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mardi 13 mai 2008

Anthologie permanente : Jacques Réda (9)

 

 

Je rappelle la récente parution de Démêlés, de Jacques Réda, chez Gallimard.

 

 

Damnation de Dante

 

J’entrai par une porte d’ombre dans les cieux.
On ne m’avait pas dit « frappe d’abord », ou « sonne » :
Elle était entrouverte et donc j’entre. Personne.
À tout hasard je chuchote « bonjour messieurs ».

 

J’aurais dû cependant aussi penser aux dames
Car un vague parfum dans l’air neutre flottait
En même temps qu’un son d’orgue (quelque motet
De l’Ars nova). C’était bien loin des mélodrames

 

Que l’on m’avait décrits : un fracas, des veilleurs
Ailés avec leur glaive à laser qui foudroie,
Un portier redoutable. Rien. J’étais en proie
Néanmoins au désir de me trouver ailleurs

 

Qu’entre ces murs d’un blanc sévère de clinique.
Rêvais-je ? Étais-je mort ? Plongé dans un coma ?
J’attendais, n’en menant pas très large, comme à
L’école, quand un geste, un accent ironique

 

Me faisait envoyer chez le Père Recteur.
Fallait-il demeurer en silence, poursuivre,
Appeler ? Mais ma voix eût fait l’effet d’un cuivre
Incongru sur ce fond d’orgue. Et vers quel secteur

 

Me diriger ? En haut ? En bas ? À gauche ? À droite ?
Comment en décider dans l’éblouissement
Du ripolin céleste ? Et, certes, en fumant,
On patiente, mais j’avais perdu ma boîte

 

D’allumettes.Était-ce un péché de fumer ?
Et m’en punissait-on de surcroît par malice
Sans m’ôter le tabac qu’avec plus de délice
On roule si l’on songe aux doigts de Mallarmé ?

 

(...)

 

Jacques Réda, Démêlés, Gallimard, 2008, p. 34-35.

 

contribution Tristan Hordé

 

Jacques Réda dans Poezibao :
bio-bibliographie,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7, extrait 8,
Notes sur la poésie, notes sur la poésie 2,
Démêlés
(parution)

 

 

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lundi 12 mai 2008

Anthologie permanente : Lucien Suel

 

 

Suel_2 À titre exceptionnel, pour bien rendre justice au travail de Lucien Suel et en particulier à son vers justifié (le principe : un nombre fixe de caractères par ligne, ici 22, espaces compris*), je joins au texte donné ci-dessous une image scannée de la disposition originale (un clic sur l’image permet de l’agrandir).


 

solitaire sur la route
flamande l’abbé Lemire
marche Sursum corda il

 

coupe dans la forêt de
Nieppe il est loin des
attaches loin de toute

 

limite loin des hommes
de leur conversations
loin de lui-même perdu

 

dans une prière muette
il marche sur la terre
il marche sur la terre

 

demandez la liberté et
épousez la destinée du
peuple mangez son pain

 

et prenez son âme pour
Dieu adieu les poésies
lamartiniennes adieu à

 

la rêverie adieu adieu
l’apiculture bonjour à
l’abbé américain actif

 

poudreux diligent sans
le décorum de l’ancien
régime sans soutane or

 

ne laissons aux Anglo-
Saxons le secret de la
vie ne soyons pas grec

 

ou patriarche oriental
ne soyons pas cet abbé
Constantin ou cet abbé

 

Tigrane le repos c’est
inimaginable notre fin
est la fin de la vertu
[...]**

 

Lucien Suel, La Justification de l’Abbé Lemire, éditions Mihaly, 1998.

 

**Pour lire l’ensemble de ce chant IX et apprécier la disposition voulue par le poète, un clic ou un double clic sur l’image permet de l’agrandir....

