proche en cela de l’art contemporain, use de la plus radicale fantaisie pour faire voler en éclat et problématiser encore davantage, la notion de genre et de frontières esthétiques (donc éthiques…). Il travaille actuellement sur plusieurs projets multimédias

 

extrait :
L’histoire du discours amoureux :
- Je t’aime.
- Moi aussi..
- Je sais.
- Je sais que tu le sais.
- Je sais que tu sais que je sais que tu m’aimes.
- Je sais que tu le sais et tu sais que je sais que tu sais que je le sais et tu sais que je sais que tu sais que je t’aime.
- Je sais que tu sais que je sais que tu sais que je sais que tu sais que je t’aime, et je sais que tu sais que je sais que tu sais que je sais que tu le sais.
- Et tu aimes que je le sache ?
- Oui, j’aime savoir que tu le sais, j’aime que tu saches que je sais que tu m’aimes.
- Et moi j’aime savoir que tu sais que je sais que tu aimes savoir que je t’aime.
- J’aime savoir que tu saches que je sais que tu sais que j’aime aimer savoir que tu saches que je sais que tu m’aimes.
- J’aime t’aimer.
- Et moi j’aime aimer que tu aimes le savoir.
- Je sais que tu m’aimes et j’aime savoir que tu sais que je le sais.
- Je t’aime.
- Je sais.
- Je le savais.

 

Les Poétiques de Strasbourg
BMS-Neudorf - 1, place du Marché  67100 Strasbourg
Tel : 03 88 41 45 02 // 06 74 08 39 39
Courriel : jgoorma@cus-strasbourg.net

Poezibao a trois ans

Plus personne n’écoute la poésie[1]
Et je comprends mon impuissance, attablée que je suis au festin du néant[2]
Il y tant de savoir maudit qui embarrasse, qui obstrue[3]
Pourtant ce qui meurt, demeure / Empreinte et sillon / pour le souvenir semeur[4]
Alors on guette, ça ne viendra pas mais on guette[5]
la chose que nous poursuivons repose en chaque chose approchée[6]
Entre télescope et microscope, c’est là que nous sommes[7]
Peut-être […] si nous prêtons l’oreille avec plus de ferveur, pourrons-nous percevoir l’écho de ce qui n’a même plus de nom dans aucune langue[8]
Ce qui vaut appelle, la poésie est d’entendre[9]

 

Centon composé pour célébrer le deuxième anniversaire de Poezibao et que je reprends ici puisqu’il est toujours autant, plus peut-être même encore, d’actualité. Les 9 vers sont extraits de l’anthologie permanente.

 

Statistiques de fréquentation
C’est en effet le 30 novembre 2004 que j’ai créé Poezibao. Trois ans plus tard, le site a reçu plus de 500 000 visiteurs (dont 25 % de visiteurs vraiment concernés par la poésie, soit 125 000 visites). Poezibao enregistre actuellement environ 1000 visites par jour, dont environ 300 lecteurs qui restent un moment significatif sur le site. Par ailleurs, chaque jour, l’extrait choisi pour l’anthologie permanente est adressé par mail à environ 300 personnes. Si l’on tient compte des consultations non comptabilisées (fils RSS, reprise de Poezibao sur différents sites), on peut estimer que, selon les jours, entre 500 et 750 personnes ont un contact avec la poésie et son actualité éditoriale, via Poezibao.

 

Contenu du site
Depuis la première note, un poème de Jean Tardieu, Poezibao a été enrichi de plus de 3000 articles. Et près de 450 poètes différents ont fait leur entrée dans la base de données, avec une fiche bio-bibliographique aussi complète que possible.
Car je rappelle que Poezibao est dédié à la poésie moderne et contemporaine et s’appuie sur l’actualité éditoriale de cette dernière. Le site est à la fois :
•une anthologie permanente avec un extrait de poésie publié chaque jour (+fiche bio/bibliographique du poète choisi) ;
•un journal quotidien de l'actualité de la poésie (évènements, parutions, marchés et salons, etc.) ; 
•un magazine avec des reportages, des rencontres et des fiches de lecture ;
•une revue littéraire (qui sollicite et reçoit des poèmes inédits et des articles) ;
•un lieu de recension des revues littéraires et de poésie ;
•enfin une base de données qui se constitue au fur et à mesure de l'enrichissement du site.

