mardi 05 juillet 2005

Anthologie permanente : Adrienne Rich

050705richExtrait de Depuis une vielle maison d’Amérique

12

Si c’est le désir qui nous a définies -
leur désir et leur peur de nos lieux profonds

nous avons fait notre temps
comme des torses sans visages léchés par la flamme

Nous sommes à l’air libre, en chemin –
nos équivalents

le geai des pins, le minuscule
insecte aux ailes dorées

Le Cessna au vrombissement égal
Le corbeau planant dans la gorge

La vulve rose et violette de la terre
s’emplissant d’ombre

mais au plus profond une simple étincelle
de rouge, un feu humain

et proche mais au-dessus la planète d’occident
attend calmement son heure.

Adrienne Rich, extrait de Poems 1959-1974, traduit de l’anglais par Claire Malroux, Le Nouveau Recueil, n° 49, décembre 1998-Février 1999, p. 68.


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lundi 04 juillet 2005

Anthologie permanente : Malcolm Lowry

040705lowryPour célébrer la parution chez Denoël de Poésies complètes de Malcolm Lowry, traduit de l’anglais par Jacques Darras (mais le livre n’est hélas pas en version bilingue). Si quelque lecteur anglophone dispose de la version originale et peut me l’envoyer, j’en serais très heureuse.

 

SONNET
Cette ruine à présent où la lune marche seule
Éclairant l’araignée en sa toile et la rose
J’y fus auparavant, j’aimai chaque pierre sombre ;
S’il y en eut aucune, des ombres je fus l’une.
L'oreille comme à une conque, ce jour-là, je perçus
Dans l’invisible tout massivement délettré,
Un mot unique et vrai mais non d’éternité,
Arraché aux étranges mutations de l’âme ;
Cette ruine, soit masure soit palais, apaisera
A la fin ce qui fut dévasté ; conduis-y
Le futur famélique et le passé sanglant
Dans sa nuit. Seule la lune fera assaut des marches
A l’escalier en ruine vers ce qui eût pu être
pour, un temps, s’y asseoir, pauvre reine aveuglée.

Malcolm Lowry, Poésies complètes, traduit de l’anglais par Jacques Darras, Denoël, 2005, p. 245.

Ce poème est extrait des poèmes de jeunesse ou Juvenilia. 1925-1933. Jacques Darras le traducteur explique dans ses "notes sur le texte" qu’il a « choisi de suivre l’excellente édition des Poèmes complets de Malcolm Lowry (The Collected Poetry of Malcolm Lowry) établie par la chercheuse universitaire canadienne Kathleen Scherf et publiés par l’Université de British Columbia à Vancouver en 1992. Dans cette section, le sonnet ci-dessus commence au vers 241.

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dimanche 03 juillet 2005

Anthologie permanente : Béatrice Douvre

030705douvre Je remercie Gabrielle Althen qui a bien voulu porter à ma connaissance le très beau dossier spécial que la revue Linea, numéro 4, été 2005 consacre à Béatrice Douvre.

LE JARDIN

Arrête-toi au fond de ce jardin

Pour l’air et pour le peu de roses

Arrête-toi, je te rejoins

Tu es plus belle que mon attente

Plus terrible encore quand le temps cesse

Car tu as cessé de vivre dans le temps

Mémoire

Poussant le grillage de fer

Pas à pas sur les terres humides

De la rosée plus que le jour

Je te rejoins

Il n’y a plus personne dans ce jardin

Les quelques pas avaient gravé la terre

C’était mon pas

Ô disparue derrière les ronces.

Béatrice Douvre, Poème isolé, écrit en 1989 et 1993, publié par la revue Linea, n° 4, été 2005, p. 14.

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samedi 02 juillet 2005

Anthologie permanente : Paul de Roux

020705paulderoux LA MAIN TENDUE

Sur les feuillets en désordre,

un dictionnaire, un carnet d’adresses

tombe un rayon de soleil,

une main tendue d’Hélios,

- puissé-je, telle la plante qui végétait,

m’en saisir, me redresser,

aller vers la source de la lumière,

sans connaître le chemin, par cet appel d’air

qu’ est aussi un rayon de soleil

quand il suscite des ailes invisibles,

aux capacités inconnues, bientôt repliées.

Paul de Roux, A la dérobée, Gallimard, 2005, p. 59.

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vendredi 01 juillet 2005

Anthologie permanente : Rita Dove

010705ritadoveDÉFINITION DEVANT UNE FUREUR CONTENUE

Cette libellule ventrue accrochée
au mur, ailes de filigrane en lambeaux,
(coulées décolorées sur la soie jaune)
qu’est-ce ? Balancier
pour tuer le temps, larme
gelée, melon d’hiver
à la chair blanche et douce ?
[...]

"ça fait combien de temps… ?
Trop. Chaque note glisse
en reproches geignards, phalanges
scarifiées de douleur, fossés creux
où se planquer comme un esclave
fugitif le cœur aux abois. Des jours
d’ampoules à cacher aux enfants.
Suspendue à un fil. Un jour,
menace-t-il, j’vais
tout lâcher

 Rita Dove, Thomas et Beulah, bilingue anglais/français, traduit de l’américain par Jean Migrenne, l’Harmattan, 1999. p. 44 et 45

DEFINITION IN THE FACE OF UNNNAMED FURY
That dragonfly, bloated pinned
to the wall, its gossamer wings in tatters
(yellow silk, actually, faded in rivulets) –
what is it ? A pendulum
with time on its hands, a frozen
teardrop, a winter melon
with a white, sweet flesh ?
[...]

"How long has it been…?
Too long. Each note slips
into querulous rebuke, fingerpads
scored with pain, shallow ditches
to rut in like a runaway slave
with a barking heart. Days afterwards
blisters to hide from the children.
Hanging by a thread.
Some day,
he threatens, I’ll just
let go.

Rita Dove, Thomas et Beulah, bilingue anglais/français, traduit de l’américain par Jean Migrenne, l’Harmattan, 1999. p. 44 et 45

jeudi 30 juin 2005

Anthologie permanente : Henri Droguet

Ce texte est un inédit qu’Henri Droguet a bien voulu m’envoyer parmi d’autres textes au mois d’avril. Je lui dis toute ma reconnaissance.
Je n’ai pu m’empêcher de penser en le lisant au récit de Margo Berdeshevsky et à son poème extrait du Tsunami Notebook

PAROLE DU DRAGON
le commun lait lu(mi)neux
rétame l’opacité limpide d’un étang
trace trames perdues
ma pluie pour mémoire distille
laque la multimamelue Cybèle
mes grands tiroirs d’herbes
et d’ombres des dimanches
parlementeur enfin rendu au so-
eil galet de cirage noir
qui dans les cieux démesurés
moins qu’un clin grésille
le journalier convive grelot
d’argile à ses petits verres
court à matines un verger à quinconces
où le vent fabrique aux recreux
ratisse craque la belle ombellifère
et l’âpre verjus s’écoule au fossé
le gyrovague inconnu sort une fois
encore du champ gueule-chante
    "à la fraîche me suis levé
    j’ai salué la marguillière
    et nous avons débagoulé
    avant de passer les barrières
"

la vie bouge dans tous les sens
la mer est en dérangement
la terre tantôt va s’ouvrir
sous vos pas le bleu
le bleu c’était bien plus que du rêve.

22 février 2005

Henri Droguet, poème inédit.

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mercredi 29 juin 2005

Anthologie permanente : Marie Etienne

la nuit finie elle prend
        le temps
de la recomposer
        morceau
après morceau
        elle croit
que leur histoires
        sont noires
et blanches emmêlées
        elle veut
lui dire mais elle ne l’ose
        tant d’arbres
autour de leur sommeil
        lié
à l’air de la forêt

    La Plaine a deux journée de long et un
beau et long Fleuve qui a le nom d’Araxe.
    Il y a mains beaux fois dans lesquels il
y a maints oiseaux et des ânes.

Marie Etienne, Anatolie, Flammarion, 1997, p. 61.

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mardi 28 juin 2005

Anthologie permanente : Michel Butor

HAMLET 2 :

Où me conduis-tu ? parle
    je n’irai pas plus loin

Pauvre ombre
    Je suis prêt à t’entendre et à t’apaiser

Terre et ciel enfer infamie
    calme-toi mon cœur calme-toi

Ce n’est pas l’oubli que tu cherches
    mais la manifestation des victimes

Oublier non pas oublier mais mourir que la victime
    enfin ne soit plus oubliée pour qu’on meure

Mourir non pas mourir mais dormir que la victime
    enfin meure doucement pour qu’on dorme

Dormir non pas dormir mais rêver que la victime
    enfin dorme paisiblement pour qu’on rêve

Rêver non pas rêver mais s’éveiller que la victime
    enfin rêve délicieusement pour qu’on veille

 

Michel Butor, Gyroscope, Autrement dit, Le Génie du Lieu, 5 et dernier, porte chiffres, Gallimard, 1995, p. 91 (Château)

lundi 27 juin 2005

Anthologie permanente : Marie-Florence Ehret

270605ehret_1Marie-Florence Ehret, rencontrée au Marché de la Poésie, a bien voulu me confier Plus vite que la musique, son dernier recueil encore inédit, dont j’ai extrait ces deux poèmes

4
Un peu de solitude
dans le café du matin
pour que le temps
s'aère.

Un peu de silence
entre les mots
pour qu'ils battent
des ailes.

Un peu de paix dans l'épaisseur
des jours jetés sur nos épaules
un peu d'eau sous le manteau
pour survivre





5
Dépouillé l'arbre
sera sans ombre
pur signe noir
dans la lumière

alphabet du silence précédé
de la mort flamboyante des feuilles.

Je laisse derrière moi
à la fécondité du vent
des champs brûlés

Et sur les eaux du temps
je marche
en tremblant

Marie Florence Ehret, Plus vite que la musique, Deux poèmes inédits.

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dimanche 26 juin 2005

Anthologie permanente et parution : Henri Pichette/2

Les Ditelis du rougegorge, poèmes inédits, et une nouvelle édition de Dents de lait dents de loup du poète Henri Pichette, paraissent en librairie en ce mois de juin 2005. Occasion de faire entrer Henri Pichette dans l’anthologie permanente de Poezibao où il ne figurait pas encore. Hier samedi 25 juin 2005, présentation et un extrait de Les Ditelis du rougegorge, aujourd’hui, dimanche 26 juin 2005, présentation et un extrait de Dents de lait dents de loup.


260605dents_de_lait_pichetteDents de lait dents de loup : extrait de la présentation de l’éditeur
Dents de lait dents de loup fut le dernier recueil publié en 1962 par Henri Pichette (1924-2000) avant un long silence, au terme duquel il entreprit la correction de ses œuvres. Les Dents de lait sont les premiers poèmes de Pichette, écrits entre 1942 et 1944 tandis que les Dents de Loup furent composées de 1947 à 1958.
Cette nouvelle édition par Gallimard comporte les dessins que Roger Mandel, ami de Pichette, avait conçus pour sa toute première plaquette, Quatre poèmes, tirée photographiquement à deux exemplaires en 1943. Roger Mandel est mort en 1945 des suite d’une grève de la faim comme objecteur de conscience.

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L’ÉTÉ (extrait)

         Le soleil tape sur les enclumes de granit.
        L’herbe métallique vibre, au flanc de l’immense vague pétrifiée.
        Je cours, un feu de joie plein la poitrine.
        La gloire d’une vallée m’arrête d’émerveillement.
        (Encore un horizon que je devrai à la délicatesse d’un tournant de sentier !)
        Un million de pampes crépitent.
        Tarins et pipits se tiennent clos et cois sous les ombrages, et les pies achalées ne se jacassent plus d’un arbre à l’autre.
[...]
        Certaine sauterelle orangée visite à la venvole un grand aubifoin des montagnes.
        - Tant de beauté (dôme d’azur, escarpements pour chèvres à sonnailles, sous-bois moussus, plateaux flattés de bise, épicéas fûtant droit au ciel), tant de bonheur est-il pour satisfaire une soif de possession, le goût impérieux du bien-être ? Pareille félicité, on soupirerait à la garder toute.
[...] Combloux, 1949.

Dents de lait dents de loup, Gallimard, 2005, p. 41
ISBN 2070773302, 10 €

samedi 25 juin 2005

Anthologie permanente : Henri Pichette

Les Ditelis du rougegorge, poèmes inédits, et une nouvelle édition de Dents de lait dents de loup du poète Henri Pichette, paraissent en librairie en ce mois de juin 2005. Occasion de faire entrer Henri Pichette dans l’anthologie permanente de Poezibao où il ne figurait pas encore.

Ce samedi 25 juin 2005, présentation et un extrait de Les Ditelis du rougegorge, demain, dimanche 26 juin 2005, présentation et un extrait de Dents de lait dents de loup.

Les Ditelis du rougegorge, extrait d’une note de l’éditeur
« ce petit livre qu’Henri Pichette a laissé avant de mourir sur sa table de travail comme un testament poétique est issu d’un vaste projet qui occupa plus de vingt ans le poète. Il avait choisi d’entrer en silence pour "faire un grand livre avec un petit oiseau". Il accumula des centaines de données sur le rougegorge….. »


                                Juste avant l’aube quand les oiseaux sortent
                                                        du sommeil,
                                                            Et puis       
                                   À l’heure où monte à l’horizon l’ostensoir            
                                                            du soleil,
                                                              Aussi
                                    Lorsque, lente, la nuit descend qui se met       
                                                            À la brune
                                        Et que va s’élever comme une hostie
                                                        au ciel la lune,
                                              Toi, rougegorge, tu témoignes
                                                          En susurrant,
                                                            Modulant,
                                                           Ramageant,
                                            Tu litanises à l’infini exquisément,
                                               Tu cisèles ta kyrielle de trilles
                                                    à l’extrême de l’aigu ;
                                    Tes microsons par mille échappent à l’oreille :
                                            Les gazouillerais-tu pour Dieu seul ?

250605pichette_ditelis_du_rougegorgeHenri Pichette, Les ditelis du rougegorge, Gallimard, 2005, p. 25
ISBN 2070773310, 10,50€

vendredi 24 juin 2005

Anthologie permanente : Aurélie Nemours

MOUETTES

Quel mal bienheureux est il absent
Il n’y a pas d’absences
La révolte est trop immense
Et le malheur n’existe pas
Il y a l’amour
Si je l’oublie un jour
Ayez pitié de moi

Ô compassion de beauté

Les égratignures sont risibles
Et les lumières si loin de la lumière
Voici mon corps est une écharde blonde
Qu’il faudra bien arracher de l’univers
L’étreinte est immédiate et de toujours
La forme est un souffle

Ô palpitation de la matière

Aurélie Nemours, Midi La Lune, Seghers, 2002, p. 27

Peintre, Aurélie Nemours est née en 1910. Elle a choisi l’abstraction géométrique et le Centre Pompidou lui avait consacré une vaste rétrospective entre juin et septembre 2004. Mais il lui est aussi arrivé d’écrire et son premier manuscrit, Midi La lune, avait séduit Adrienne Monnier. Le livre avait été édité dans les années cinquante mais jamais diffusé. Il a été réédité en 2002 par Seghers. Aurélie Nemours  est morte jeudi 27 janvier 2005, à Paris. Elle était âgée de 94 ans

Bibliographie (uniquement de son oeuvre poétique, je n'ai pas inclus ici les livres consacrés à son travail pictural)
Midi la Lune, Seghers 2002
Bleu bleu noir, Melville 2003
« Longtemps, la nuit, elle a écrit des notes en marge de son travail de peintre. " Il y a là, a-t-elle, confié, un moment de conscience." Certaines de ces notes, qui ont souvent l'apparence de poèmes, ont été reprises, comme une sorte de chemin parallèle à ce que l'artiste cherchait en peinture. De rares livres en témoignent - ainsi que quelques publications en revues ou dans des catalogues d'exposition. Mais ce sont des inédits que rassemble Bleu bleu noir » (extrait d’une note parue sur le site de France culture
sur le site du centre Pompidou
voir la note sur Poezibao au moment de sa disparition en janvier 2005


jeudi 23 juin 2005

Anthologie permanente : René Char

    La reconduction de notre mystère, c'est la nuit qui en prend soin.

René Char, La parole en archipel, nouvelle édition, Gallimard (1962) 1986, p.111.

     Il faut s'établir à l'extérieur de soi, au bord des larmes et dans l'orbite des famines, si nous voulons que quelque chose hors du commun se produise, qui n'était que pour nous.

René Char, La parole en archipel, nouvelle édition, Gallimard (1962) 1986, p.140.

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mercredi 22 juin 2005

Anthologie permanente : Denise Le Dantec

220605le_dantecla maison
est petite

où habite le feu


dehors
: des bidons de glace
changés en pierres

plus loin
un chemin de bois

avec le roitelet
pour choriste

le feu est rouge

le monde
    immense

la vie :
    une splendeur
remémorée
    pathétique

avec
au cœur
    un poids
de fer à cheval

que j’arrache
    avec le givre

Denise le Dantec, extrait de Kernipili, in Europe (numéro consacré à la Littérature de Bretagne), mars 2005, n° 913, p. 212.

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mardi 21 juin 2005

Anthologie permanente : Pierre Albert-Birot

210605albert_birot_1TROISIÈME POÈME (EXTRAITS)

Si j’étais pour quelque mémoire
Pierre sculptée à la douleur
Sur un vieux tombeau sans couleur
Palais du temps ultime armoire

Serais-je obligé de pleurer
Et de rester sur cette tombe
Jusqu’à ce que ma pierre tombe
En chère poussière à leurrer

Pierre allume une cigarette
Mets un peu de poudre de riz
Sur ton âme et va dans Paris
Vers Notre-Dame de Lorette

Pierre aimé tu n’as pas d’ami
A qui donc livres-tu ton livre
Tu sais que ré ne saurait vivre
S’il ne dormait près de son mi[...]

Poèmes à l’autre moi, précédé de La Joie des sept couleurs, et suivi de Ma morte et de La panthère noire, Poésie/Gallimard, 2005, p. 83.

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lundi 20 juin 2005

Anthologie permanente : Gabrielle Althen

200605althen_1

Pour rappeler que Gabrielle Althen est l’invitée des Mercredi de la poésie, ce mercredi 22 juin 2005 à Paris

SOLEIL FLOCHE
Dans ce pays où la terre s’éprend de la lumière, les arbres, les flaques d’eau, nos socles infimes et nos cabanes, ton âme elle-même leur ressemble, deviennent des étoiles. Ce seront roses du voyage dont on sait qu’elles se redorent quand la quille sous-jacente de l’ombre triomphe du soupir.

Gabrielle Althen, le Nu Vigile, La Barbacane, 1995, p. 33.

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dimanche 19 juin 2005

Antohologie permanente : Adonis

190605adonis8

Ainsi, dans l’étreinte de la nature et du corps, nous devenons tempête
        nous nous apaisons   
        pas de décision pas de stratégie. Nous suivons nos organes   
        nous finissons nous commençons.

Nos corps
un seul astre
        nous échangeons nos tristesses
        échangeons nos membres
        nos corps un même sang

Adonis, Musiques – I, in Commencement du corps fin de l’océan, traduction de l’arabe de Vénus Khoury-Ghata, Mercure de France, 2004, p. 24.

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samedi 18 juin 2005

Anthologie permanente : Vénus Khoury-Ghata

180605venusL’ordre logique s’effondra avec le toit
nous applaudissions les pluies entre nos murs
rapiécions avec ferveur les accrocs des toiles d’araignée

Nous étions fétichistes
irrévérencieux
ma mère tirait les cartes aux merles moqueurs
mon père frappait le sable
frappait Dieu
à la saignée des nuages
sur le dos courbé de l’air

Notre salut viendrait de la nature
nous attraperions les rousseurs des automnes
le dénuement de l’hiver
nous finirions en sarments
en fagots
pour affronter les colères brèves des résineux.

Vénus Khoury-Ghata, Anthologie personnelle, poésie, Actes Sud, 1997, p. 27.

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vendredi 17 juin 2005

Anthologie permanente : Jacques Réda

LE VISAGE CACHÉ

Ces visages qui tout à tour m’auront brûlé,
Que voilaient-ils, de quelle invisible figure
Etaient-ils le symbole ou la caricature,
Ou bien la vérité changeante et vouée à l’oubli ?
Mais quand je les revois, surgis de ces replis
Où la cendre à présent voisine avec la roche,
Ne laissant plus au feu qu’un médiocre aliment,
Je redoute un peu moins l’ombre qui se rapproche
Et le souci du vrai s’endort en moi comme un enfant
Fatigué du voyage.

Jacques Réda, Retour au calme, Gallimard, 1989, p. 29.

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jeudi 16 juin 2005

Anthologie permanente : Danielle Fournier

160605fourniertoi, baiser. Les jours pâlissent sur les os de mes phalanges. Dans les bourrasques des lieux délaissés par le Verbe, toi, automne échevelé

nécessaires, ces phrases phares mêlées à la sécheresse sur ma chair, protègent le souffle de la page. Soupir. Dans le bruissement soyeux, le vent augmente le désir maintenant au large

nous n’avions pas remarqué le ciel étrange. Ce lointain univers. Nous ne savions pas les pas devant nous, nos mains étendues dans la mer im-mobile. Ce soir, nous rirons, mais jamais nous nous ne dirons qui de notre âme ou de notre corps aura été profané

je suis une femme. N’importe laquelle. Dans cette étreinte qui m’emporte autour de la paix, les ravages de l’âme. Je vis fragmentée.

Danielle Fournier, Il n’y a rien d’intact dans ma chair, L’Hexagone (Montréal), p. 55.

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mercredi 15 juin 2005

Anthologie permanente : Bernard Chambaz

150605chambaz_1(séquence 211, extraits)
rien
difficile à tenir
pari risqué
(rayer les Pensées, les infinis époustouflants
la redoutable mécanique du pop-corn céleste)
mais rien à gagner ou rien à perdre ?
[...]

(séquence 213)

Rien est un univers en soi.
Il y a un (des) univers dans rien : rien que le ciel immense, rien que toi
                             rienquelecielimmensedanstesyeuxverts
                                                                                    les mondes qu’on
aperçoit ou traverse ici et là, un "nitchevo" qui claque comme un browning
dans un grenier à Moscou, rien est un anagramme de nier.
Les références ne désarment pas. En géométrie, elles constituent un sys-
tème d’axes et de points par rapport auquel on définit la position d’un point
grâce à ses coordonnées. Je ne saurais mieux dire.
Bernard Chambaz, Été, Flammarion, 2005, p. 123.

