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jeudi 31 janvier 2008

Actualités du cipM : table ronde John Cage et téléchargement gratuit du Cahier du Refuge

Au cipM, le vendredi 8 février 2008, à 19h00
Table ronde autour de la poésie de John Cage ;
sa traduction, sa singularité, sa place dans l’oeuvre de John Cage,
proposée par Alphabetville et le cipM.

 

Avec : Vincent Barras, Daniel Charles, Christophe Marchand-Kiss, Antonia Rigaud, Christian Tarting.
Modération :
Colette Tron

 

La table ronde sera suivie de projections proposées par marseille objectif DansE en partenariat avec l’Ina.
Against order John Cage, de Jean-Michel Meurice - coul., 1972, 58’
Merce Cuningham and Co, de Benoit Jacquot - coul., 1982, 39’
John Cage, un compositeur pas comme les autres, de Jean-Pierre Lovichi, coul., 1973, 26’
9 evenings of theater and engineering, de Alfons Shillings, n/b, 1966, 20’- [sous réserve]
Merce Cunningham, une vie de danse de Charles Atlas, 2002, coul. et n/b, 90’

 

 

A noter aussi : la revue programme du cipM, Le Cahier du Refuge est en téléchargement gratuit sur le site (format pdf): Cette revue paraît toutes les cinq semaines. À travers l'actualité du centre (expositions, programme des lectures et rencontres, publications...), elle propose les notices bio-bibliographiques des auteurs invités, des textes inédits, des photographies et reproductions d'œuvres plastiques. Des numéros hors-série sont consacrés aux événements exceptionnels.
Les numéros 161, 162, 163, 164, 165, 166, sont à votre disposition sur le site

 

CipM
Centre de la Vieille Charité - 2, rue de la Charité - 13236 Marseille Cedex 02
tel : 04 91 91 26 45 - fax : 04 91 90 99 51
entrée libre
ouvert du mardi au samedi, de 12h à 19h
bibliothèque : du mercredi au samedi, de 14h à 19h

Actualité du site Poezibao

Mise à jour à l’instant de l’index général de Poezibao et de l’index des poètes (environ 450 fiches à ce jour)


Depuis sa création fin novembre 2004,  Poezibao a publié 3314 articles

 

Nouveauté : on peut s’abonner sur simple demande à f.trocme@poezibao.com à la lettre d’informations hebdomadaire (qui paraîtra le samedi) recensant les principales parutions sur le site lors de la semaine écoulée (merci de préciser : abonnement à la lettre d’information)

Salon des Octaviennes 2008

Salon des Octaviennes 2008

 

Au bar la Champmeslé
4 rue Chabanais 75002 Paris
Le Vendredi 22 février 2008 à 19H30

 

Remise des prix du concours de poésie 2008
Présentation des poètes primées
suivi du récital annuel des Octaviennes

 

 

« Les prétendus enseignements de l’histoire littéraire ne touchent presque pas à l’arcane de la génération des poèmes. Tout se passe dans l’intime des artistes comme si les événements observables de son existence n’avaient sur ses œuvres qu’une influence superficielle. Ce qu’il y a de plus important - l’acte même des Muses - est indépendante du genre de vie, des aventures, des incidents, de tout ce qui peut figurer dans une biographie. Tout ce que l’histoire peut observer est insignifiant »
Valéry, Variété

 

Et pourtant ! Le poète et l’écrivain ne doivent –ils pas assumer dans leurs créations leurs choix de vie, courir ce danger sous peine d’affaiblir et de fausser leur œuvre ? C’est ce que font les poètes qui se présentent à ce concours.

 

 

Rencontre avec le public – dédicaces
Entrée libre, consommations au bar
bus 21 27 29 81 95 métro Pyramides e-mail gpastre@free.fr

Anthologie permanente : Gérard Macé (1)

