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vendredi 29 février 2008

Notes sur la poésie : Jude Stefan

 

 

Et la poésie, elle ? Elle exige une distance dans le langage – on ne poétise pas comme on élabore un roman ou rédige un pamphlet –, elle ne peut répondre à un effort direct, né de la vie même, qui s’inscrirait sitôt en des données verbales propres au scandale ou à la rage de l’être : elle requiert une forme. (À l’opposé de cet artefact D.Collobert a écrit des instants vécus, ponctués de tirets, d’enchaînements de perceptions et sensations unissant vie et écriture, parce qu’elle souffrait cette incapacité d’engagement réel, de témoignage incarné dans le poème, qui l’a menée à son propre renoncement, à ce niveau extrême la littérature étant perçue impossible parce que générale, impersonnelle, négatrice du Soi).
Ces questions ne naissent que d’une croyance naïve en un sujet. Quel est le sujet dans le poème ou le texte – le substrat personnel et fictif ? Beaucoup se croient "auteurs", comme on dit dans les manuels, alors que la littérature est une puissance anonyme de langage, où j’"engage" ma propre mort originelle, en toute perte. Même pas contemporain de moi-même, selon Mallarmé, ailleurs, quelque part dans l’espace virtuel qu’est l’écriture vaine, un simulacre de vérité.

 

Jude Stéfan, "De l’engagement (ou la poésie, elle)", dans Grains & issues, La ligne d’ombre, 2008, p. 64-65.

 

Contribution de Tristan Hordé

Rappel : note de lecture de Grains & issues

 

 

Carte Blanche à Zéno Bianu pour célébrer Daumal

 

 

Dans le cadre du Centenaire
René DAUMAL
(1908-2008)

le vendredi 7 mars 2008
de 18h30 à 21h
à la Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard - 75018 Paris

 

“Carte blanche à Zéno Bianu”

 

Zéno Bianu/André Velter : “La Chance et le Feu” (lecture croisée)
Zéno Bianu/Jean-Luc Debattice : “Rien ne va plus, faites le Grand Jeu” (conférence-performance)
Zéno Bianu/Alain Kremski (bols japonais) : “Variations Daumal”

 

René Daumal dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1

 

 

Création d'un site Roger Munier

 

 

Chantal Colomb-Guillaume annonce la création d'un site web consacré à l'œuvre de Roger Munier. Vous pouvez le visiter à cette adresse.

 

Roger Munier dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1, extrait 2, extrait 3, Les Eaux profondes (présentation)

 

 

Anthologie permanente : Giuseppe Pontiggia

 

 

Aujourd'hui un texte différent dans l'anthologie (la journée étant elle-même un peu exceptionnelle), une réflexion sur le livre et une occasion d'attirer l'attention sur la très belle revue Conférence*

 

 

De la fureur d'avoir des livres et de les accumuler1. On a donné à la passion des livres des noms hyperboliques et des qualificatifs provocateurs. La glorieuse Encyclopédie, au milieu du XVIIIe siècle, avance une savante périphrase, où la compétence étymologique s'unit à une clairvoyance indéniable. La bibliomanie s'y trouve en effet définie en ces termes par la Raison assise sur le trône qu'occupait la Religion :

 

"Fureur d'avoir des livres et de les accumuler"

 