 

 

On peut retrouver aussi de très larges extraits de ce poème dans l’anthologie de la revue Le Jardin ouvrier, publiée tout récemment par Flammarion (voir note de lecture de Poezibao)

 

*A propos du vers justifié : « Martial Langellé, Lucien Suel ont commencé à compter les signes : l’unité de mesure est le signe typographique (lettre, signe de ponctuation). Par la place qu’il prend, le blanc entre les mots équivaut lui-même à un signe et on arrive donc, à condition bien sûr d’utiliser des polices de caractère où chaque signe occupe le même espace (le m comme le l, le point comme le tiret), on en arrive au vers justifié (chaque vers a strictement la même longueur sur le papier que ses voisins) (texte publié dans le supplément au numéro 33 du Jardin Ouvrier et reproduit dans l’anthologie Flammarion, p. 302.

 

Bio-bibliographie de Lucien Suel

 

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vendredi 09 mai 2008

Anthologie permanente : Emily Dickinson (12)

 

 

Pour signaler la parution de y aura-t-il pour de vrai un matin, nouvel et très riche ensemble de poèmes d’Emily Dickinson, dans une présentation et une traduction de Claire Malroux, aux éditions José Corti, volume qui vient compléter Une âme en incandescence, paru en 1998 chez le même éditeur. (Attention, livre à paraître)

 

 

Une fois de plus, ma Colombe déconcertée
Agite ses ailes perplexes.
Une fois de plus, sa maîtresse, sur les eaux
jette sa question troublée –

 

Trois fois à la croisée flottante
L’oiseau du Patriarche est revenu -
Courage ! Ma brave Columba !
Une Terre est peut-être en vue (65)

 

 

Once more my now bewildered Dove
Bestirs her puzzled wings.
Once more, her mistress, on the deep
Her troubled question flings –

 

Thrice to the floating casement
The Patriarch’s bird returned –
Courage !
My brave Columba!
There may yet be Land !

 

Emily Dickinson, y aura-t-il de nouveau un matin, traduction Claire Malroux, José Corti, 2008, p. 65.

 

 

L’Esprit est l’Oreille Consciente –
On Entend vraiment
Quand On examine – l’audible -
Qui pénètre – Là –

 

Pour d’autres Usages – comme le Son –
Une Oreille plus petite est suspendue
Hors du Château – elle est Réceptacle –
l’autre – pure – Ouïe – (718)

 

 

The Spirit is the Conscious Ear –
We actually Hear
When We inspect – that’s audible –
that is admitted – Here –

 

For other Services – as Sound –
There hangs a smaller Ear
Outside the Castle – that Contain –
The other – only – Hear.

 

Emily Dickinson, y aura-t-il de nouveau un matin, (poèmes),  traduction Claire Malroux, José Corti, 2008, p. 395.

 

 

Emily Dickinson dans Poezibao :
Bio-bibliographie
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7, , extrait 8, extrait 9, extrait 10, extrait 11,
Compte rendu du livre de Claire Malroux, autour d’Emily Dickinson, Chambre avec vue sur l’éternité,
entretien avec Claire Malroux autour d’Emily Dickinson
Lieu dit l’éternité, Points (parution)
Car l’adieu, car la nuit (parution)


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jeudi 08 mai 2008

Anthologie permanente : Paul Gadenne

 

 

Avoir des mots pour ne pas dire
Des mains pour les reposer
Avoir la force de chanter
Quand tout nous porte à maudire
Avoir la force de chanter
N'avoir pas de mots pour maudire
Avoir la force de sourire
Mourir et vivre sans maudire

 

Paul Gadenne, La petite ourse, "Tragiques", Carnets, La Rue profonde n°3, septembre 1985. p. 114

 

 

Ami de l'eau ami du ciel ami des arbres
Le vent m'enferme en son ressentiment
Le pavé crie le passant me désarme
Le ciel me brûle et ne me répond pas

 

                                                  1954

 

Paul Gadenne, La petite ourse, "Tragiques", Carnets, La Rue profonde n°3, septembre 1985 p. 110

 

 

Il faut tuer les mots retrouver la bonté
Façonner votre épaule à ce tournant du ciel

 

Paul Gadenne, La petite ourse, "Simples", Carnets, La Rue profonde n°3, septembre 1985, p. 37