Riche du seul argent volé en rêve et cherchant au poème une raison étrange il me manque toujours le quart de la somme (et les quelques mots d’une devise) pour payer au tourniquet la carte postale déjà écrite. « Vous payerez un peu plus cher », m’avait pourtant prévenu la vendeuse.
On voit encore au verso le vieil or et l’auréole des annonciations : la vierge de trois quarts et l’ange toujours de profil ; une chambre à ciel ouvert et le couvre-lit souvent rouge ; le souvenir d’un verger et le sens incertain d’une parole portée par le vent, rapportée par les nuages (on entend d’ici le latin du ciel et l’allitération des oiseaux) ; une scène où s’échangent des mots imprononçables, une injure à l’oreille de l’autre ou le prénom de Joseph absent sous les portiques Renaissance.
Avec les tourments du copiste (trois jours de purgatoire pour une lettre manquée) me reviennent les mots écorchés de ma première faute (j’avais écrit la née dernière) et le souvenir retrouvé d’une sœur qui vient de naître. Comme on voit au musée les mots d’une orthographe aujourd’hui étrangère (latin d’église en lettres gothiques), ceux de l’ange aux ailes repliées, qui parle comme un livre pour dire à l’oreille de la vierge la venue d’un enfant futur.
(…)

 

 

Gérard Macé, Bois dormant, Gallimard, 1983, p. 15-16.

 

contribution de Tristan Hordé

 

Bio-bibliographie de Gérard Macé

 

 

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Gérard Macé

Gérard Macé est né le 4 décembre1946 à Paris. Il a fait des études de lettres. On trouve de nombreuses traces de ses voyages - Rome, Éthiopie, Japon, Moyen-Orient - dans son œuvre de poète et de photographe. Il est également traducteur (Bhattacharya, Solmi, Saba, Agamben, Campo, de Quincey).

 

Bibliographie
Le Jardin des langues, Gallimard, 1974
Les balcons de Babel, Gallimard, 1977
Ex Libris, Gallimard, 1980
Leçon de chinois, Fata Morgana, 1981
Rome ou le firmament, Fata Morgana, 1983
Bois dormant, Gallimard, 1983
Où grandissent les pierres, Fata Morgana, 1985
Les trois coffrets, Gallimard, 1985
Le manteau de Fortuny, Gallimard, 1987 (Folio, 1997)
Le dernier des Égyptiens, Gallimard, 1988
Les petites coutumes, Fata Morgana, 1989
Vies antérieures, Gallimard, 1991
La mémoire aime chasser dans le noir, Gallimard, 1993
Choses rapportées du japon, photographies de Pierre Alechinsky, Fata Morgana, 1993
Cinéma muet, dessins de Pierre Alechinsky, Fata Morgana, 1995
L’autre hémisphère du temps, Gallimard, 1995
Rome, l’invention du baroque, photographies d’isabel Muñoz, Marval, 1997
Colportages I, Lectures, Le Promeneur, 1998
Colportages II, traductions, Le Promeneur, 1998
Le singe et le miroir, dessins de Sam Szafran, Le temps qu’il fait, 1998
L’art sans paroles, Le Promeneur, 1999
La photographie sans appareil, Le temps qu’il fait, 2001
Un monde qui ressemble au monde, Marval, 2001
Colportages III, Images, Le Promeneur, 2001
Un détour par l’Orient, Le promeneur, 2001
Le Goût de l’homme, Le Promeneur, 2002
Bois dormant et autres poèmes en prose, Poésie / Gallimard, 2002
Mirages et solitudes, Le temps qu’il fait, 2003
Leçons de choses, Gallimard, 2004
Illusions sur mesure, Gallimard, 2004
Écrivez, on vous répondra, Le temps qu’il fait, 2005
Éthiopie, le livre et l’ombrelle, Le temps qu’il fait, 2006
Rome ou le firmament, le Temps qu’il fait, 2006
Filles de la mémoire, Gallimard, 2007
Je suis l’autre, Le Promeneur, 2007

 

Cahier préparé par Serge Boucheron, Jean-Louis Lampel et Nicolas Ragonneau, Le temps qu’il fait, 2001

 

sur le site de l’éditeur le Temps qu’il fait
sur le site de Fabula avec lien vers un document audio
Un bel ensemble sur le site de la Librairie Ombres Blanches
Un dossier riche en ressources présenté par Karine Gros auteur d’une thèse sur Gérard Macé : “La pensée littéraire de Gérard Macé : Textes et images, 1974-2004”

 

Fiche établie par Tristan Hordé & Florence Trocmé

mercredi 30 janvier 2008

Les entretiens infinis : avec Auxeméry, 3

Pour le principe de ces entretiens, voir la note de présentation.
Lire le premier entretien avec Auxeméry et le second

 

23 novembre 2008, de FT

Voici d'autres notes prises en vous lisant :

