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mardi 29 janvier 2008

Le festival Textes et voix, à Paris

Du 5 au 11 février 2008, un Festival de lectures et de rencontres littéraires à Paris.

 

Des auteurs : Pierre Michon, Jacques Roubaud, Claudio Magris, Nancy Huston, Yannick Haenel, Catherine Millot, Jean-Luc Outers, Jean-Pierre Verheggen, Jean Baudrillard, Assia Djebar...

 

Des comédiens : Hélène Babu, Marie Christine Barrault, Renaud Bécard, Jacques Bonnaffé, Nathalie Boutefeu, Aurore Clément, Christiane Cohendy, Fanny Cottençon, Didier Flamand, François Marthouret, Thibault de Montalembert, Nicolas Pignon, Robin Renucci, Hanna Schygulla

 

Un accompagnement sonore : Alain Kremski, piano, bols bouddhiques
Programme détaillé

 

Mardi 5 Février - Soirée inaugurale
•Pierre Michon, Le roi vient quand il veut (Ed. Albin Michel)
Lecture Christiane Cohendy, Jacques Bonnaffé, Nicolas Pignon
Reid Hall À 20H00

 

Mercredi 6 Février
•Jacques Roubaud, Impératif catégorique, Le parc sauvage (Ed. du Seuil)
Lecture par l’auteur, présenté par Jacques Darras
Reid Hall À 20H00

 

Jeudi 7 Février
•Claudio Magris, Vous comprendrez donc... (Ed. Gallimard)
Lecture Fanny Cottençon
Mairie du 6e arrondissement, Salle des mariages à 19H00

 

•Nancy Huston, Lignes de faille (Ed. Actes Sud)
Lecture Renaud Bécard, Thibault de Montalembert, Nancy Huston, Hanna Schygulla
Mairie du 6e arrondissement, Salle des mariages à 20h30

 

Vendredi 8 Février
•Yannick Haenel, Cercle (Ed. Gallimard)
Lecture Renaud Bécard
Mairie du 6e arrondissement, Salle des mariages à 19H00

 

•Catherine Millot, La vie parfaite (Ed. Gallimard)
Lecture Aurore Clément, Nathalie Boutefeu, Hélène Babu
Piano et bols bouddhiques par Alain Kremski
Mairie du 6e arrondissement, Salle des mariages à 20h30

 

Samedi 9 Février
•Jean-Luc Outers, Le voyage de Luca (Ed. Actes Sud)
Lecture Robin Renucci
Reid Hall à 15H00

 

•Jean-Pierre Verheggen, Sodome et grammaire (Ed. Gallimard)
Lecture Jacques Bonnaffé
Centre Wallonie Bruxelles à 18H00

 

•Jean Baudrillard, Cool memories etc. (Ed. Galilée)
Lecture Didier Flamand et Fanny Cottençon
Reid Hall à 20H30

 

Dimanche 10 Février - Déjeuner-lecture
Exquis d’écrivains (NIL éditions)
avec François Marthouret...
Brasserie Fernand à 13H00
(réservation indispensable au téléphone 01 43 27 47 11)

 

Lundi 11 Février - Clôture du Festival
Assia Djebar, Nulle part dans la maison de mon père et autres textes
Lecture Marie Christine Barrault et Nicolas Pignon
Soirée rediffusée par France Culture
Maison des Cultures du Monde à 20H00

 

affiche du festival et programme complet sur le site de Textes et voix.

 

Pour tous autres renseignements : 06 12 72 55 36
En collaboration avec Tschann Libraire.
Les lectures TEXTES & VOIX sont diffusées sur le site Archivox.

 

 

Anthologie permanente : Roger Giroux

La couleur de la mer est semblable au matin.
Le ciel est plein d’oiseaux que le vent a laissés.
Des navires sont là, des bateaux et des barques.
Et les fruits, calmes, attendent que l’été leur donne la lumière.

 

Et nous allons, par l’invisible porte.
Et dans les grandes vallées bleues du cœur
Où la mémoire n’atteint pas
Une voile s’approche, entre les apparences,
Et fait signe de taire le nom du paysage.

 

Et les arbres s’éloignent dans l’automne
Et recouvrent nos pas de leurs vagues mourantes.
Une ombre va, dans les collines,
Et puis, que reste-t-il de ce pays, qu’un peu de neige
Qui tombe, dans le creux de la main ?

 

L’impossible silence accomplit son espace,
Et voici, lentement, mon image détruite.
Mes yeux perdent le souvenir,
Et mon visage meurt, de miroir, d’absence,
Comme, au fond de la branche, un songe dans sa fleur.