 

 

Un lent concert de corolles
Fait écho sous mes regards
A celui de maints hasards
Qui se passent de paroles

 

L'éclat vif de leurs couleurs
Exalté par l'agonie
Leur compose une harmonie
Qui découvre enfin leur cœur

 

Et j'admire dans ces choses
Que je regarde finir
Le secret des métamorphoses
Et celui du devenir

 

Paul Gadenne, La petite ourse, "Pour mémoire", Carnets, La Rue profonde n°3, septembre 1985, p. 27

 

 

Ces poèmes de Paul Gadenne sont extraits du recueil intitulé :
La petite ourse, Carnets Paul Gadenne, La Rue profonde n°3, septembre 1985. Imprimé à L’Ecrivain public, Agen. ISSN 0765 - 4170.
Responsable de la publication : Didier Sarrou.
(Renseignements et bulletins de commande sur le site internet : http://WWW.gadenne.org)

 

contribution de Sophie Balso

 

bio-bibliographie de Paul Gadenne

 

 

 

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mercredi 07 mai 2008

Anthologie permanente : Charles Pennequin

 

 

Il est particulièrement difficile d’extraire des textes des livres de Charles Pennequin. Je tente ici de donner un aperçu de son travail en puisant à trois sources, différentes, du premier au dernier livre parus. 

 

 

Essore vide espace devant
les miroirs ici elles se glissent
les formes il faut travailler
la tension des lessives
et leur verbe il faut
la vaisselle les casseroles faire monter
la soupe un certain degré
de paroles contre le mur
et les rires dont les corps
sont rompus à la forme des vieux
restes de cuisine le graillon dans l’armoire
où sont les filtres et les bassines dans
le fluide traverser les chaleurs
qui sommeillent dans un jet les sons
de l’escalier on raccroche
les ustensiles de cuisine et on repart
à ressasser je ne puis m’obstiner
comme un animal interminablement
penser le paysage noter ce qu’il me
faut un groët une brouette ou du fil
pour aller plus loin
plus profond dans les labeurs

 

Charles Pennequin, Le Père ce matin et autres textes, repris dans Fusées n° 10, p. 27.

 

 

Je m’occupe. Je m’angoisse. Je voudrais m’occuper. Occuper mon angoisse. Et occuper toutes les autres. Toutes les angoisses. Tout prendre et tout mettre là. Et puis après redistribuer, comme des maillots de foot. Chacun son maillot angoissant. On fait des équipes. On s’angoisse en groupe. On a des chapelles d’angoisses. Et on prie pour que ça dure.


Trouer le temps. Penser les trous. Penser les trouées. Trouer du temps. Avoir des creux. Sentir le creuser. Penser dans les creux. Comme pour respirer. Penser dans le corps. Le corps du temps. Tenter d’être un respirant. C’est-à-dire un qui pense. Qui pense son un dans les trous pensés. Les trous pensés du temps. Avoir un temps. Être un en une respiration. Les trous respirent. Tous les êtres ont des trous. Sont bourrés. Le souffle bourre. Le souffle va bourrer mon esprit. Tous les êtres pensent en soufflant. Le souffle est la pensée de celui qui a son être qui gonfle. Tous les êtres gonflent. Ils sont gonflants de pensées. Ça les poursuit. L’esprit les suit jusque dans la tête. L’esprit pousse la tête à se jeter dans la bouche. La bouche n’a lus qu’à souffler. A faire pendre dehors sa pensée.