• la question de la nomination

Une forme de lyrisme mesuré, comme rentré qui tel le serpent qu’il évoque souvent se déploie parfois et crache son venin.
Cette remarque à la fin : « parcours du corps lisant et marchant, dans le processus de l’apparition et de la disparition des choses sous les mots » (172). Cette question de la nomination, cette question de l’animation, l’animation par la nomination, ce que nos sens et notre conscience sélectionnent dans l’infinie profusion du monde perceptible (sans oublier ce que notre inconscient sélectionne lui, parfois a contrario, en résistance du conscient, cf. les actes manqués et les lapsus de toutes sortes). Cette façon que nous avons marchant, lisant, parfois réfléchissant, écoutant aussi de faire lever devant nous les images, les idées, les chemins à emprunter (qu’en général nous n’empruntons pas).

• Les poèmes encadrés par le double portique des réflexions, livre d’images-poèmes comme les plaines d’Afrique, immobiles dans leur mobilité, à perte de vue. Je pense parfois Les Animaux industrieux comme un atlas d’autrefois, un atlas pour enfants, où les cartes, mystérieuses, vibrent de ce mystère, sur la page, comme un Rothko vibre et où la cartographie est accompagnée d’une iconographie souvent tout aussi étrange.

• Il y aurait deux moi, le moi d’avant, toujours d’avant, d’avant le poème, l’avant de l’enfance, celui de l’in-expérience [non expérience] et un moi latent, à ad-venir, à rencontrer [passe le double dans Codex ; « là où votre double croise » (C.22) avec un côté bateau fantôme]. Peut-être que l’un des ces moi marche depuis la naissance et que l’autre arrive de la mort, les deux puncti de la vie et qu’en attendant de coïncider, ils se retrouvent dans l’instant(ané) de chaque poème qui est aussi construction d’un monde, d’une image, d’un tout, à l’aide de fils de couleurs pris dans un écheveau passablement embrouillé de voyages, de lectures, de références, de pensées, d’allusions.

• Toujours cette idée de la forme inversée, « es-tu l’autre forme de moi, forme inversée de mon visage », dit-il (C.29). Il y a traque (omniprésence des fauves, des animaux sauvages) puis l’assimilation du « corps mort du désir ». Quelle force en une seule phrase, quel monde dans ce seul tercet : la traque, le fauve, l’assimilation de ce qui est mort. Le désir : faut-il tuer le désir pour l’assimiler, pour l’éteindre ? Le fauve, le prédateur sexuel, mais aussi le terroriste [je viens de lire un diptyque de Jean Birnbaum, dans Le Monde, construit sur les deux figures de René Girard et Peter Sloterdijk, sur la colère, le ressentiment].
Il y a une pratique très intense de l’allitération. 

•Ce qui m’attire aussi dans cette œuvre, c’est que la plupart des poèmes me semblent, sinon inépuisables, du moins difficiles à épuiser en une seule lecture, on a envie d’y revenir, on a envie d’ouvrir telle ou telle porte, de suivre telle ou telle piste…. il semble y avoir de multiples dimensions, ramifications, embranchements, références, allusions, solidement cousus ensemble par le texte, de toute évidence travaillé fil à fil, si je reste dans la métaphore couturière.

Le 25 novembre 2008, d’Auxeméry

Pour poursuivre la discussion selon le même mode, prenons les choses au fur et à mesure…

 

Et d’abord, cela…. La navigation électronique n’est jamais que le naufrage permanent dans la confusion : on « communique », et on est … « niqué », selon le vocabulaire en usage dans ces temps de misère…
On ne se lira jamais qu’en usant d’un support concret : si l’espèce croit lire quoi que ce soit sur un écran, elle vit dans l’illusion, et c’est bien plutôt l’écran qui la lit, elle – ou la lie, c’est pareil (le lien est une astuce de la bête aux circuits pour ingérer la substance du vivant) : dès que nous allumons cette bestiole sans organes animaux/animés, à laquelle nous faisons nos confidences du bout des doigts, en ajoutant foi à ses impératifs de contrôle (le principe de la cybernétique est de se vérifier en boucle – mais évidemment rien de la vérification de soi du voyageur qui part là-bas se voir et se lire monde vivant sur les lieux où l’autre a ses usages : l’internaute est une créature handicapée, elle est vissée à son siège et ne voyage jamais, ni dans le monde, ni dans soi-même, c’est l’autisme en personne), nous sommes piégés… Nous entrons dans l’horrible gargouillis du google universel qui nous met en dossier, sous la domination des normes qu’il a inventées pour se repaître (normes – ou nornes, pour faire mythologique1, de réduction de tête pensante, bien plus assassines que celles des humoristes Jivaros), nous sommes dévorés et digérés…
D’où ma décision de faire ces petits commentaires à des commentaires sous la forme du document joint, plutôt que celle du message, qui ne communique donc rien que son pauvre soi, et non une substance…

