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dimanche 23 décembre 2007

La mort de Julien Gracq

Julien Gracq est mort hier samedi 22 décembre, à l'âge de 97 ans, des suites d'un malaise.

On s'embarquait au bas d'un escalier de planches qui dégringolait la haute berge glaiseuse ; les branches se croisaient au-dessus de l'étroit chenal d'eau noir ; on entrait de plain-pied dans une zone de silence plus subtil et comme alerté, ami de l'eau comme l'est la brume, et que rompait seulement l'égouttement plat et liquide des pales des avirons relevés. Presque aussitôt venait battre un instant le bordé l'écho à la fois caverneux et étoffé de la voûte du pont de pierre.

Julien Gracq, Les Eaux étroites, 1976, p. 13

Livre lu en 1976, ouvert ce matin à l'annonce de la mort de Julien Gracq et dans lequel j'avais alors noté : un livre admirable, un poème, un rite, un rituel, un voyage, une initiation, un miroir, un parloir, un silence, une grotte. Toute la profondeur de l'eau, son poids de mort, sa nature matricielle, faiseuse de songes et d'anges (28.10.76)

Commentaires

Gracq est mort ce 22 décembre 2007. Ce n'était pas seulement l'écrivain le plus âgé en activité. C'était surtout une référence complexe du statut d'écrivain; de nombreuses images de Gracq constellent sa réputation littéraire. Tout d'abord, celle d'un écrivain retiré, reclus à Saint-Florent-le-Viel (où il est revenu après avoir vécu à Paris); celle d'un lettré de haut vol, distillant ses goûts, ses préférences, ses exécrations au fil de ses notes de lectures que deux volumes surtout ont fait connaître : "En lisant en écrivant", puis "Carnets du grand chemin" (1980/ 1992); celle d'un prosateur magnifique, aux longues phrases proustiennes, lentes et imagées; celle d'un écrivain rétif aux prix (son refus célèbre du Goncourt pour son "Rivage des Syrtes" en 1951); celle d'une longévité littéraire (1938 à 2003, année de parution de ses entretiens) hors pair; celle d'un disciple du surréalisme; celle d'un auteur marqué au sceau d'une dense francité (pour parler comme Quignard), d'une massive élection pour les territoires, les "eaux étroites" d'un pays... De nombreuses autres images pourraient être désignées lorsqu'on parle de Gracq. Et déjà ce pseudonyme qui fonde une certaine solennité (c'est tout de même autre chose que de s'appeler Poirier) que je rapprocherais du sonnant Balthus. Il est évident que cet écrivain laissera ses marques dans l'histoire de la littérature française du XXe. Après lui, de grands écrivains francophones subsistent : l'éruditissime Quignard, tous ces spécialistes du temps, Sallenave, Modiano, de Cortanze, Fernandez,Rouaud, Mauvignier; Philippe Claudel; Jean Echenoz; Annie Ernaux; les poètes Jaccottet, Grandmont, Savitzkaya, Vandenschrick...
Oh, quelle nouvelle ! Quelle fin d'année ! Je l'aimais tant !!

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