Tentative inédite pour cette
anthologie d’été. Poezibao se propose
de suivre pendant quelque temps, pour le choix des textes, le fil d’une lecture
en cours, celle du livre de Jean-Claude Mathieu, Écrire, inscrire, sous titre ″Images d’inscriptions, mirages
d’écriture″ (éditions José Corti 2010). Jean-Claude Mathieu, sur la trace des
« inscriptions » cite d’innombrables poètes. Poezibao reprendra certaines de ces citations et tentera de les
compléter, chaque fois que possible, par un autre texte du même auteur.
•La citation d’ Écrire Inscrire
« Daumal polarise la poésie en Poésie blanche et poésie noire, distinguant
le poète noir qui s’asservit aux puissances magiques de la poésie et le poète
blanc qui lutte pour le réel et contre l’imaginaire, mais reconnaît leur
aimantation mutuelle : ″Comme la magie, la poésie est noire ou blanche,
selon qu’elle sert le sous-humain ou le surhumain [...] De fait, toute poésie
humaine est mêlée de blanc et de noir : mais l’une tend vers le blanc, l’autre
vers le noir″ »
René Daumal, ″Poésie noire et poésie blanche », Chaque fois que l’aube
paraît, I, Gallimard, [1954], p. 227, cité in J.-C. Mathieu, Écrire inscrire,
José Corti, 2010, p. 119
sur blanc et noir, voir
ce poème de René Daumal
•Un autre texte de René Daumal
LA PEAU DU MONDE
Je vis et je vais m’interrogeant de la vie,
et l’image méconnaissable de moi-même,
ce monde d’air, de roc, de maisons, de lumières,
de millions de visages sans lois, sans voix
ce cuivre, ce bois verni, ces souffles, ces cris,
tournent, couleurs à fleur de peau,
formes touchées, mangées, où suis-je ?
(non, non, ce n’est pas
une devinette,
hélas, ce n’est pas une
devinette,
que ce soit ici ou
ailleurs
je ne me reconnais plus.)
Ordre si fragile de la géométrie,
ne me prodigue plus les consolations de ton cœur de fer.
Ces jours, je vais dans les couleurs et les sons mêlés,
et je vois la nuit dans les plus vives lumières,
monde, monstrueux fantôme,
ton jour est la plus vide des nuits.
Une voix dit : ″où suis-je ? qui suis-je ?″
Est-ce ma voix dans ce désert ?
La surface de chaque chose
est tendue par la nuit qui la gonfle,
− Oh ! cette nuit en voiles de soleil !
Oui, cette parole dans la bulle d’illusion,
cette parole perdue,
ce n’est jamais que la mienne.
René Daumal, ″L’ennemi du jour », in Le
contre-ciel, suivi de Les dernières
paroles du poète, Poésie /Gallimard, n° 63, 1970, p. 141.
René Daumal dans Poezibao :
Bio-bibliographie, extrait 1, extrait
2, extrait
3
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