 

Le serpent : c’est l’intermédiaire habituel pour la communication avec les puissances chthoniennes, le pourvoyeur des rêves terrestres (Bachelard a dû le voir passer dans sa librairie, j’irai voir…). Pensez aux couleuvres d’Esculape, à Épidaure : les clients venaient dormir dans des chambres pourvues d’ophidiens, qui leur permettaient, le lendemain, de se faire soutirer les vers de l’âme par les thérapeutes plus aisément… Évidemment les serpents d’Auxeméry sont plus violents : il y a les crotales invoqués pour la pluie, en les prenant en bouche dans la transe collective dansée, sur les mesas du Sud-Ouest, ou les venimeux mambas d’Afrique, qui sont des gens avec qui on ne discute pas, mais qui parfois ont des bienveillances… Le serpent, c’est la langue qui tue et qui nourrit, en même temps.

 

« L’animation par la nomination » : je ne suis tout de même pas le premier à dire que les mots confèrent aux êtres et aux objets leur essence vivante…
Vous avez raison, « sens » et « conscience » sont là, dans l’usage de la langue, qui nomme… Je ne vous suis pas très bien dans votre paragraphe, ce sont des développements qui vous sont personnels, et que vous n’avez pas achevés ; laissez donc mûrir… En tout cas, oui, une parle poétique qui n’accouche pas, et de celui qui la profère, et de celui qui l’entend, n’est pas grand chose… (Dans cette affaire, c’est X /Y qui apporte les clés…. J’ai fait un poème (ou quelque chose qui y ressemble), là, d’un texte qui, à l’origine, avait été écrit pour une revue universitaire belge… Tout est dit de la méthode et des fins…)
Mais vous avez une expression curieuse, qui mérite analyse de votre part… L’énigme y est inscrite : « nécessité de se couper etc… »… Précisément, n’est-ce pas « au bord » de cette « ouverture » sur l’ « indéfini » où vous êtes, que commence la résolution ? Que l’accouchement va avoir lieu ? Un gouffre est là, il faut sauter (paraphrasons Hegel : Hic rhodus, hic salta). Il faut mettre le pas dans le vide… et tâter de cette apesanteur.

(Disant cela, je fais du pur chamanisme… Invitation à plonger dans la faille ! – La Pythie délirait assise au bord de la fente sulfureuse, et sa voix portait raison de tout. Le dieu est cruel, il vit caché, et c’est ainsi qu’il est visible… Sa flèche arrache la vie, mais c’est aussi lui qui connaît les onguents qui guérissent. Et la corde de l’arc est aussi celle de la lyre.)

 

« Livres d’images-poèmes comme les plaines d’Afrique, immobiles dans leur mobilité, à perte de vue » : là, vous êtes gentille, vous avez tout vu… Et surtout, cette idée de plaquer un Rothko par-dessus, oui : un tableau de Rothko, c’est un miroir fascinant, où un monde vous sort de la tête et vient vous regarder… La sérénité ! Par delà toute souffrance…
(J’étais à Sils-Maria, cet été, quelques jours, je faisais mon petit pèlerinage au bord du lac, avant d’aller à Turin, croiser l’Ombre folle du Voyageur – et visiter le musée égyptien – je me remettais de mes opérations – marcher, parler, ensemencer le monde de mots de ferveur (n’hésitons pas à faire le pédant, ici, en allant trouver une formule formulante !!)