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mardi 14 juin 2005

Anthologie permanente : Marilyn Hacker

140605marilynhacker_1Annonciation : 8 heures du matin

Mon boulot à moi est le carnet monacal
sur la table de pin devant la fenêtre, voilée de blanc.
A côté, striée de lumière par le faible soleil,
repose une enveloppe par avion, venant de celle

assise jadis en face à cette table, la vitre
reflétant l’éclat solaire de ses cheveux
en une auréole sur fond de nuages de pluie
massés au-dessus des toits d’ardoises, heureux

prétexte pour passer la journée dedans.
Mais c’était dans une autre incarnation
dont la chair à présent est papier, ni mien, ni sien.
Les parasites brouillent la musique de chambre,

les perceuses font sauter de vieilles façades. Le jour

commence officiellement, après
le gris de l’aube, le klaxon d’une voiture de boulanger,
le flic flac des balayeurs, échardes du rêve

se fragmentant au réveil en syllabes
que nul, au bout du compte, ne va prononcer,
entre le concerto pour cor et les perceuses,
le matin et le reste de la longue journée
Marilyn Hacker, La rue Palimpseste, traduction de Claire Malroux, Éditions de La Différence, 2004, p. 15

My job’s the monkish notebook on the pine
table facing the window, white-veiled now.
Beside it lies, light-barred in thin sunshine,
an airmail envelope from someone who

once sat across this table, with the pane
of glass behind the sunburst of her hair
reflecting its flat halo on massed rain
clouds above slate roofs I was glad were there

as an excuse to spend the day indoors.
But that was in another incarnation
whose flesh is paper now, not mine, not hers.
Static crackles the chamber-music station ;

drills shatter olf facades. The day’s begun
officially ; that starded earlier
with gray light, klaxon of a baker’s van,
street sweepers’s slosh, shards of the dream before

I woke splintering into syllables
nobody, after all, is going to say,
between the horn concerto and the drills,
the morning and the rest of the long day

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lundi 13 juin 2005

Anthologie permanente : Gianni d'Elia et Cole Swensen

130605BON VOYAGE
La secousse quand les deux trains se croisent
te saisit toi et les autres voyageurs
[...]
nous posons pour la photo d’une fuite aride
qui ébranle dans la vitre chaque image
et durant ces secondes chacun voit sa cruelle
apparence tordue dans un gouffre ;

Il sobbalzo all’incrociarsi dei due treni
prende te e gli altri viaggiatori,
[...]
siamo per la fogotrafia d’un’arsa fuga
che squassa nel vetro ogni immagine
e ognuno in quei secondi ha la sua cruda
figura distorta in una voragine
Gianni d’Elia, Congé de la Vieille Olivetti, édition bilingue, traduction de Bernard Simeone, Comp’Act – La Polygraphe, p. 65

************

Quand un train en croise un autre, l’air entre les
deux se fend, chacune de ses particules jumelée
à la lutte pour un même endroit avant que la déci-
sion soit préétablie. Nous allions par là. Longue
et lente courbe sur la beauté du monde qui à cette
vitessse est enfin et clairement perçue comme un
suspens du vol ; une chose qui vole au souffle per-
pétuellement retenu. Une compréhension de vert et
bleu et rouge qui voit le spectre éclater et l’éventail
des lames de lumière sombrer [...]
Cole Swensen, Nef, traduction de Rémi Bouthonnier, {Les petits matins}, 2005, sans pagination.

Gianni D’Elia, est né en 1953, à Pesaro, près de Rimini, sur la côte adriatique où il vit encore aujourd’hui. Il a créé la revue Lengua, d’inspiration pasolinienne, qui a publié quelques-uns des plus importants poètes italiens contemporains.
Il est l’auteur de nombreux recueils de poésie :
Non per chi va, 1980
Febbraio, 1985
Segreta, 1989
La delusione, 1991
Notte privata, 1993
Congedo della vecchia Olivetti, 1996
Guerra di maggio, 2000
Sulla riva dell’epoca, 2000
Bassa stagione, 2003.
Il a traduit Gide et Baudelaire, ainsi que des poètes symbolistes et surréalistes français.
Il est présent dans le numéro 110 de la revue Po&sie (second numéro d’une indispensable recension de la poésie italienne de 1975 à 2004). Ainsi que dans la revue La Polygraphe.
Disponibles en français :
Des textes dans l’anthologie Lingua, la jeune poésie italienne, publiée sous la direction de Bernard Simeone, Le Temps qu’il fait, 1995
Le partisan d’avril, l’Impatiente, 2000 (plaquette à tirage limité)
Congé de la vieille Olivetti, traduction Bernard Simeone, Comp’Act La polygraphe, 2005
Retrouver un article de Bernard Simeone sur le site des éditions Comp’Act où l’on peut aussi consulter une fiche avec cinq poèmes du recueil (présentation bilingue). Et voir une très belle photo de Gianni d’Elia.
Présentation du livre Congé de la vieille Olivetti
Une interview (en italien)
de Gianni d’Elia

Cole Swensen enseigne la poésie et l’écriture à l’université de Iowa dont elle est diplômée.
bibliographie en anglais

It’s alive She Says, Floating Island Press, 1984
New Math, William Morrow & Co, 1988
Park, Floating Island Press, 1991
Numen, Burning Deck, 1995
Try, University of Iowa Press, 1999
Oh, Apogee Press, 2000
Such rich hour, University of Iowa Press, 2001
Goest, alice James Books, 2004
The book of a Hundred Hands, University of Iowa Press, 2005
bibliographie en français
Numen, traduction collection, Fondation Royaumont, Créaphis, 1994
Parc, traduction Pierre Alferi, Format Américain, 1995
Nef, traduction Rémi Bouthonnier, Éditions {les petits matins}, 2005
Lire le compte rendu d’une lecture de Cole Swensen
Lire une interview (en anglais) de Cole Swensen


dimanche 12 juin 2005

Anthologie permanente : Andrée Chedid

Saisir
120605chedid_1Recueillir le grain des heures
Étreindre l’étincelle
Ravir un paysage
Absorber l’hiver avec le rire
Dissoudre les noeuds du chagrin
S’imprégner d’un visage
Moissonner à voix basse
Flamber pour un mot tendre
Embrasser la ville et ses reflux
Écouter l’océan en toutes choses
Entendre les sierras du silence
Transcrire la mémoire des miséricordieux
Relire un poème qui avive
Saisir chaque maillon d’amitié
Andrée Chedid, Par delà les mots, Flammarion 1995, p. 15.

voir la fiche bio-bibliographique d’Andrée Chedid

samedi 11 juin 2005

Anthologie permanente : Jean-Gabriel Cosculluela

110605cosculluela_1

Je publie aujourd'hui quelques extraits d'un très beau texte "Buée" que Jean Gabriel Cosculluela a écrit, comme une reconnaissance à son ami écrivain, Thierry Metz. "Chez Thierry Metz, il y avait, il y a, l'extrême dans la simplicité. Chez lui le mot reste toujours à hauteur des visages qu'il regarde et avec lesquels il dialogue en sachant les silences, en sachant que derrière les visages se tiennent aussi les lointains, l'inconnu." nous dit Jean Gabriel Cosculluela".

 

La bouche des morts
n’est pas morte avec eux

Bernard Noël

Plonge les objets dans la lumière
tu les plongeras dans l’infini

Leonardo da Vinci

A terre
le passeur s’esseule
en creusant les mots
dans la dernière compagnie
de ses mains
à la source de la prière

les morts donnent aux morts
l’absence vive des mots

Dans ses mains, il y a un creux
la disparition du paysage
à terre la trace nue de la mort
la buée des mots contre le froid
la voix basse de la buée
le feu

Buée
où le passeur s’esseule
vers le mot terre

Je regarde ses mains
épelant les lettres de terre
dans sa fatigue
dans son silence

Vers le mot terre
peu de mots restent
creuser les mots

froid, soif, feu

sol
d’un silence
près des mains

Du passeur
reste l’écriture penchée du corps
qui affouille le silence

Jean Gabriel Cosculluela , Buée, avec des encres originales de Joël Frémiot, éd. Jacques Brémond, 2003. (Ce livre a été écrit par l'auteur en 1997 à l'annonce de la mort de son ami Thierry Metz).

Des extraits ont paru dans les revues La Termitière n°6 (Printemps 1999), Scherzo n°10 (Hiver 2000), Contrepoints n° 6 (Hiver 2001) et dans le livre Dans les bruits du monde aux éditions Le Hêtre Pourpre (automne 2000), puis aux éditions L’Amourier (2001), sur le site www.remue.net (en 2002, grâce à François Bon).

voir la fiche bio-bibiographique de Jean-Gabriel Cosculluela

vendredi 10 juin 2005

Anthologie pernanente : Anna Akhmatova

100605akhmatovaJe profite de cette parution pour attirer l’attention sur une situation que je juge très anormale : le peu d’œuvres d’Anna Akhmatova facilement disponibles et accessibles en français.

Extrait de Requiem

En guise de préface
Dans les années terribles de la "Iéjovchtchina", j’ai passé dix-sept mois* à faire la queue devant les prisons de Léningrad. Un jour, quelqu’un a cru m’y reconnaître. Alors, une femme aux lèvres bleuâtres qui était derrière moi et à qui mon nom de disait rien, sortit de cette torpeur qui nous était coutumière et me demanda à l’oreille (là-bas, on ne parlait qu’en chuchotant) :
- Et cela, pourriez-vous le décrire ?
Et je répondis
- Oui, je le peux.
Alors, une espèce de sourire glissa sur ce qui avait été jadis son visage
                                                                   (1er avril 1957, Léningrad).

Extrait de l’épilogue
Et j’ai appris comment s’effondrent les visages,
sous les paupières, comment émerge l’angoisse,
Et la douleur se grave sur les tablettes des joues,
Semblables aux pages rugueuses des signes cunéiformes
[...]
Anna Akhmatova, Requiem, édition bilingue, les Éditions de Minuit 1966, réédition 2004, p. 15 et 41.

*le fils unique d’Anna Akhmatova, Lev Goumilev, a été emprisonné à trois reprises par le régime.

Lire la fiche d’Anna Akhmatova

jeudi 09 juin 2005

Anthologie permanente : Gilles Ortlieb

090605ortliebPour saluer la parution d’un nouveau livre de Gilles Ortlieb chez Le Temps qu’il fait, Meuse, Métal, etc.


L’île de Sakhaline
a la forme, paraît-il, d’un sterlet, sorte d’esturgeon que l’on pêche en Russie : c’est sur cette observation que début la description du bagne où A. Tchekhov se rend en juillet 1890, contre l’avis de ses proches et amis, après avoir remonté la Volga et la Kama dans une demi-pelisse (« Je ne suis ni triste ni gai et sens sur le cœur comme de la gélatine »), couru de part en part la Sibérie en tarantass (« je roule, je roule…les poteaux de verstes, les mares et les petits bois de bouleaux surgissent et disparaissent…. »), étudié le code pénal annoté par son frère Michel (Kolia, l’autre frère, s’est éteint un an plus tôt), et traversé le lac Baïkal, aux eaux plus transparentes que celles de la Mer noire. Le trajet sur le fleuve Amour aura été, lui, plus agréable : le médecin s’est enfin reposé à bord d’un bateau chauffé, même s’il n’a pu écrire dans sa cabine à cause de la vibration des machines.
Gilles Ortlieb, Meuse, Métal, etc. , Le Temps qu’il fait, 2005, p. 26.

voir la fiche de Gilles Ortlieb

mercredi 08 juin 2005

Anthologie permanente : Marie-Claire Bancquart

Pour rappeler la lecture de Marie-Claire Bancquart, demain, à la librairie Tschann à Paris

080605bancquart2 Comment apparais-tu, mon visage
dans le cours de mon sang, l’épaisseur de ma chair ?

Interprète auprès des visages des autres
que signifies-tu
pour mon corps obscur ?

Une vibration peut-être
porteuse des siennes, si cachées

seule à pouvoir les amener au jour
avec des yeux, des mots
qui les reflètent au passage

mais pauvrement.

Le secret reste
enseveli dans les cellules.
Marie-Claire Bancquart, Avec la mort, quartier d’orange entre les dents, Obsidiane, 2005, p. 46.

lire la fiche de Marie-Claire Bancquart

mardi 07 juin 2005

Anthologie permanente : Antoine Emaz

070605emazSOIR, 24.02.98 (EXTRAITS)

enfin poser tout pouvoir se dire
qu’on a fini donc
que cela va cesser
en tête
de se taire ou parler

dormir pour clore la peur

voilà l’enfant qui pointe ses rêves

pourtant plus las vieux sont les yeux
moins on dort
on le sait

alors la langue comme berceau non
plus ou pas là non
vraiment pas de langue vague creuse
berçant dessous non
pas mère non plus
ce soir
langue partie où bercer
qui d’autre qui
dort
Antoine Emaz, deux soirs, in Le Nouveau Recueil n° 49, de décembre 1998-janvier 1999.

Lire le compte rendu de la lecture des 20 ans de la revue Le Nouveau Recueil


lundi 06 juin 2005

Anthologie permanente : Colette Nys-Mazure

060605nys_mazureFLUX ET REFLUX
Quelle est ton heure noire, ton heure de mal à vivre, ton heure mortelle ?

Est-ce l’aube, quand la lumière n’est qu’une promesse indécise et que t’assaille le poids du jour à soulever, comme une morne étendue à parcourir, en vain ?

Est-ce l’instant du réveil, déchirure brutale de la trame des rêves, renvoi violent au réel le plus cru ?

[...]

Est-ce au nœud du jour : midi, l’heure inquiétante comme une esplanade déserte, et tu te sens guetté ? Ou dans les sables mouvants de l’après-midi, quand déjà s’enlise l’espoir d’une croissance ? qui sait, d’une métamorphose ? Quand la lumière se tend avant de décroître et se dérobe ?

Et que dire du soir qui monte, comme une eau glacée, implacable, qui recouvre tout ? Que crier de la nuit épaisse, oppressante, qui engloutit ?

Quelle est ton heure d’angoisse ? Quand la voie se fait si étroite qu’aucune âme vivante ne passerait par le chas de cette aiguille ; quand l’air à respirer se fait si rare que, dressé sur la pointe des pieds, il te devient difficile d’en happer une goulée ? L’heure où tu te malmènes et ne supportes ni toi ni l’autre ; l’heure d’effroi où tu ne peux ni vivre ni mourir, où tu balances, hagard, d’un abîme à l’autre, perdu d’avance, damné ?
Colette Nys Masure, Feux dans la nuit, Poésie 1969-2002, La Renaissance du livre, p. 68

Note importante : pour des raisons de longueur du texte et de respect des règles du copyright, je ne peux donner la suite de ce texte qui est un diptyque en quelque sorte et qui se continue sur l'autre versant "quelle est ton heure de fête, ton heure de gloire, d'aise à vivre et à chanter ?.
Je le donnerai ultérieurement dans l'anthologie de Poezibao.

voir la fiche bio-bibliographique de Colette Nys-Mazure

dimanche 05 juin 2005

Anthologie permanente : Paul de Roux

050605paulderouxPour saluer une double parution Paul de Roux, un recueil de poèmes A la Dérobée, chez Gallimard et le quatrième volume de ses carnets, Au jour le jour, IV, carnets 1989-2000.

Voir la fiche bio-bibliographique de Paul de Roux

Figure en larmes se libère
de la crasse des vieux démons :
alors regarde le jour aux fenêtres
monter, s’établir, décroître
avec des vols d’oiseaux furtifs
et les moments sans personne
que le peuplier qui se balance
dans la cour, sous les mansardes
Paul de Roux, Au jour le jour, IV, carnets 1989-2000, Le Temps qu’il fait, 2005, p. 100.

samedi 04 juin 2005

Anthologie pernanente : Evelyne Boix-Moles

040605boixmolesJe ne sais quelque palpitation,
en moi, constamment prétend
aux rumeurs des eaux.
J’écoute.
La tension est capable de briser un cristal.
Mais qui m’apprendra les poumons du souffleur de verre ?
Flux et ressac.
Écueil et lys d’écumes.
Les vagues toujours répétées,
jamais identiques ;
le cri de l’hirondelle au cœur bleu de la nuit ;

au cœur de l’immobile, incandescent, le vol de l’oiseau des îles.

                               (Sans sépulture, 2000)

 

 

 

                                                    j’ai vu passer une à une
                                                    les heures de la nuit :
                                                    plus légères qu’un rêve,
                                                    elles allaient en lunes claires…
                                                    Le silence ne cachait pas
                                                    qu’il avait au ventre un cri
                                                                      (Demain il sera trop tard, 1976)

Evelyne Boix-Moles, D’un trait d’union à l’autre, Encres Vives, 2004, p. 10.
(Éditions Encres Vives, Michel Cosem, 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

Née en 1952, Evelyne Boix-Moles a une ascendance espagnole et a écrit une partie de son œuvre en espagnol, l’autre en français.
Elle a lu récemment (29 mai 2005) quelques-uns de ses textes dans le Cadre des Parvis poétiques – Marc Delouze.
La majeure partie de son travail reste inédit. En 2004, sous le titre D'un trait d'union à l'autre (Editions Encres vives, collection Encres blanches), elle a réuni des poème de Demain il sera tard (1976) et des poèmes de Sans sépultures (écrits 24 ans plus tard). On peut trouver ses différents recueils dans plusieurs revues : Arpa, Le journal des poètes, Lieux d'Etre, Remue-méninges, A l'index. La revue La Porte (215 rue Moïse Bodhuin, 02 000 Laon)  a publié en 2004 un livret avec des larges extraits d'un recueil de 1994,  Une lampe contre le cri.

vendredi 03 juin 2005

Anthologie permanente : Jean-Yves Masson

Extraits d’une série appartenant à Visions de la Sagesse publiée dans la revueNU(e) n° 30, de mars 2005

030605masson_2 V
Maintenant je suis seul dans une maison grise
c’est l’été, il fait nuit, contre les vitres presque chaudes
battent les ailes des phalènes, livrées au pur désir
de la lumière. Et moi je tremble à la pensée
de l’arche lumineuse et blanche dans le ciel,
je me souviens de Rome. De mes nuits fortifiées
par cette promesse de pierre. Du bruit céleste de la pluie
sous les arcades. Du chemin du milieu de la vie
qui serpentait parmi les tombes et promettait
encore des années de grâce, et la lente conquête
de la lumière. Je me souviens de toi
qui m’attendis le temps d’un signe sur le seuil,
sagesse d’ombre aux lèvres invisibles – et murmure, murmure….
Jean-Yves Masson, extrait de Visions de la Sagesse, in revue NU(e),  n° 30,  p. 109.

voir la fiche bio-bibliographique de Jean-Yves Masson

jeudi 02 juin 2005

Anthologie permanente : Nelly Sachs

020605sachsDANS LE CRÉPUSCULE DU MATIN
quand est retournée la pièce de monnaie de la nuit
frappée au sceau du rêve
et que côtes, peau, pupilles
sont entraînées vers leur naissance -

que le coq à la blanche crête chante,
l’effroyable instant
de l’indigence vide de Dieu est là
un carrefour est atteint -

Le tambour de la nuit a nom démence -
un sang apaisé coule -
Nelly Sachs, Exode et Métamorphose, traduction de l’allemand et postface de Mireille Gansel, Verdier, 2002
voir la fiche bio-bibliographique de Nelly Sachs

mercredi 01 juin 2005

Anthologie permanente : Thierry Metz

010605metzque va-t-il faire dans le réel
sinon restituer au chemin
son aujourd’hui
la craie
somme de tous les angles
et l’ortie – la seule à parler du nuage –
sous le ciel tournant du marcheur
(p. 15)

Lieu du recueil
la mémoire qui encercle l’ici

l’âtre d’un mot
où se consume toute parole
(p. 19)

Thierry Metz, Dolmen, suivi de La demeure phréatique, Éditions Jacques Brémond, 2001

voir la fiche bio-bibliographique de Thierry Metz

mardi 31 mai 2005

Anthologie permanente : Shirley Kaufman

310505kaufmanAU COMMENCEMENT

quand il s’éveille, il se retourne.
Quelque chose
manque.

Déjà elle est dehors dans le jardin
à respirer l’odeur des lilas, à nommer
les ptérodactyles.

Déjà elle revendique
l’étrange face ridée
dans l’étang.

Avec un empressement terrible, essayant
d’écoper la forme pâle
dans le creux de ses mains.

Ce n’est que de l’eau.
Son vœu est qu’elle lui dise
qui elle est, ou

ce qu’il a perdu.
Shirley Kaufman, Un abri pour nos têtes, traduction de l’américain et préface par Claude Vigée, Édition bilingue, Cheyne Éditeur 2003, P. 72 et 73

IN THE BEGINNING
When he wakes, he turns
on his side. Something
is missing.

Already she’s out in the garden
smelling the lilas, naming
the pterodactyls.

Already she’s claiming
the strange face rippled
in the pond,

a terrible eagerness, trying
to scoop the pale shape
into her hands

It’s only water.
She wants it to tell her
who she is, or

what he lost.

Voir la fiche de Shirley Kaufman

lundi 30 mai 2005

Anthologie permanente : Bernard Chambaz

(séquence 65)

Mobile. Au moins tant qu’on peut.
Mobile (Alabama)
Mobile : La Divine Comédie n’est jamais loin. Songer au coup des constellations, comment composer un livre.
Mobile. La matière est mobile.
Mobile (question de mécanique : soit un m – p se déplaçant au ras de l’eau à la vitesse de v).
Mobile un équilibre jamais définitif d’oiseaux ou de poissons au-dessus de ton lit et il suffit que tu souffles pour que ça se mette en mouvement.
Mobile comme dans My creative method : aller tout de suite au fait. A chacun d’y aller comme il peut.
Mobile : le perpétuel.
Mobile. Menuiserie autour d’une charnière, sur des gonds, fenêtre, temps, cœur.
Mo(derato canta)bile
Mobile de nos actions.
Mobile. Voir léger, nomade, vif, fragile.
Mobile poétique.
Mobile (amoureux).
Mobile : le roi Lear Artaud Van Gogh Goya Eliot Mao Conrad William Carlos Williams Cummings Malherbe Ponge Cendrars AnToine, CléMenNT, Coltrane etc.
Bernard Chambaz, Eté, p. 43.

300505chambaz_1 Le compte-rendu d’une lecture Bernard Chambaz aux Parvis Poétiques de Marc Delouze, le 29 mai 2005

La fiche bio-bibliographique de Bernard Chambaz sur Poezibao


dimanche 29 mai 2005

Anthologie permanente : Gabrielle Althen

290505althenÉtonnement parmi les paradis cassés de la chaleur, une rosée lustrant la main en partance des feuilles. Levée de rideau, c’est l’impossible ! Allons, voyons, tout recommencer !…Quel avenir est sans sursis ? La scène est à ce point où prend la tige et je m’avance – naissance involontaire – si proche le carré de grès bleu d’une mer privée d’herbes, qui ne dit mot
Gabrielle Althen, Noria, Rougerie, 1983 p. 7.

Lire la fiche bio-bibliographique de Gabrielle Althen

samedi 28 mai 2005

Anthologie permanente : Guy Goffette

280505On s'habitue vite et c'est ce qui
nous sauve, paraît-il. Encore petit
et peu sûr au dedans, et triste déjà
à cause d'un lapin mort de froid

dans sa cage, d'une fleur piétinée, bref,
c'était pire encore de les entendre
s'exclamer : regarde comme il s'est
endurci, tant sont aveugles ceux

qui voient bien l'écorce aux prises
avec la pluie, la grêle, mais jamais
la grimace de l'aubier ou du surgeon
malmené (votre enfant, grand dieux !

si plein de larmes et d'effroi.)"

Guy Goffette, in Un manteau de fortune, Gallimard 2001, page 34.

Voir la fiche bio-bibliographique de Guy Goffette

vendredi 27 mai 2005

Anthologie permanente : Valérie Rouzeau

    Mon père mon père en terre au vent d’été au vent d’hiver.
    Oh mon père terra terraqué je te répète perroquet mon père mon père.
    Au vent d’hiver au vent d’été en terre entier au vent chanté.
    Enfant dans les grands sapins verts c’était toi qui sifflais soufflais enfant dans les grands sapins blancs
    Mon père je te répète en l’air c’est une fleur lancée assez haut
    Les deux pieds dans tes graviers clairs.
    Les mains pour la fleur ou l’oiseau.
Valérie Rouzeau, Pas Revoir, Le Dé bleu, 2002. p. 57.

Sur le même thème que ce poème voir la Villanelle d’un vieux papa de Valérie Rouzeau dans le petit lexique de poétique de Poezibao

Lire la fiche bio-biographique de Valérie Rouzeau

jeudi 26 mai 2005

Anthologie perpétuelle : Claude Michel Cluny

Pour annoncer un important colloque qui se tiendra à la Sorbonne, au moment du Marché de la poésie (il y aura aussi une lecture d’œuvre du poète dans le cadre du Marché).