 

Charles Pennequin, La ville est un trou, suivi de Un jour, P.O.L., 2007, p. 105 et 106

 

 

[...] c’est tentant de ne pas désespérer, mais tout est désespérant et il faut le siffler, il faut siffler la désespérance, c’est ça qu’il faut leur dire aux gens qu’on engueule pour la bonne cause, cause toujours, plus tu causes plus je te ferai fermer la gueule face d’oignon, non ? Non tu fermeras pas ta face d’oignon ? Ta face de cul d’oignon prête à peler, toutes les peaux pelées de l’oignon non ? On leur crie ça dans l’oreille, on fait comme des bruits de porte qui grincent dans l’oreille ; on nettoie la cervelle, on crie des chants animaux dans l’oreille des gens, il n’y a plus que ça à faire, il n’y a rien d’autre à faire, ras-le-bol des mots gentils à lire sur des bouts de papier, ras-le-bol de tous vos mots de gens concernés culturellement parlant, maintenant il faut gueuler dans l’oreille, c’est le concept de maintenant, c’est concépété pour maintenant, car maintenant est un temps en vacillement, car maintenant est un temps recouvert de la boue [...]

 

Charles Pennequin, pas de tombeau pour Mesrine, Al Dante, 2008, p. 9.

 

bio-bibliographie de Charles Pennequin

 

 

 

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mardi 06 mai 2008

Anthologie permanente : Clayton Eshleman

 

 

aimé césaire – sortie

 

 

Face au mur du flux de la révolution mondiale hurlant dans l’évaporation

 

Humanité ne change pas, imperturbables nous persistons

 

Sinistre colombe à la tige de belladone

 

Humanité sur le rivage, fouettée par la fine écume de la Voie Lactée

 

Notre secret ? Nous adorons la violence, tel le jaguar ivre sur ses ongles rouillés

 

Tueurs orgastiques en puissance / impotent peuple décent

 

La table-mère bardée de bonheur béat avec sur la tête la Mort sans yeux

 

Famine pour l’enfant né sur une feuille d’automne

 

Scarabée d’encre effaré devant la chrysalide des tombeaux

 

Jet de l’entremêlement inséparable de la matière avec son grain spirituel

 

Trompette-squelette par où s’enroulent les lèvres de lamproie de notre natale délectation.

 

 

Clayton Eshleman, texte inédit, composé après la mort d’Aimé Césaire, traduction Auxeméry

 

©Clayton Eshleman et Auxeméry pour la traduction

Contribution d’Auxeméry

 

Angoisse, une porte, Le Portel, le corps penché sur la roche déchiquetée, dans la vase, on rampe dans le noir, on va cerner ce qui boutonne là – ou bien déboutonner cette cage obscure dans laquelle l’animal et l’humain forment copules – ou bien sont-ils en train de se délynxer ? Sont-ils déjà lui objet, et lui sujet, dans l’atmosphère de la grotte amniotique, s’observant l’un l’autre au travers de la barrière du mot, la chair ?

Clayton Eshleman, Hadès en manganèse, traduction Auxeméry, Belin, 1998, p. 13.

 

 

Bio-bibliographie de Clayton Eshleman

 

 

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lundi 05 mai 2008

Anthologie permanente : Florence Pazzottu (8)

 

 

De Florence Pazzottu est paru tout récemment La Tête de l’Homme, dans la collection Déplacements du Seuil.

 

À contre-pente

 

Écrire est une contre-pente, cet éveil, ce
recueil des forces qui résistent à la mort (aux
pentes de la mort, chaque jour, gestes, mots, dedans,
dehors, induits cachés – banals – ou assénés), cet
effort bienheureux, bienveillant et rude parfois,
éprouvant pour que soient préservés, à venir le
vivant, le singulier de l’homme et l’énigme qu’il
est pour l’homme et que ne perce (pas plus que pour le
vers) la divulgation ni de son nombre – ne fait
pas somme, crie plutôt l’opacité accrue, la
défaite de qui tente l’élucidation du
mystère de l’espèce parlante en la visant
du dehors comme un genre connu – ni de son vide
supposé ; par grâce, ou sursaut vif, apaisant
l’inflation dure, l’éruption de substance de
son centre introuvable et que manquent – mais elles pèsent,
menacent – toutes les tentatives de fabrique
et commerce du vif : l’homme serait – ainsi nous
parle « écrire », à contre-pente – non pas cet
animal-parlant, anomalie ou perfection,
seuil, achèvement de l’évolution, mais dans
la nature une coupe (trouée – comme le vers
taillant la phrase) – une percée énigmatique.