 

(Votre idée du mobile/immobile, elle est pratiquement dans Jung… un chapitre de son autobiographie, où il décrit ses impressions devant le spectacle des bestiaux affairés à vivre et survivre – il parle aussi de ses conversations avec une sorcière/prophétesse africaine… bref, il découvre, ou se confirme à lui-même, que le monde objectif des vivants et celui de la matière intérieure rêveuse sont à l’identique…Que ça remue dans les profondeurs, et que c’est là pour l’éternité, inchangé. Et en effet, on a, nous autres humains, toujours l’image de l’araignée eshlemanienne – celle qui tisse la substance des cauchemars que nous nous appliquons à rendre effectifs : Auschwitz, Hiroshima – dans le coin de la caboche ; ou la bête gravide qui nous allaitera, la vache céleste Hathor ; ou le défilé des ventres et des cornes qui correspondent aux constellations du ciel, et nous gouvernent – nous sommes ce «  on », l’humain collectif, dont les parcelles individuelles combattent pour une image – eidolon, une idole, une « poupée » magique, dit HD dans Hélène en Egypte… la poupée de l’enfance, si vous voulez, en effet… : HD fait dire à Hélène qu’elle avait caché la poupée dans le creux de l’arbre…)
Ceci dit, ce ne sont pas, je pense, mes « cartographie » et « iconographie » qui sont « étranges » : je ne fais que dire ce que j’ai fait et vu et senti dans des lieux connus. N’importe quel touriste peut prendre son billet pour le Brandberg, ou Copán, ou faire sa croisière sur le Yang-tsé… et apporter avec soi son petit volume de vers à se lire le soir après la visite, et son petit carnet de notes… on en fait de très jolis… et ils doivent, de par le monde, être bien emplis d’âneries subtiles, n’est-ce pas ?, au retour des périples modernes… 2

 

Les deux moi.
Celui d’avant et celui qui est latent.
Oui, si on veut, on peut le dire ainsi.
Celui d’avant n’est pas nécessairement celui de l’enfance, quoique, bien entendu, les circonstances, et en particulier les antécédents de l’enfance, viennent imposer leurs angles de vue : l’oncle instituteur en Algérie, les lectures de Bibi Fricotin, la collection de timbres en 6ème, l’aura d’un professeur… Rimbaud lisait le Magasin Pittoresque… Et moi, je lis encore Elisée Reclus et Humboldt (Cosmos est le beau livre de l’intelligence patiente et tournée vers la résolution de l’énigme de la beauté du monde).
Le moi d’avant est celui qui sait qu’il va revenir mais ne sait pas comment ni sous quel visage.
Le moi d’avant est celui qui (se) dissout dans un réel qu’il n’a pas encore réalisé. Et qui ne l’a pas encore réalisé, lui.
Le moi d’après est devenu objectif, il a perdu toute prétention à être seulement moi, il s’est atteint, et s’est coagulé.
J’emploie les termes de l’alchimie. Ils sont inscrits dans les lignes des textes achevés.
Le poème est sans aucun doute le lieu de cette résolution.
L’écheveau, comme vous dites, n’est pas si « embrouillé » : il ne vous apparaît tel que parce que vous êtes sous le coup de la surprise, mais bon, Auxeméry n’est qu’un mythe en formation… Il se déchiffre avec le temps. On s’habitue, j’y arrive.
Concentration, épuisement, disparition – de tout moi.
Le poète a tous les noms. Il désigne, il assigne, il signe.

Le « double » : il « croise avec son côté vaisseau-fantôme »… Je n’y avais pas pensé.
Le côté « vaisseau », oui, à mon avis ; le côté « fantôme » ?
Pas de mysticisme. Cependant un aspect satori, indéniable… Je parle quelque part de cet instant particulier dans une ville chinoise : ma femme et les amis étaient entrés dans une boutique ; ces amis venaient de me faire signe 10 minutes avant du haut du rempart rouge où nous avions grimpé, j’étais redescendu avant eux ; la boutique m’ennuyait ; je m’étais assis sur le bord du trottoir, des gamins alentour. Les joueurs d’échecs étaient plus loin, derrière le mur, sur le bord du fleuve, sous les saules. Soleil, lumière. Eblouissement ? Ou, rien. Mais rien du tout ! Plénitude vide. Là, le double, oui. Qui croise. D’autres lieux, ainsi, identiques en essence : un condensé -- le Canto d’Assouan (c’est dans le feu l’ombre – un titre chinois, ça aussi, parataxe, verbe = nom), le lézard de Delphes, etc.

 

Le croisement du double, c’est le moment précis en son lieu déterminé de la condensation du réel. C’est la définition de toute poésie possible. S’explorer. Condenser. Se reconnaître.

J’en écoute un exemple ce matin : Thelonius Monk, Rhythm-A-Ning, concert de l’Olympia, samedi 7 mars 1965.