La mania grecque est correctement traduite par le furor latin. Mais au délire de posséder des livres, l'auteur de la notice, d'Alembert, ajoute un verbe d'une précision éclairante :"et de les accumuler". Pourquoi cet infinitif coordonné, qui fait éclater le statisme de la possession et lui imprime une poussée ascensionnelle. Parce que – pourrait-on répondre – c'est là que se cache la clef de voûte de la bibliomanie qui, au lieu de soutenir sa propre construction rationnelle, la fait s'écrouler : le mirage d'un accroissement sans fin, d'une échelle qui s'élève jusqu'à la bibliothèque du Paradis dont Bachelard rêvait pour l'au-delà des bibliophiles, projection finalement accomplie d'un en deçà insatiable.
Mais il y a quelque chose de plus fou que la bibliomanie ou folie d'avoir des livres. C'est la folie de ne pas en avoir.
Ce mystère est encore plus insondable. Aucun objet – pour prendre l'un des mots préférés du monde contemporain – n'est plus parfait qu'un livre qui est tout ensemble cause et effet de tant d'expériences : voyages, aventures, rêverie, désirs, pensées, histoires, personnages, mondes.
Il ne s'agit pas de refuser à autrui le moyen de pouvoir offrir des informations précieuses et parfois irremplaçables. Mais il y a une chose que l'information ne peut remplacer : la formation. Et la formation, ce processus sans fin d'enrichissement et de plaisir, passe par les livres.

 

Aussi voudrais-je poser la question suivante : qui est fou ? Celui qui désire posséder toujours plus de livres, ou celui qui n'en a aucun chez lui, et dans sa tête pas davantage ?

 

Giuseppe Pontiggia, traduction de Christophe Carraud, Conférence n° 24, Printemps 2007, p. 324.

 

1Extrait de Prima persona, in Opere, Mondadori, 2004, p. 1788, 1793.

 

*Semestrielle, avec de très gros numéros de près de 700 pages sur papier bible, Conférence est dirigée par Christophe Carraud et a déjà édité 25 numéros. Revue de littérature, mais aussi de réflexion politique, proposant des traductions de grands textes passés et présents, des inédits d’auteurs essentiels que l’état de l’édition méconnaît, des gravures et photographies.… La poésie y a toujours une place de choix.
Courriel & Site

 

Écrivain (romancier) et critique littéraire italien, Giuseppe Pontiggia est né le 25 septembre 1934 à Côme, Lombardie et mort le 27 juin 2003 à Milan.

 

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jeudi 28 février 2008

Grains & issues de Jude Stefan

 

Stfan001 Littré, cher à Stéfan comme il le fut à Ponge, définit les issues comme « ce qui reste des moutures après la farine, comme le gros et le petit son ». Le titre, Grains & issues, déjà utilisé par Tzara en 1935 (avec et), évoque donc des éléments de nature diverse, ce que confirme le sous-titre, Variété ; ici VIII, parce que dès 1995 Stéfan faisait paraître un livre titré Variété VI, dans la lignée de Variété V de Valéry (paru en 1944) et réunissant entretiens, notes, traductions, lettres, dialogues. C’est à ce Valéry, « l’esprit supérieur, le sceptique, le moraliste » que se réfère Stéfan. Ici, le volume réunit trois types de textes dont on connaît par ailleurs des publications séparées.

 

Pour commencer, un anti-journal – anti- parce que ne s’épanchant jamais sur le quotidien, mais réunissant, pas toujours sous une date, des anecdotes, des propos entendus au café (« Vieux, on ne dort plus. On rêve… à la mort ! »), des remarques qui donnent parfois de Stéfan l’image d’un misanthrope (qu’il n’est pas vraiment) et d’un misogyne (qu’il paraît être dans ses textes – goût affirmé de la provocation). Citons-en quelques-unes : « Nécessité. Une femme, sans autres défauts, aura néanmoins ceux de son sexe – comme l’ânesse de Stevenson », « À Térence. Rien de ce qui est humain ne m’est proche ». Dans ces quinze brèves pages de journal pour deux années, on lit aussi des réflexions qui auraient pu être écrites par un Joseph Joubert, comme : « Étymologie. Enseigner, c’est signaler – ce qu’il faut savoir, ce qu’il faut examiner ». On retrouve aussi, toujours intacte, la passion de la littérature, fondement de la vie de Stéfan : « Littératurite. La seule question qui pouvait l’intéresser : que lisez-vous actuellement (quelle est votre autre vie) – le reste allant de soi ? Nés pour mourir entre les deux la vaine métaphysique ».