 

Florence Pazzottu, La Tête de l’Homme, Le seuil, 2008(collection Déplacments), p. 100

 

Florence Pazzottu dans Poezibao :
bio-bibliographie,
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6 et revue Amastra-N-Gallard, extrait 7,
lecture de l'Inadéquat,
lecture en trio à la Maison de la Poésie de Paris (mars 06),
entretien avec Elke de Rijcke,
La Place du sujet (parution),
autour de la Place du Sujet (Prix des découvreurs),
Sator, (parution)
La tête de l’homme (
parution),
La place du sujet
(note de lecture),
La Tête de l’homme (note de lecture)

 

 

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vendredi 02 mai 2008

Anthologie permanente : Mario Luzi (6)

 

 

Les hommes ou leur masque

 

Les hommes ou leur masque
quand à un signal incompréhensible
là dans la comédie grouillante
l’action s’interrompt
et que s’arrête, d’un coup, le jeu des rôles
                                           les voici
qui impitoyablement
surpris par ce vide
et en lui par un caillot foudroyant
un à un de leur vérité incertaine émergent
encore plus gauches,
se détachent encore plus fats
dans cette fosse neutre désolée, tous,
ceux qui s’assoupissent
dans leur grandeur présumée ou feinte
et les autres qui vocifèrent
et rossent des nullités excitées, tous,
tous pareillement…
                     mais ce n’est pas
là l’enfer
qui soudain transparaît,
ce n’est pas la mort, cela, ce sont les semailles,
ce n’est qu’ainsi qu’ils germent à nouveau
et sont reconquis par le mouvement,
le feu, l’éternelle métamorphose.

 

 

 

Gli uomini o la loro maschera

 

Gli uomini o la loro maschera
quando per un segnale incomprensibile
lì nella brulicante commedia
l’azione s’interrompe
e ristà, a un tratto, il gioco delle parti
                                      eccoli
che impietosamente
sorpresi da quel vuoto
e in esso da un fulmineo coagulo
ciascuno dalla sua malcerta verità risaltano
ancora più goffi,
spiccano ancora più fatui
in quella neutra desolata lacca, tutti,
coloro che si appisolano
nella loro grandezza presunta o finta
e gli altri che vociferano
e pestano concitate nullità, tutti,
tutti ugualmente…
                   ma non è
questo il tralucere
improvviso dell’inferno,
non è la morte, questa, è la semina,
solo così rigermogliano
e sono riconquistati al movimento,
al fuoco, all’eterna metamorfosi.

 

 

Mario Luzi, Pour le baptême de nos fragments, traduit de l’italien par Philippe Renard et Bernard Simeone, précédé d’un entretien avec l’auteur, Flammarion, 1987, p. 209 et 208.

 

 

contribution de Tristan Hordé

 

 

Mario Luzi dans Poezibao :
Bio-bibliographie, en poésie/Gallimard (05), extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extraits 5

 

On peut trouver aussi de nombreux textes de Mario Luzi sur le site Terres de Femmes

 

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jeudi 01 mai 2008

Anthologie permanente : Auxeméry (3)

 

 

avec cette voix...

 

 

avec cette voix que j’ai     lisant
& marchant     respirant     m’en allant vers –

 

        cette voix qui règle
        ce qui ne sait     qui

 

        cherche à ordonner
        ce qui ne se peut

 

        qui fluidifie & qui conçoit

 

        qui coagule & qui disperse -

 

avec cette voix qui me vient quand
je veux vouloir     & que je sais que

 

je ne pourrai bientôt plus parler     je ne

 

serai plus que cet écho en train de
s’évanouir
        & avec cette voix qui me fait

 

dire que je ne suis que cet écho de moi-même
& qui va où je ne saurais plus être que souvenir

 

sédiment     sable solide     crispation infinie –

 

cette voix qui me dit que je ne suis déjà plus
marchant & lisant
        ni respirant ni m’en allant vers –