 

Roger Giroux, Le lieu le temps, Mercure de France, 1979, p. 35-36.

 

Roger Giroux dans Poezibao :
Note bio-bibliographique, extrait 1


contribution de Tristan Hordé
 

 

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lundi 28 janvier 2008

Anthologie permanente : René Ghil

Dans les Temps — III

 

Aux armes ! cités d’Europe…
                                       le soir de deuil
est arrivé !

 

               Dites, qu’on ne sort de la guerre
que par la guerre ! — et l’heure des trompettes, dure
au-dessus des étreintes de qui vont mourir !
De sang, de gorges singultuant de rupture —
dure…
       Elles éplorent le soir des Banqueroutes
d’États, les trésors vides par la paix-armée
et la terreur des Uns à grand geste alarmés
et l’angoisse des détenteurs mauvais de l’Or
sentant hideusement aussi, que vient la mort —
car, n’entendez-vous pas :
                          il passe des Bruits sourds
il passe des hans d’hommes dans les alentours…

 

Ils passent en marquant le pas, ils passent en
hurlant par toute route et en des heurts tintant :

 

Allons (la terre, la terre ronde)
allons légèrement, hardiment :
la terre vaste, la terre ronde
est une mère de tout le monde —
allons la terre, légèrement !...

 

Ils passent en marquant le pas, ils passent en
hurlant par toute route et en des heurts tintant
vers ailleurs qui s’en aillent pour pouvoir vivre, ou
pour mourir : et leurs poings tordus maîtrisent d’armes
la nuit venante aux plis des noirs drapeaux d’alarmes.

 

Elles sonnent les Révoltes et Banqueroutes…
Et les hommes des Banques du sang et de l’or
à tous États, de rois et parlements ! ont dit :
— « Votre Empire ne tient qu’autant que nous tenons
ventripotents et vos maîtres, et tous nos noms
se mêlent dans l’histoire énorme de la haine
des peuples ! Nos trésors meurent dans vos trésors
et, las de nous et d’eux, les peuples aux poings tors
de toute part partis nous poussent leur haleine :
que l’emplisse leur mort !
                                         Ils gardent la hantise
cruante des mots qui mentent ! patrie, en eux
retentira au sens de meurtres, et haineux
le vent haut-soulevant des trompettes, attise
le sang des Races ! — Ils ont le goût du sang, et
du heurt vers n’importe le néant, tas muet
ils entreront dans les poitrails les uns des autres
ainsi qu’ils entreraient tragiques, dans les nôtres :
ô rois et pseudo-rois ! l’heure des Banqueroutes
de tout sonne ! et d’aller entreprendre les routes. »…

 

Aux armes ! cités d’Europe —
                                        le soir de deuil
est arrivé !...

Haine immortelle de nos Aïeux
tressaille dans nos artères, et
sonne !
                     contre nous, teint de tous lieux
l’étendard sanglant se lève ! — aux armes !
et sonne dans l’horizon muet
du heurt en nos poitrines d’alarmes
du heurt ardent de notre sang, et
bats!...

 

            Faisant notre entraille pleuvoir
nous sommes l’hérédité vivante
des ventres qui hurlent l’Épopée
du sang large, où se meurtrit le soir
qui rutilait au long de l’épée :

 

au vent des trompettes d’épouvante
qui s’empourprent de notre haleine ! — en
val et mont qui ne sont pas patrie
et peuplant de nos morts d’autres sols
ô toi ! que nos veines ont nourrie !
oui, mène aux meurtres et mène aux viols
ta géniture où hurle l’élan
et sur les peuples d’âme tarie
tiens notre étendard teint de tous lieux !
Haine immortelle de nos Aïeux !…

 

[…]

 

Il n’était de vainqueurs — il n’était que des morts.

----------------------------------------------------------

Et s’entassaient les millions d’hommes au terroir
putride des millions d’hommes ! et, envahies
envahissantes, les patries — d’un seul soir
dont se tord le trépas d’humanités haïes
cendre et tumulte, étaient la même gloire :
                                                                   quand !
comme si sur soi-même s’était la Nature
retournée en sa Matrice, — l’ample navrure
eut du talent sursaut d’animal ! or, aux têtes
montant, l’universel tressaillement vainquant
des atomes humains qui hurlent à la Vie !
tous, à la Vie de son germe inassouvie
et vaste et rauque ainsi que l’aire des tempêtes !

 

…Et les peuples sortirent du guet-apens, — ivres !

