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jeudi 24 janvier 2008

Anthologie permanente : Mario Luzi

Année

 

Prévoyant maintenant, mais serein
on expose claies et bocaux,
on suspend le raisin. Le reste, c’est l’inconnu,
il était et demeure clos dans ce ciel opaque
où une lumière vineuse se fige
et le cri du pinson a des notes de gel.

 

C’est ici, dans ces travaux paisibles
et clairs que s’écoule et brûle
ce que je n’ai pas et pourtant devrai perdre.
Temps passé, temps prochain s’équilibrent…
Moi, quoi qu’il en soit, je me trouve à ce point, je proviens
de temps inconnaissables, je brûle, j’attends ;
et je deviens sans fin ce que je suis,
je trouve du repos dans cette clarté vide.

 

Anno

 

Provvidi ora, ma quieti
si espongono graticci e vasi,
si appende l’uva. L’altro è ignoto, l’altro
era ed è chiuso in questo cielo opaco
dove un lume vinato si rapprende
e il grido del fringuello è già di gelo.

 

È qui, è in queste opere miti
e chiare che trascorre e brucia
quel che non ho e che pure dovrò perdere.
Tempo passato e prossimo si libra…
Io, come sia, son qui venuto, avanzo
da tempi inconoscibili, ardo, attendo ;
senza fine divengo quel che sono,
trovo riposo in questa luce vuota.

 

 

Mario Luzi, Vie fidèle à la vie, traduction Pascale Charpentier et Antoine Fongaro, édition bilingue, Villa Médicis/Obsidiane, 1984, pp. 72, 73


Mémoire de Florence

 

Et lorsque résistaient
sur la conque de brume
tes sublimes murs souffrants
dans la lumière du fleuve
parmi les monts de Consuma,
plus net était le souffle de la vie
tandis qu’elle s’enfuyait ;
et là où souvent on entendait,
à travers les battants entr’ouverts des portes
à l’écoute de la lune,
ta voix reculer dans des chambres
pensives, mais sans mourir,
non pas un pleur, mais une musique accordée
aux siècles affluait. Sans un cri,
ni un sourire pour moi le long de tes routes
sourdes qui conduisent à l’Elysée….

 

Memoria di Firenze

 

E quando resistevano
sulla conca di bruma
le tue eccelse pareti sofferenti
nella luce del fiume
tra i monti di Consuma,
più distinto era il soffio della vita
intanto che fuggiva ;
e là dove sovente s’ascoltava
dai battenti socchiusi delle porte
origlianti la luna
la tua voce recedere in assorte
stanze ma non morire,
non un pianto, una musica concorde
coi secoli affluiva. Senza un grido,
né un sorriso per me lungo le sorde
tue strade che conducono all’Eliso…

 

Mario Luzi, Cahier gothique, traduction Jean-Yves Masson, édition bilingue, Verdier, 1989,  pp. 62, 63

 

bio-bibliographie de Mario Luzi

 

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