Les « Scolies & Apostilles » réunissent des préfaces ou 4ème de couverture écrites pour des poètes qu’il défend (Jeanpyer Poëls, Nicolas Styczynski, par exemple) ou reprennent des notes de lecture, publiées ou non. Elles sont des hommages (un portrait de Perros) ou constituent, dispersés, des éléments d’un "art poétique", analysant cursivement le travail de Zanzotto sur la langue ou l’importance de Ponge et de ses proêmes, dégageant avec acuité ce qui importe dans les vers de Beckett (si peu lus !) : « l’aveu que versifier, c’est rimer, faire jouer les vocables en écho, s’amuser du sérieux métrique (…), qu’écrire est la seule possibilité pour un mort en sursis d’évoquer un mort accompli, lui donner une pensée ». Cette analyse, à très peu près, peut s’appliquer à la poésie de Stéfan. Relecture aussi de 93 de Hugo, où Stéfan repère « un passage incessant à la ligne inaugurant un usage "poétique" de la phrase :

 

Posée par qui ?
Par les événements.
Et pas seulement par les événements…
Il comparaissait devant quelqu’un
Devant quelqu’un de redoutable.
Sa conscience.

 

Varia, enfin, rassemble en partie des textes publiés dans des revues ou des livres collectifs, notamment la réponse à la question Écrire, pourquoi ? reprise d’un livre publié sous ce titre en 20051. On lira également 80 ajouts aux Litanies du scribe, commencées en 1988 et constamment augmentées : un nom d’écrivain est suivi d’un trait, anecdotique ou non, qui pourrait le caractériser. Par exemple, ici :

(...)
E. Morante et ses chats
Verga en visite à Médan chez Zola
Saroyan en road-movie 1963
Walpole atteint de la goutte
Vallejo périssant du hoquet
Blecher immobilisé dans sa gouttière
Bocage livré à l’inquisition
Brioussov et son poème d’un seul vers
(...)


 

Ces litanies sont immédiatement suivies de l’esquisse d’une autre "litanie", un poème (« À nos héroïnes-Héroïdes ») constitué d’une liste subtilement ordonnée de noms de femmes – le Dictionnaire des femmes célèbres publié dans la collection Bouquins est toujours sur le bureau de Stéfan, qui le complète régulièrement. Sont assemblés ici des noms de la mythologie, des noms ou prénoms de cantatrices, écrivaines, poétesses, actrices, peintresses, révolutionnaires, des femmes aimées aussi, tous noms qui peuplent la poésie de Stéfan. Le traducteur des poètes de l’Antiquité donne quelques fragments d’Archiloque, recréation ; ainsi "L’Aimée" : « Elle aimait la branche de myrte / et la belle fleur de rose, ses cheveux / ombrageaient ses épaules et ses reins ». Ce Grec est très clairement proche de Stéfan qui le caractérise ainsi : « Le hérisson qui pique, le renard qui raille sont ses totems ».

Les Varia contiennent des pages sur la poésie, dont j’isole ce qui définit l’activité de Stéfan, « on écrit pour être autre que soi-même » : point de départ sans doute pour réfléchir à ce qu’est l’usage du pseudonyme. L’idée est reprise dans un texte sur l’ennui, dans sa conclusion qui part d’un élément biographique :

 

« Va jouer », disait-on à [cet] enfant saisi par l’ennui et qui un jour eut la curiosité d’apprendre ce qu’était ce malaise dans son dictionnaire familial : « tourment de l’âme », c’était juste, « dégoût de tout », également – il retint donc la sagesse topique d’É. Littré, qui l’aiderait à « écrire » (sortir de soi).

 

L’ennui et Littré n’ont pas quitté Stéfan – ni l’écriture.

 

Une note de lecture de Tristan Hordé

 

Jude Stefan
Grains & issues
, essais ou Variété VIII,
éditions la ligne d’ombre, 2008, 11 €.