 

 

René Ghil, Dire du Mieux : L’Ordre altruiste : probablement 1897, in Le Vœu de Vivre & autres Poèmes, Presses Univ. de Rennes, 2004, pp.334-336

 

Contribution de Jean-Pierre Bobillot

 

Bio-bibliographie de René Ghil

 

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René Ghil

Né en 1862 à Tourcoing, René Ghilbert, dit René Ghil, vécut à Paris de son plus jeune âge à sa mort (1925), mais passa chaque été de longs mois à Melle en Poitou, d’où étaient natives sa mère et son épouse.
Accueilli par Mallarmé, dès son premier volume de poésie : Légende d’Âmes et de Sangs (1885), suivi de la première version du Traité du Verbe que le Maître préfaça (1886), il rompit très tôt avec lui sur la question de l’Idéalisme, qu’il rejetait, avec autant de virulence que la poésie « égotiste », et auquel il opposait une vaste métaphysique de la matière en évolution vers un « Mieux », inspirée des cosmogonies orientales autant que de la science occidentale contemporaine et, en particulier, de Darwin, dont L’Origine des Espèces avait paru en français en 1862.
Conformément à cette « Métaphysique émue », il élabora une exigeante théorie de l’ « Instrumentation verbale », basée sur un sensualisme linguistique inspiré aussi bien des théories sur le langage de Rousseau (Essai sur l’Origine des Langues, 1781) que des recherches récentes en acoustique et en phonétique expérimentales (Helmholtz, Théorie physiologique de la Musique, traduite en français en 1868). Sa pensée se creusant et se précisant, il fera paraître En Méthode à l’Œuvre (1891, 1904), puis De la Poésie Scientifique (1909) et La Tradition de Poésie-scientifique (1920).
En 1889, paraît le volume inaugural de ce qui sera l’Œuvre de toute sa vie, divisée en trois grandes parties : — Dire du Mieux (achevé de publier en 1909)  ; — Dire des Sangs (achevé de publier en 1926) ; — Dire de la Loi (dont seulement trois poèmes ont été écrits). C’est une vaste épopée de la Matière en marche vers son « plus-de-Conscience » — le « Mieux » — à travers l’Évolution des êtres vivants et l’his­toire de l’humanité, depuis les origines de l’univers jusqu’à la prochaine « guerre européenne » (celle qui éclatera en 1914) dont il décrit, dès 1897, les causes historiques et les effets dévastateurs. On y lit en particulier de puissantes évocations des ravages humains, moraux et sociaux, causés par l’extension rapide du capitalisme industriel et boursier, tant dans les campagnes (exode rural) que dans les villes (prolétariat).
Composé en marge de l’Œuvre, Le Pantoun des Pantoun (1902) est un long poème d’un lyrisme à la fois complexe et délicat, où l’exotisme oriental et insulaire se mêle à l’évocation de la rêverie amoureuse. Avant sa mort (le 15 septembre 1925), il avait eu le temps de faire paraître, en 1923, Les Dates et les Œuvres, volume de souvenirs à forte teneur — et saveur — polémique et auto-justificatrice, en définitive fort agréable et passionnant, pour qui s’intéresse à l’époque, ou à son auteur.

 

Bibliographie
Éditions complètes ou anthologiques :
Choix de Poèmes de René Ghil [présentation : Gabriel Brunet, Noël Bureau, Paul Jamati], Messein, 1928
Œuvres complètes [trois volumes], Messein, 1938
Le Vœu de Vivre et autres Poèmes [choix de textes, préface, bio-bibliographie : Jean-Pierre Bobillot + CD Chant dans l’Espace, poèmes lus par RG et JPB], Presses Uni­versitaires de Rennes, 2004
De la Poésie scientifique et autres écrits [choix de textes, annotation, préface, bio-bibliographie : JPB], Ellug, Grenoble, 2008

 

Bibliographie critique (sélective) :
Rythme et Synthèse [numéro spécial « Hommage à René Ghil »], 1926
Robert Montal, René Ghil : du Symbolisme à la Poésie cosmique, Labor, Bruxelles, 1962
Mathieu Bénézet, « L’extrême extrémité de René Ghil », Histoires littéraires n°10, 2002
Gérard Farasse, « René Ghil par intermittence », nord’ n°40 [dossier RG], 2002
Guy Ducrey, « René Ghil et le rythme de la danse », ibid.
Pascale Rougé, « L’Origine du monde », ibid.
Anne Tomiche, « “Instrumentation verbale” et inscription du matériau sonore dans l’écrit : de René Ghil aux avant-gardes », ibid.
Nicolas Chazel, René Ghil : du mètre au non-mètre [mémoire de DEA], Université Stendhal Grenoble-III, 2003
Jean-Pierre Bobillot, « René Ghil et le dépassement des dualismes : un matérialisme métaphysique », et « Avant le futurisme : René Ghil, les Hydropathes, les Incohérents… » [cours enregistrés des 21 mars 2006 et 7 mars 2007, à l’Université populaire de Lyon], http://uplyon.free.fr, 2006, 2007
Jean-Pierre Bobillot, « René Ghil : celui qui a dit non à Mallarmé http://www.sitaudis.com, 2007