 

L’ « écheveau ».
Il est ce qu’il est : une vie comme une autre…
La méthode, par contre : plutôt la « chambre d’échos »… La correspondance constante et universelle.
Il n’y a pas plus de complication dans les barbouillages d’Auxeméry que dans Pound, ou Olson, ou Hésiode, ou Omar Khayam. Ou Ronsard, ou Valéry. Il faut simplement avoir quelques dictionnaires dans la tête (ou sur les tables, ou dessous… Dans mon cas… on marche dessus…)

 

La « forme inversée », le « corps mort du désir » : l’appétit vient en mangeant, ou en baillant… C’est dans Hésiode.
C’est la faille originelle, qui s’appelle chaos…
Une grande gueule s’ouvre, le monde naît. Les dieux dévorent, ils sont tués par des dieux plus … humains, qui rejettent les ombres des géants dans le fond des fonds. La bouche d’ombre continue cependant à hanter. La mort est la vie qui se perpétue. Ce sont là les lieux communs.
Il ne faut pas « tuer le désir pour l’assimiler » : ce qu’on assimile c’est du soi pris sur l’autre, qui est soi, aussi… Tuer est aimer vite. Ivresse.
Le fauve, le prédateur sexuel, le terroriste… ?
N’assimilons pas trop, toutefois !!!
J’hésiterais à parler de « colère » ou de « ressentiment » à propos des ouvrages d’Auxeméry – je veux dire : je ne sais pas si le parallèle avec Girard/Sloterdijk est pertinent…
Du moins je n’ai pas les éléments pour juger de cette pertinence ou non.
Mais en effet peut-être… sauf que dans mes livres je ne veux parler que de beauté… terrible, sans doute, mais beauté.

 

L’Allitération.
Discrète, non constitutionnelle.

 

Les poèmes « inépuisables »…
Que dire ?
C’est bien le moins…
Si un poème ne procure pas une émotion renouvelable, où est le sens du jeu qui met en œuvre ?
« Envie d’ouvrir telle ou telle porte, de suivre telle ou telle piste… » : ils ont été composés dans cette intention-là.
Chacun est autonome, et chacun renvoie à une parcelle du terrain exploré ailleurs, qui fait écho. Cela est dit explicitement à un moment donné, lorsqu’on saute d’un lieu à l’autre (du Brandberg à Oraibi). A vrai dire, qu’un Auxeméry, mythe en formation permanente aille se balader pour son plaisir des plateaux indiens aux abris sous roche dans les montagnes (pourries de crétins entouristés, et de types en 4X4 à fusils automatiques) de Namibie, de la boucle du Niger au sommet du Tai-shan, ça n’a à peu près aucune espèce d’importance…
La bibliothèque et la table de travail sont les véritables lieux de l’accomplissement : la patience, le retour sur soi, la destruction de toute parole fausse, et la construction des pages selon des règles, qui s’inventent à la fois dans l’urgence (la mort est au cœur) et dans l’attente (la vie est autour). Et qui sont de l’algèbre rythmée.
Le tout (le rien du tout) est de parvenir à en faire une parole humaine audible, et résonnante.
Travail fil à fil, dites-vous, pour employer une « métaphore couturière ».
Voilà bien le tout, aussi : un « rhapsode » est un tisseur de mot, dit l’étymologie ; et l’aède (le chanteur, celui qui a pénétré dans la bouche d’ombre, qui est allé voir dans le puits de la grotte l’animal qui rend fou l’humain – le sorcier de Lascaux est mort et en érection, près des excréments d’un animal sauvage qui fonce vers quoi ? -- dans l’obscurité des tréfonds, sous la voûte céleste !) écrit des chants qui sont des « rhapsodies ». 3


1 Les Nornes sont les Parques de la mythologie norroise qui, sous le feuillage du chêne Ygdrasill, l’arbre du monde, tissent le destin des jours des hommes – passé, présent & futur. J’en parle parce qu’en olsonien constant, je les fréquente tous les jours moi-même ! Et parce qu’elles tissent, nous verrons pourquoi plus bas… quand nous parlerons couture…