 

 


1 Écrire, pourquoi ?, éditions Argol, 2005. On lit un peu plus loin dans Grains & issues un texte sur les photographies d’Olivier Roller, paru dans Olivier Roller, Face[s], chez le même éditeur.

 

 

Eleni Sikelianos & Stéphane Bouquet, à Paris, le 7 mars 2008

 

 

Dans le cadre de la tournée organisée par l’Association Double Change, double lecture de

 

la poète américaine Eleni Sikelianos, traduite par Béatrice Trotignon
et du  poète français Stéphane Bouquet

 

Le vendredi 7 mars à 19h
Point Ephémère - 200 quai de Valmy- Paris 10e (métro Jaurès 2 et 5)
Entrée libre.

 

Autres dates :
-Eleni Sikelianos lira à Montpellier le mardi 4 mars (contact) : -Elle interviendra à l’Ecole Polytechnique le mercredi 5 mars à 18h00, amphi Becquerel
-Elle interviendra à l’université de Marne-la-Vallée pour une conférence-lecture autour de son travail. De 17h30 à 19h00 salle 013, Bâtiment Copernic, UFR de langues, Université de Marne-la-Vallée (contact )

 

A l’occasion de la publication en traduction de Earliest Worlds et de The California Poem (Du soleil, de l’histoire, de la vision, traduction de Béatrice Trotignon, Editions Grèges, 2008), Double Change invite Eleni Sikelianos. Poète américaine, elle a été élevée en Californie. C’est ce territoire qu’elle décide d’aborder dans son California Poem, poème à l’ambition épique placé sous l’égide de Whitman. Récipiendaire de nombreux prix, Eleni Sikelianos vit actuellement dans le Colorado.

 

Poète, scénariste, acteur, Stéphane Bouquet a publié quatre livres de poésie aux éditions Champ Vallon dont Un peuple (2007), tout à la fois réflexion sur la littérature (de langue anglaise d’abord), sur la mort et l’écriture.

 

 

Jean-Jacques Viton & Paul Otchakovsky-Laurens à Marseille le 7 mars 2008

Vendredi 7 Mars 2008, à 19 heures

 

Invit_polodeurdutemps Lectures & Rencontre

Jean-Jacques Viton et Paul Otchakovsky-Laurens

 

Jean-Jacques Viton et Paul Otchakovsky-Laurens liront des extraits de Je voulais m'en aller mais je n'ai pas bougé paru aux éditions P.O.L. en Février. Avant parution, ce livre a fait l'objet d'un feuilleton quotidien du 14 janvier au 14 Février de 24 épisodes sur le site des éditions P.O.L. avec 24 dessins d'Emmelene Landon qui parlera de ce travail et lira des extraits de La tache aveugle à paraître aux éditions Actes Sud.

 

L'odeur du temps 35 Rue Pavillon 13001 Marseille métro Vieux-Port 04 91 54 81 56

Anthologie permanente : Jean-Pascal Dubost


 

Cubilot

tout ce qui m’échine, de ne pas soumettre moindre place à massiau, masselotte, chabotte ou resse, et d’autres grands absents même les là car quoi, des fantômes traînent partout les fantômes se déplacent beaucoup dans grand-mère, amour ou bocard et s’y coulent à leur aise prennent en nous mille et cent puits, plis, dits, vies.

 

 

                                                                             (pour Katy)

 

Bref, forge en ton esprit une terre, qui vaine,
Soit sans herbe, sans bois, sans mont, sans val, sans plaine…

Guillaume de Saluste du Bartas

 

Jean-Pascal Dubost, Fondrie, Cheyne Éditeur, 2002, p. 39.