 

Fiche compose par Jean-Pierre Bobillot

dimanche 27 janvier 2008

Poezibao a reçu (dimanche 27 janvier 2008)

Cette rubrique suit l’actualité éditoriale et présente les derniers ouvrages reçus par Poezibao. Il ne s’agit pas de fiches de lecture ou de notes critiques et les présentations font souvent appel aux informations fournis par les éditeurs.
Voici donc parmi les derniers envois :
Ghérasim Luca, un livre et un DVD ; une anthologie de textes de poésie « première », rassemblée par l’américain Jérôme Rothenberg et adaptée en français par Yves di Manno ; le dernier numéro de la NRF, où on remarque particulièrement la deuxième partie du dossier italien proposé par Philippe Di Meo ;  deux cahiers d’Anne Mounic dans la collection Encres blanches ; le dernier numéro de la revue Les Hommes sans épaules avec en particulier des articles sur Stanislas Rodanski et André Laude ; et enfin un nouveau Poésie / Gallimard consacré à Christian Bobin

 

 

Luca_cd_comment_sen_sortir Ghérasim Luca
Comment s’en sortir sans sortir, DVD
José Corti et Héros-Limite, 2008
25 €
&
Luca_sept_slogans Ghérasim Luca
Sept slogans ontophoniques,
José Corti, 2008
8 €
attention pour le DVD et le livre, parution le 6 mars 2008
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L’année 2008 sera une année Gherasim Luca : rétrospective de l’œuvre graphique et plastique Cubomanies/Ontophonies organisée par le musée des Sables d’Olonne et qui sera reprise à Marseille au cipM. L’éditeur Corti accompagne cette commémoration d’un livre et d’un DVD :
• « A quoi bon des poètes en ce temps de manque ? « questionnait Hölderlin, « Comment s’en sortir sans sortir », répond Ghérasim Luca.
Comment s’en sortir sans sortir est un récital télévisuel réalisé par Raoul Sangla, rerpis ici en un DVD avec le livre des poèmes. Ce film mythique diffusé par Océaniques en 1989 se trouve ainsi enfin disponible.
• Un bonheur n’arrivant pas seul, dans le même temps, l’éditeur José Corti qui a déjà de nombreux ouvrages de Luca à son catalogue publie Sept slogans onthophoniques. Ils appartiennent à la série des poèmes brefs que Ghérasim Luca conçut et mit en page au début des années soixante. Il y fait tanguer le son et le sens en empruntant aux formes contemporaines de la communication publicitaires ces slogans, proclamations et autres « sémaphorismes » en autant d’interpellations énigmatiques (« Crier taire ! »), de formules « hermétiquement ouvertes », d’allitérations paradoxales et humoristiques

 

 

 

Rothenberg Jerome Rothenberg
Les Techniciens du sacré (anthologie)
Version française établie par Yves di Manno
José Corti, 2008
33 €
attention : en libraire le 21 février 2008
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Chants maoris ou altaïques, cérémonies indiennes, épopées et louanges d’Afrique, hymnes d’Égypte ou du Pérou, cosmogonies d’Asie centrale, du pays Dogon, d’Australie, légendes d’Irlande et de Chine, inscriptions sumériennes, rites de possession, définitions aztèques, « poèmes en prose » esquimaux…. Les Techniciens du sacré présentent tout d’abord un panorama divers et cohérent, un corpus exemplaire de textes « traditionnels », de toutes provenances géographiques et temporelles. Mais loin de s’en tenir à une approche strictement documentaire, le poète américain Jerome Rothenberg a composé son ouvrage comme une anthologie « active », inscrite dans le présent, développant au fil de nombreux Commentaires un singulier parallèle entre ces textes immémoriaux et la poésie du XXe siècle. Selon lui, les diverses révolutions modernes ont en effet replacé les créateurs (et singulièrement les poètes) dans une posture qui n’est pas sans équivalent – au moins à titre analogique – avec celle des chanteurs, chamans ou devins des sociétés dites « sans écriture » et leur confiant le soin d’arpenter les domaines que recouvre la part obscure du langage : le rêve, les visions, la parole des morts…Composé au beau milieu de la grande tornade utopique et rebelles des années 60, ce livre a eu outre-Atlantique une influence notable sur la poésie de son temps. La version qu’en propose Yves di Manno rouvre aujourd’hui ce débat, dans le contexte français.