2 J’ai mes carnets, mes appareils d’enregistrement photographique, mes bouquins… ma bibliothèque ne me quitte jamais, c’est elle qui nous permet de subsister, non ? Tenez, Jung – Psychologie et Alchimie, ou un autre – je le lisais dans une tente située sous un acacia déplumé où venaient pisser et déféquer toute la nuit les cynocéphales, au bord de la rivière Mara ; la journée c’était la contemplation des plaines homériques, la nuit la douche odorante et sous la lampe la prose de l’herméneute… A Olympie, j’ai acheté les œuvres complètes de Séféris, que je traduisais au fur et à mesure des journées, et que j’ai lu pour les camarades un soir dans le petit théâtre de Gythion, là où Paris et Hélène se sont connus bibliquement la première fois dans leur fuite ; en Grèce – autre tour – je refaisais des poèmes chinois du précédent voyage ; et en Chine, je me suis posé une après-midi dans les jardins de Tu Fu, pour une lecture à haute voix, une fois de plus : j’avais mon Demiéville dans la poche, et je l’ai filé au guide après (le pauvre gars était en manque : on ne trouve rien dans les librairies de l’Empire) – généralement j’ameute très bien les compagnons ou les auditrices complaisant(e)s, je les repère dès la montée dans l’avion et les suborne facilement ; en Iran, dans le désert, je pondais régulièrement mes versions de Saadi ou Hafiz et les récitais devant leur tombeaux – pas de mal à ça, le Iraniens eux-mêmes connaissent des kilomètres de leurs poètes et les récitent pour la foule assemblée, quand l’envie leur en prend, c’est-à-dire tout le temps… Si les compagnons intérieurs ne sont pas là, à me parler, je ne vois pas à quoi sert le voyage… Le double que croise Segalen en revenant du Thibet où il n’est pas allé, c’est lui-même.

3 Une anthropologue vient de montrer que les animaux inscrits sur la voûte de Lascaux et des autres grottes ornées de la même façon, sont en fait les signes zodiacaux de nos parents éloignés… Des calendriers symboliques, des livres de consultation du destin… Et je pense à mon ami Eshleman, encore lui, qui remarque qu’on a découvert Lascaux au moment où l’on inventait la mort atomique en grand… Il aurait pu rajouter qu’on inventait aussi le moyen de contrôle cybernétique, l’espionnage universel, et la manipulation des consciences, et la fascination de l’espèce pour la fin de l’espèce – l’exhumation des civilisations disparues pour les mettre aux musées, l’antichambre de la disparition définitive… – Les traducteurs disent « chants » pour Homère : je ne connais que Leconte de Lisle qui dise, comme l’Aveugle, « rhapsodie »… Il a raison.

Gabrielle Althen, Danielle Cohen-Levinas et Alain Duault à Paris, le 4 février 2008

Logo_webLe Printemps des poètes invite à la prochaine lecture du Lundi des Poètes
le 4 février à 19h
avec Gabrielle Althen, Danielle Cohen-Levinas et Alain Duault
à l'Hôtel Claret
44 bd de Bercy, Paris 12e
M° Bercy, sortie rue Corbineau

 

 

Gabrielle Althen habite à Paris et dans le Vaucluse. Professeur émérite de Littérature comparée de l'Université de Paris X-Nanterre, elle se consacre désormais à son œuvre.
Outre sa création propre, (poèmes, nouvelles et roman), elle mène une réflexion sur la poésie et sur l'art et se livre à ce qu'elle considère comme des essais de critique méditative. Elle s'intéresse à la musique dont elle a une pratique privée et à la peinture. Elle a écrit sur l'œuvre d'un certain nombre de peintres. Elle est membre du jury du prix Louise Labé.
Parution récente : Coeur fondateur, Voix d'encre, 2006

 

Danielle Cohen-Levinas, poète, philosophe et musicologue, spécialiste de l'idéalisme musical allemand, de l'opéra et de philosophie contemporaine. Elle est Professeur d'esthétique musicale et philosophie à Paris IV Sorbonne et dirige un séminaire sur Emmanuel Levinas et ses contemporains au Collège International de Philosophie où elle fut directrice de programme. Elle est actuellement responsable depuis 1998 du centre d'esthétique, musique et philosophie contemporaine (Paris IV Sorbonne-OMF), conseillère et directrice de la collection "Le Bel aujourd'hui" chez Hermann.
A paraître : Mort morando suivi de L'amande prophète, Qui est comme Dieu, L'étreinte musicale.