220505clunyVÉNUS
On avance le long de strates analogues aux fibres du bois, butant, maladroits, sur des nids, des nœuds, des failles. La terre suppure une espèce de sève où ce qui s’aventure s’englue et se fait digérer vivant. Le ciel a des couleurs violentes, fiel, fièvre pourpre. Les fleuves n’existent pas. On ne voit que des lacs, qui disparaissent le soir, aspirés dans leur entonnoir, et que l’aube un peu hâve recrache comme des glaires au fond d’un pot. Drôles de lacs ! On ne voudrait pas y tenter la brasse. Drôle de monde. D’entre les fibres du sol, un peu partout, surgissent des psoques, des gamases, énormes, étourdiment, et qui laissent, sur leur passage, des salissures de pensées envieuses.
Claude Michel Cluny, D’autres planètes, in Anthologie de la poésie française du XXe siècle, **, Poésie/Gallimard n° 345, 2000, p. 385.

voir la fiche bio-bibliographique de Claude Michel Cluny

mercredi 25 mai 2005

Anthologie permanente : Lalla Romano

250505romanoC’est la vie, plus de vie que nous demandons et déferle
la vie et le grondement profond nous assourdit
(me suis-tu sur le fleuve lent doucement ?
il nous emporte comme des feuilles légèrement)

C’est la vie que nous cherchons et semblable à la mort
une paix infinie nous submerge

Et toujours en ce silence affranchi du temps
dehors, dans le monde, sur les âpres chemins
grince un chariot il roule lentement

Notre vie nous rappelle
vie pétrie de mort. Péniblement
c’est la route du temps elle tourne
Lalla Romano, Jeune est le temps, choix, traduction de l’italien et présentation par Philippe Giraudon, Orphée/La Différence, P. 54 et 55.

Vita, più vita noi chiediamo e vita
irrompe e ci stordisce l’alto rombo
(mi segui tu sul lento fiume andante ?
senza peso ci porta come foglie)

Vita cerchiamo e simile alla morte
una infinita pace ci sommerge
E sempre in quel silenzio senza tempo
fuori, nel mondo, sulle dure strade
un carro stride rotolando lento

La nostra vita ci richiama
vita intrisa di morte. Con fatica
è la ruota del tempo che s’ingrana

voir la notice bio-bibliographique de Lalla Romano

mardi 24 mai 2005

Anthologie permanente : E.E. Cummings

240505cummingspuisse mon cœur être toujours ouvert aux petits
oiseaux qui sont les secrets du vivant
quoi qu’ils chantent vaut mieux que savoir
et si les hommes ne devaient les entendre les hommes sont vieux

puisse mon esprit flâner affamé
et sans crainte et assoiffé et souple
et même si c’est dimanche puissé-je avoir tort
car lorsqu’ils ont raison les hommes ne sont pas jeunes

et puisse moi-même ne rien faire utilement
et t’aimer toi-même ainsi plus que vraiment
il n’y jamais eu de tout à fait tel idiot qui puisse faillir
à tirer tout le ciel sur lui d’un unique sourire.
E.E. Cummings, Poèmes choisis, traduction Robert Davreu, José Corti, 2004 , p. 120 et 121


may my heart always be open to little
birds who are the secrets of living
whatever they sing is better than to know
and if men should not hear them men are old

may my mind stroll about hungry
and fearless and thirsty and supple
and even if it’s sunday may i be wrong
for whenever men are right there are not young

and may myself do nothing usefully
and love yourself so more than truly
there’s never been quite such a fool who could fail
pulling all the sky over him with one smile

voir la fiche bio-bibliographique de D.D. Cummings

lundi 23 mai 2005

Anthologie permanente : Caroline Sagot Duvauroux

220505_sagot_duvaurouxUne ferveur pourtant.
C’est maintenant.

Car il y eut le vent l’été dont elle fit provision. La neige est là. Et le bleu du cahier. Issu. Il y a le trou que fit un jour le poème et qui va jusqu’où il faut être. Au cœur. Avec le lys en la volée d’oiseau. Où il faut être. Mémoire retournée.

Pas mémoire. Pays pays !

Car il y a l’exil et le désert et les cailloux dressés où boire une parole aux bouches étrangères. Il y a les secrets surpris au vol des hirondelles. Ceux qu’elle n’a pas perdus. Ils flottent dans ses mains avec le sang des morts. Toutes ces choses sont mais n’abusent pas l’irréparable.

Parallèles.

Rappel encore le long des longs chemins. Les paysages. La passée de la ligne. Le ciel en partage. Droit de l’oiseau. Justification du regard. Et puis le route blanche et la grosse pierre grise et là où tout s’éclaire. Ensuite. Et puis la certitude que la marche est aisée. Plus loin. Que dépasser la pierre grise est facile. Qu’il suffit de renoncer au blanc et d’épouser le clair.
[...]
Caroline Sagot-Duvauroux, Hourvari dans la lette, José Corti, 2002, p. 32.

voir la fiche bio-bibliographique de Caroline Sagot Duvauroux

dimanche 22 mai 2005

Anthologie permanente : Werner Lambersy

220505lamberzyAvec
cette tare
d’aimer

qui me tanne
la peau
et ce poème
qui ne dit
rien

Est-ce ainsi
qu’il faut s’en
aller

Oui
dit le corbeau
qui tient
dans son bec
un poème
d’E.A.Poe
sur la mort

Mais le renard
qui passait
par là
n’aimait pas
la poésie
Werner Lambersy, Rubis sur l’ongle, Les Éditions Hermaphrodite, 2005, p. 116.

voir la fiche bio-bibliographique de Werner Lambersy

samedi 21 mai 2005

Anthologie permanente : Emily Dickinson

Pour saluer le livre tout nouvellement paru chez Gallimard de Claire Malroux, Chambre avec vue sur l’éternité, Emily Dickinson, dont Poezibao va bien sûr reparler sous peu, ce poème d’Emily, dans la traduction de Claire parue chez José Corti

A une grande douleur, succède un calme solennel –
Les Nerfs ont un air compassé, de Tombes –
Le cœur gourd se demande si c’est Lui, qui a souffert,
Et si c’était il y a des Siècles, ou Hier ?

Les Pieds, en automates, vont –
Rigide ronde –
Au Sol, à l’Air, à Tout
désormais Inattentifs,
Un contentement de Quartz, de caillou –

C’est l’Heure de Plomb
Y survit-on, on s’en souvient
Comme des gens en proie au Gel, se rappellent la Neige –
D’abord – un Frisson – puis la Torpeur – puis l’abandon – (341)

Emily Dickinson, Une âme en incandescence, , poèmes, traduit et présenté par Claire Malroux; José Corti, p. 194 et 195. 

After great pain, a formal feeling comes –
The Nerves sit ceremonious, like Tombs –
The stiff Heart questions was it He, that bore,
And Yesterday, or Centuries before ?

The Feet, mechanical, go round –
of Ground, or Air, or Ought –
A Wooden way
Regardless grown,
A Quartz contentment, like a stone –

 This I the Hour of Lead –
Remembered, if outlived,
As Freezing persons, recollect the Snow –

First – Chill – then Stupor – then the letting go –

Emily Dickinson est née en 1830 à Amherst, village du Massachusetts aux Etats-Unis. Elle y a vécu quasiment recluse et a écrit environ 1800 poèmes dont elle a toujours refusé la publication. Elle est morte en 1886. D'importantes sélections de poèmes et de la correspondance sont publiées aux Editions José Corti.
On peut consulter une très belle page sur Emily Dickinson sur l'excellent site des Editions Corti
et trouver l’intégralité des poèmes (en anglais)
On peut aussi lire une page que j'ai réalisée autour d'Emily Dickinson sur le site remue.net avec notamment de nombreux liens
Emily Dickinson : biographie et poèmes sur American Poems (en anglais)
Archives électroniques Emily Dickinson
Une importante sélection de liens vers les œuvres ou des essais (en anglais)

vendredi 20 mai 2005

Anthologie permanente : un inédit de Jacques Ancet

Jacques Ancet a bien voulu offrir à Poezibao cet extrait que je juge somptueux (je me permets pour une fois un jugement personnel) d’un long poème inédit, L’identité obscure. Qu’il en soit infiniment remercié.

On peut trouver aussi aujourd’hui sur le site une fiche bio-bibliographique actualisée de Jacques Ancet. Je rappelle également la fiche de lecture du livre La Dernière Phrase. et concernant l’usage des nombres impairs dans la poétique de Jacques Ancet les précisions qu’il m’a données récemment
FT

L’Identité obscure
Chant 3

C’est comme un feu mais sans feu, sans futur ni passé,   
le corps est si léger qu’il semble flotter sur les
heures arrêtées, dans l’étincellement du matin,
je l’appelle le présent, ce feu, il est partout,
il est insaisissable, la main se tend, ne touche
qu’un vide qui lui ressemble, une sorte d’ombre claire, 
l’envers des choses qui s’effacent et qui jaillissent,
dessinent sur les yeux le leurre de leur présence, 
je sais qu’elles ne sont pas et pourtant je prononce
leur nom, ce souffle d’air qui les fait durer un peu
le temps de croire que plus que moi elles demeurent
peuplant l’espace que je traverse et que je laisse,
table, dis-je, voilier, pins, genoux, eucalyptus,
terrasse où parlent deux filles assises, avec l’avion,
le chien qui passe langue pendante, l’horizon
qui s’approche, on ne sait pas pourquoi, est-ce l’orage,
la guerre là-bas tout près, le fracas des bombes
et la lagune aux flamands roses, tout ce qui vient,
s’éloigne, ne laisse pas de trace, et je dis j’aime
cet éphémère, je le touche, je le respire, 
il m’enveloppe, il est ma peau, il est ma vie,
la pluie vient sans qu’on l’attende, on écoute les gouttes
elles font trembler les feuilles, on ne les entend plus,
on les voit, elles sont l’image de chaque instant,
elles brillent et s’éteignent, brillent s’éteignent, brillent,
elles font une seule lumière où tout s’efface,
d’où tout renaît, lessive, couleurs, verger, montagne,
c’est encore la première fois, les mouches grincent,
une porte claque, le vent fait tourner les pages
d’un livre, elle disait sois juste envers le moment,
regarde toute chose sous l’aspect du moment,
aie du respect pour tous les moments et ne fais pas
de liaisons entre les choses, le ciel ou la mer
savent-ils qu’ils sont bleus, s’en souviennent-ils, ils n’ont
pas de couleur, c’est la mémoire qui leur en donne,
le monde est un instant multiplié, on n’y entre
qu’en oubliant, volet qui crie, le jour, son éclat
sur tes yeux blessés, quelqu’un m’appelle par mon nom,
ce que j’entends ça n’est pas ce que je vois, je dis,
ce que je veux, nous le voulons tous, est impossible,
entrer dans cet instant, l’habiter mais sans y penser,
être autre chose que ce départ recommencé
qui me fait l’ombre de moi-même, être le diamant
scintillant aux infinies facettes, et le savoir,
n’être rien que ce grain de feu où tout se reflète,
wishfull thinking, disait-il, et il avait raison,
quant à voir vraiment, c’est une autre histoire, je ne vois
que ce que je sais, je pose des noms, des images, 
je m’y prends, je n’en sors pas, et comment sinon se
comprendre, la traversée des heures est insensible,
je me retrouve un autre jour sans l’avoir voulu,
mais veut-on jamais ce qu’on veut, le temps recommence
ailleurs, pour d’autres yeux, d’autres mains se cherchent, d’autres
images, je n’y vois rien, je ne sais plus où je
vais, il faudrait raconter ma vie, je l’ai perdue
je ne comprends plus ce que je dis ce que j’entends
parce que, soudain, tout est là, l’étoile et la tasse,
toutes les mains dans la main qui se tend, un silence
de bout du monde dans une montée d’escalier
qui sent la soupe et l’urine, l’oubli plus profond 
que la mémoire, sans cesse quelque chose y bouge
et m’appelle, façon de parler car je n’entends 
rien, ni voix, ni son, simplement c’est comme un élan
dont je ne sais où il m’emporte, mais je le suis
sans savoir, tout en sachant très bien, et puis quoi, dis-je,
c’est tout cet inconnu qui me prend comme une mer,
souffle sur moi, et c’est l’orage, son désordre noir,
l’aveuglement, mes yeux fermés et mes mains qui voient,
j’avance, pourtant c’est comme si je reculais,
aide-moi, dis-je, je n’ai pour voix que le silence,
l’absence pour présence même si je suis là
avec mon poids de chair, mes pieds, mes jambes, mes bras
et ma bouche qui dit, c’est moi, mais moi qui, moi quoi,
si je me couche c’est déjà l’autre, si je mange,
un autre encore, et là dis-je c’est qui, je m’approche,
du bout des doigts je donne une forme à ton visage,
tu me fais moi puisque tu es toi, tu me fais être
entre mon regard et le tien, c’est comme un fil, 
tendu où pas à pas nous marchons en équilibre,
il faudrait pouvoir ne pas tomber, rester sans fin 
dans cet instant, ce répit, un cadeau de la vie
disait-il, ce qu’elle t’offre toujours entre deux gestes,
dans l’interstice, salle d’attente, quai de gare,
une affiche au mur, le bruit des voitures au passage,
les champs comme suspendus, arrêtés, dans un temps
que m’empêche d’atteindre le feu luisant des voies
en partance, toujours, en partance, j’en oublie 
que l’ailleurs est ici, je m’éloigne, je m’en vais,
je quitte la belle de nuit, ses clochettes mauves
autour de la grille, je quitte les filles, le petit vieux
sur un banc qui me regarde, je quitte la ville
entrevue, ses maisons blanches, je quitte un ciel pour
un autre que je ne verrai pas puisque jamais
on ne voit ce qu’on voit , toujours ce qu’on ne voit pas
©Jacques Ancet, L identité obscure, chant 3, inédit.

Fiche bio-bibliographique de Jacques Ancet

jeudi 19 mai 2005

Anthologie permanente : Silvia Baron Supervielle

190505baron_supervielleLe matin, lorsque je me lève, j’ai la sensation d’avoir été mise sur la terre pour travailler. A quoi ? Je me sers des mots sur la feuille patiente comme le marteau sur le fer et la pioche sur la terre. Je me sers du silence pour filer. Il est probable que durant la nuit, comme Pénélope, je défasse mon ouvrage afin de le recommencer à l’aube : « C’est ainsi que ses jours passaient à tisser l’ample voile/et ses nuits à défaire cet ouvrage sous les torches »1

Travail de vivre, travail de mourir. L’excuse de ce travail est de le poursuivre aveuglément. Je suis venue au monde pour m’acquitter de cette tâche : poursuivre un travail, le mien, certes, et celui des autres. C’est elle, toi, nous penchés sur une immense toile que les vents de la nuit défont. Nous reprenons le tissage à l’aube. Nous tirons sur des fils où brillent les reflets de l’Atlantique. Les vents de la mer entrouvrent ses portes et, sans bouger, nous avons l’illusion de retrouver la liberté.
Silvia Baron Supervielle, Le Pays de l’écriture, le Seuil, 2002, p. 108
1Homère Odyssée, chant II, traduction de Philippe Jaccottet

voir la fiche de Silvia Baron Supervielle

mercredi 18 mai 2005

Anthologie permanente : Alain Marc

Marc_alain_regards_hallucinesCeci est une tentative pour rendre compte de Regards Hallucinés, le travail très singulier du très solitaire et singulier poète Alain Marc, dont le livre (Regards hallucinés, poésies et notes, préface de Bernard Noël, Lanore Littératures) paraîtra au mois de juillet. Alain Marc a bien voulu me confier de larges extraits inédits de ce futur livre que j’ai agencés en un montage-collage.
Une visite du site d’Alain Marc contribuera sans aucun doute à se former une image de son travail.
FT

Sur la plage
la neige
tombait
dans une avancée
presque obstinée !
                      (p. 94)

Perfide
homélie
qui sonne le tocsin

 

sur le séraphin
une myriade d’oiseaux
miaule
sa faim perchée
                 (p. 104)

Les Regards hallucinés ? Faire crier les mots
Mardi 31 décembre 1996

Une de leurs clés : l’extrême luminescence de la fatrasie (Extrait d’une lettre à Michel Deguy
Mercredi 18 juin 1997
(p. 47)

Stridences, et dissonances. Jouer avec. Stridences :
sons à la fois aigus et intenses ; perçant, sifflant ; assour-
dissant. Dissonances : produit une tension ; désagréable ;
chocs et contre-chocs ; appelle une consonance ; coul-
eurs, mots, qui jurent entre eux ; désaccord ; discordan-
ces ; contradiction ; disparate, opposition.
mercredi mai 2000.

Dénude
la fureur

genoux ouverts

la voix
n’est rien

Théâtre de bec
                (p. 21)

Extrait de la préface de Bernard Noël
Rapts du ça :
Ce titre est un vers d’Alain Marc. Je l’ai choisi parce qu’il caractérise abruptement l’acte mental qui s’exprime dans les poèmes de cette suite [...]
Regards donc, et qui saisissent, qui prélèvent, qui arrachent, puis demeurent en arrêt devant ce qu’ils viennent de rapter : quelques mots que leur contemplation métamorphose en éclats de sens ou de révélation. L’acte de composition connaît ainsi trois phases : prendre un peu de matière verbale, l’isoler en la magnifiant, l’insérer dans la stèle du poème. Le résultat est surprenant.

voir la note bio-bibliographique d’Alain Marc

mardi 17 mai 2005

Anthologie permanente : Claire Malroux

160505malrouxLes yeux à peine clos dans la nuit
la plante boit la lumière
à nos yeux invisible

Sa pensée est sa patience
et patients le soleil l’air et l’eau
en leurs attouchements fulgurants
pour elle l’amour est temps non perçu
veine fondue dans le bloc d'ombre

Rien ne le différencie
des autres éléments
de la chimie de la vie

Moi, homme ou femme
j’exige
que le bleu sorte du gris
que le métal vil se change en or

Alchimiste malhabile
je dois fabriquer mon amour
Claire Malroux, Ni si lointain, Le Castor Astral, 2004, p. 40.


La fiche bio-bibliographique de Claire-Malroux

lundi 16 mai 2005

Anthologie permanente : Marina Tsvetaïeva

160505tsvetaieva_2CHEVEUX BLANCS

Ce sont les cendres d'un trésor –
Tant de pertes, tant d'offenses
Quel roc ne s'effrite et s'abat
Devant de telles cendres.

La colombe éclatante et nue
A nulle autre appariée.
La sagesse de Salomon
Sur toutes les vanités.

Redoutable blancheur, craie
D'un temps sans déclin.
Mais si le feu brûlait mes murs
Dieu se tenait à mon seuil!

Délivré de tous les fatras,
Maître des songes et des jours,
Flamme née de ce blanc précoce
L'esprit monte droit !

Non vous ne m'avez pas trahie,
Années, ni prise de revers!
En ces cheveux déjà blancs
C'est l'éternité qui l'emporte.
27 septembre 1922
(Traduction de Sylvie Técoutoff, dans Révizor, Suisse, décembre 1975).
Cité in Véronique Lossky, Marina Tsvéatéva, Seghers 1990, collection Poètes d'Aujourd'hui, p.
168

Née à Moscou en 1892, Marina Tsvetaïeva publie ses premiers poèmes en 1910. Elle connaît l'exil à Prague puis à Paris où elle vivra dans des conditions très difficiles (voir ses admirables lettres à Anna Teskova publiées par Clémence Hiver dans un recueil qui a été sélectionné pour le prix Zazieweb de la Petite Edition 2003. Revenue en Union Soviétique en 1939, elle y vit dans une misère et une solitude profonde et se donne la mort en 1941.

Extrait d'un court texte autobiographique présent dans la Correspondance à trois (voir ci-dessous)
"Influence dominante de ma mère [elle l'a perdue à 13 ans] : musique, nature, poésie, Allemagne, passion de la judéité. Seul contre tous. Eroïca. Influence plus secrète du père (passion du travail, absence d'arrivisme, simplicité, renoncement). Influence conjuguée de mon père et de ma mère : caractère spartiate. Deux leitmotive dans la même maison : musique et musée. (p. 73)
En Poésie/Gallimard, Le ciel brûle, suivi de Tentative de jalousie.
On peut citer aussi
Correspondance à trois, été 1926 (Boris Pasternak, Marina Tsvetaïéva et Rainer Maria Rilke), Gallimard 1983
Romantika, Gallimard 1998
Mon frère féminin (Lettre à l'Amazone) Mercure de France 1979
Le Poème de la montagne, L'Age d'homme, 2000.
Vivre dans le feu, confessions, Robert Laffont, 2005

Et sur Marina Tsétaïeva :
Véronique Lossky, Marina Tsvétaeva, une itinéraire poétique, Solin, 1987
et  le livre que Linda Lé a consacré à Marina Tsvetaïéva dans la collection anthologique de Jean Michel Place. Linda lé, Marina Tsétaïeva, comment ça va la vie ?
Egalement paru chez Clémence Hiver, Lettres de Tsvétaïeva à Pasternak.

Une courte page sur Tsvetaïéva
Une bonne bibliographie
Une biographie détaillée


dimanche 15 mai 2005

Anthologie permanente : Paul de Roux

150505paulderouxLES BERGES

Aujourd'hui, un jour
le mille fois donné
encore à moi donné
avec des souvenirs de feuilles
le souvenir d'une gloire entrevue
aujourd'hui retirée, le souvenir
de libres eaux entre des terres jaunes
et de grands arbres se penchent
sur ce miroir mouvant se mirent
leurs hautes chevelures frissonnantes parfois
 – et la marche dans la brume blanche
mènera-t-elle plus loin que cet apaisement
d'un instant, à peine su ?
Paul de Roux, in Les pas, l'Alphée 1984, page 22

la fiche bio-bibliographique de Paul de Roux

samedi 14 mai 2005

Anthologie permanente : Suzanne Doppelt

140505doppeltune seconde vague, d’un joli vert plus
ou moins mordoré, l’abdomen rehaussé
de violet, soyeuse – plusieurs femmes
viennent à vous, vêtues de soie, comme
des mouches vertes – et qui bourdonne
d’une manière caractéristique, gravement,
aime aussi l’eau et les fleurs en ombelles
au soleil. Maintenant les odeurs l’activent,
elle sent avec les antennes, goûte avec
les pieds et entend avec les pattes
(12)

collée aux vitres, aux abat-jour, c’est la
lumière qui l’oriente, elle n’aime pas les
ténèbres. La nuit, celle à miel se pend à
une tige par sa mandibule, sa tête chute,
tranquille elle se tait, se ramasse et ne
bouge plus jusqu’à l’arrivée du jour. Une
multitude luisante, dont les arbres qui
bordaient la rivière étaient si couverts
qu’ils ressemblaient à des lustres, elle a
une image électrique du monde
(14)
Suzanne Doppelt, La 4e des plaies vole, Inventaire/invention, 2004
Lire l’intégralité de le 4ème plaie vole sur le site de Inventaire/invention

lire la fiche de Suzanne Doppelt

vendredi 13 mai 2005

Anthologie permanente : Pierre Chappuis

130505chappuisencreIl ne resterait, de si haut, que cela :

ces peluches ces nues

                        terres imparcourues

(sans mots, sans couleurs nous mêmes)

ces feuilles froissées ou déployées sur la table où le nouveau et l’ancien s’annulent

(comme êtres de brume)

ces gerbes de pierres blanches

(mer, rivages impossibles)

Pierre Chappuis, Une explosion de givre, in Éboulis et autres poèmes, Liasse – A l’Imprimerie Quotidienne, p. 124.

voir la fiche bio-bibliographie que Pierre Chappuis

jeudi 12 mai 2005

Anthologie permanente : Sophia de Mello Breyner

120505mellobreyneraquarelleQUAI
Vers une mer nocturne s’en vont les navires,
Vers une mer nocturne intense et bleue
comme le cœur de la méduse
comme l’intérieur de l’anémone.
Naturellement
Simplement
Sans destruction et sans poèmes,
Vers une mer nocturne pourpre de poissons
Sans destructions et sans poèmes
Hantés par des myriades de lumières
Vers une mer nocturne s’en vont les navires.
Ils s’en vont
Leur cri rauque appartient à celui qui reste
Sur le quai divisé et mutilé
Et qui, entouré de poèmes, détruit, s’étonne.
Sophia de Mello Breyner, Malgré les ruines et la mort, choix de poèmes traduction du portugais, préface et notes de Joaquim Vital, Éditions de la Différence, 2000, p. 185.