 

 

 

Nrf Revue La Nouvelle revue Française
janvier 2008, n° 584
18 €
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Ce numéro de la Nouvelle revue française contient notamment la suite du dossier Poésies italiennes (ouvert avec le numéro 583 d’octobre 2007)proposé par Philippe di Meo, près de quatre-vingt dix pages qui s’attachent à rendre compte du foisonnement et de la richesse de la scène poétique italienne contemporaine. Il a retenu ici les poètes Antonio Prete, Franco Buffoni, Riccardo Held, Gabriele Frasca, Tommaso Ottonieri, Marcello Frixione, Roberto Deidier, Florinda Fusco, Paolo Maccari et Andrea Zanzotto (Philippe di Meo a à son actif de très nombreuses traductions en français de cet immense poète).
On trouve également au sommaire de ce numéro, entre autres, des contributions de Gérard Macé, de Guy Goffette ou de Jean-Paul Michel ainsi que de nombreuses notes de lecture (à signaler particulièrement celle que Tristan Hordé consacre à Octobre de Jacques Prévert.

 

 

 

Mounic Anne Mounic
Où vont les hirondelles la nuit ?
La barque du soleil sinue entre nos lèvres
Encres Vives, collection Encres Blanches, n° 302 et 306
6, 10 €
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Dans la collection Encres blanches qui inlassablement publie, sous forme de cahiers 21 x 29,7 cm, les textes de très nombreux auteurs, deux suites de Anne Mounic (connue notamment pour ses travaux autour de et avec Claude Vigée et responsable de la très belle revue en ligne Temporel) : Où vont les hirondelles la nuit ? est dédié à la mémoire d’Evelyne Vigée, l’épouse de Claude Vigée, disparue il y a tout juste un an.

 

 

 

Hommes_sans_epaules Revue Les Hommes sans épaules
n° 23/24, nouvelle série, année 2007
28 €
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Dans ce numéro, à noter tout particulièrement le double article « Les Porteurs de feu », avec d’une part « Stanislas Rodanski » par JM Goutier et Sarane Alexandrian et d’autre part, « André Laude » par Paul Farellier. Numéro riche, très nombreux textes de création et contributions. On peut encore citer un ensemble consacré au poète arménien Daniel Varoujan et un article de Monique W. Labidoire, « Guillevic : un poète dans sa durée ».

 

 

 

Bobin Christian Bobin
La Présence pure et autres textes
Poésie-Gallimard, n° 432, 2008
6,20 €
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Voici un second Bobin en Poésie-Gallimard. Ce volume contient La présence pure (Le Temps qu’il fait, 1999), l’autre visage (Lettres vives, 1991), Lettre pourpre (Brandes, 1994), Mozart et la pluie (Lettres vives, 1997), l’Equilibriste (Le Temps qu’il fait, 1998) et Le Christ aux Coquelicots (Lettres vives, 2002)

samedi 26 janvier 2008

Programmation de la MEL (Paris)

Maison des écrivains et de la littérature (MEL)
Programme des rencontres, Février 2008
Cycle « Actions culturelles »

 

• Mercredi 6 février à 18h : soirée en compagnie de Robert Bober
Projection du documentaire « En revoyant Lire c’est vivre » de Robert Bober (58’, coproduction INA/Images Plus avec le soutien du CNC) suivie d’un débat.
Folie du Canal n°5 / Parc de la Villette
métro Porte de Pantin ou Porte de la Villette
Inventaire Invention / le long du canal de l’Ourcq, face à la Géode
Entrée libre, dans la limite des 50 places disponibles.
Réservation conseillée : thomas.adam@inventaire-invention.com

 

La MEL est partenaire fidèle du stage de formation Faire expérience de la littérature avec un écrivain à destination des enseignants du second degré organisé par la DAAC de Créteil en association avec le pôle multimédia de création littéraire Inventaire/Invention. Les enseignants rencontreront les écrivains Mercedes Deambrosis, Jean-Luc Raharimanana, Sonia Chiambretto et Emmanuel Adely et partageront avec eux, au cours d’ateliers et d’échanges d’expériences, leur approche de la lecture et de l’écriture.
En écho à ces journées, la Mel programme une soirée publique (dans la limite des places disponibles) autour du film de Robert Bober : En revoyant Lire c’est vivre, en présence de l’auteur et réalisateur.
En programmant cette rencontre, la MEL entend faire valoir le travail de fond engagé avec ses partenaires éducatifs (rectorats, académies…) et inscrit cette projection dans une série d’actions manifestes initiées par la MEL pour défendre la place de la littérature sur les chaînes de télévision du service public, combat mené en partenariat avec la SCAM.
Robert Bober est écrivain et réalisateur. Dernier titre paru : Laissées-pour-compte (POL, 2005).
Informations complémentaires