 

je parle cependant m’entends me penche sur le puits

 

vois ces signes dont le sens importe sans parvenir
à fixer quoi que ce soit qu’eux-mêmes     plonge

 

m’en vais me voir disparaître dans l’ultime écho     avec
cette sorte de faiblesse minérale du souffle où je sais

 

que je vais me reconnaître     lisant     marchant     m’en allant

 

vouloir encore & ne sachant & ainsi marchant & lisant :

 

vouloir encore & ne sachant & ainsi marchant & lisant :

 

                                                                          ligne

        ligne               ligne               ligne de

 

        sens informe      nasse               réseau

 

de voix d’outre-moi       écho nombreux            sourde

 

        machinerie         lacis               torsion

 

– Au fond du puits
        la veine creuse cette
        voix multiple – mots plaqués

 

        lisibles particules du minerai sur
        la paroi du ventre de terre humide

 

        leurres pourtant        & impostures     toujours

 

        marchant lisant mourant à chaque pas

 

        en allé à jamais dans la chambre d’échos     dans

 

        la convulsion d’un souffle figé dans la vacillation

 

        des voix livre cols lèvres béant souffle insensé

 

Auxeméry, Codex, Flammarion, 2001, pp. 56 & 57

 

Auxeméry dans Poezibao :
Bio-bibliographie, les animaux industrieux (parution), extrait 1, extrait 2,

 

Je rappelle que je mène avec Auxeméry des entretiens au long cours, dont quatre volets sont déjà parus :
entretiens infinis (1, 2, 3, 4)

 

 

 

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mercredi 30 avril 2008

Anthologie permanente : Friederike Mayröcker (6)

 

 

7.12
(nous nous laissons enchimpanzer
par le balancement des couronnes de fleurs
et torchons de mains bleues dans le ciel...)

 

je veux dire couronnes, couronnements de fleurs, eau fureteuse dans les casseroles déchaînées sur le feu, huile pourpre sur le sol de la cuisine, ainsi qu’épais serpentins de miel à force de tenir incliné le pot de miel ouvert, l’aide de maison ou de main me fait défaut, je dis à Blum, toute visite malvenue, je dis à Blum, nous nous téléphonons à la même seconde, de sorte que les deux lignes sont occupées, exquises coïncidences, je dis à Blum, les flocons vestimentaires neigent dans mon hébergement, je lance à Blum, un classique douleur le 30.1.97, je dis à Blum, voilà ce qui m’est venu pendant le bain de pieds aujourd’hui, sur les genoux le Hopkins ouvert à recopier, les poissons rouges de Matisse sur l’écritoire, couleur de rose scintillant dans le ciel matinal, dans le ciel vespéral, puis nous nous laissâmes, Joseph et moi, susprendre / surpoudrer par les constellations, je dis à Blum là / ça / cela ne se laisse pas tout simplement raconter, et puis toute cette histoire de mimésis me paraît devenue bien douteuse, à moitié endormie c’est à nouveau 1 ange rouge sombre qui m’apprend la tentation de me livrer une fois de plus : encore et encore, à l’ivresse de l’hiéroglyphation – remarquez l’usage de ce terme, lecteur abasourdi – car il ne s’agit pas que d’1 copiage, mais 1 tâtonnement, tatillonnement, tourbillonnement, titillement de signes, sons, sentiments, embrasements, déchirements, démontages d’idées, expériences, souvenirs, couleurs et d’1 recomposition, resoudage en de nouveaux objets n’ayant jamais existé auparavant, apparitions enflammées, grives, mèches de mots s’écoulant en flots blonds des murs de la boutique du fleuriste, treillage de raphia, larmes et aveuglements, nous sommes alors aveuglés de larmes, ravis par la boucle d’attente des oiseaux chanteurs, [...]

 

Friederike Mayröcker, brütt, ou les jardins soupirants, traduction de l’allemand (Autriche) par Françoise David-Schaumann et Hugo Hengl, Atelier de l’Agneau, 2008, p. 189.

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