 

Remerciements
Je remercie tous ceux qui m’aident dans cette tâche, en premier lieu ceux qui m’adressent régulièrement des contributions. Au tout premier rang desquels Tristan Hordé, mais aussi Alain Marc, Ronald Klapka, Alain Helissen, Pierre Maubé, Ariane Dreyfus, Georges Guillain, Alain Lance, Béatrice Bonhomme et tous les autres. Je remercie aussi tous les lecteurs et en particulier ceux qui enregistrent des commentaires ou ceux qui me font le plaisir de m’adresser un « retour » sur les propositions de Poezibao, suggestions, appréciations (positives ou négatives !). Je remercie enfin les éditeurs et les revues qui eux aussi me font grande confiance en m’adressant leurs publications (près d’une par jour toute l’année !) et à tous les autres acteurs de la vie poétique qui m’informent des manifestations qu’ils organisent et dont Poezibao se fait le relais.

 

Projets
Parmi les nouveautés du site au cours de l’année 2007, je retiens particulièrement deux nouvelles anthologies qui viennent compléter l’anthologie permanente : une anthologie d’écrits sur la poésie, principalement due à Tristan Hordé, écrits émanant principalement mais pas uniquement de poètes et une anthologie Poésies du cri, proposée par Alain Marc. Ainsi que le soutien apporté à un prix dont je juge le principe particulièrement intéressant puisque, sur propositions d’un jury de spécialistes/professionnels de la poésie, il est attribué par des lycéens et collégiens.
Mon but, continuer à contribuer à une meilleure visibilité de la poésie dans un univers, celui des média en particulier, qui l’ignore systématiquement et amener un maximum de lecteurs vers les livres et les revues de poésie. Il ne s’agit en aucune façon en effet de se substituer à eux mais d’y conduire.
florence trocmé



[1] Jack Spicer, 10 novembre 2006
[2] Yerra Sugarman, 11 septembre 2005
[3] JMG Le Clézio, 7 février 2006
[4] Charles Dobzynski, 20 juin 2006
[5] Jacques Ancet, 16 juillet 2005
[6] Hélène Dorion, 15 juin 2006
[7] René Char, 5 janvier 2005
[8] Jean Tardieu, 30 novembre 2004, création de Poezibao, premier extrait publié de l’anthologie permanente.
[9] Christophe Van Rossom, 31 juillet 2006
(les dates sont celles de la publication dasn l'anthologie permanente de Poezibao)

 

jeudi 29 novembre 2007

Notes sur la poésie : André Frénaud

[Ces quelques lignes sont le début d’un long texte qui accompagnait Passage de la visitation]

 

 

Du mystérieux événement, il apparaît assez que le poème rend compte de bien des manières. En prose ou en vers. Avec des mots qui éclatent et avec d’autres transparents, avec une conscience extrême ou emporté par son élan, avec solennité, avec ironie, parfois les deux ensemble ; ici l’abstraction brûle, là des métaphores font entrevoir un monde apparemment aboli. Suivant les occasions et la chance, chaque poème se constitue son langage comme il peut. Ainsi tous les sons sont-ils possibles, tous les rythmes, toutes les formes : « tous les moyens sont bons ». Et d’autant plus qu’aucun n’est bon, jamais, en réalité : au cours du mouvement souverain nous sommes encore si peu capables.

 

Ce que dit le poète serait d’un intérêt assez limité s’il ne faisait qu’exprimer au moyen d’instruments de sa composition, et fussent-ils les plus agréables à entendre, des sentiments qu’il avoue et dans lesquels chacun peut se reconnaître, ou même s’il révélait en l’imaginant une part de lui-même à lui-même inconnue. Il s’agit de bien autre chose.

 

André Frénaud, Note sur l’expérience poétique, parue dans Passage de la visitation et reprise dans Il n’y a pas de paradis, Poésie/Gallimard, p. 237.

contribution de Tristan Hordé

Anthologie permanente : André Frénaud

La vie comme elle tourne
et par exemple

 

 

 

Ça va, ça tourne, c’est débrayé,
depuis toujours ça tourne mal.