 

 

• Cycle « En débat »
Jeudi 14 février à 18 h – Séminaire : La critique impossible ?
Au Centre de sociologie européenne
EHESS, 54 Bd Raspail à Paris 7e
Salle 412 –Tel : 01 55 25 86 85 –
site internet
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

 

Invité : Emmanuel Burdeau, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma ; son intervention sera suivie d’un long débat, dans le cadre du séminaire « la critique impossible ? » créé à l’automne 2005 par
Christophe Kantcheff et Bertrand Leclair. Organisé avec le concours de l’IFP (Institut français de presse, Université Paris II) et de la Mel, le séminaire est désormais accueilli par l’EHESS, à l’instigation de Gisèle Sapiro. Il est d’accès libre, ouvert à tous les publics motivés.

 

 

• Cycle « Au Petit Palais »
Samedi 16 février de 14h 30 à 17 h : Rencontre avec Jean-Pierre Faye, l’opération ou poésie.
Entretien Michelle Labbé, en présence du poète Tibor Papp
Petit Palais Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill – Paris 8 - Métro Champs-Elysées Clémenceau
Entrée libre dans la limite des places disponibles
« Tant va la langue humaine, narrant et décrivant les choses, qu’en chemin elle les change. » Collectif Change 1972.
Poésie, roman, traduction, philosophie, fondations de revues (Change), de collectifs, de lieux de réflexion, l’œuvre de Jean Pierre Faye, multiple, inépuisable, noue l’art et l’action, l’art à ses effets.
L’œuvre poétique peut être interrogée dans ses liens avec la multidisciplinarité de la revue Change, où elle se publie (Change fut aussi, rappelons-le, un lieu de recherches de la linguistique, du matérialisme dialectique, de la psychanalyse, de l’ethnologie avec Lacan, Deleuze, Lévi-Strauss, Jakobson…), dans sa subtile relation avec la traduction ou le récit, dans le lacis de ses thèmes : amour-guerre-écriture-ville.
Jean Pierre Faye s’entretiendra, en présence du poète Tibor Papp, avec Michelle Labbé.
Jean-Pierre Faye, romancier, philosophe, poète, directeur de recherche au CNRS, est né en 1925. Il écrit de nombreux romans depuis Entre les rues (Seuil, 1958), jusqu’à Les Portes des villes du monde (Belfond, 1977), La Grande Nap (1992) ; des œuvres philosophiques majeures, dont Les Langages Totalitaires réédité en 2004 chez Hermann, ainsi que Le Siècle des idéologies (Pocket, 2002). Il est, en particulier, spécialiste de Nietzsche. Traducteur, homme de théâtre, il est aussi poète et a récemment publié Lou des forêts (Trait d’union, 2004), Désert fleuve respiré (L’Ariane, 2004) Éclat rançon (La Différence, 2007).

La revue Nu(e) à Nice : exposition, lectures

Affiche_nue La Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale de Nice, participe à la promotion du livre et de la lecture en proposant régulièrement des expositions autour du livre et de l’écriture.
Dans ce cadre, la bibliothèque Louis Nucéra vous invite à découvrir l’exposition

 

La Revue Nu(e) se dévoile
14 ans de passion en compagnie de la poésie contemporaine
2 février – 1er mars 2008

 

Créée et animée depuis quatorze ans par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio, la revue NU(e) se signale par la singularité de sa double démarche : la recherche de la qualité et la volonté d’ouverture.

 

Kenneth White écrit : « Éduquez-vous en nudité. Orphée était nu sur une pierre ». Cette volonté de dénuement, de dévoilement guide la démarche de la revue Nu(e) qui existe à Nice depuis 1994 et qui a publié 40 numéros de revues et créé la collection Poèm(e) , l’ensemble des publications cherchant à rendre plus visible le paysage de la poésie contemporaine.

 

L’exposition présentera des livres d’artiste et les oeuvres de nombreux plasticiens (Mario Villani, Jean-Marie Rivello, Danielle Androff, Serge Popoff, Claudine Rovis, Martina Kramer, Youl, Gérard Serée, Mireille Brunet-Jailly, Alberte Garibbo, Henri Maccheroni...) ayant travaillé en collaboration avec des poètes. Enfin des lectures rythmeront ce parcours tout au long du mois de février.