CAIS
Para um nocturno mar partem navios,
Para um nocturno mar intenso e azul

Como um coração de medusa
Como um interior de anémona.
Naturalmente
Simplesmente
Sem destruição e sem poemas,
Para um nocturno mar roxo de peixes
Sem destruição e sem poemas
Assombrados por miríades de luzes
Para um nocturno mar vão os navios.
Vão
O seu rouco grito é de quem fica
No cais dividido e mutilado
E destruído entre poemas pasma.
(p. 184)

La fiche bio-bibliographique de Sophia de Mello Breyner

mercredi 11 mai 2005

Anthologie permanente : Guy Goffette

110505goffette(déchant)

Nu-tête et c’est peu dire quand le ciel
comme un soc immense entre les toits
va creusant davantage encore
les épaules maigres du printemps
quand tout au-dedans même est plus nu
qu’une eau sur la pierre et les mots
sont une épée liquide, et ceux-là qui attendent
avec un crayon un calepin des yeux
que la mer ne remplirait pas
étayent encore le mur qu’il te faudra franchir
nu-tête avec le vent, contre le vent
comme une phrase en rade sur la page
et c’est d’elle pourtant qu’un corps sera tiré
profond, lointain comme une flûte :
ce poème à mi-voix de l’autre côté sombre
où depuis tant d’années tu marches sans savoir
la tête près du cœur

Guy Goffette, Éloge pour une cuisine de province, suive de La vie promise, préface de jacques Borel, Poésie/Gallimard, n° 350, 2000, p. 157.

Lire la fiche bio-bibliographique de Guy Goffette

mardi 10 mai 2005

Anthologie permanente : Elizabeth Bishop

100505bishop_encre[...]
Je me dis : dans trois jours
tu auras sept ans.
Je me le disais pour arrêter
la sensation de tomber hors
du monde tournant et rond
dans l’espace froid, bleu-noir.
Mais je sentis : tu es un je,
tu es une Elizabeth,
tu es l’une d’entre eux.
Pourquoi faut-il que tu sois l’une d’eux ?
A peine si j’osais regarder
et voir ce que c'était que j’étais
[...]
Je sus que rien de plus étrange
n’avait jamais eu lieu, que rien
de plus étrange n’aurait jamais lieu
[...]
Elizabeth Bishop, Dans la salle d’attente, in Géographie III, traduction de Claude Mouchard , Linda Orr et Alix Cléo, Roubaud, Circé, 1991, p. 19.

I said to myself : three days
and you’ll be seven years old.
I was saying it to stop
the sensation of falling off
the round, turning world
into cold, blue-black space.
But I felt : you are an I,
you are an Elizabeth,
you are one of them.
Why sould you be one, too ?
I scarcely dared to look
to see what it was I was.
[...]
I knew that nothing stranger

had ever happened, that nothing
stranger could ever happen
[...]

voir la fiche bio-bibliographique d’Elizabeth Bishop

lundi 09 mai 2005

Anthologie permanente : Alain Duault

Alain Duault, rencontré lors d’une lecture donnée à l’occasion des 20 ans de la revue le Nouveau Recueil m’a fait l’amitié et l’honneur de m’envoyer plusieurs textes inédits à paraître dans la Nouvelle Revue Française en octobre 2005 et en recueil chez Gallimard en 2006.

A l’heure où la rage nous quitte on compte sur les fleurs
Sauvages sur la braise et le miel pour l’absente annoncée
On relit chevilles et poignets sur les vélins de la mémoire
Pour se livrer aux délices des images on est dos au soleil
Avec du poivre dans les yeux on défait la robe bleu lamé
Des vagues à midi pour dessiner les seins de l’amoureuse
Eperdue qu’on croyait éternelle on déchire trop de pages
Du livre des merveilles de Marco Polo on somnole mains
Ouvertes vers le ciel qui attend nos aveux le cœur de jais
Brodé de crêpe et d’abîme Pourtant chaque forme encore
Qui ramène l’eau et la sauge tant de chemins de la beauté
Quand passe amer l’intérieur du visage qu’on a tant aimé
Les amandes leur goût de dernier baiser tout cela le doux
Et l’âme ce qui nous a tenu en éveil hors du temps la nuit
Qui avoue que l’absente est un chemin vers la mort voilà
Alain Duault, Où quelque chose a frémi, inédit.

090505duault_2

Alain Duault est producteur d'émissions radiophoniques et télévisées sur la musique, critique musical, musicologue, romancier et poète.
Extraits de sa bibliographie
Le jardin des aïeux (poésie), Gallimard 1999
Verdi, la musique et le drame, découvertes Gallimard, 2000
Où vont vos nuits perdues, Gallimard 2002
La femme endormie (roman), Plon 2003
Un article sur Alain Duault
Une note critique sur la poésie de Duault
Une note de François Bon sur Où vont vos nuits perdues sur le site remue.net
La fiche d’Alain Duault dans la Poéthèque

dimanche 08 mai 2005

Anthologie du week-end : Heather Dohollau

080505dohollau_aquarelleSur le papier tout dort
Mais la main éveille
Oiseau qui passe
Détachant dans le jour
La présence pure

Neige de l'être
Qui fond
Où les couleurs affleurent

Errements de l'œil
Sur les pentes du visible
Bleu du ciel

Se posant dans un souffle
Sur le corps de la beauté

  Cézanne

Heather Dohollau, in Pages aquarellées, Folle Avoine 1989, page 11.

Lire la note bio-biliographique de Heather Dohollau

samedi 07 mai 2005

Anthologie du week-end : Paul Celan

En janvier 2002, commençant tout juste l’aventure de l’anthologie permanente de poésie (sur le site zazieweb.fr), j’écrivais : j'ai été très frappée ce matin par quelques lignes de George Steiner dans son livre Grammaires de la création à propos de Paul Celan. J'ai donc décidé aujourd'hui de consacrer ma contribution à l'almanach poétique à Paul Celan, avec un poème en bilingue et un extrait des pages de Georges Steiner.

070505celan_aquarellePSAUME
Personne ne nous pétrira de nouveau dans la terre et l'argile,
personne ne soufflera la parole sur notre poussière.
personne.

Loué sois-tu, Personne.
C'est pour toi que nous voulons
fleurir
A ta
rencontre.

Un rien,
voilà ce que nous fûmes, sommes et
resterons, fleurissant :
la rose de Rien, la
rose de Personne

Avec
la clarté d'âme du pistil
l'âpreté céleste de l'étamine,
la couronne rouge
du mot pourpre que nous chantions,
au-dessus, ô, au-dessus
de l'épine.
Paul Celan, in Anthologie bilingue de la poésie allemande, bBbliothèque de la Pléiade 1993, page 1188.

PSALM
Niemand knetet uns wieder aus Erde und Lehm,
niemand bespricht unsern Staub.
Niemand.

Gelobt seist du, Niemand.
Dir zulieb wollen
wir blühn.
Dir
entgegen

Ein Nichts
waren wir, sind wir, werden wir
bleiben, blühend :
die Nichts-, die
Niemandsrose

Mit
dem Griffel seelenhell,
dem Staubfaden himmelswüst,
der Krone rot
vom Purpurwort, das wir sagen
über, o über
dem Dorn.

 "Un poème de Celan est un absolu, bien que lui-même en soit venu à postuler et à décréter sa réalisation impossible. C'est un absolu brouillé avec le langage, brouillé avec l'entreprise littéraire ; brouillé avec les critères et les pratiques dominants de la communication.
Polyglotte — Celan est un traducteur magistral de six ou sept langues —, le plus novateur et le plus grands des poètes lyriques allemands après Hölderlin a vécu comme presque insupportable son propre recours à la langue allemande [...] L'allemand est la langue des bouchers qui exterminèrent ses parents, la prodigalité humaine du monde dans lequel lui-même grandit. L'allemand est la langue qui a formulé des obscénités antisémites et une volonté d'anéantissement sans précédent. [...] Pour Celan, aucun artifice de purgation, aucun oubli conditionné, ne saurait débarrasser l'allemand du virus de l'infernal. [...] Comment une poésie, une prose dont la parataxe subtile, dont la précision radicale confine à la magie, mais dont la source et le sous-texte durables sont Auschwitz et la condition spectrale du Juif par la suite, peut-elle orner, enrichir, perpétuer la vie de la langue allemande ? "
George Steiner, extrait de pages consacrées à l'insoluble dilemme de Paul Celan, dans Grammaires de la Création,Gallimard 2001, page 241 et suivantes.

vendredi 06 mai 2005

Anthologie permanente : Isabelle Guigou

Isabelle Guigou m’a fait l’amitié de m’envoyer ses deux dernière parutions, Pris dans la pierre, publié dans la collection Encres Blanches chez Encres vives et Train, paru aux Éditions Donner à voir.

Voici quelques extraits de l’un et l’autre de ces recueils

060505guigou_aquarelle Ses mots hésitent à s’aventurer sur le chemin
Bringuebalent sur le bas-côté, engoncés dans leur propre corps
On dirait que marchent des vieillards bancals qu’un souffle de vent effarouche, tant la vie se tient prête au départ sous leur peau translucide ouverte de veines bleues. (Pris… p. 3)
*
Ce matin, au bord de la route, le renard mort
La neige ourle sa gueule ouverte
Linceul
La mort s’adoucit de blanc

Plus tard, à la chaleur du jour, un cadavre sale, la vie partie sans oraison, l’âme à jamais errante
(Pris…p. 4)
*
Les mots sont un prolongement du pas quand, le soir, les yeux renoncent à forer l’obscurité, quand doit pourtant circuler en toi la lueur, quand l’esprit, les sens cherchent encore leur route. (Pris… p. 11)
*
Rides d’eau à la surface
Rides de sable au fond
Dans l’espace intermédiaire, ton corps sans âge, sans chemin, infiniment possible
(Pris…p. 14)
*
Tu farfouilles
Récupères au fond de la corbeille
Des bribes de jours
Comme l’on ramasse de vieux morceaux de verre colorés
mêlés de terre
Que l’on lave et tient pour un trésor
[...]
(Train, p. 10)

jeudi 05 mai 2005

Anthologie permanente : André Frénaud

050505frnaudaquarelleJe dénonce ma vie et j'y reste
par désarroi ou par malice,
par vaillance et par sot plaisir.
Je me déjuge et me dénude.
Je me déborde, inachevé.
Je me dénombre, impossible.
Je ne sais plus ce que je cherche,
poursuivant sans avancer
une ascension parmi la terre
jusqu'à la source incertaine,
par le désert et les orages,
parmi les feux et les nuées,
sans renfort, sans reprendre haleine,
d'une dérive à l'autre dérive
et toujours dans l'angle inscrit.

Un jour peut-être, de l'autre côté,
je pourrais m'élever sans encombre
parmi les mains blanches de la lumière.

 

André Frénaud, Il n’y a pas de paradis, Poésie/Gallimard 1967, p.112.

mercredi 04 mai 2005

Anthologie permanente : Ingeborg Bachmann

040505bachmann_aquarelle

TOMBE, COEUR

 Tombe, coeur de l’arbre du temps, tombez, feuilles,
des branches saisies par le froid
que jadis le soleil entoura de ses bras,
tombez comme des yeux agrandis tombent les larmes !
[...]
tant pis si le dos tendre des nuages
une fois encore se penche vers toi,
qu’importe si les rayons de miel de l’Hymette
une fois encore t’emplissent.
[...]
Et qu’est-ce qui déjà témoigne de ton cœur ?
Entre hier et demain il oscille,
silencieux, étranger,
et l’heure qu’il sonne
est celle, déjà, de sa chute hors du temps
Ingeborg Bachmann, Poèmes, traduits de l’allemand par François-René Daillie, Actes Sud, 1989, p. 28
Lire la notice bio-bibliographique d'Ingeborg Bachmann

mardi 03 mai 2005

Anthologie permanente : Lorand Gaspar

030505gaspar_aquarelle

La montée au soir d’une autre, d’une tactile lumière, sorte de vivant pollen de la densité devenue poudreuse et transparente des corps, comme si les battements de tous les capillaires, le resserrement et l’expansion de tous les poumons de la vie, de tous les mouvements – des plus infimes aux plus amples, des presque immobiles à celui absolu – de millions d’années de vie devenaient soudain à la fois visibles et comme palpables dans les flancs érodés des montagnes.
Lorand Gaspar, Le Désert vivant, Le Temps qu’il fait, ©Lorand Gaspar 2004, exemplaire hors-commerce, p. 21.

lundi 02 mai 2005

Anthologie permanente : Andrée Chedid

020505encre_chedid_1L’ALLÉE DES CYGNES

C’est une Allée des Cygnes
D’où les Cygnes sont absents
Semée d’autres oiseaux
Plantée dans la cité
Livrée à ses échos
Sillonnée de passants

Entre les bras de la Seine
Bercée par ses remous
Bordée d’arbres de péniches
Et de mouettes des vents
C’est une Allée des Cygnes
D’où les Cygnes sont absents

Passant plus que fugace
Je songe pas à pas
Au long de l’Allée des Cygnes
D’où les Cygnes sont absents
Au pont Mirabeau si proche
Qu’Apollinaire perpétua.
Andrée Chedid, Rythmes, Gallimard, 2003, p. 114.

dimanche 01 mai 2005

Anthologie du week-end : Henri Michaux

Marchant
Marchant,
Marchand de visages battus et d'oiseaux inquiets
marchant dans la ville embrasée,
marchand de sillages perdus
de fantômes de vente, d'eau, d'odeurs
marchant d'une vie de chien,
marchant,
marchant.
Michaux, La vie dans les plis, Bibliothèque de la Pléiade, tomme II, page 186.

voir la fiche bio-bibliographique d’Henri Michaux

samedi 30 avril 2005

Anthologie du week-end : Jacques Lacarrière

AMBRE
Sève et sueur des arbres séchées
aux autans d'une autre ère,
les Anciens te nommaient electrum
car tu attises en l'homme
son besoin de foudre engloutie.

 ARDOISE
Tu gardes en toi
le sceau des fougères et des prêles,
le calque des écorces, étant
paume ouverte du temps
mémoire des ruches de la vie
où bourdonne encore en nos doigts
l'enfance des reptiles

Deux extraits de Lapidaire, Fata Morgana 1980, publiés dans Anthologie de la poésie française du XXe siècle, tome 2, Poésie/Gallimard, pages 263 et 264.

vendredi 29 avril 2005

Anthologie permanente : Marie-Claire Bancquart

VIEILLESSE
Les douceurs, les rencontres
ne s’offrent plus à emporter (take away)

où serait-ce ? et pour quel petit temps ?

Mais, pour qui a souvent parcouru des espaces impitoyables
plus belles les noces,
soleil, amitié, vignes
à consommer sur place

Marie-Claire Bancquart, Avec la mort, quartier d’orange entre les dents, Obsidiane, 2005, p. 88

La fiche de Marie-Claire Bancquart sur Poezibao.

jeudi 28 avril 2005

Anthologie perpétuelle : Sylvia Plath

ARBRES D’HIVER

Les lavis bleus de l’aube se diluent doucement.
Posé sur son buvard de brume
Chaque arbre est un dessin d’herbier –
Mémoire accroissant cercle à cercle
Une série d’alliances.

Purs de clabaudage et d’avortements,
Plus vrais que des femmes
Ils sont de semaison si simple !
Frôlant les souffles déliés
Mais plongeant profond dans l’histoire –

Et longés d’ailes, ouverts à l’au-delà.
En cela pareils à Léda
O mère des feuillages, mère de la douceur
Qui sont ces vierges de pitié ?
Des ombres de ramiers usant leur berceuse inutile.
(26 novembre 1962)
Sylvia Plath, in Valérie Rouzeau, Sylvia Plath, un infatigable galop, traduction de Valérie Rouzeau, Jean Michel Place/poésie, 2003, p. 102.


280405plathaquarelleWINTER TREES
The wet dawn inks are doing their blue dissolve.
On their blotter of fog the trees
Seem a botanical drawing.
Memories growing, ring on ring,
A series of weddings.

Knowing neither abortions nor bitchery,
Truer than women,
They seed so effortlessly!
Tasting the winds, that are footless,
Waist-deep in history.

 

Full of wings, otherworldliness.
In this, they are Ledas.
O mother of leaves and sweetness
Who are these pietas?
The shadows of ringdoves chanting, but chasing nothing


La fiche bio-bibliographique de Sylvia Plath

mercredi 27 avril 2005

Anthologie perpétuelle : Rosmarie Waldrop

Je ne voulais pas prendre dans ma main
froide cette rue qui me ramènerait à la mai-
son, ni suivre le conseil que tu m’avais donné
de trouver un autre homme pour me retenir
parce que l’étude d’une migraine ne résout
pas le problème de la sensation. Tout ce
temps-là, j’essayais de penser, mais la rivière
et la rive fusionnaient dans l’obscurité com-
mune, et les mots prenaient des significations
qui rendaient leur usage difficile à la lumière
du jour. Je pensais que l’entropie exigeait de
ramener mes jambes serrées contre mon
corps jusqu’à ce que l’ombre du pont sur la
Seekonk puisse s’inscrire dans le moyeu de
sa roue abandonnée.
Rosmarie Waldrop, La Reproduction des profils, traduit de l’américain par Jacques Roubaud, Melville[Éditions Léo Scheer], 2003, p. 14.

270405waldrop La fiche bio-bibliographique de Rosmarie Waldrop avec de très nombreux liens

mardi 26 avril 2005

Anthologie perpétuelle : José Angel Valente

Un texte de José Ángel Valente à qui il sera rendu hommage à Paris ce soir.

ODE À LA SOLITUDE

Ah solitude,
ma vieille, ma seule compagne,
salut.

Ecoute-moi maintenant que
l’amour
comme par noire magie de la main gauche
est tombé de son ciel,
chaque fois plus radieux, pareil à une pluie
d’oiseaux brûlés,
battu jusqu’au brisement, et tous ses os
à la fin furent brisés,
pour une déesse adverse et jaune.

Et toi, ô mon âme,
prends en compte, médite le nombre de fois
que nous avons péché en vain contre personne
et une fois de plus nous fûmes ici jugés,
une fois de plus, ô dieu, sur le banc
de l’infidélité et de l’irrévérence

Ainsi donc, prends en compte,
prends-toi en compte, ô mon âme,
pour qu’un jour tu sois pardonnée,
pendant qu’en cet instant tu écoutes impassible
ou détachée enfin
de ta mortelle misère
la cascade infinie
de la sonate opus
cent vingt-six
de Mozart
qui efface dans une si étrange
suspension des temps
l’image successive de ta faute.

Ah solitude,
solitude mon amie, lave-moi,
comme celui qui naît, dans tes eaux lustrales,
que je puisse te rencontrer,
et, te donnant la main, descendre,
plonger dans cette nuit,
dans cette nuit, à présent,
dans cette nuit septuple du sanglot,
à travers les sept cercles eux-mêmes qui gardent
au cœur de l’air
ton enceinte scellée.
José Ángel Valente, Trois leçons de ténèbres, suivi de Mandorle et de l’éclat, traduction et présentation de Jacques Ancet, Poésie/Gallimard n° 321, 1998, p. 121 et 122.

260405valente Né à Orense le 25 avril 1929, José Angel Valente a passé son enfance en Galice avant de se rendre à Madrid où il fit ses études de philologie romane. Il fut membre du département d'Etudes Hispaniques de l'Université d'Oxford et en 1958 il se fixa à Genève où il travailla comme fonctionnaire des Nations Unies jusqu'en 1975. Par la suite il partagea sa vie entre Genève, Paris et sa maison d'Almeria.
Son oeuvre poétique, couronnée par de nombreux prix dont, récemment, le Prix Prince des Asturies, en 1988 et le Prix National de Poésie, en 1993, a été réunie presque en totalité dans Punto cero (" Point zéro ") (1953-1979) et Material memoria (1979-1992) et a été traduite pour sa plus grande part en français par Jacques Ancet aux éditions Unes, Corti et Gallimard. Dans Chansons d'au-delà, il a réuni sa poésie en langue galicienne. De son oeuvre plus proprement narrative, il faut citer La fin de l'âge d'argent (1973).
Dans son abondante oeuvre d'essayiste, attentive aussi bien à la tradition hispanique et européenne qu'aux apports les plus significatifs de l'art et de la pensée contemporaine, il faut citer La pierre et le centre (1982) et Variations sur l'oiseau et le filet (1991), où se manifeste le plus clairement son intérêt pour les traditions mystiques aussi bien occidentales que moyennes et extrêmes orientales.
Il est mort en juillet 2000.
biographie extraite d'une très belle page consacrée à Valente :
A noter plus particulièrement Fragments d'un livre futur chez José Corti et deux recueils disponibles en Poésie/Gallimard, Trois leçons de ténèbres, suivi de Mandorle et de l'Eclat, traduction et présentation de Jacques Ancet. et Nuit obscure, Cantique Spirituel.
Une fiche sur Valente sur le site de José Corti :
Une très belle page de Ronald Klapka
sur le site remue.net :

lundi 25 avril 2005

Anthologie perpétuelle : Emily Dickinson

J’ai souvent cru la Paix venue
Quand la Paix était lointaine –
Comme les Naufragés – pensent apercevoir la Terre –
en plein Centre de la Mer –

Et relâchent leur lutte – pour découvrir enfin
Aussi inexorablement que moi –
combien de Rivages fictifs –
S’étendent avant le Port –

*

Le Pressentiment – est cette Ombre longue – sur le Pré
Qui indique le Soleil couchant –

l’Annonce faite à l’Herbe étonnée
Que la Nuit – est sur le point de venir –
Emily Dickinson, Vivre avant l’éveil, traduction de William English et Gérard Pfister avec la collaboration de Margherita Guidacci, postface de Margherita Guidacci, Arfuyen, 1989, p. 31

 I many times thought peace had come
When Peace was far away –
As Wrecked Men – deem they sight the Land –
At centre of the Sea –

And struggle slacker – but to prove
As hopelessly as I –
How many the fictitious Shores –
Before the Harbor be – (739)

*

Presentiment – is that long Shadow – on the Lawn –
Indicative that Suns go down –

The Notice to the startled Grass
That Darkness – is about to pass – (764)

Emily Dickinson, Vivre avant l’éveil, traduction de William English et Gérard Pfister avec la collaboration de Margherita Guidacci, postface de Margherita Guidacci, Arfuyen, 1989, p. 31

250405dickinson Emily Dickinson est née en 1830 à Amherst, village du Massachusetts aux Etats-Unis. Elle y a vécu quasiment recluse et a écrit environ 1800 poèmes dont elle a toujours refusé la publication. Elle est morte en 1886. D'importantes sélections de poèmes et de la correspondance sont publiées aux Editions José Corti.
On peut consulter une très belle page sur Emily Dickinson sur l'excellent site des Editions Corti
et trouver l’intégralité des poèmes (en anglais)
On peut aussi lire une page que j'ai réalisée autour d'Emily Dickinson sur le site remue.net avec notamment de nombreux liens
Emily Dickinson : biographie et poèmes sur American Poems (en anglais)
Archives électroniques Emily Dickinson
Une importante sélection de liens vers les œuvres ou des essais (en anglais)

dimanche 24 avril 2005

Anthologie du week-end : René Char

Redoublement
    Sur la médiane du soir, le branle intermittent, le môle éclairé d’une darse, et son refus de sommeil.
    Le visage de la mort et les paroles de l’amour : la couche d’une plage sans fin avec des vagues y précipitant des galets – sans fin. Et la pluie apeurée faisant pont, pour ne pas apaiser.

L'abri rudoyé
    De tous temps j'ai aimé sur un chemin de terre la proximité d'un filet d'eau tombé du ciel qui vient et va se chassant seul et la tendre gaucherie de l'herbe médiane qu'une charge de pierres arrête comme un revers obscur met fin à la pensée."
René Char in Le nu perdu, bibliothèque de la Pléiade, œuvres complètes, page 459.