 

Jean-Pascal Dubost dans Poezibao :
Bio-bibliographie de Jean-Pascal Dubost,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4
fiche de lecture de Monstres Morts,
note de présentations de Nerfs,
une présentation d’Armelle Leclercq,
Vers à vif (parution),
Vers à vif, note de lecture (T. Hordé),
entretiens infinis (
1)

 

 

 

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mercredi 27 février 2008

Off de Huguette Champroux

 

 

Huguette Champroux à quatre ans, lisant seule. Les bijoux en plastic d' Huguette Champroux. Le cendrier portatif d'Huguette Champroux (argenté, rond). […] Huguette Champroux en dactylo puis en femme de ménage. […] Le maquillage d'Huguette Champroux (toujours excessif, souvent décalé). Les bérets d'Huguette Champroux, ses jupes, façon gitane (au sol, damier d'étoiles). Le goût d'Huguette Champroux pour le pastis. […]. Huguette Champroux dans Banana Split ("Cette commotion appelée Poésie")

 

 

Off On aura reconnu dans ces fragments les images d’un cinématon comme les affectionne Liliane Giraudon (Mes bien-aimé(e)s). Le portrait en entier dans la revue Action Poétique, n° 183 (mars 2006) qui s’emploie à mettre en lumière l’œuvre et la personne d’Huguette Champroux (1931-2003) au travers de quelques témoignages, et d’extraits de l’œuvre.

 

Les éditions Le Bleu du Ciel amplifient le processus de reconnaissance, de mise en valeur avec Off, du nom du poème retenu pour ouvrir une anthologie de textes publiés essentiellement aux éditions La Main courante ou Ecbolade.

 

Pierre Courtaud, introduit à l’œuvre par un « Comment cela peut-il fonctionner ? », tandis que Christophe Marchand-Kiss précise en son Prélude : « Une autobiographie est plus rapidement épuisée. Elle n’existe pas, et surtout pas chez Huguette Champroux. S’il y a des signaux, laissons-les à leur vie de signaux. Il n’y a que l’écriture. »

 

L’anthologie couvre les années 1957 à 2003, et offre à la fois une grande variété de recherches formelles en même temps qu’une unité reconnaissable que définit bien Geneviève Huttin qui écrit : « Elle aura cherché à partir d’un voyage à Rome en 1958, la spatialisation, « écrire c’est entrer en espace, au lieu de céder à la séquence temporelle du langage », la spatialisation était une de ses intuitions poétiques, voir son recueil « le Cavalier King Charles » (Action poétique, op. cit.).

 

Dans sa préface à Un Journal (Flammarion), Philippe Beck affirme :
« J’appelle poète l’homme qui scande exactement les phrases de l’éthique à venir »

 

Celles-ci :

 

Je n'arrive pas à naître d'un mot en arrière./C'est ainsi que Je peut s'estomper. Il y a cette réponse./ Le grand texte n'est pas une affaire constante./Mais (je ne me relis pas bien) c'est l'affaire qu'on vous fait entendre toujours quand vous parlez vous êtes quelqu'un. […]
Vous avez un début juste avant le vide. Vous avez de plus un langage qui devrait restituer ce vide. (« La musique adoucit les murs »)

 

comme celles-là :

 

Lucrèce s'irrite quelques fois qu'il y ait tant de différence entre les atomes, - que le souffle ne soit ni l'âme ni l'esprit. Et il commence Dieu sait pourquoi à parler de domination et de lutte des classes. De même chose rare à notre époque il parle du plaisir. Et du sommeil et du rêve.
Et de ce qui est entre nous et les choses (ou à la place de nous) « les simulacres » ?
Soit, prolongements accentuations. Telle est la montagne Ste-Victoire dans le grand texte. Soit escamotage miniaturisation. Et à chaque fois que se présente un obstacle c'est déjà celui de l'idéologie. Il propose de laisser un vide. Le plein étant toujours la mort historique.