 

Visite commentée de l’exposition :
Vendredi 8 février à 16h par Béatrice Bonhomme et Hervé Bosio

 

Lectures
Vendredi À 17h
•8 février  Marcel Migozzi, A l'inconnu(e), présenté par Claudine Rovis
•15 février  Jean de Breyne, C'est quand l'homme parle, présenté par Laurence Jeandidier
•22 février  Pierre Caizergues, Coïncider, présenté par Béatrice Bonhomme
•29 février James Sacré, Pierres, visages ou paysages : les mots sont-ils jamais nus, présenté par Arnaud Villani

 

Bibliothèque Louis –Nucéra
2, Place Yves Klein - Nice - entrée libre

Anthologie permanente : Claude Louis-Combet

Il était une fois une petite fille si belle qu’elle mourut

 

Où ai-je lu ou entendu cette phrase ? Je ne sais plus. Mais comme quelques autres paroles essentielles dont la source appartient à la nuit de la mémoire, celle-ci fait partie de moi-même. Peut-être suis-je loin d’en saisir toute la signification. Il en est de ces mots comme d’un mystère dont l’initiation ne cesse jamais. La vie semble trop courte et trop dispersée pour en venir à bout — et cependant c’est d’une telle pensée qu’elle reçoit sa lumière.

 

Chaque fois que le singulier hasard des rencontres m’a exposé à la beauté du monde, j’ai éprouvé ce qu’est celle-ci, en son fond : sa radicale fragilité, sa vulnérabilité au temps, son essentielle désolation d’être — et d’être si peu. Je suis de ceux que la beauté désespère.

 

Il était une fois une petite fille si belle qu’elle mourut

 

Le rapport qui lie indissolublement la beauté à la mort, lie, de la même façon, la mort à l’enfance. Là réside entièrement le secret du poème (ou de l’art). Toute beauté procède des mortes enfances du cœur — du point de rupture de l’unité, du déchirement de la faute, de la césure et de la faille. Toute beauté naît de la douleur d’être et porte cette douleur comme la fleur fragile de sa structure. Après seulement commencent la grammaire des formes et la logique de l’expression. Au commencement : blessures et brisure, désir du cri, retenue du cri, renoncement au cri pour une forme plus pure.

 

Je me disais, comme à propos d’une montagne, la beauté est au versant, là où l’amour s’est rompu et replié dans sa mémoire jusqu’au vide où le désir le retient.

 

Claude Louis-Combet, Le petit œuvre poétique [La mort est une enfant et Vacuoles], José Corti, 1998, p. 9 et 14.

 

fiche bio-bibliographique de Claude Louis-Combet

 

 

contribution de Tristan Hordé

 

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Claude Louis-Combet

L'autobiographie doit se développer sur le territoire des mythes, des rêves, des fantasmes. Elle réalise, en ce sens, un projet anthropologique. Le narrateur cesse de raconter sa vie. Il s'efforce seulement de la déchiffrer dans les miroirs des songes collectifs ou individuels. C'est ce que j'ai appelé une mythobiographie.
Entretien avec Alain Poirson, France-Nouvelle 1980, site de l’éditeur José Corti.

 

Claude Louis-Combet est né en 1932, à Lyon et est élevé par sa grand'mère maternelle. Il fera ses études dans des petits séminaires et, en 1950, fait une année de noviciat chez les Pères du Saint-Esprit, puis deux années de philosophie à l’abbaye de Mortain. Après sa rupture avec la vie religieuse et son service militaire, il reprend ses études de philosophie à Lyon, de 1954 à 1958. Il enseigne à Besançon de 1958 à 1992.
Son premier roman paraît en 1970 chez Flammarion, dans la collection Textes, dirigée d’abord par Paul Otchakovsky -Laurens. À partir de 1988 il commence à publier chez José Corti. et à Lettres Vives.

 

 

Bibliographie (Choix)
Romans, récits, nouvelles
Infernaux Paluds, Flammarion, 1970
Miroir de léda, Flammarion, 1971
Tsé-Tsé, Flammarion, 1972
Voyage au centre de la ville, Flammarion, 1974
Mémoire de Bouche, La Différence, 1977
Marinus et Marina, Flammarion, 1979
Blanc, Fata Morgana, 1980
De la Terre comme du Temps, Lettres Vives, 1982
Mère des croyants, mythobiographie d’Antoinette Bourignon, Flammarion, 1983
Beatabeata, Flammarion, 1985
Le Roman de Mélusine, Albin Michel, 1986
Le Chef de saint Denis, Ulysse fin de siècle, 1987
Figures de nuitî, Flammarion, 1988
Le Bœuf-Nabu ou les Métamorphoses du Roi des rois, Lettres Vives, 1992
Augias et autres infamies, José Cori, 1993
Blesse, ronce noire, José Corti, 1993 et 2004
Rapt et ravissement, Deyrolle, 1996
Des Mères, Lettres Vives, 1996
L’Âge de Rose, José Corti, 1997
Passions apocryphes, Lettres vives, 1997
Larves et Lémures, Folle Avoine, 1997
Corpus Christi, Leo Scheer, 2002
Du sang dans les yeux, Virgile, 2003
D’île et de mémoire, José Corti, 2004
Ouverture, Fata Morgana, 2005
L'heure canidée, Léo Scheer, 2005
Les errances Druon, José Corti, 2005
Visitation : nouvelles, José Corti, 2006
Cantilène et fable pour les yeux ronds, José Corti, 2006