240405char_caillouRené Char est né en 1907 à L'Isle-sur-Sorgue. Il participa aux activités du groupe surréaliste puis s'en éloigna. Pendant la guerre, il joua un rôle important dans le maquis. Il est mort en 1988. Parmi ses œuvres on peut citer :

Ralentir Travaux en collaboration avec André Breton et Paul Eluard (1930),

le Marteau sans maître (1934) qui inspira Pierre Boulez,
Feuillets d'Hypnos (1946),
le Soleil des eaux (1951),
Recherche de la base et du sommet (1955),
la Parole en archipel (1962),
Aromates chasseurs (1975).
Plusieurs recueils de Char ont été publiés dans la collection Poésie/Gallimard. Les Oeuvres complètes sont disponibles en un volume de la bibliothèque de la Pléiade, Gallimard.
On peut lire un texte de l'éditeur José Corti sur René Char à l'adresse suivante :
un texte de Jean Marie Barnaud sur le site remue.net
Une intéressante étude en format PDF
Un  ensemble d’articles sur Char :
Une étude sur René Char et Georges de la Tour

samedi 23 avril 2005

Anthologie du week-end : Paul Valéry

Les cieux là-bas versent la flamme sur les flots. La ferveur et la splendeur suspendues entre ciel et mer sont si intenses que le bien et le mal, l'horreur et vivre et la joie d'être, brillent et meurent, brillent et meurent, formant le calme et l'éternel"
Paul Valéry, Alphabet, Le livre de poche, collection Classiques de poche, 1999, page 63.


230405valery_copiePaul Valéry est né en 1871. Très marqué par une crise morale et intellectuelle vécue en octobre 1892, il renonce à la poésie. Pendant vingt ans il va se consacrer à la connaissance du fonctionnement de l'esprit, notamment au travers de l'entreprise de ses Cahiers tenus quotidiennement et qui couvrent plus de 20 000 pages. Il revient à la poésie à la veille de la grande guerre et produit l'essentiel de son œuvre poétique de 1917 à 1922. Il publie aussi de nombreux textes en prose, essais, dialogues, réflexions. Il meurt en 1945.

Quelques œuvres de Paul Valéry :
La jeune Parque (1917),
le Cimetière marin (1920),
Charmes (1922),
La Soirée avec Monsieur Teste (1896).
Ses œuvres ont fait l'objet d'une édition dans la Pléiade en 2 volumes. Une sélection thématique opérée à partir des Cahiers a été publiée aussi dans la Pléiade mais est actuellement indisponible. Gallimard a entrepris un très gros travail éditorial de publication des Cahiers année par année. Le Tome VIII est récemment paru.
La collection Poésie/Gallimard a consacré plusieurs volumes à Valéry : Poésies, Eupalinos, La jeune Parque, Ego Scriptor et tout récemment Poésies perdues, textes poétiques extraits des Cahiers. A signaler aussi Alphabet au Livre de Poche.

On peut se rendre sur le site suivant, celui du Centre d'Etudes Valéryennes, qui, faute de comporte des ressources intéressantes dont une bonne bibliographie :
A signaler la présence de Valéry sur le site de Jean-Michel Maulpoix avec un article sur les dernières parutions valéryennes, le tome VIII des Cahiers chez Gallimard et précisément cet Alphabet dont un extrait est proposé ci-dessus :
Une bibliographie un peu détaillée est également disponible sur le site de l'Académie Française:
Un site des Etudes Valéryennes de l’Université de Newcastle upon Tyne (en français)

vendredi 22 avril 2005

Almanach poétique : Jules Supervielle

Celui qui chante dans ses vers,
Celui qui cherche dans ses mots,
Celui qui dit ombres sur blanc
Et blancheurs comme sur la mer
Noirceurs sur tout le continent,
Celui qui murmure et se tait
Pour mieux entendre la confuse
Dont la voix peu à peu s'éclaire
De ce que seule elle a connu
Celui qui sombre sans regret
Toujours trompé par son secret
Qui s'approche un peu et s'éloigne
Bien plus qu'il ne s'est approché,
Celui qui sait et ne dit pas
Ce qui perle au bout de ses lèvres
Et, se taisant, ne le dira
Qu'au fond d'une blafarde fièvre
Au pays des murs sans oreilles,
Celui qui n'a rien dans les bras
Sinon une grand tendresse,
Ô maîtresse sans précédent,
Sans regard, sans cœur, sans caresses,
Celui-là vous savez qui c'est
Ce n'est pas lui qui le dira
Jules Supervielle, La Fable du monde, suivi de Oublieuse Mémoire, Poésie/Gallimard n° 219 (1987), p. 94.

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Jules Supervielle est né en Uruguay, à Montevideo, en 1884. Ses parents meurent la même année lors d’un séjour en France, suite à l’absorption accidentelle d’une eau empoisonnée. Supervielle est élevé par son oncle en Uruguay. En 1894, il revient en France, où il s’établira, retournant régulièrement séjourner dans son pays natal. Il commence à publier des poèmes dès 1901. Il se tient à l’écart des mouvements d’avant-garde, et son œuvre, comme le souligne Jean-Michel Maulpoix dans son article « Jules Supervielle, le réconciliateur », se tient à mi-chemin entre le classicisme et la modernité. Son époque le célèbre : il obtient le Prix des Critiques en 1949, reçoit le Grand Prix de littérature de l’Académie française en 1955, et est élu « Prince des Poètes » en 1960, un mois avant sa mort.
Extraits de sa bibliographie

L'ensemble de l'œuvre poétique est disponible dans la bibliothèque de la Pléiade (un tome). Disponibles également certains recueils en collection de poche Poésie Gallimard :
La fable du mondeOublieuse mémoire
Le forçat innocent
suivi de Les amis inconnus
Gravitations
, précédé de Débarcadères
parmi ses autres œuvres, romans, contes et nouvelles :
L'homme de la pampa ,1923
Le voleur d'enfant ,1926
L'enfant de la haute mer, 1931On peut lire l’article très intéressant de Jean-Michel Maulpoix, écrit à l’occasion de la parution en Pléiade des œuvres poétiques de Supervielle.
Un bel ensemble sur Supervielle, avec biographie détaillée et bibliographie par Sabine Dewulf.
Quelques uns des textes de Supervielle mis en musique par divers musiciens (Milhaud, Jaubert, etc.), sur un site extraordinaire, véritable moteur de recherche associant textes poétiques et œuvres musicales qui en sont inspirées, une mine ! 
Supervielle et ses contemporains , un site dont un des principes consiste à classer les artistes par année de naissance
Une page avec quelques poèmes de Supervielle

"Je ne vais pas toujours seul au fond de moi-même
Et j'entraîne avec moi plus d'un être vivant.
[...]
Je me fais des amis des grandes profondeurs."
Jules Supervielle, Les Amis inconnus, 1934

jeudi 21 avril 2005

Almanach poétique : Marcelin Pleynet

Soleil brûlant
                        vide de la pensée   
                        et d’un abandon désertique
                        vibrations criardes
                                                sur ce paysage de la pensée

La pensée
    ce feu pendu et qui rôde
    Et l’amour…
    est-ce l’amour cette pensée qui nous quitte en brûlant ?

Marcelin Pleynet, Fragments de chœur, vers et proses, Denoël 1986, p. 80.

Comment vivre ? Comment parler dans la dimension vive et retrouver en voisinage ce chœur vivant qui nous traverse par éclats ? Quelle mémoire, quelle parole nous séduit et nous cite dans le chant ? Tout ce qui fut écrit, tout ce qui fut dit dans cette langue, notre longue, résonne aujourd’hui en corps. Et notre mesure est cette disposition d’un corps de langue, d’une résurrection, d’un relèvement, d’un parfum, d’un chant, d’un tombeau vide (venez et voyez)…Tout ce qui nous entendons et qui fut et qui vient et passe par l’oreille ; et en nous-même tout ce qui se dit dans les livres. Comment ne pas aimer cette partition de la langue, ces variantes que nous éveillons et qui nous justifient en un plaisir toujours nouveau, une lumière tracée dans le temps ? (Marcelin Pleynet).

210405_pleynetPoète, romancier, critique d’art et essayiste, Marcelin Pleynet est né le 23 décembre 1933 à Lyon. Il a publié un grand nombre de volumes de poésie, deux romans et six volumes de Journaux. Titulaires de la chaire d’esthétique à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris de 1987 à 1998, il a été directeur gérant de la revue Tel Quel de 1962 à 1982. Il collabore aujourd’hui avec Philippe Sollers à la rédaction de L’Infini.

Lire un entretien avec le poète qui revisite l'oeuvre tardive de Matisse à l'occasion de la réédition de "Jazz" et de l'exposition "Matisse, une seconde vie".

Extraits de sa bibliographie 
Alechinsky le pinceau voyageur, Gallimard,2002
Rothko et la France, L'épure Eds, 1999
Rimbaud, Gallimard, 2005
Le Pontos, Gallimard, 2002
Judit Reigl, L'insolite-Adam Biro, 2001
Les voyageurs de l'an 2000, Gallimard, 2000
Poésie et révolution la révolution du style, Pleins Feux Eds, 2000
Chardin - Le sentiment et l'esprit du temps, L'épure Eds, 1999
Rothko et la France, L'épure Eds, 1999
Notes sur le motif suivi de La Dogana, Dumerchez Naoum, 1998
Lautréamont, Seuil, 1998
L'homme habite poétiquement, Actes Sud, 1998
Une saison, Dumerchez Naoum, 1996
Le propre du temps, Gallimard, 1995
Henri Matisse, Gallimard, 1993
La vie à deux ou à trois, Gallimard, 1992
Les modernes et la tradition, Gallimard, 1990
Premières poésies, Cadex, 1988
Les Etats-Unis de la peinture, Seuil, 1986
Fragments du choeur - vers et proses, Denoël, 1984

mercredi 20 avril 2005

Almanach poétique : Henri Droguet

Je remercie beaucoup Henri Droguet qui a su que je cherchais quelques renseignements, notamment biographiques, sur lui, qui m’a contactée directement et qui m’a envoyé, en plus de ces renseignements qui m’ont permis d’établir, enfin, une fiche un peu documentée, des poèmes inédits. C’est l’un d’entre eux que je publie aujourd’hui.

200405droguet_copie_1

PLUS LOIN
printemps c’était lait vert
pulsatiles et séneçons
l’été faisait défaut
le giron d’or des automnes fumait
on cheminait sous les nuvoles
après l’abrupt hiver durait

plus ou moins long le vent
bâclait ce lieu commun la mer
et les eaux têtues noires
il y avait des pluies dans un ciel
âpre parfait fourbi

loque à terre enfin pur et simple/
ment l’homme connaissait sa douleur
courait vers d’autres ombres
un autre père
questions criées mirages
voraces faims dernières traces
des parleurs fous vivants
(26 mars 2005, Lésignan-la-Cèbe)
Henri Droguet, inédit.

Henri Droguet est né à Cherbourg le 29 octobre 1944. Études supérieures de lettres à Caen de 1962 à 1970 (certifié en lettes modernes). Premières publications dans Les lettres Françaises en 1968. Enseigne dans le même établissement malouin jusqu’en 2004. A milité au PSU de1972 à 1981 et à la CFDT de 1972 à nos jours (il y a exercé des responsabilités [intertitre]-professionnelles « non négligeables avant de rejoindre modestement la base »)

Il a été « encouragé par les « parrains » suivants : Aragon, Claude Roy, Jean Follain, André Frénaud, Jacques Réda, Guy Goffette….. qu’il a rencontrés en chair et en os, sans oublier Jean Grosjean

Bibliographie
Poésie :
Chat rapace, Cahier de poésie n° 3, avec une présentation de Claude Roy, Gallimard, 1980
Le contre-dit, Gallimard, 1982
Ventôses, Champ Vallon, 1990
Le Passé décomposé, Gallimard, 1994
Noir sur blanc, Gallimard 1998
La main au feu, Gallimard 2001
48°39' N 2°01' W, Gallimard 2003
A paraître sous peu aux éditions Gallimard, un nouveau recueil Avis de passage
Ouvrages illustrés
Champ du signe, avec 5 gravures de Thierry Le Saëc, éditions de la Canopée, 2003
Pluies, vents, bords perdus, avec 5 lithos d’Eric Brault, Ombre et lumière, 2003
Avis de passage, avec 3 gravures de Dominique Penloup, Le galet bleu, 2004.
En prose :
Albert & Cie, histoire, avec une postface de Jacques Réda, éditions Apogée
Des textes de Henri Droguet sur le site de Jean Michel Maulpoix
Une analyse de 48°39' N 2°01' W

 

mardi 19 avril 2005

Almanach poétique : André du Bouchet

                                            il n’est pas indifférent que terre
ne soit pas de la terre simplement.                           dans les
composantes de ce qui à l’infini  sous    un pas  fera le sol, il
entre            –   invisible à autre œil qu’à celui du peintre qui
nomme : accents… couleurs – pour éteint qu’au
premier abord il  ait  paru,  toujours  quelque  corps  témoin
réfractaire,        débris   de   marbre   ou   porphyre        ici,
momentanément confondu avec un sol sans éclat.
poudre, presque.                       mais non       –  et la poudre
même  en  quoi  par instant  il peut  sembler   que   les  petits
morceaux s’annulent, non davantage      – insignifiants, ou
démunis de tranchant.

la poudre.                                                             la couleur.
André du Bouchet, Poèmes et proses, Mercure de France, 1995, p. 95.

190405du_bouchetNé à Paris en 1924, l'auteur de Dans la chaleur vacante passe son adolescence aux États-Unis où sa famille s'exile au début de la Seconde Guerre mondiale. Étudiant à Harvard puis professeur d'anglais, André du Bouchet revient en France à la fin des années 1940. Influencé par René Char et Pierre Reverdy, il publie dans diverses revues ses premiers poèmes, réunis dès 1951 dans un premier recueil, Air. Suivent de nombreux recueils de poèmes, dont

Dans la chaleur vacante (1961)
Laisses (1979),
Peinture (1983),
D'un trait qui figure et défigure (1997),
l'ajour (1998).
Parallèlement, le poète entreprend d'importants travaux de traductions, parmi lesquels figurent des textes d'auteurs tels que Paul Celan, Friedrich Hölderlin, James Joyce, William Faulkner et Ossip Mandelstam, et prend part à la fondation de la revue littéraire l'Éphémère en 1967, à laquelle participent Yves Bonnefoy, Jacques Dupin, Louis-René des Forêts, Paul Celan et Gaétan Picon. André du Bouchet, auteur d'un essai sur Alberto Giacometti, sera également attentif aux réflexions sur la sculpture et la peinture.
Il est mort le 19 avril 2001
On peut lire à l'adresse suivante un important article de Philippe Jaccottet sur André Du Bouchet
Un beau site avec quelques poèmes d'André du Bouchet
Un article de Jean Michel Maulpoix
Un substantiel dossier sur remue-net avec d'autres liens :
Une note de François Bon sur le livre qu’Antoine Emaz   a consacré à André du Bouchet
Ma propre note sur ce même livre

lundi 18 avril 2005

Almanach poétique : André Velter

180405velterTout est départ.
Du mouvement il n’y a pas à démordre.
Du mouvement dans l’azur ou l’asphalte, les volcans ou les glaces.
Le moindre geste a semé des étoiles sur la terre.
Qui ne sent la cavalcade, le carnaval, la migration des corps et des pierres ?
Le moindre écart a jeté des outrages au ciel.
Qui n’accueille les cahots, les blasphèmes, les caresses et les traces ?
Le moindre pas a levé d’autres horizons.
Qui ne vit d’alertes, de temps anéantis, de souffles brûlants et d’ombres ?
Tout est dépense.
Tout est désert.
Au grand miroir de nos mains vides.
André Velter, La vie en dansant, Gallimard, 2000, p. 11.

André Velter est né en 1945 dans les Ardennes et publie son premier livre en 1966.
Poète, essayiste, c’est aussi un infatigable passeur de poésie, notamment au travers de ses émissions sur France Culture, telle Poésie sur Parole.
C’est aussi un grand voyageur et un médiateur des poètes du monde entier.
Il dirige chez Gallimard la collection Poésie/Gallimard et L'Arbalète/Gallimard.
Œuvre poétique :
Aisha, préface d’Alain Jouffroy, Gallimard, 1966, (rééd. 1998).
Du prisme noir, illustrations de Rebeyrolle, Fata Morgana, 1971.
De la déception pure, manifeste froid, Sautreau, Velter, Bailly, Buin, 10/18, 1973.
Dar-I-Nûr, Nulle part, 1983.
Velickovic, l’épouvante et le vent, Fata Morgana, 1987.
L’Enfer et les fleurs, illustrations de Saura, Fata Morgana, 1988.
L’Arbre-Seul, Prix Mallarmé, Gallimard, 1990.
Autoportraits, Paroles d’Aube, 1991.
Du Gange à Zanzibar, Prix Louise Labé, Gallimard, 1993.
Passage en force (1971-1974), préface de Bernard Noël, Le Castor Astral/ Les Écrits des Forges, 1994.
Ouvrir le chant, Le Castrol Astral/Les Écrits des Forges, 1994.
Étapes brûlées
(1974-1978), Le Castor Astral/Les Écrits des Forges, 1996.
Le Haut Pays, Gallimard, 1995.
Zingaro suite équestre, dessins d'Ernest Pignon-Ernest, Gallimard, 1998.
Le septième sommet, poèmes pour Chantal Mauduit, Gallimard, 1998.
La vie en dansant, Gallimard, 2000.
L'amour extrême, poèmes pour Chantal Mauduit, Gallimard, 2000.
Zingaro suite équestre, Folio/Gallimard n°3385, 2000.
Une autre altitude, poèmes pour Chantal Mauduit, Gallimard, 2001.
L'Arbre-Seul, Poésie/Gallimard, 2001.
Au Cabaret de l'éphémère, Gallimard, 2005.
Zingaro suite équestre & Un piaffer de plus dans l'inconnu, dessins d'Ernest Pignon-Ernest, Gallimard, 2005.
Essais :
Le Livre de l’outil, photos de Jean Marquis, Messidor, 1976, réédition Phébus 2003.
Les Outils du corps, photos de Jean Marquis, Messidor, 1978.
Les Bazars de Kaboul, avec Emmanuel Delloye, Hier et Demain, 1979.
Peuples du toit du monde , Chêne-Hachette, 1981.
Les Bazars de Kaboul
, avec Emmanuel Delloye, Anne-Marie Métailié,1986.
Ladakh-Himalaya, Albin Michel, 1988.
Marelle-Mémoire, photos de Gérard Rondeau, Marval, 1998.
Traductions
Adonis, Désert, Les Cahiers de Royaumont, 1988.
Fernando Pessoa, Faust, traduit avec Pierre Léglise-Costa, Christian Bourgeois, 1990.
Adonis, Mémoire du vent, Poésie/Gallimard, 1991.
Sayd Bahodine Majrouh, Le Suicide et le chant, Connaissance de l’Orient/Gallimard, 1994.
Taslima Nasreen, Une autre vie, traduit avec France Bhattacharya, Stock, 1995.

A noter également, le livre de Gérard Noiret sur André Velter dans la collection poésie de l’éditeur Jean-michel Place

André Velter a réalisé un très beau site, quasiment autobiographique, où l’on peut trouver notamment une biographie beaucoup plus détaillée
Une bibliographie très complète sur le site de l’hôtel Beury

dimanche 17 avril 2005

Almanach du week-end : Jacques Réda

170405redaJe regarde souvent la rue où je vais comme si
J'avais depuis longtemps quitté l'émouvante surface
Du monde pour l'autre côté sans fond qui nous efface
Un jour ou l'autre sans retour mais libres de souci.

Je m'applique assez bien à ce délicat exercice
Pour que très vite mon regard cesse d'appartenir
A l'amas nuageux d'espérance et de souvenir
Auquel j'aurai donné mon nom.
Un citadin, in La course, nouvelles poésies itinérantes et familières (1993-1998). Page 11.

Jacques Réda est né à Lunéville en 1929. Rédacteur en chef de la NRF de 1987 à 1995, il a notamment publié
Amen (1968),
Les Ruines de Paris (1977),
L'herbe des talus (1984),
Châteaux des courants d'air (1986),
Le sens de la marche
(1990).
Parmi ses plus récentes parutions, on peut citer chez Verdier, Le lit de la reine (2001) et Les Fins fonds (2002).
L’adoption du système métrique, Gallimard, 2004.
Un site qui propose un bel ensemble sur Jacques Réda (mais le site semble malheureusement en sommeil actuellement)
Un lien avec quelques poèmes :
Une bonne bibliographie et les publications récentes de Jacques Réda :
De bons commentaires de lecture sur plusieurs livres de Réda
Écouter la conférence
de l'Université de tous les savoirs du dimanche 9 novembre 2003, par le poète Jacques Réda : Écrire Paris

samedi 16 avril 2005

Almanach du week-end : Guy Goffette

160405goffette_aquarelle_avec_blanc_1Avec six mois de retard sur les oies
sauvages, cent vingt-neuf ans après l'as
des fugueurs ardennais et son merdre à
la poisseuse poésie, j'ai quitté
Charleville et l'inconnue d'en face
dont le dentelles festonnées de givre
battaient avec mon cœur contre la vitre.
J'ai fait un signe à la Meuse baignant
dans sa luxure verte, et dit Allons,
mais sur deux jambes, au diable le génie.
Guy Goffette in Un manteau de fortune, Gallimard 2001, page 29

Guy Goffette est né en Lorraine belge en 1947. Parmi ses œuvres on peut citer
Eloge pour une cuisine de province (1988),
le pêcheur d'eau (1995),
Verlaine d'ardoise et de pluie
(1996),
l'ami du jars (1997)
Elle par bonheur et toujours nue (1998),
Partance et autres lieux (2000).
On peut aussi lire un article de JM Maulpoix sur Guy Goffette : une page sur le site de l’Hôtel Beury
une bonne page sur le site du livre luxembourgeois
Un dossier très complet avec nombreuses critiques de livres sur le site de Lire
La fiche de Guy Goffette dans la poéthèque du Printemps des poètes
et sur Poezibao, le compte rendu du livre que Guy Goffette a consacré à W.H. Auden

vendredi 15 avril 2005

Almanach poétique : Jacques Dupin

150405dupinTIRÉ DE SOIE
        lui, le ver, boulimie, agressivité désinvolte, il ne pense qu’à ça : engloutir la feuille, éluder la note contraire, étrangler l’éclat intempestif, - et engloutir la feuille, élucider le fil, - des monceaux de vert, pour la transparence, pour l’acuité d’un trait de soie
[...]
        la ligne infinie, cassée, renouée, infinie – que je hais, dont je défaille, la croissante

        elle me précède, me tire, me repousse, m’illumine, - et je lui dois, si près de finir, de boire l’ultime gorgée, je lui dois, si près de finir, ma foulée rapide, ma voracité souterraine, et cette pointe complice qui s’affile en se détruisant…

        elle écrit le trait, le pli, la faille, la cassure et le nœud juvéniles, la diffraction de son savoir, de son trouble, de sa lueur – comme la marque où je me perds, l’imprégnation d’un legs anticipé dans la magnanerie à feux d’angles
Extrait de Echancré, P.O.L. 1991, paru in Un Temps, création actuelle en Ardèche, passage d’encres, 2003, p. 52

Jacques Dupin est né le 4 mars 1927 à Privas, Ardèche. Il vit à Paris depuis 1944.
Rencontre René Char en 1947. Grâce à son soutien, publie poèmes et textes sur l'art dans Botteghe Oscure, Cahiers d'art, Empédocle. Secrétaire des Cahiers d'art en 1952, il entre en relation avec des artistes (Brancusi, Picasso. Brauner, Lam. Calder. hélion, Braque, De Staël. Miro, Giacometti). Début d'une collaboration avec les artistes qui occupera le plus clair de son temps. Se lie d'amitié avec André du Bouchet. Francis Ponge, Pierre Reverdy, André Frénaud.
Devient en 1956 directeur des éditions de la galerie Maeght continuée par la galerie Lelong en 1981. Amitié avec Alberto Giacometti marquée par un livre. un film, l'organisation d'expositions. Étroite collaboration amicale avec Joan Miro, textes, expositions dont douze rétrospectives, établissement du catalogue des gravures, du catalogue des peintures, activités d'expert. Un des fondateurs de la revue l'Ephémère en 1966, avec André du Bouchet, Yves Bonnefoy, Gaëtan Picon, Louis-René des Forêts, Michel Leiris et Paul Celan.
Collaboration et liens d'amitié, avec Tapies, Riopelle, Chillida, Rebeyrolle, Adami, Capdeville, Joan Mitchell, Francis Bacon. Henri Michaux. Prix national de poésie, 1988.
oeuvres : Cendrier du voyage. G.L.M., 1950. Art poétique. P.A.B., 1956. Dessin de Giacometti. Les brisants. G.L.M., 1958. Eau-forte de Miro L'épervier. G.L.M.., 1960. Eau-forte de Giacometti. Mirô. Flammarion, 1961. Édition augmentée, 1993. Alberto Giacometti, textes pour une approche. Maeght, 1962, réédition par Fourbis en 1995. Gravir. Gallimard, 1963. L'embrasure. Gallimard, 1969. L'embrasure précédé de Gravir. Poésie/Gallimard, 1971. Dehors. Gallimard, 1975. Histoire de la lumière. L'Ire des vents, 1978. Une apparence de soupirail. Gallimard, 1982. De singes et de mouches. Fata Morgana. 1983. Matière du souffle (Tàpies). Fourbis, 1994. Le grésil. P.O.L., 1996.Ainsi que des livres à tirage limité illustrés par des artistes contemporains.
Bio et bibliographie tirées de Le corps clairvoyant. 1963- 1982. Poésie/Gallimard, 1999

quelques liens
Un article de Bernard Simeone sur le site de Jean-Michel Maulpoix
Un bel ensemble sur Jacques Dupin disponible sur remue.net (taper Dupin dans le moteur de recherche en bas de page d’accueil)
Une biographie très détaillée et une bonne bibliographie sur le site des éditions P.O.L
Un bel entretien avec Jacques Dupin

jeudi 14 avril 2005

Almanach poétique : Jean Tardieu

140405metrobonneAINSI FONT FONT FONT
                         (Magnifiquement érudit)

Le chemin de fer urbain
dit le « Métropolitain »
cesse d’être aérien
quand il devient souterrain.