 

témoignent de ce souci, comme elles disent un matérialisme poétique qui s’épanouit dans la voix de l’écriture (HC fut productrice à France-Culture, en particulier de Chant pour Pascale) et dont les recherches musicales d’Emmanuel Miéville, son fils sont une sorte d’écho. A cet égard, l’émission Surpris par la nuit consacrée à la poète l’illustrera à l’envi.

 

Aussi le lecteur qui voudra approcher son œuvre aura sans doute intérêt dans un premier temps à ne pas l’aborder de manière linéaire, chronologique, mais plutôt à glaner ci et là selon la forme qui l’aura retenu, ici vers brefs et blancs nombreux, là texte serré, compact, là manière de narration, là encore manière de chant. Et ce sera Sulfures, ou l’Oxane, pour passer à Villégiature, faire le détour par Face A, revenir à La récolte du barras. 350 belles pages s’offrent ainsi à son exploration, son écoute, le rendant sensible à un processus créateur, qu’illustre particulièrement bien « Cette commotion appelée poésie ». Ce titre en hommage à Reverdy (cf. l’exergue), souligne que les recherches formelles d’Huguette Champroux s’inscrivent dans un héritage (tout comme l’œuvre « démarre » dans la mouvance charienne) dont elles ne sacrifient ni la tenue ni la visée, comme en atteste :

 

Projet déterminé (sans date) :

 

Écrire une variation déterminée, serait-ce d'un « formalisme idéaliste ? » (comme à l'accoutumée).

 

Proses poétiques, notes, fictions. Lieux réels. Lieux de langage.

 

Revenir sur les amorces narratives. La voix. La cache. L'oreille enten­due par les gestes. (Ou l'oreille peut entendre le tissu).

 

Tout cela pouvant avoir extension de fragments biographiques.

 

Et, peut-être, phrases (organisant un registre plus narratif) de certains textes écrits ou publiés par ailleurs (plus anciennement)


 

 

 

Huguette Champroux.
Off
Anthologie réunie par Christophe Marchand-Kiss
Parue le : 01/10/2007
Éditeur : Le Bleu du ciel
20 €


Une contribution de Ronald Klapka

 

 

 

Anthologie permanente : Pierre Reverdy (4)

 

 

Départ

 

L’horizon s’incline
                     les jours sont plus longs
                     Voyage
         Un cœur saute dans une cage
                     Un oiseau chante
                     Il va mourir
Une autre porte va s’ouvrir
              Au fond du couloir
                     Où s’allume
                     une étoile
Une femme brune
      La lanterne du train qui part

 

Pierre Reverdy, Plupart du temps, I, 1915-1922, Poésie / Gallimard n° 50, 1969, p. 179

 

 

Ils sentent avec leur tête et moi c’est avec ma sensibilité que je comprends.

***

Il y a beaucoup plus de gens émotifs que de vraiment sensibles. La sensibilité rayonne vers les choses et vers les êtres, vers les autres. L’émotif égoïste est agité d’un mouvement comparable à celui qui secoue le pot-au-feu dans la marmite, il mijote dans ses propres limites. Et cela ne va jamais bien loin quand on ne peut pas sortir au-delà de sa dure peau.

***

Un jour l’homme a décidé de se méfier de ses sens. Mais s’il s’est méfié de ses sens, c’est à cause de son esprit, sans qu’il puisse dire que les sens jugent seuls et se trompent en dehors de l’esprit. C’est peut-être plutôt de son esprit qu’il aurait dû se méfier.

 

 

Pierre Reverdy, En Vrac, Notes suivi de Un morceau de pain noir, Flammarion, 1989, pp. 156, 157, 181.

 

Pierre Reverdy dans Poezibao :
à signaler tout particulièrement, l’important dossier Reverdy (biographie et bibliographie et très nombreux extraits de l’œuvre), composé par Tristan Hordé.
Bio-bibliographie de Pierre Reverdy,
la future édition complète chez Flammarion,
notes sur la poésie, 1,
extrait 1, extrait 2, extrait 3

 

 

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