 

 

Essais
L’enfance du verbe, Flammarion, 1976
Le Texte au dedans, Ubacs, 1981
Du sens de l’Absence, Lettres Vives, 1985
Écrire de langue morte, Ubacs, 1985, rééd. Babel, 1997
Le Péché d’écriture, José Corti, 1990
Les Yeux clos, Deyrolle, 1991
Ouverture du cri, Cadex, 1992
Le Don de Langue, Lettres Vives, 1992
Dadomorphes et Dadopathes, Deyrolle, 1992
Miroirs du texte, Deyrolle, 1995
Dado, le Sacre du Dépotoir, la Pierre d’Alun, 1996
Le Chemin des vanités de Henri Maccheroni, José Corti, 2000
L’homme du texte, José Corti, 2002
Dado : les oiseaux d’Irène, Laz Différence, 2007

 

Poésie
La Mort est une enfant, Brandes, 1984
Vacuoles, Brandes, 1987
Le petit œuvre poétique [reprise des 2 précédents, avec d’autres textes), José Corti, 1998

 

Traductions de Anaïs Nin (La Maison de l’inceste), Otto Rank (L’Art et l’Artiste) et en collaboration avec Joseph Nass : Erik Erikson (Adolescence et Crise), Otto Rank (Volonté et Psychothérapie).

 

Fiche composée par Tristan Hordé

 

Beaucoup de ressources sur le site de l’éditeur José Corti
une très belle présence sur remue.net, grâce à Ronald Klapka
et également sur le site de Jean-Michel Maulpoix
un texte de Claude Louis-Combet sur le site des écrivains en Franche Comté
Liens vers plusieurs articles sur le site Le Libraire
Un entretien avec JC Millois sur le site de la revue Prétexte

vendredi 25 janvier 2008

Notes sur la poésie : Georges Perros

Il y a toujours quelque chose d’illisible dans un poème (digne de ce nom). L’illisible, c’est le poème lui-même, rendu équivalent à la nature. Incueillable. On se donne des gants en semant.

 

La culture fait des perroquets. Une partie de la poésie moderne — mais qu’entends-je par là ? — est le fait de type pas bêtes qui ont lu jusqu’à la garde, et peuvent à leur volonté singer tel ou tel prédécesseur de leur choix.

 

Tout le monde est capable d’écrire n’importe quoi en se réclamant de la poésie.

 

Un poème, c’est l’intérieur et l’extérieur, quelque chose au cœur de laquelle on peut habiter. Et quand l’intérieur est trop confortable, permet une pose, voire un repos, ça se sent tout de suite. Un poème fait partie du monde, il s’intègre à tout l’invisible, à tout l’ailleurs, à ce que Bonnefoy appelle l’arrière-pays. Il y a des choses qui passent en nous, qui nous traversent, nous travaillent, comme on dit que la mer est travaillée, sans que nous en soyons les maîtres. Ni les esclaves. Le matériau nous ignore, nous lui sommes parfaitement indifférents. À prendre ou à laisser. L’art n’est pas autre chose que la récupération difficile de ces signes qui échappent au quotidien élémentaire, mais comme le tout échappe au détail.

 

Ce qu’on entend généralement par poésie est devenu la tarte à la crème de notre délicieuse société. On va même jusqu’à l’enseigner — l’ensaigner ? — dans les universités, ce qui pourrait suffire à incendier l’immeuble si l’exercice professoral n’était de longue date voué au ridicule de l’inefficacité absolue. Mais il est vrai, vérifiable, que pas mal d’individus diplômés continuent d’expliciter Rimbaud, Cummings, etc. En tout rien toute horreur. Les étudiants n’y voient que du feu, mais ce feu ne prend pas. Nulle part. Ils connaîtront trois vers de X. Y. Z., juste assez pour les citer de travers quand ils seront devenus députés, ministres, président de je ne sais quelle république.

 

Georges Perros, Papier collés 3, Gallimard, 1978, p. 15, 46, 46, 69, 169.

une contribution de Tristan Hordé