Au contraire écoutez-moi bien
quand il sort du souterrain
tout à coup aérien
de nouveau il redevient.

Ainsi font les vers de terre
les couleuvres dans les pierres
dans l’océan les serpents
qu’on nomme serpents de mer
ainsi font après l’hiver
les verdures du printemps
les enfants hors de leur mère
hors de la nuit la lumière
et la paix après la guerre
l’existence sur la terre
et la terre dans le temps.
Jean Tardieu, Le fleuve caché, Poésies : 1938-1961, Poésie/Gallimard, 1968, p. 142.
En écho à ce texte, lire cette note du blog Le Flotoir

Jean Tardieu est né dans l'Ain en 1903. Il a travaillé aux Musées Nationaux puis chez Hachette et après la guerre à la Radiodiffusion française. Traducteur de Goethe et de Hölderlin, il reçoit le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres en 1986. Il est mort en 1995.
Extraits de sa bibliographie :
Poésie : Accent, Le Témoin invisible, Jours pétrifiés, Monsieur Monsieur, Formeries, Comme ceci comme cela.
En Poésie/Gallimard : l'Accent grave et l'accent aigu, Poèmes 1976-1983 (Formeries, Comme Ceci comme cela, Les Tours de Trébizonde) ; Le Fleuve caché, poésies 1938-1961 (Accents, Le Témoin invisible, Jours pétrifiés, Monsieur Monsieur, Une voix sans personne, Histoires obscures) ; La part de l'ombre suivi de la Première personne du singulier et de Retour sans fin, Proses 1937-1967.
On lui doit aussi du théâtre, de nombreux textes sur les peintres (Hartung, Ernst, Bazaine, Estève, etc.).
A signaler la parution en 2003 chez Gallimard d'un gros Quarto, 1596 pages, 27,50 €, regroupant tout l'œuvre poétique, les écrits sur les arts, un large choix du théâtre, des articles, des lettres, entretiens. 
Un bel article sur Jean Tardieu, et l'adresse de l'Association Jean Tardieu
Plus d'information sur l'Association Jean Tardieu
L'analyse d'un poème
de Jean Tardieu
quelques textes de Tardieu
Des photos et un entretien avec Jean Tardieu
Un article à l'occasion de la parution de Le professeur Froeppel dans la collection Imaginaire de Gallimard
Le compte rendu de l'exposition Jean Tardieu comment parler musique

"Nous voulons nous étourdir à force de lampes et de bruit. Tous nos livres, toutes nos actions ne sont remplis que du fracas des jours. Pourtant ce qui nous gouverne - instincts, imagination, rêves, passions, pouvoir créateur - plonge dans une ombre sans contrôle. Nous implorons, nous espérons la lumière, alors que, par un effet contradictoire, cette obscurité qui nous terrifie nous alimente puissamment.
Mais il y a autre chose. Cette nuit si terrible apparaît bénéfique si nous l'embrassons, les yeux ouverts, dans la vérité du regard."
Jean Tardieu in Obscurité du Jour, 1974.

mercredi 13 avril 2005

Almanach poétique : Ted Hughes

In memoriam: Birthday Letters dont est extrait le texte suivant est un recueil de lettres-poèmes que le poète Ted Hughes (1930-1998) adresse, quelques mois avant sa propre mort, à son épouse Sylvia Plath, qui s’est suicidée trente-cinq ans auparavant.

130405aquarelle_ted_hughes L’oiseau
Sous son dôme de verre, derrière ses yeux,
Ton Oiseau de Panique n’était pas empaillé. Il paraissait en quête
De quelque chose, tu ne savais pas quoi. Je le devinais
Dérouté par le verre, ce mur invisible.
Un gecko de zoo collé contre le néant,
Avec toute la vie battant dans sa gorge,
Comme s’il se tenait sur l’éther. Souviens-toi,
Lorsque nous faisions le tour de Boston Common,
Nous étions obligés toujours de prendre le même chemin,
C’était plus fort que nous. Un système d’horlogerie
Venu du Tyrol, tournant sous le verre,
Avant de se mettre à tinter. Tu m’as tout raconté
Sauf le conte de fées. Pas à pas
Je suis descendu dans le sommeil
Dont tu essayais de te réveiller.
[...]
Ted Hughes, Birthday Letters, traduction de Sylvie Doizelet, Gallimard, 2002, p. 90.

 

 Ted Hughes est né en 1930 dans le Yorkshire en Angleterre . Il fut étudiant à Cambridge et épousa Silvia Plath (qui devait se suicider en 1963). Il est mort en 1998. Parmi ses œuvres poétiques, on peut citer (en anglais) : The Birthday Letters (Farrar, Straus & Giroux, 1998), Wolfwatching (1990), Flowers and Insects (1986), River (1984), Selected Poems 1957-1981 (1982), Moortown (1980), Remains of Elmet (1979), Cave Birds (1979), Gaudette (1977), Crow (1971), and Lupercal (1960). Sont disponibles en français les Birthday Letters (voir la
fiche de lecture sur zazieweb.com :
une biographie en anglais

Les lecteurs de l'anglais pourront prendre connaissance d'un article approfondi qui expose le problème de ce recueil, vendu en Angleterre à 40 000 exemplaires les premières semaines !
Un autre article en anglais
Une courte page en français sur Sylvia Plath
Une intéressante étude de la pratique poétique de Ted Hughes par Joanny Moulin
Deux poètes chamans : Ted Hughes et Kenneth White un article de Michèle Duclos

mardi 12 avril 2005

Almanach poétique : Jacques Réda

120405angelot_rda_copieL’HABITANTE ET LE LIEU
L’âme semble un couloir où des pas hésitants résonnent,
Mais personne jamais ne vient. Dehors, l’ombre qui tremble
Dans les encoignures de porte et sous les escaliers,
C’est l’âme encore, quand la nuit fige le long des murs
Les flots d’eau pâle et froide où l’on est heureux de descendre.
Et qui donc parlait de salut ou de perte pour l’âme,
Alors qu’elle est blottie en son frisson et cependant
Toujours plus dénudée au vent qui souffle en ce couloir ?
Qu’elle se cache ou rôde, écoute : elle s’égare, étant
L’habitante et le lieu d’une solitude sans nom.
Jacques Réda, Amen, Gallimard, 1968, , p. 24.

Jacques Réda est né à Lunéville en 1929. Rédacteur en chef de la NRF de 1987 à 1995, il a notamment publié
Amen (1968),
Les Ruines de Paris (1977),
L'herbe des talus (1984),
Châteaux des courants d'air (1986),
Le sens de la marche
(1990).
Parmi ses plus récentes parutions, on peut citer chez Verdier, Le lit de la reine (2001) et Les Fins fonds (2002).
L’adoption du système métrique, Gallimard, 2004.
Un site qui propose un bel ensemble sur Jacques Réda
Un lien avec quelques poèmes :
Une bonne bibliographie et les publications récentes de Jacques Réda :
De bons commentaires de lecture sur plusieurs livres de Réda
Écouter la conférence
de l'Université de tous les savoirs du dimanche 9 novembre 2003, par le poète Jacques Réda : Écrire Paris

lundi 11 avril 2005

Almanach poétique : Ludovic Janvier

110405biefRésurgence, désinence
Des noms de rivières on dirait qu’ils sont les petits noms, les prénoms locaux, les façons locales de saluer l’apparition de la même eau universelle….
[...]
        il y a l’Aube et il y a l’Aubance
    ù l’eau commence avec le matin

        il y a la Coole et il y a la Cole
    ces défilés calmes de miroirs

        il y a la Couze et il y a la Couze
    promenant la source au fil du temps

        il y a l’Ill et il y a l’Ille
    quittant notre silence à mi-voix

        il y a la Manse et il y a l’Amance
    émincés d’aube au rythme du sang

        il y a la Sombre il y a la Sambre
    tranchées de jour où la nuit fait fleur

        il y a Dourdon il y a Dordogne
    où le clair enfoui sonne caverne

        il y a la Glane et il y a la Grane
    où l’eau simple est gravière d’éclats

        il y a l’Erre et il y a l’Erve
    quand parler s’abreuve à l’eau de l’air

        il y a la Deûle et il y a la Dheune
    douceurs d’allure au fil de la voix
Ludovic Janvier, Des rivières plein la voix, promenade, L’arbalète Gallimard, 2004, p. 59.

Romancier, poète, essayiste, Ludovic Janvier est né en 1934 à Paris.
Extrait de sa bibliographie :
La baigneuse, Gallimard 1968
Face, Gallimard, 1974
Naissance, Gallimard, 1984
La mer à boire, Gallimard 1987
Brèves d’amour, Gallimard, 1993
En mémoire du lit, Gallimard, 1996
Tue-le, Gallimard 2002
Des rivières plein la voix,
Gallimard 2004
A noter aussi deux essais sur Samuel Beckett, Pour Samuel Beckett (Editions de Minuit 1966), et Samuel Beckett par lui-même (Editions du Seuil1969).
« Je m’acharne à croire aux mots, seulement voilà : on les croit faits pour désigner les choses, or ils désignent le manque d’elles. Leur lointain, si vous préférez. Et c’est ce lointain qui nous écarte de nous.
(Tue-le ! - p 198)
La fiche de Ludovic Janvier dans la poéthèque
En ligne, des textes de Ludovic Janvier sur le site de Inventaire invention
Un article de Richard Blin, paru dans le Matricule des Anges à propos de Des rivières plein la voix

dimanche 10 avril 2005

Almanach du week-end : Jean-Michel Maulpoix

100445maulpoix_copieConvalescence du bleu après l'averse…[...]
On voudrait jardiner ce bleu, puis le recueillir avec des gestes lents dans un tablier de toile ou une corbeille d'osier. [...]. On voudrait, on regarde, on sait qu'on ne peut en faire plus et qu'il suffit de rester là, debout dans la lumière, dépourvu de gestes et de mots, avec ce désir un peu bête dont le paysage n'a que faire, mais dont on croit savoir qu'il ne s'enfièvre pas pour rien, puisque l'amour est notre tâche, notre devoir, quand bien même serait-il aussi frêle que ces gouttes d'eau d'après l'averse tombant dans l'herbe du jardin. "
Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu, Mercure de France, 1992, page 15

Né à Montbéliard, le 11 novembre 1952, Jean-Michel Maulpoix est l'auteur d'ouvrages poétiques, parmi lesquels Une histoire de bleu, L'Ecrivain imaginaire, Domaine public, et L'Instinct de ciel, publiés au Mercure de France.
Il a également fait paraître des études critiques sur Henri Michaux, Jacques Réda et René Char, ainsi que des essais généraux de poétique (entre autres : La poésie malgré tout, La poésie comme l'amour et Du lyrisme).
Son écriture, où dialoguent sans cesse prose et poésie, se réclame volontiers d'un « lyrisme critique ».
Jean-Michel Maulpoix dirige la revue trimestrielle de littérature et de critique Le Nouveau Recueil (éd. Champ vallon, 01420 Seyssel)
Il enseigne la poésie moderne et contemporaine à l'Université ParisX-Nanterre.Il préside actuellement la Commission d'aide à la création poétique du Centre national du livre. Une biographie plus détaillée est disponible sur le site de JM Maulpoix : 
Pour en savoir en effet davantage sur Jean-Michel Maulpoix, on peut visiter son magnifique site où il présente ses travaux mais qui est aussi une mine sur la poésie d'aujourd'hui :
Un bel ensemble autour de Maulpoix sur le site Fluctuat :
Sur le livre Le poète perplexe :
Lire  la fiche du Poète perplexe sur Zazieweb
Jean- Michel Maulpoix vient de publier chez José Corti adieux au poème qui sera prochainement présenté sur Poezibao.

samedi 09 avril 2005

Almanach poétique du week-end : Louis-René des Forêts

Ce qui a lieu une fois ne reprend corps que pour se répandre en variations infinies jusqu'à perdre090405feuille_morte_almanach_de_copie son éclat, comme sitôt épanouie se fane une fleur surexposée en plein soleil.
Louis-René des Forêts, in Pas à pas jusqu'au dernier, Mercure de France 2001

Louis-René des Forêts est né le 28 janvier 1918. Il publie son premier roman, les Mendiants en 1943. Il s'engage dans la Résistance. En 1946, parution de Le Bavard, puis la Chambre des enfants en 1960, Voix et détours de la fiction en 1985, Le Malheur au Lido en 1987, Poème de Samuel Wood en 1988, Face à l'Immémorable en 1993 et Ostinato en 1997. Il est mort en 2001.
Lire le compte rendu de son dernier livre, Pas à pas jusqu' au dernier
un bel ensemble sous la direction de Dominique Rabaté :
voir la fiche d'un essai de Dominique Rabaté sur le site de José Corti
ainsi qu'une fiche de lecture du même essai
sur le site remue.net :
Un extrait vidéo d’un film de Benoît Jacquot

vendredi 08 avril 2005

Almanach poétique : Georges Perros

080405perros_1et je voudrais faire partie
de ces inconnus qui nous parlent
de ce que langage veut dire
sans le secours d’autre miracle
que celui de parler avant
cette parole cocardière
qui nous fait de l’œil quoique aveugle
et susceptible
seulement
de consoler les endormis
et d’endormir les survivants
au désastre d’être sur terre
quoique émerveillés C'est ainsi
qu’on s’accepte enfin solitaire.
Georges Perros, Une vie ordinaire, Poésie/Gallimard n° 226, 1988, p. 130.

Georges Perros est né le 23 Août 1923. Il étudie l’art dramatique et entre à la Comédie Française mais renonce en 1950 au métier de comédien et devient alors lecteur au T.N.P. de Jean Vilar. Il est aussi rédacteur à la Nouvelle Revue Française. Il se retire à Douarnenez en Bretagne dès 1959. Il est mort le 24 janvier 1978 à Paris.
Extraits de sa bibliographie
Poèmes bleus, Gallimard, 1962.
Papiers Collés, Gallimard, 1969 et 1986 (L’Imaginaire)
Une vie ordinaire, Gallimard 1967 et 1988 (Poésie)
Papiers Collés II, Gallimard, 1973 et 1989 (L(Imaginaire)
Papiers collés III, Gallimard
Lectures, Le Temps qu’il fait, 1981.
A citer aussi les nombreuses correspondances parues de Georges Perros avec Jean Grenier, Jean Roudaut, Jean Paulhan, Michel Butor, Bernard Noël, Brice Parrain, Lorand Gaspar.
Une grande analyse de Une vie ordinaire :
Un entretien avec Michel Butor à propos de sa correspondance avec Georges Perros
Un texte de Serge Meitinger sur Perros :
un article sur la correspondance Bernard Noël/Georges Perros :
Une biographie détaillée très utile pour bien lire Une vie ordinaire
Un dossier sur le site de Un siècle d’écrivains de FR3

jeudi 07 avril 2005

Almanach poétique : Juan Ramón Jimenez

070405jimenez_aquarelleElle parlait autrement que nous tous,
d'autres choses d'ici, mais jamais dites
avant qu'elle ne les eût dites. Elle était tout
Nature, amour et livre.

                 Comme l'aurore, toujours,
elle commençait de façon imprévue,
si loin de tout ce que l'on rêve !

Toujours, comme midi,
elle arrivait à son zénith, d'une manière
insoupçonnée,

si loin de tout ce que l'on raconte !
Comme le crépuscule, toujours,
elle se taisait d'une façon inconcevable,
si loin de tout ce que l'on pense !

              Si loin, si près
de moi son corps!
Son âme,
si loin, si près de moi !

  …    Nature, amour et livre.
Juan Ramón Jiménez, poésie en vers, édition bilingue, traduction de Bernard Sesé, José Corti 2002, p.39


Hablaba de otro modo que nosotros todos,
de otras cosas de aquí, mas nunca dichas
antes que las dijera. Lo era todo:
Naturaleza, amor y libro.

          Como la aurora, siempre,
comenzaba de un modo no previsto
tan distante de todo lo soñado!

Siempre, como las doce,
llegaba a su cenit, de una manera
no sospechada,

        tan distante de todo lo contado!
Como el ocaso, siempre,

se callaba de un modo inesperable,
tan distante de todo lo pensado!

         Qué lejos y qué cerca
de mí su cuerpo! Su alma,
íque lejos y qué cerca
de mí !

  … Naturaleza, amor y libro.

Juan Ramón Jiménez, poésie en vers, édition bilingue, traduction de Bernard Sesé, José Corti 2002, p. 38.

Juan Ramón Jiménez, écrivain espagnol, est né en décembre 1881 à Moguer, petite ville d'Andalousie. Il perd son père à dix-neuf ans. En 1903 il fonde la revue Helios. Il s'exile en 1936 aux Etats-Unis d'abord, puis à Porto-Rico, où il s'installe avec son épouse Zenobia en 1951. Il reçoit le prix Nobel en 1956 et meurt en 1958.
Extraits de sa bibliographie
Chez José Corti :
Espace, 1988
Pierre et ciel, 1990
Fleuves qui s'en vont, 1990
Eté, 1997
Eternités, 2000
Poésie en vers, 2002
chez d'autres éditeurs
Sonnets spirituels, Aubier, 1989
Platero et moi, Seghers, 1994

Plusieurs pages sur le site de l'éditeur José Corti

mercredi 06 avril 2005

Almanach poétique : Gianni D'Elia

060405herbe_almanach_gianni_de_copie[…]
plus bas, dans l’herbe infime
des rainures, plongent entre les pavés

et boursouflent déjà des brins marginaux,
car même ici sur ses bords
herbeux le monde immense repousse en secret
à partir d’un être minuscule ; et quand la voûte

à nouveau se déploie sur l’ourlet gris des maisons,
et encore sur la mer en fête, désertée
par les lumière du dîner, ce n’est que joyeux
ondoiement de gens aimables, déjà repus,

et des nefs de verre des avenues
bourgeonnantes dans la pénombre teinté par le vert des branches
revoici, sous l’orange mourant sur soleil,
l’asphalte luisant et les signaux….
Gianni D’Elia, Congé de la vieille Olivetti, édition bilingue, traduit de l’italien par Bernard Simeone, Comp’Act, la Polygraphe, 2005, p. 79 et 80.

più in basso nella minutissima erba
delle scanalature profondano al pavé

e già ribrufonalo fili emarginati,
perché anche qui agli erbosi
bordi il mondo grande dal minuscolo
essere rivegeta segreto ; et poi che si riapre

la volta dal grigìo orlato degli abitati,
ancora sul mare festivo e spopolato
di luci prandiali, solo è un allegro
tremato di gentili, di già saziati,

e dalle navate vitree dei viali
gemmati in penombra tinta del verde dei rami
all’ultimo rancio del sole riescono
lucidi asfalti e segnali….

Gianni D’Elia, est né en 1953, à Pesaro, près de Rimini, sur la côte adriatique où il vit encore aujourd’hui. Il a créé la revue Lengua, d’inspiration pasolinienne, qui a publié quelques-uns des plus importants poètes italiens contemporains.
Il est l’auteur de nombreux recueils de poésie :
Non per chi va, 1980
Febbraio, 1985
Segreta, 1989
La delusione, 1991
Notte privata, 1993
Congedo della vecchia Olivetti, 1996
Guerra di maggio, 2000
Sulla riva dell’epoca, 2000
Bassa stagione, 2003.
Il a traduit Gide et Baudelaire, ainsi que des poètes symbolistes et surréalistes français.
Il est présent dans le numéro 110 de la revue Po&sie (second numéro d’une indispensable recension de la poésie italienne de 1975 à 2004). Ainsi que dans la revue La Polygraphe.
Disponibles en français :
Des textes dans l’anthologie Lengua, la jeune poésie italienne, publiée sous la direction de Bernard Simeone, Le Temps qu’il fait, 1995
Le partisan d’avril, l’Impatiente, 2000 (plaquette à tirage limité)
Congé de la vieille Olivetti, traduction Bernard Simeone, Comp’Act La polygraphe, 2005
Retrouver un article de Bernard Simeone sur le site des éditions Comp’Act où l’on peut aussi consulter une fiche avec cinq poèmes du recueil (présentation bilingue). Et voir une très belle photo de Gianni d’Elia.
Présentation du livre Congé de la vieille Olivetti
Une interview (en italien) de Gianni d’Elia

mardi 05 avril 2005

Almanach poétique : Marilyn Hacker

ÉLEGIE (EXTRAIT)
À Janis Joplin

Je voulais écrire ton
blues, Janis et, comme ça,
mettre ma langue dans ta bouche.
Fainéante et rapace,
traîtresse et splendide insomniaque
peuplant le plafond de tes hallucinations,
les brumes froides ont bleui lentement, les voitures
ont rattrapé les battements de ton cœur ; tu n’étais
peut-être par seule, encore que, là-haut, ça t’ait dit
autrement et que l’héro te disait :
Tu est plus célèbre que tout ce qui est sorti
de l’ouest du Texas, ta coiffure est un monument,
ta voix est confite
dans le miel. Je t’aime, repose-toi
Marilyn Hacker, Fleuves et retours, traduit de l’américain par Jean Migrenne, Amiot-Lenganey, 1993, p. 33.

050405marilyn_hacker_joplinI wanted to write your
blues, Janis, and put my
tongue in your mouth that way.
Lazy and grasping and
treacherous, beautiful
insominac freaking the ceiling,
the cold smog went slowly blue, the cars
caught up with your heartbreat, maybe you were not
alone, but the ceiling told you
otherwise, and skag said :
You are more famous than anyone
out fo West Texas, your hair is a
monument, your voice preserved
in honey, I love you, lie down.