 

Les parties nobles, les parties douces,
la matière grise,
Les nouveau-nés, les chevronnés, les charlatans,
les désolés, les acharnés, les ortolans,
les magiciens, mécaniciens et les fortiches,
tout est égal et fait du vent.
Tout se dépose et sous la langue fait amertume.
Corps rechignés, amour rendu.
À roue qui tourne, éclats, fumées.
Cela donne soif, faut en convenir.
Ça vous complique et vous recuit.
Ça vous alarme, ça vous suffoque.
Tout se morfond et se déglingue ou se raidit.
Se prend, s’enfonce. Vas-y. Va-t’en. La joie, la frime.
La folie calme et les grands cris. Ça prend confiance.
Ça va venir. Parties honteuses, le cœur ballant.
Rêverie pleine et la dent creuse.
Le corps brûlant. Ça reprend vie.
Ça va venir… T’émerveilla…
Tout est pour rien
Tout vaut pour rire.

 

André Frénaud, Nul ne s’égare, Gallimard, 1986, p. 97 & en Poésie / Gallimard, 2006, p. 265

 

contribution de Tristan Hordé

 

André Frénaud dans Poezibao :
Bio-bibliographie d'André Frénaud,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7
annonce parution Nul ne s'égare en Poésie/Gallimard,

 

index de Poezibao
Revenir à la Une de Poezibao

 

Sur simple demande à f.trocme@poezibao.com, recevez chaque jour l'anthologie permanente dans votre boîte aux lettres électronique

mercredi 28 novembre 2007

Adhérer à une absence (à propos de Guillevic)

En cette année anniversaire de la naissance de Guillevic, je suis heureuse de publier cet article d’une jeune universitaire russe, âgée de 23 ans, article transmis par Marc Fontana qui travaille lui-même actuellement au Centre culturel français de Moscou. Cet article a été écrit directement en français par Saténik Bagdassarova. 

 

 

adhérer à une absence

 

 

« La poésie est certes pour Guillevic une adhésion au monde. Mais cette adhésion, elle ne peut sans doute l’effectuer qu’à travers un recul, un retrait sur elle-même, que par la recherche, en elle, de quelque chose de "plus lointain", de "plus central". »
Jean-Pierre Richard

 

 

La poésie est un lien entre l’homme et son origine ontologique, elle est révélation de ce qui le fonde. C’est ainsi que l’exprime Octavio Paz dans son ouvrage L’Arc et la Lyre : « Le poème transcende le langage. (…) Le poème est langage – et langage originel, antérieur à sa mutilation dans la prose ou la conversation – mais il est aussi quelque chose de plus. Et ce quelque chose est inexplicable par le langage, quoiqu’il ne puisse être atteint que par lui. Né de la parole, le poème débouche sur quelque chose qui le dépasse. Le poème révèle ce que nous sommes et nous invite à être ce que nous sommes. »

 

Chez Guillevic, cette source ontologique première gît au fond de toute image. Appréhendés comme des situations spatiales, les poèmes forment une structure ouverte par excellence, rendent perceptible la présence de l’air dans l’intervalle entre les mots. Celui-ci n’est plus un élément conventionnel, mais un milieu où s’ébauchent des propositions de sens. L’insistance des lacunes dans les rapports entre les mots que Maurice Blanchot désigne par le terme d’«entre-dire», constitue effectivement la tonalité de sa parole, son essence même. Chez Guillevic, les mots finissent toujours par se taire, se dissoudre dans la blancheur de la page, comme s’ils avaient pour seul but de nous faire adhérer à une absence.

 

 

Cette évanescence progressive des mots est indissociable de la nature transitoire et fugitive de l’espace poétique lui-même. Il s’agit donc d’une subversion du code habituel de la langue qui enferme et limite. En mettant le sens ailleurs que dans la signification, Guillevic réduit la part de la langue au profit de la lucidité du dire poétique, appelle dans l’ouvert :

 

Il y a des silences
Gros de silence
Ils s’écoutent.

 

 

La dépossession de la parole n’est pourtant qu’une première étape vers la figuration d’un espace ontologique. Ainsi, chaque mot reprend son sens originel, instaure des relations nouvelles avec l’espace qui le pénètre. Comme l’a bien démontré Gaston Bachelard, la présence d’un espace tremblant et insaisissable est une matière qui coule dans tous les vers, elle n’est pas un temps matérialisé, pas davantage une durée vivante. Elle a la même valeur concrète que l’air que nous respirons. Le vers est une réalité pneumatique. Il est une création du bonheur de respirer.» L’espacement des poèmes est rendu possible essentiellement par le retour perpétuel du blanc qui est le signe graphique du silence.