Alain Duault a fait à Paris des études de littérature, philosophie et psychanalyse, puis de musicologie et de piano.
Tour à tour rédacteur en chef, critique musical, il a animé de nombreuses émissions sur la musique classique à la radio et à la télévision
Il est l'auteur de nombreux recueils de poésie et de romans. Il a reçu en 2002 le Grand Prix de poésie de l'Académie française pour son recueil Où vont nos nuits perdues, Gallimard.
Parution récente : Une hache pour la mer gelée, Gallimard, 2006

Anthologie permanente : Tristan Tzara (2)

[…]

 

les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous marchons pour échapper au fourmillement des routes
avec un flacon de paysage une maladie une seule
une seule maladie que nous cultivons la mort
je sais que je porte la mélodie en moi et n’en ai pas peur
je porte la mort et si je meurs c’est la mort
qui me portera dans ses bras imperceptibles
fins et légers comme l’odeur de l’herbe maigre
fins et légers comme le départ sans cause
sans amertume sans dettes sans regret sans
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne
sonnez cloches sans raison et nous aussi
nous ferons sonner en nous les verres cassés
les monnaies d’argent mêlées aux fausses monnaies
les débris de fêtes éclatées en rire et en tempête
aux portes desquelles pourraient s’ouvrir les gouffres
les tombes d’air les moulins broyant les os arctiques
ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel
et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu

 

*

 

je parle de qui parle qui parle je suis seul
je ne suis qu’un petit bruit j’ai plusieurs bruits en moi
un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide
au pied des hommes pressés courant avec leurs morts
autour de la mort qui étend ses bras
sur le cadran de l’heure seule vivante au soleil

 

[…]

 

je pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau de rêve qu’on appelle nous

 

 

Tristan Tzara, L’Homme approximatif, in Œuvres complètes, tome 2, 1925-1933, Flammarion, 1977, pp. 81, 82

 

Tristan Tzara dans Poezibao :
Bio-bibliographie de Tristan Tzara, extraits 1

 

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mardi 29 janvier 2008

Vous, dans la montagne, de Franck Doyen

Doyen

Cela pourrait commencer ici et maintenant dans la montagne. Avec vous (ne vous déplaise). Un « vous » que Franck Doyen martèle inlassablement sans jamais dévoiler son identité réelle. Il y a bien quelques indices : le personnage est un soldat blessé à la cuisse, esseulé sur un champ de bataille, à 2000 m d’altitude. Des corps jonchent le sol autour de lui tandis que résonnent des détonations proches. Mais ce décor uniforme revêt peu d’importance et si ce personnage lutte pour sa survie, ce n’est pas à l’intérieur d’un roman d’action, mais tout au long du sentier rêche et rugueux sous « lalangues ». Vous, dans la montagne constitue une espèce de métaphore de l’écriture, à travers un réquisitoire impitoyable. Il faudra bien régler ces histoires de fuite avec vous-même (…) occupé à houspiller la limite à tarauder vos gouffres (…) le trou béant et rouge fait par l’écriture (…) pour trouver les recoins inhabités en vous (…) et croire encore en quelque chose. Franck Doyen, lui, ne croit pas « vrai-ment » à l’écriture comme secours à une vie désespérément vide. Il se sait écrire dans l’écriture, celle venue d’ailleurs, bien avant lui. Il y a cependant, autour de vous, dans la montagne, des phrases venues mêler le politique au poétique : situations sociales aussi invivables pour une majorité qu’économiquement rentables pour une minorité. Ce livre remue le doute, dénonce le « hamac de l’écrivain » comme piège du néolibéralisme, combat le lyrisme désuet, rappelle les « aliénations par le corps et par la langue, compare le poète à un clown, évoque un « marxisme révolutionnaire avorté ». Vous, dans la montagne, c’est comme si vous y étiez. Pour un peu, vous seriez le héros du livre ! Allez voir et dites-moi si je me trompe.

 

Contribution Alain Helissen

 

 

Franck Doyen, Vous, dans la montagne,  Col. Vents Contraires, éditions Voix/Richard Meier, Mas d’Avall 66200 Elne ; www.voixeditions.com
ISBN : 2-914 640-72-2
Prix : 13 euros (port inclus)

Remise du 10ème prix des Découvreurs de Boulogne-sur-Mer, le 2 février 2008

Le 10ème Prix des Découvreurs de Poésie sera remis à Boulogne-sur-mer
Samedi 2 février à 11h à

Ariane Dreyfus
pour l'Inhabitable, Flammarion
&
Matthieu Gosztola
pour Sur la Musicalité du vide 2 à l'Atelier de l'agneau

Cette cérémonie sera suivie d'une lecture de Léonie Simaga de la Comédie Française qui dira une suite de lettres de René Char à Albert Camus
Salle des Pipots, entrée gratuite