Marilyn Hacker est née à New York City en 1942. Elle a grandi dans le Bronx, fille unique de parents juifs qui furent les premiers de leur famille à aller à l’université. Bien que chimiste, sa mère dut accepter un travail de vendeuse chez Macy’s et elle n’eut pas ensuite le droit de faire des études de médecine sous le double prétexte qu’elle était juive et femme. Elle devint alors professeur d’école. Son père aussi devint professeur avant de mourir d’un cancer du pancréas à 48 ans.
En dépit de toutes ces difficultés, servie par sa haute intelligence, Marilyn Hacker entre à l’université de New York à l’âge de 15 ans, après avoir brillé à la Bronx High School of Science. Elle étudie notamment l’existentialisme et la littérature française. Elle épouse son ami l’écrivain de science-fiction Samuel Delany dont elle se séparera plus tard pour vivre pleinement son homosexualité. Elle commence à écrire de la poésie et à envoyer des textes aux journaux vers l’âge de 26 ans. En 1970, elle s’installe à Londres et elle voit certains de ses poèmes acceptés par Richard Howard qui publie la revue The new American. A 31 ans, elle publie Presentation Piece qui reçoit un National Book Award. Depuis elle a publié sept autres recueils, notamment Winter Numbers et Selected Poems. Winter Numbers parle de la perte de nombre de ses ami(e)s morts du sida ou de cancers du sein et de son propre combat contre cette dernière maladie.
A la fin de sa chimiothérapie, elle perd son travail d’éditrice très influente de la Kenyon Review. Elle se rallie à cette époque aux mouvements gay et de défense des noirs.
Elle partage son temps entre Paris et New York, où elle est professeur de littérature anglo-américaine et de traduction littéraire à la City University of New York. Elle a traduit des poètes français contemporains comme Claire Malroux, Guy Goffette, Hédi Kaddour, Vénus Khoury-Ghata. Elle a édité un numéro spécial de la revue américaine Poetry sur la poésie française contemporaine en 2000.
Extraits de sa bibliographie an anglais :
Love, death ans the changing of seasons, 1986
Selected poems, 1965-1990, 1994
Winter Numbers, 1994
Squares and courtyards, 2000
First cities, collected Early Poems, 1969-1979, 2003
Desesperanto, poems 1999-2002, 2003
Bibliographie en français :
La rue Palimpseste, traduction et présentation de Claire Malroux, Editions de la Différence, 2004. (Pour ce recueil, Claire Malroux a choisi des extraits de Selected Poems : 1965-1990 et 1994, de Winter Numbers, de 1994 aussi et de Desesperanto de 2003.
Elle vient de publier La Rue Palimpseste aux Éditions La Différence
fiche auteur sur le site des Éditions La Différence
Biographie (en anglais)
Une très belle collection de poèmes en anglais
Lire aussi Crepuscule with Muriel un poème en anglais

Voir et entendre Marilyn Hacker

lundi 04 avril 2005

Almanach poétique : Serge Meitinger

Trois poèmes inédits de Serge Meitinger, que je remercie de sa confiance.

LE PORT
Plusieurs flaques-miroirs
— à marée basse —
dédoublent les carènes
lient le ciel au ciel
par la pointe des mâts —
deux mouettes cherchent pitance
— l’épais tapis de goémon
sent la vie à plein nez
à pleins poumons.
1/12/03

040405dunes_copiePOINTE DU NEZ
Humer le vent du large
baisser la tête sur la platitude
sans pareille de la mer —
le bleu du ciel monte
dessus le bleu des flots
en une unique plage —
en une page souveraine
— infiniment monotone.
2/12/03

DUNES
C’est du sable
promené amoncelé sculpté
par vents pluies marées —
c’est ombre et lumière
formant figures —
des lois altières et minutieuses
saisissent de beauté
notre cœur géomètre.
5/12/03
Serge Meitinger, Manières d’être, Tropismes et paysâmes (textes inédits)

Né en 1951 en Bretagne, Serge Meitinger est professeur de langue et de littérature françaises à l'université de La Réunion après avoir été en poste à Madagascar (E. N. S.) pendant huit ans (1980-1988). Etudie surtout la poésie et la littérature modernes dans une perspective herméneutique et phénoménologique. Auteur de nombreuses études parues en revues. Nombreux poèmes également dans diverses revues.
(biographie parue sur le site de Laurent Margantin, voir lien ci-dessous)
Extraits de sa bibliographie
Le Livre des passages , Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1983
Rites minuscules : poèmes quotidiens, le Pont de l'épée, 1986
Une dramaturgie de l'idée : esquisse d'une poétique mallarméenne, ANRT, 1992
Stéphane Mallarmé, Hachette, 1995
Océan Indien (Madagascar, La Réunion, Maurice), choix et présentation d'une anthologie de récits de voyage et de fictions, Omnibus, 1998.
Caïn et Abel, poèmes, numéro 63 de la revue Poésie en voyage, Laon, La Porte, 2000.
Henri Maldiney, une phénoménologie à l'impossible, coordination et présentation d'un volume d'hommage collectif, Le Cercle herméneutique, Paris, 2002.
quelques liens
Une fiche très complète sur Serge Meitinger
Sur le site de Laurent Margentin
La réponse de Serge Meitinger à la question "où en êtes vous avec Victor Hugo"

dimanche 03 avril 2005

Almanach poétique : Francis Ponge

Analogie de la guêpe et du tramway électrique. Quelque chose de muet au repos et de chanteur en action. Quelque chose aussi d'un train court, avec premières et secondes, ou plutôt motrice et baladeuse. Et trolley grésilleur. Grésillante comme une friture, une chimie (effervescente).
Et si ça touche, ça pique. Autre chose qu’un choc mécanique : un contact électrique, une vibration venimeuse.
030405_aquarelle_almanachMais son corps est plus mou – c’est-à-dire en somme plus finement articulé – son vol plus capricieux, imprévu, dangereux que la marche rectiligne des tramways déterminée par les rails."
Francis Ponge, La Rage de l'expression, publié en 1952 et repris dans Bibliothèque de la Pléiade, Œuvres complètes, T. I, Gallimard, 1965, P. 340.

Francis Ponge est né en 1899, dans une famille nîmoise de religion réformée. Il est mort en 1988. Parmi ses principales œuvres on peut citer le Parti pris des choses (1942), Proèmes (1948) le Grand Recueil (1961). Il est célèbre pour ses descriptions minutieuses et très dépouillé du coquillage, de la pomme de terre, de la pluie, etc. A signaler la récente réédition de l'essai que Philippe Sollers lui a consacré dans l'excellente collection Poètes d'aujourd'hui chez Seghers.
Un dossier didactique sur Ponge sur le site de Philagora :
La présentation d'un essai de Jean Pierrot sur Ponge sur le site de José Corti
Ponge et ses contemporains les plus proches
Trois courts extraits d’une émission de Jacques Derrida, à propos de Ponge

samedi 02 avril 2005

Almanach poétique : Philippe Jaccottet

020405pense_copie

La nuit n'est pas ce que l'on croit, revers du feu,
chute du jour et négation de la lumière,
mais subterfuge fait pour nous ouvrir les yeux
sur ce qui reste irrévélé tant qu'on l'éclaire .

Les zélés serviteurs du visible éloignés,
sous le feuillage des ténèbres est établie
la demeure de la violette, le dernier
refuge de celui qui vieillit sans patrie…
Philippe Jaccottet, extrait de Au petit jour, in l'Ignorant, Poésie 1946-1967, Poésie/Gallimard n°71, 1977, p. 56.

Philippe Jaccottet est né à Moudon en Suisse en 1925. Après des études de lettres à Lausanne, il a vécu quelques années à Paris, comme collaborateur des éditions Mermot. Lors de son mariage en 1953, il s'est installé à Grignan dans la Drôme. Il a publié de très nombreuses traductions notamment d'Homère, Gongora, Hölderlin, Leopardi, Rilke, Musil et Ungaretti.
Quelques livres de Philippe Jaccottet :
l'Effraie et autres poésies,
Paysages avec figures absentes (proses),
Pensées sous les nuages (poèmes),
Ecrits pour papier journal. Il faut signaler aussi la série de ses carnets publiés sous le titre de la Semaison. La plupart de ses œuvres ont été publiées chez Gallimard. On peut notamment trouver trois recueils dans la collection Poésie/Gallimard. Il a également publié quelques textes chez de petits éditeurs comme La Dogana ou Fata Morgana.
La présence, importante, de Philippe Jaccottet sur le net, ne cesse de s'étoffer. Cette liste contient plusieurs nouveaux liens :
On peut lire un entretien à l'adresse suivante
et découvrir un ensemble sur le poète à
lire un article de Jean Michel Maulpoix
un autre article intéressant
Un bel ensemble
Plusieurs articles intéressants
un article intitulé Philippe Jaccottet, l'art de l'esquisse
Une page sur le site du Centre culturel suisse, avec notamment le compte rendu d'une exposition qui s'est tenue en 2001 autour de la femme de Philippe Jaccottet
Plusieurs liens intéressants, renvoyant notamment à un mémoire de licence sur Philippe Jaccottet, traducteur
et on peut lire ma fiche livre de Et néanmoins sur zazieweb

vendredi 01 avril 2005

Almanach poétique : Michel Butor

010405_butor_aquarelleIV)
REGARDS REGARDS

Ouvrez les yeux
    tournez autour
des yeux d’autrui
    des feux de joie
d’amour ou de mélancolie
    des jeux d’autrui
des feux de bois
    des yeux des roses
des iris au bord des étangs
    de rage ou de divination
des yeux des choses
    du bois d’autrui
des feux d’iris
    des yeux des murs
des jeux des rois
    ouvrez les bois
tournez autour
    des feux d’autrui
de leurs étangs
    de rage ou de mélancolie
plongez au fond
    des yeux des roses
iris d’autrui
    feux des étangs
ouvrez les murs
    autour des yeux
d’amour ou de divination
    réchauffez-vous
éclairez-vous
    enivrez-vous
aux rois des jeux
    aux feux des choses
Michel Butor, L’horticulteur itinérant, Melville [Éditions Léo Scheer], 2004, p. 63.

Michel Butor est né le 14 septembre 1926 dans la banlieue de Lille. Associé vers 1955 à Nathalie Sarraute, à Claude Simon, à Robert Pinget, à Alain Robbe-Grillet, dans un groupe littéraire appelé le « nouveau roman », Michel Butor n’a cessé depuis d’œuvrer solitairement. Ses réflexions sur le rôle de la littérature l’ont conduit loin de ce qui était présenté, ou imposé, comme une norme d’écriture. Les livres s'accumulent apportant chaque fois la surprise ; essais, récits du jour ou de la nuit, poèmes, nouvelles combinaisons de tout cela, ils font le désespoir des esprits routiniers ; les collaborations se multiplient avec peintres, musiciens, photographes.
Après une vie d'écriture, de voyages et d'enseignements en France et à l'étranger, Michel Butor vit aujourd'hui en Haute-Savoie.
Il est totalement impossible de donner une bibliographie de Michel Butor ici, tellement celle-ci est abondante. Je renvoie à l'extraordinaire travail de Henri Desoubeaux, cité ci-dessous en lien, qui publie notamment une liste des ouvrages par ordre alphabétique et une autre par ordre chronologique.

Trois sites incontournables
Le site de Michel Butor, créé par lui-même

Les passionnés de Michel Butor se régaleront sur l'extraordinaire site-index d'Henri Desoubeaux

tout un dossier Butor sur remue-net

et aussi un entretien avec Michel Butor

jeudi 31 mars 2005

Almanach poétique : Claude Roy

310305roy_copieÀ l’extrême fin quand la flamme s’éteindra en fumant
dans le parfum de cire et de lavande sèche
quand la frange de lumière du jour sera effacée
et que le carré du ciel dans la fenêtre ouverte
sera à peine plus clair que la chambre vide
il faudra savoir sortir de la pièce sans parler
sans poser même une question sur l’heure et le message
avec moins de paroles encore que la nuit de printemps
Juste le bourdonnement soyeux d’une phalène inquiète
un buisson froissé par une bête en chasse
l’appel lointain d’une chevêche dans les chênes
très haut le caquetis d’un vol de migrateurs
et le silence noir piqueté de bruits infimes
Claude Roy, Les rencontres des jours 1992-1993, Gallimard, 1995, p. 172.

Claude Roy est né à Paris en 1915. Poète, romancier, essayiste, il fut attiré par l'Action française dans sa jeunesse mais devait ensuite s'engager dans la Résistance. En 1943 il adhère au Parti communiste dont il sera exclu en 1956. Claude Roy est mort en 1997.
Extraits de la bibliographie de Claude Roy :
On peut trouver une bibliographie très complète de Claude Roy à l'adresse suivante :
voir aussi
:
Le poète mineur, 1949
L'amour de la peinture, 1956
M
oi, je, 1969
Poésies (Poésie/Gallimard), 1970
Nous, 1972
Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?, 1979
L'ami lointain, 1987
Les pas du silence, 1993
Poèmes à pas de loup, 1997.
Et parmi les " livres de bord ":
Permis de séjour, 1977-1982, 1983
La fleur du temps, 1983-1987, 1988
L'étonnement du voyageur, 1987-1989, 1990
Le rivage des jours, 1990-1991, 1992
Les rencontres des jours, 1992-1993, 1995
Chemins croisés, 1994-1995, Gallimard, 1997
Tous ces livres ont été publiés chez Gallimard
curieusement peu de choses sur Claude Roy sur le web :
Un court portrait signé Pascale Frey, paru dans Lire en 1995

mercredi 30 mars 2005

Almanach poétique : Jude Stefan

300335_ecnre_stefanPauvres humains roulant leur cycle d’enfer : le petit jésus – les gels - le verglas - les Suicides – les dimanches - les Votes – Les Nuées – les Crues – les masques & crêpes – la Pêche – les derniers buis – le Pape ! – le Travail – les accidents – les Règles – le débarquement – les plages – le Tour – la Vierge – la Bastille – la Canicule – les Lits d’amour – la Rentrée – la Chasses – les marrons – les Tempêtes – tous les Défunts – la Vignette – la Foire – le Beaujolais – les Lunes – les Fèces – les brumes – les Feuilles – la neige – les Dindes – les Glas, - les Gares – le Dakar – les Mariées avec balai – le petit jésus –

Jude Stefan, Povrésies ou 65 poèmes autant d’années, Gallimard, 1997, p. 11.

Jude Stéfan est né en 1930 à Pont Audemer. Il est professeur de lettres. On peut lire de lui en Poésie/Gallimard A la vieille Parque précédé de Libères. Il a publié en 2001 Génitifs chez Gallimard.
Aux Éditions Champ Vallon, Les États du corps, nouvelles, 1986, Dialogues avec la Sœur, 1987, Dialogue des Figures, 1988, La Fête de la Patronne, nouvelles, 1991, Le Nouvelliste, nouvelles, 1993, Scènes dernières, nouvelles, 1995 ; Aux Éditions Gallimard, Cyprès, poèmes, 1967, Libères, poèmes, 1970, Idylles & Cippes, poèmes, 1973, Vie de mon frère, nouvelles, 1973, La Crevaison, nouvelles, 1976, Aux chiens du soir, poèmes, 1979, Laures, poèmes, 1984, À la vieille Parque, poèmes, 1989, Xénies, essais, 1992, Élégiades, poèmes, 1993, Prosopées, poèmes, 1995, Povrésies, poèmes, 1997 ; Aux Éditions Le Temps qu’il fait, Lettres tombales, 1983, Gnomiques, 1985, Faux journal, 1986, Alme Diane, poèmes, 1986, Litanies du scribe, 1988, De Catulle, essai, 1990, Stances, poèmes, 1991, Scholies, notes, 1992, Épitomé, notes, 1993, Senilia, diurnal, 1994, Variété VI, essais, 1995, Silles, journal, 1997 ; Aux Éditions Ryôan-ji, Suites slaves, poèmes longs, 1983, Les Accidents, nouvelles, 1984.
Notons que Jude Stéfan est un pseudonyme soigneusement choisi. Jude : Jude l'obscur de Thomas Hardy ; Stéphen le héros de Joyce ; steorfan, terme à propos duquel Jude Stéfan écrit : « en vieil anglais steorfan veut dire mourir/ et si j'en retranche l'or/ reste ma vie terne » (Jude Stéfan, Cahier 8, Cognac, Le temps qu'il fait, 1993, p. 86).,
bibliographie de Stefan :
Une présentation de plusieurs recueils
de Jude Stefan
Une présentation du Cahier Stefan sur le site de l'éditeur Le Temps qu'il fait
Lire aussi la fiche de son dernier livre sur zazieweb
Un article de Jacqueline Michel

mardi 29 mars 2005

Almanach poétique : Mathieu Bénézet

290305bnzetCE QUE DIT UNGARETTI

Quelque poème que ce soit n’est pas
la poésie, mais toute vie
dans le monde, avec l’accen
tuation entre deux catastrophes,
avec le déchirement de la perte,
quand tu serres trop près
ton cœur Quand par compassion
tu as les mêmes bras
du nouveau-né Quand tu fais
la même erreur de parler
de la matière, de la réduction
du spectre Quelque poème que
ce soit n’est pas la poésie
mais l’abîme initial et final
entre deux fragments d’écrire,
la rupture de la strophe, la rupture
d’une seconde de ciel ;
les infimes particules qui répètent
toute chose dans le ciel,
l’illusion de demeurer grâce
à l’irréductible marge
de la voix humaine
(1993)

Mathieu Bénézet, Mais une galaxie, une anthologie, 1977-2000, Obsidiane & le Temps qu’il fait, 2005, p. 155.

 

Mathieu Bénézet est né en 1946 à Perpignan. Il vit et travaille à Paris où il dirige notamment depuis 15 ans l’Atelier de Création radiophonique de France Culture. Il a publié notamment
Dits et récits du mortel, Flammarion, 1976
Votre solitude, Seghers, 1988
Moi, Mathieu Bas-Vignon, fils de…., Actes Sud, 1999
L’aphonie de Hegel, Obsidiane, 2000
Et nous n’apprîmes rien, Flammarion, 2002
Images vraies, le préau des Collines, 2003
Tancrède, Léo Scheer, 2004
Ceci est mon corps, Léo Scheer, 2005
Mais une galaxie, une anthologie, 1977-2000, Obsidiane & le Temps qu’il fait, 2005.
Une bibliographie beaucoup plus complète
Un texte de Mathieu Bénézet sur le site de Jean-Michel Maulpoix
La présentation de Mais une galaxie sur le site de l’éditeur le Temps qu’il fait

lundi 28 mars 2005

Almanach poétique : Joseph Brodsky

280305brodsky_copieL’air a sa vie à lui. Et qu’ à personne il n’est donné
de bien saisir. Il vit de sa vie bleue
de vent. qui naît au ras des yeux
et court à l’infini. Regarde à la croisée
flèches, toits, cheminées, tout est couvert de zinc.
Ici comment le grand monde humide
dont le pavé, nourrice aride,
marque la fin
prématurée. Aube qui point. Poste qui va.
S’il fallait croire encor, c’est à
ceci : que la Tamise ayant deux rives, celle
qu’on ne voit pas, existe. Ô la Bonne Nouvelle !
(traduction Jean-Paul Sémon)
Joseph Brodsky, Poèmes 1961-1987, traduit du russe pas Michel Aucouturier, Jean-Marc Bordier, Claude Ernoult, Hélène Henry, Eve Malleret, André Markowicz, Georges Nivat, Léon Robel, Véronique Schiltz, Jean-Paul Sémon. Gallimard, 1987, p. 147

Poète russe et citoyen américain, Joseph Brodsky est né en 1940. Condamné en mars 1964 par un tribunal de Leningrad à cinq ans de déportation pour « parasitisme », il émigre en 1972 et se fixe aux États-Unis où il enseigne dans diverses universités (il écrit parfois directement en anglais certains de ses essais critiques ou autobiographiques). Il a été couronnée par le prix Nobel en 1987. Il est mort le 28 janvier 1996 à l’âge de 55 ans.
Quelques livres disponibles en français :
Poèmes, 1961-1987, Gallimard, 1987
Loin de Byzance (essai), Fayard, 1988
Acqua alta, Gallimard, 1993
Vertume et autres poèmes, Gallimard, 1993
Collines, et autres poèmes, Le Seuil, 1996
et
Solomon Volkov, Conversations avec Joseph Brodsky, Le Rocher, 2003.

Je signale aussi deux essais d'Yves Leclair :
un hiver avec J.Brodsky dans son livre Bonnes compagnies, Le Temps qu'il fait, 1998, ainsi qu'un article dans la NRF n°568 de janvier 2004
Peu de choses en français sur le net :
Une très belle page écrite à la mort de Brodsky en 1996
Une brève mais bonne bibliographie (en anglais facile)
Un article publié dans Le Temps à l’occasion de la sortie du livre de Solomon Volkov, conversations avec Joseph Brodsky

dimanche 27 mars 2005

Almanach poétique : Henri Michaux

  270305michaux                                                                                          
                 La matière
            la matière des sons
        leur texture m'est offerte
               m'est ouverte
     leur texture jusqu'à la torture

          étrangement manipulés
                 m'éprouvant,
les sons innombrables qui me disjoignent
            autrement me joignent,
              m'unifient, s'unifient

     Enveloppements ! Envahissement

          Soie dans les fibrillations
Henri Michaux, Face à ce qui se dérobe, Gallimard 1975, p. 97.

Henri Michaux est né en 1899 à Namur. Il arrive en 1924 à Paris où il côtoie les peintres surréalistes et se lie d'amitié avec Jules Supervielle. Nombreux voyages en Asie et en Amérique du Sud jusqu'en 1937. Michaux est souvent décrit comme explorateur de "l'espace du dedans" : "J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire: me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie".
On peut citer de lui notamment
Un Barbare en Asie
(1933),
Misérable miracle
(1956)
l'Infini turbulent
(1957), inspirés par ses expériences avec la mescaline,
Connaissance par les gouffres
(1961),
Face à ce
qui se dérobe(1976).
Il a fait l'objet de très nombreuses expositions (encres, aquarelles).
Plusieurs recueils sont disponibles en Poésie/Gallimard, notamment Ailleurs, Connaissance par les gouffres, Face aux verrous, La nuit remue, La vie dans les plis, etc.

Pour tout savoir sur Henri Michaux, l'espace réservé à la Société des lecteurs d'Henri Michaux sur le site de Jean-Michel Maulpoix :
On peut aussi lire un bel article ancien de Georges Henein, tiré des archives du Magazine Littéraire :
Un bel ensemble sur Michaux avec une bibliographie conçue de façon très intéressante (+ lien sur une liste de discussion)

samedi 26 mars 2005

Almanach poétique : Yves Bonnefoy

260302encre_bonnefoy"J'entretenais un feu dans la nuit la plus simple,
J'usais selon le feu de mots désormais purs,
Je veillais, Parque claire et d'une Parque sombre
La fille moins anxieuse au rivage des murs.

J'avais un peu de temps pour comprendre et pour être,
J'étais l'ombre, j'aimais de garder le logis,
Et j'attendais, j'étais la patience des salles,
Je savais que le feu ne brûlait pas en vain..."
Yves Bonnefoy, in Hier régnant désert, in Poèmes, Poésie/Gallimard 1982, p. 141.

Yves Bonnefoy est né à Tours en 1923. Il fait des études de mathématiques et de philosophie. Il s'installe à Paris en 1944. Il effectue de nombreux voyages. Il est professeur au Collège de France de 1981 à 1993.
Quelques-unes de ses œuvres :
Du mouvement et l'immobilité de Douve,
Hier régnant désert,
Pierre écrite et dans le leurre du seuil,
ces quatre recueils regroupés sous le titre Poèmes en Poésie/Gallimard.
Rue traversière
(1977, repris en Poésie/Gallimard),
Ce qui fut sans lumière (1987)
et tout récemment les Planches Courbes (2001).
Il est aussi l'auteur de très nombreux essais sur la poésie, sur Giacometti, sur le théâtre et notamment de l'important recueil le Nuage Rouge qui regroupe des études sur Rimbaud, Mallarmé, Bellini, Mondrian, Morandi, etc. Il a également réalisé des traductions de Shakespeare.