 

Le blanc en tant que véhicule ordinaire du silence en poésie est donc susceptible de prendre une signification symbolique bien précise : il apparaît comme le symbole et l’instrument d’une révélation :

 

On peut toujours se dire
Que le blanc va brûler.

 

Le fait d’inscrire en marge du visible la part la plus précieuse du message poétique rend plus qu’évidente la solidarité du sensible et de l’intelligible. La perception visuelle de la spatialité inhérente au langage constitue une activité symbolique par excellence: «à la contingence naturelle des perceptions ne s’oppose plus un système artificiel de signes, mais, au contraire, la perception contient déjà elle-même, en vertu de sa spécificité spirituelle, un moment formel qui lui est propre, qui, au stade ultime de son développement, se manifeste dans la forme du mot et du langage[i]. »

 

Le blanc est donc une concentration de l’effacement, une libération du tourbillon des images, des désirs, des émotions, «la mémoire de l’oubli» pour reprendre l’expression de Jabès. Le poème constitue un carrefour épiphanique où l’être du langage tend toujours vers son disparaître : à travers la transcription visuelle de l’effondrement du langage qu’est le blanc s’effectue une échappée hors de l’ordre du temps. Si l’exploration de l’espace est indissociable de celle du temps, c’est que les consciences perceptive et temporelle sont généralement définies par la même structure d’horizon : il faut passer par le regard qui embrasse la page du poème pour ressentir la profondeur du temps. Cela n’est possible que dans un espace vide entaillé de blanc, que l’on considère comme la part de l’absence dans le présent immanent du poème[ii]. Par l’entrée dans la zone de l’ouvert (qu’on appelle généralement spaciosité) qui échappe à toute mesure spatiale et temporelle, le lecteur s’affranchit quoique momentanément des contingences de l’étendue, espace objectivé et maîtrisable. Le passage d’une dimension spatiale à une autre recouvre celui de l’imaginaire à l’imagination poétique dont le contenu affectif est radicalement différent : si l’étendue détruit tout rapport à autrui en instaurant le moi dans sa volonté de possession, la spaciosité dépouille le moi de toute préférence narcissique à force de le reconstruire et de l’effacer[iii].

 

L’ouverture d’un espace dans l’espace permet donc de rejoindre des situations premières, mais aussi détient un pouvoir de résurrection : la surface du dire des poèmes avec ses marges et ses blancs mime un perpétuel cheminement du sujet vers les étapes périmées de son existence, sa fuite dans un espace atemporel , devient le lieu de la métaphorisation des perspectives spatio-temporelles, mais surtout celui de l’épiphanie de l’oubli pour le poète lui-même.

 

Saténik Bagdassarova

 

 


[i] E. Cassirer, Philosophie des formes symboliques, cité par Michel Collot, La poésie moderne et la structure d’horizon, PUF, 1989, p.214.

[ii] Voir Michel Collot, La poésie moderne et la structure d’horizon, PUF, 1989.

[iii] Voir Janine Holman, «Lecture de l’air in extremis», in Espace et poésie, Paris, Presses de l’ENS, 1987, pp.57-62.

 

Entre poésie et roman, à la Villa Gillet à Lyon, le 3 décembre 2007

Lundi 3 décembre à 19h30 à la Villa Gillet

 

Entre Poésie et Roman
avec comme invités :
John Burnside (Ecrivain/Ecosse) Emmanuel Merle (Ecrivain/France)
Peter Brown (Traducteur/USA)
Dans le cadre des résidences de traduction avec le soutien du Scottish Arts Council.

 

Tarifs : 3€ / 2€ / Entrée libre pour les Amis de la Villa Gillet
Réservations nécessaires au
04 78 27 02 48 ou resa@villagillet.net
Villa Gillet 25 rue Chazière-69004 Lyon
Tel : +33(0)4 78 27 02 48

Lire la suite "Entre poésie et roman, à la Villa Gillet à Lyon, le 3 décembre 2007" »

Jacques Réda, présenté par Philippe Jaccottet au château de Grignan, le 8 décembre 2007

Au Château de Grignan, le 8 décembre à 18 heures
La librairie Ma Main Amie vous invite à une rencontre avec Jacques Reda présenté par Philippe Jaccottet.
Réservation et renseignement au 04 75 46 58 93