Poezibao publiera sous peu une note de lecture de La Chambre du milieu, livre d’Anne Parian tout récemment paru aux éditions P.O.L.
2.
[...]
Ils descendent difficilement de leur automobile neuve sur le gravier qui crisse sous leurs chaussures.
Je cours pieds nus vérifier que leur arrivée me déçoit.
Ils mangent beaucoup de sucreries qu’ils ont apportées que nous n’aimons pas ; nonnettes biscuits à l’orange bonbons mous aux fruits langues-de-chat.
Ils trempent dans leur café et mangent de la viande rouge.
Leur voix montent et se déforment en proportion de ce qu’ils boivent.
Je peux me nourrir de vers sans sourciller de limaces. La vigne pousse au-dessus de moi.
Les haricots verts du jardin vont de la bassine au saladier. Les queues sont laissées sur les feuilles dépliées de La Marseillaise avec les épluchures de l’ail écrasé dans l’huile d’olive
La petite grand-mère est pliée sur les plans de haricots au soleil.
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3.
[...]
Il n’y a que de l’herbe autour de la maison encadrée d’une barrière de béton facile à franchir.
Des voisins ramassent des pissenlits au-delà. Ce sont des herbes avec des fleurs jaunes que nous ne mangeons pas.
Les maisons des voisins ressemblent à celle que nous habitons dressée sur un monticule.
Comme le père je n’existe pas beaucoup.
J’existe comme les pissenlits.
[...]
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4.
Le père de la mère disparaît dans les roseaux du chemin où je ne le vois plus de mon vélo.
C’est une blague.
Il y a de quoi tailler de nombreux arcs sur les bords du chemin.
Il appelle à la rivière pour nous laver au savon de Marseille. Je fuis sous l’eau.
Les poissons que je touche glissent entre les mains. Je file moi-même entre les rochers, sous les algues.
En pliant souplement les genoux en ne se posant pour ainsi dire pas je sais que l’on peut remonter rapidement de l’une à l’autre des pierres glissantes ou traverser le courant.
La végétation n’est pas très belle au bord de la sablière. Je m’en rends compte chaque jour même si je vois parfois un lapin qui s’amuse.
Mais ce que c’est que l’eau qui brille nous ne le savons pas ce que c’est pour qu’elle brille.
Je reste un peu là.
Anne Parian, La Chambre du milieu, P.O.L., 2011, pp. 12-13, 17, 20-21
Anne Parian dans Poezibao :
bio-bibliographie, extrait 1, un article de Anne Malaprade, Monospace (parution)