Un important article de Jean-Michel Maulpoix sur les parutions récentes de Yves Bonnefoy
Une bio-bibliographie
Sur le site du Mercure de France :
Sur le site zazieweb.com, fiche de lecture de Les planches courbes
Une belle page avec citations
sur le site de chantiers.org

vendredi 25 mars 2005

Almanach poétique : Antoine Emaz

250305emazSUR LA FIN

elle se détache

il n’y a plus beaucoup à parler
on triche un peu on ment

il n’y a peut-être jamais eu
de vraie parole possible

dans ce moment où
on ne peut plus
rejouer les dés

est-ce un destin qui vient

tout dépend qui regarde
Antoine Emaz, Sur la fin, in le nouveau recueil n° 74, mars-mai 2005, p. 87.
voir la note de présentation de ce numéro de la revue le nouveau recueil

Antoine Emaz est né en 1955. Il vit à Angers.
Bibliographie :
Poème en miettes, avec Robert Christien, Éd. Tarabuste, 1986
En deçà, Éd. Fourbis, 1990
Poème, l'élan l'impacte, avec Pierre Emptaz, Éd. Les petits classiques du grand pirate, 1991
C'est, Éd. Deyrolles, 1992
La nuit posée là, avec Anik Vinay, Éd. Atelier des Grames, 1992
Poème : trois jours l'été, avec Sophie Bouvier, Éd. PAP, 1992 
Poème, va, Éd. de, 1993 
Peu importe, Éd. le dé bleu, 1993 
Poème corde, Éd. Tarabuste, 1994
Entre, Éd. Deyrolles, 1995
Voix basse, avec Marie Alloy, Éd. Le silence qui roule, 1995
Fond d'œil, Éd. Théodore Balmoral, 1995,
De près, de plus loin, avec Jean-Marc Scanreigh, 1996,
Personne, avec Guillaume Guintrand, Éd. Unes/Détroits, 1996,
Poème Loire, avec Bernard-Gabriel Lafabrie, Éd. Lafabrie, 1996,
Boue, Deyrolle éditeur, 1997,
Sans faire d'histoire, avec Jean-Marc Scanreigh, 1997,
A, avec Pascale Willem, Éd. Noir d'ivoire, 1997, 
Sable, Tarabuste éditeur, 1997,
Donc, livre d’artistes avec Joël Leick, éditions Dana, 1998,
Sang, livre d’artistes avec Jean Chollet, éditions Ficelle, 1998,
Ciel bleu ciel, livre d’artistes avec Matthew Tyson, éditions Imprints, 1998,
Un de ces jours, avec Jean-Marc Scanreigh, 1999,
Soir, avec Anne Slacik, 1999,
Soirs, Éd. Tarabuste, 1999,
D'une haie de fusains hauts, avec Marie Alloy, Éd. Le silence qui roule, 2000,
Nuit d'eau, avec Mikyung Jung et Xueqing Wang, Éd. Balthazar, 2000,
"Je ne", version française, allemande, arabe, Éd. Verlag im Wald, 2001, 
RAS, Éd. Tarabuste, 2001. Il a obtenu le prix Yvan Goll pour ce dernier livre.
Lichen lichen, Éditions Rehauts
André du Bouchet, debout sur le vent, Jean-Michel Place
K.-O., Éditions Inventaire-Invention
Os, Tarabuste, 2004.
Un grand dossier Emaz sur le site remue.net
Paru sur le site de JM Maulpoix, des notes d'Antoine Emaz :
Je ne pense pas, je note ” (Pierre Reverdy)
A lire aussi, sur Antoine Emaz
Sur le site zazieweb.fr, la note de lecture consacrée à un précédent ouvrage d’Emaz, Ras 
et un article du magazine consacré à une lecture d’Antoine Emaz à la librarie Tschann
La note de lecture de Os sur Poezibao

jeudi 24 mars 2005

Almanach poétique : Alain Duault

240305camille_claudel_copie_1Il y a toujours quelque chose d’impardonnable dans la poésie.
Une terre bleue comme un orage qu’on n’a pas vu un amour
Qui ne dit pas le nom que l’on espère car la langue est amère
Ce toujours en moi quelque chose d’absent qui me tourmente
Dont Camille essayait de sculpter les échos : car savez-vous
Le poète est un voyeur d’effondrements alors qu’il se pense
Un ingénieur des rêves. Non toute lune est atroce et tout soleil
Amer il avait bien raison le voyageur du Harrar nous sommes
Sur ses traces encore et pourtant sans cesse les questions sans
Fond dont les mots ne sont que les témoins peu fiables les cris
De la Jeune Fille de Schubert qui tordent les cordes brûlantes
Les voyageurs de l’horreur l’accompagnent elle est si gentille
Elle nous prend la main dans la bouche mais vous savez bien
Qu’un poème ne fait pas l’hirondelle il n’y a plus qu’elle pour
Croire : tu me révèleras tes secrets : je ne sais rien dit la Mort
Alain Duault, Recueillir, in le nouveau recueil n° 74, mars-mai 2005, p. 38.
voir la note de présentation de ce numéro de la revue le nouveau recueil

Alain Duault est producteur d'émissions radiophoniques et télévisées sur la musique, critique musical, musicologue, romancier et poète.
Extraits de sa bibliographie
Le jardin des aïeux (poésie), Gallimard 1999
Verdi, la musique et le drame, découvertes Gallimard, 2000
Où vont vos nuits perdues, Gallimard 2002
La femme endormie (roman), Plon 2003
Un article sur Alain Duault
 Une note critique sur la poésie de Duault
Une note de François Bon sur Où vont vos nuits perdues sur le site remue.net
La fiche d’Alain Duault dans la Poéthèque

mercredi 23 mars 2005

Almanach poétique : Anna Enquist

230305anna_enquist_copieEn écho à une récente lecture de deux poètes néerlandaises au Musée d’Orsay à Paris,
cet extrait de l’œuvre d’Anna Enquist, proposé dans un très beau numéro spécial de la revue Europe dont il faut célébrer le magnifique travail en faveur de la littérature et de la poésie.

RÊVE
Les chers morts sont dans une chambre
hors du temps, aux portes fermées. Des jours
passent sans que je pense à eux.

Ils s’ensevelissent sous des couches
et des couches de vie. Cette nuit, je
t’ai croisé sur une pelouse, j’ai crié

où étais-tu, où étais-tu ? Comme de l’eau,
je voulais m’allonger le long de ton corps
c’était la paix, rien ne pouvait me troubler.

Le désir est lové dans le rêve.
je te borde avec la couverture
du jour nouveau quand je me lève.

Anne Enquist, traduit du néerlandais par Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkinin, in revue Europe, n°909/910, janvier-février 2005, p. 298.

Connue en France pour ses romans publiés chez Actes Sud, et en particulier le très beau Le Secret (en lire un compte rendu sur le site concertonet), Anna Enquist est aussi poète. Elle est née en 1945 à Amsterdam. Elle a fait des études de psychologie clinique à l’université de Leyde, puis de piano au conservatoire de La Haye. A partir de 1976, elle mène une double carrière de pianiste et de psychanalyste. Elle abandonne le piano en 1987 pour se consacrer à l’écriture et publie un premier recueil de poésie en 1991, Soldatenliederen (Chants de soldats) qui rencontre un très grand succès. Ont suivi plusieurs livres de poésie, Jachtsenes (Scènes de chasse), Een nieuw afscheid (un nouvel au revoir), Klaaarlichte dag (en plein jour) et De tweede helft (la deuxième mi-temps) et des romans qui l’ont consacrée comme un auteur de grande notoriété au Pays-Bas. Ses trois romans sont traduits chez Actes Sud, Le chef d’œuvre, 1994, Le Secret, 1997, et les Porteurs de Glace (2002) mais malheureusement pas sa poésie réunie en 2000 en un volume De gedichten 1991-2000. A paraître chez Actes Sud en 2005 un recueil de récits La blessure.
Une brève notice sur le site de la librairie Compagnie
On peut écouter Anna Enquist lire des textes (en néerlandais) ce qui permet de découvrir, au-delà des préjugés, la musicalité de cette langue, servie par la voix magnifique d’Anna Enquist

mardi 22 mars 2005

Almanach poétique : Yves Bonnefoy

220305bonnefoy_copieIII
En d’autres temps, mes amis,
Nous aurions écouté, ne parlant plus
Soudain,
Bruire la pluie de nuit sur les tuiles sèches.

Nous aurions vu, courbé
Sous l’averse, courant
La tête protégée par le sac de toile,
Le berger rassembler ses bêtes. Nous aurions cru
Que le couteau de la foudre dévie
Parfois, compassionné,
Sur le dos laineux de la terre.

Nous aurions aperçu, qui se dispersent
Chaque fois que c’est l’aube,
Les rêves qui déposent, couronnés d’or,
Leur étincellement près d’une naissance.
Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière, Poésie/Gallimard n° 292, 1995, p. 76.

Yves Bonnefoy est né à Tours en 1923. Il fait des études de mathématiques et de philosophie. Il s'installe à Paris en 1944. Il effectue de nombreux voyages. Il est professeur au Collège de France de 1981 à 1993.
Quelques-unes de ses œuvres :
Du mouvement et l'immobilité de Douve,
Hier régnant désert,
Pierre écrite et dans le leurre du seuil,
ces quatre recueils regroupés sous le titre Poèmes en Poésie/Gallimard.
Rue traversière
(1977, repris en Poésie/Gallimard),
Ce qui fut sans lumière (1987)
et tout récemment les Planches Courbes (2001).
Il est aussi l'auteur de très nombreux essais sur la poésie, sur Giacometti, sur le théâtre et notamment de l'important recueil le Nuage Rouge qui regroupe des études sur Rimbaud, Mallarmé, Bellini, Mondrian, Morandi, etc. Il a également réalisé des traductions de Shakespeare.
Un important article de Jean-Michel Maulpoix sur les parutions récentes de Yves Bonnefoy
Une bio-bibliographie
Sur le site du Mercure de France :
Sur le site zazieweb.com, fiche de lecture de Les planches courbes
Une belle page avec citations
sur le site de chantiers.org

lundi 21 mars 2005

Almanach poétique : Lucie Petit

210305luciepetitelle tourne une à une les pages de
sa vie entre les lignes flotte une
odeur d’asphalte et de terre
Quelques notes montant de la vallée
sèment leurs sortilèges aux fenêtres
et des mots lus autrefois s’inscrivent
au fond des miroirs l’imaginaire
remplit l’armoire à linge aux
senteurs de thym et de cannelle
Parmi quelques nuages un morceau
de soleil emballé dans les dernières
feuilles de l’automne le facteur
vient de laisser un paquet

Lucie Petit, Mosaïques, Alain Lucien Benoit, 2002, sans pagination.

 

Lucie Petit est née fin 1939. Elle a vécu à Bruxelles et en Brabant wallon. Elle a commencé à écrire en 1995-96. En 1996, elle a édité elle-même quelques poèmes « parce que les délais entre le dépôt d'un manuscrit et l'avis de l'éditeur sont très longs et que je n'avais pas la patience (ni le temps ... mon âge !) d'attendre, parce que j'avais envie de voir mes textes imprimés et de travailler sur la présentation et le papier, parce que j'ai rencontré des personnes qui m'ont aidée et encouragée, parce que en 1997, j'ai eu la chance de pouvoir participer au 1er Marché du Livre à Mariemont, en Belgique.
Auto-publications :
Instantanés, 1996 
Je te donnerai, 1997 
Quelques mots ... presque rien, 1997 
Boîtes à mots ,1998-1999 
4 Couleurs, 1999 
Fleurs de lune,conte, 2001 
Le Temps se brode au point de saison,  2001 
Ombre, conte, 2002 
Mezza Voce, 2002 
Un Pétale sur mon chemin, 2004 
En 2000-2001, contacts avec les éd. Alain-Lucien Benoît à Rochefort-du-Gard qui publie :
Mosaïques, coll. Raffia, 2002 
Un Coquelicot sur le cœur, coll. Brèche, ill. de Anne Slacik, tirage de tête avec aquarelles originales de A. Slacik, 2004 
Participation au Marché du Livre de Mariemont en 1997, 1999, 2001, 2003. 
Diverses expositions. Quelques parutions en revues belges et sites internet. 
Une présentation de Mosaïques
Une présentation du travail de Lucie Petit

 

dimanche 20 mars 2005

Almanach poétique - Paul Celan

Almanach_week_end_1"Parle –
Mais sans séparer le non du oui.
Donne aussi le sens à ta parole
donne-lui l'ombre

Donne-lui assez d'ombre,
donne-lui autant d'ombre
que tu en sais partagée autour de toi entre
minuit et midi et minuit. "

"Sprich –
Doch scheide das Nein nicht vom Ja.
Gib deinem Spruch auch den Sinn :
gib ihm den Schatten.

Gib ihm Schatten genug,
gib ihm so viel,
als du um dich verteilt weißt zwischen
Mittnacht und Mittag une Mittnacht."

Paul Celan, in de Seuil en Seuil, extrait de Toi, parle aussi. Christian Bourgois 1991. traduction de l'allemand de Valérie Briet.

Paul Celan est né en 1920 à Czernowicz en Bucovine. Ses parents disparaissent en camp de concentration. Il publie ses premiers poèmes en 1947 et s'installe en France en 1948. En 1952 il épouse Gisèle de Lestrange qui illustrera plusieurs de ses œuvres. Il traduit Cioran. Il met fin à ses jours en 1970 (son corps est découvert dans la Seine à 10 kms de Paris).
Parmi ses œuvres on peut citer :
Enclos du Temps, Clivages 1985,
Pavot et mémoire, Bourgois 1987,
De seuil en seuil, Bourgois 1991
Grille de parole, Bourgois 1991,
Poèmes, traduction André du Bouchet, Mercure de France 1995
et un Choix de poèmes en collection Poésie/Gallimard.
L'entretien dans la montagne a été publié en 2001 chez Verdier :
A signaler aussi la toute récente parution de la monumentale correspondance avec Gisèle de Lestrange son épouse. Lire la chronique sur zazieweb.com :
Et un petit ouvrage de Laurent Cohen, biographie et anthologie de Paul Celan, Paul Celan, chroniques de l'antimonde, Jean Michel Place 2000.
On peut lire un important article d'Enzo Traverso sur Paul Celan à l'adresse suivante :
Recension par Denis Thouard de Jean Bollack, Poésie contre poésie, Celan et la littérature, PUF, 2001
Présentation d’un numéro Celan de la revue Europe en janvier-février 2001
La fiche Paul Celan sur le site du Centre international de poésie de Marseille

samedi 19 mars 2005

Almanach poétique : Jacques Dupin

Almanach du week-end : je reprends des textes déjà publiés depuis janvier 2002 dans l’almanach poétique de zazieweb.fr. En privilégiant les poètes qui n’ont pas encore été cités sur Poezibao. Leur fiche bio-bibliographique est mise à jour.

"Imaginons
Que s'écroule la prison

Alors le souffle se dégage
Et se perd, se plante en pleine terre
Pour resurgir, s'égailler

se livrer au nuage blanc,
franchir son propre désert,
un nulle part matriciel asséchant –

il plonge à travers ses orages
le souffle - à nouveau vivant." 

Jacques Dupin, le Corps clairvoyant, 1963, 1982, Poésie/Gallimard 1999, p. 244.

Jacques Dupin est né le 4 mars 1927 à Privas, Ardèche. Il vit à Paris depuis 1944.
Rencontre René Char en 1947. Grâce à son soutien, publie poèmes et textes sur l'art dans Botteghe Oscure, Cahiers d'art, Empédocle. Secrétaire des Cahiers d'art en 1952, il entre en relation avec des artistes (Brancusi, Picasso. Brauner, Lam. Calder. hélion, Braque, De Staël. Miro, Giacometti). Début d'une collaboration avec les artistes qui occupera le plus clair de son temps. Se lie d'amitié avec André du Bouchet. Francis Ponge, Pierre Reverdy, André Frénaud.
Devient en 1956 directeur des éditions de la galerie Maeght continuée par la galerie Lelong en 1981. Amitié avec Alberto Giacometti marquée par un livre. un film, l'organisation d'expositions. Étroite collaboration amicale avec Joan Miro, textes, expositions dont douze rétrospectives, établissement du catalogue des gravures, du catalogue des peintures, activités d'expert. Un des fondateurs de la revue l'Ephémère en 1966, avec André du Bouchet, Yves Bonnefoy, Gaëtan Picon, Louis-René des Forêts, Michel Leiris et Paul Celan.
Collaboration et liens d'amitié, avec Tapies, Riopelle, Chillida, Rebeyrolle, Adami, Capdeville, Joan Mitchell, Francis Bacon. Henri Michaux. Prix national de poésie, 1988.
extrait de sa bibliographie :
Cendrier du voyage
. G.L.M., 1950. Art poétique. P.A.B., 1956. Dessin de Giacometti. Les brisants. G.L.M., 1958. Eau-forte de Miro L'épervier. G.L.M.., 1960. Eau-forte de Giacometti. Mirô. Flammarion, 1961. Édition augmentée, 1993. Alberto Giacometti, textes pour une approche. Maeght, 1962, réédition par Fourbis en 1995. Gravir. Gallimard, 1963. L'embrasure. Gallimard, 1969. L'embrasure précédé de Gravir. Poésie/Gallimard, 1971. Dehors. Gallimard, 1975. Histoire de la lumière. L'Ire des vents, 1978. Une apparence de soupirail. Gallimard, 1982. De singes et de mouches. Fata Morgana. 1983. Matière du souffle (Tàpies). Fourbis, 1994. Le grésil. P.O.L., 1996.Ainsi que des livres à tirage limité illustrés par des artistes contemporains.
Bio et bibliographie tirées de Le corps clairvoyant. 1963- 1982. Poésie/Gallimard, 1999
quelques liens
Un article de Bernard Simeone sur le site de Jean-Michel Maulpoix
Un bel ensemble sur Jacques Dupin disponible sur remue.net (taper Dupin dans le moteur de recherche en bas de page d’accueil)
Une biographie très détaillée et une bonne bibliographie sur le site des éditions P.O.L
Un bel entretien avec Jacques Dupin

vendredi 18 mars 2005

Almanach poétique : Marina Tsvetaeva

Pour célébrer la parution d’un livre magnifique et très important sur et de Marina, Vivre dans le feu, confessions, un montage de ses carnets non encore publiés en français et de sa correspondance réalisé par Tzvetan Todorov (chez robert Laffont). Présentation à venir sur Poezibao.

180305aquarelle_marina_tDe pierre sont les uns, d’argile d’autres sont, -
Moi je scintille, toute argentine !
Trahir est mon affaire et Marina – mon nom,
Je suis fragile écume marine.

D’argile sont les uns, les autres sont de chair –
A eux : tombes et dalles tombales !
- Baptisée dans la coupe marine – et en l’air
Sans fin brisée, je vole et m’affale.

A travers tous les cœurs, à travers tout filet
Mon caprice s’infiltre, pénètre.
De moi – ces boucles vagabondes : vise-les ! -
On ne fera pas du sel terrestre.

Contre vos genoux de granit je suis broyée
Et chaque vague me – réanime !
Vive l’écume, gloire à l’écume joyeuse,
Vive la haute écume marine !
23 mai 1920
Marina Tsvetaeva, Tentative de jalousie & autres poèmes, traduit du russe par Eve Malleret, La Découverte, 1986, p. 89.


Née à Moscou en 1892, Marina Tsvetaeva publie ses premiers poèmes en 1910. Elle connaît l'exil à Prague puis à Paris où elle vivra dans des conditions très difficiles (voir ses admirables lettres à Anna Teskova publiées par Clémence Hiver). Revenue en Union Soviétique en 1939, elle y vit dans une misère et une solitude profonde et se donne la mort en 1941.
Extrait d'un court texte autobiographique présent dans la Correspondance à trois (voir ci-dessous)
"Influence dominante de ma mère [elle l'a perdue à 13 ans] : musique, nature, poésie, Allemagne, passion de la judéité. Seul contre tous. Eroïca. Influence plus secrète du père (passion du travail, absence d'arrivisme, simplicité, renoncement). Influence conjuguée de mon père et de ma mère : caractère spartiate. Deux leitmotive dans la même maison : musique et musée. (p. 73)
En Poésie/Gallimard, Le ciel brûle, suivi de Tentative de jalousie.
On peut citer aussi
Correspondance à trois, été 1926 (Boris Pasternak, Marina Tsvetaïéva et Rainer Maria Rilke), Gallimard 1983
Romantika, Gallimard 1998
Mon frère féminin (Lettre à l'Amazone) Mercure de France 1979
Le Poème de la montagne, L'Age d'homme, 2000.
et tout récemment paru le livre que Linda Lé vient de consacrer à Marina Tsvetaïéva dans la collection anthologique de Jean Michel Place. Linda lé, Marina Tsétaïeva, comment ça va la vie ?
Egalement paru chez Clémence Hiver, Lettres de Tsvétaïeva à Pasternak.
Une courte page sur Tsvetaïéva
Une bonne bibliographie
Une biographie détaillée

jeudi 17 mars 2005

Almanach poétique : Lorand Gaspar

170305feuille_gaspar_copieLe noir déjà cerne la maison et la solitude est assez aiguë pour que j’entende bourdonner les ferments du temps : ruche veloutée et chaude dans l’obscurité. Abeilles d’odeurs, de goûts, de timbres, de touchers qui mourront avec ma mémoire.
*
Tenir ferme, ne jamais abandonner aux marchands de rêves ce qui dans notre figure démembrée, saccagée, reste notre part d’allégresse.
*
Sur le fond sombre du jardin, la transparence instantanée de deux feuilles de mûrier. Une physique absolue s’interrompt là d’une façon incompréhensible, s’enflamme, s’ébroue, se fait respiration, toucher. Ne disons rien de l’idée, contentons-nous d ‘écouter.
Lorand Gaspar, Feuilles d’observation, Gallimard, 1986, p. 68 et 69.

Lorand Gaspar, poète, médecin et photographe, est né le 28 février 1925 en Transylvanie. Déporté pendant la guerre, il fait ses études de médecine à Paris. Il a reçu le Grand Prix de Poésie de la Ville de Paris en 1987 et le Grand Prix National de Poésie en 1994. Parmi ses œuvres, on peut citer Approche de la Parole, Le quatrième état de la matière, Sol absolu et Corps corrosifs (ces différentes textes repris dans le volume Poésie/Gallimard Sol absolu). Patmos, la Maison près de la mer, Carnet de Patmos.

Une très belle page avec notamment une analyse de Serge Meitinger  
sur le site de remue.net un entretien avec Lorand Gaspar
Une belle page sur le site de l’éditeur Le Temps qu’il
voir aussi

 

mercredi 16 mars 2005

Almanach poétique : Armen Lubin

160305encre_lubinLE PASSAGER CLANDESTIN

L’hôpital accueille les éclopés de la foire,
Ceux qui avaient misé dans les jeux à miroir.

Il les accueille comme on abat à bout portant,
Le mal physique a soumis même les dissidents.

Même l’enfance oubliée qui soudain se montre,
Même l’enfance qui soupèse le pour et le contre

Afin de savoir si les ténèbres seront comblées
Vus d’en bas, ils semblent immenses nos démêlés.

Immense le plafond, immense la noire veilleuse
Drossée, engloutie par la marée houleuse,

Mais en bon matelot sachant lover une corde
La douleur touche son homme pour qu’il se torde.

Elle le met en boule, les genoux dans le menton,
Elle le met en boule, en boule sur le ponton,

Jusqu’à ce qui soit lové selon l’art du capitaine
Avec trou dans le milieu pour un passager clandestin
Armen Lubin, Le passager clandestin, Sainte patience, Les hautes terrasses, Poésie/Gallimard n° 404, 2005, p. 45

voir la fiche de présentation de ce livre

Armen Lubin est né à Istambul le 3 Août 1903. D'origine arménienne, il apprend le français au cours de ses études. Il fuit la Turquie pour échapper aux persécutions et s'installe à Paris où il devient retoucheur photographique. Il publie des romans en arménien sous le nom de Chahnour Kerestedjian. Vers 1936, il est atteint d'une tuberculose osseuse qui le conduira d'hôpital en hôpital. Il vivra dans la souffrance de cette maladie jusqu'à sa mort le 20 Août1974.
fiche et poème dans la Poéthèque du site du Printemps des poètes
Fiche et présentation des livres
sur le site d’une association arménienne

mardi 15 mars 2005

Almanach poétique : Philippe Jaccottet

150305jaccottet2TOUT N’EST PAS DIT
    Croire que « tout a été dit » et que « l’on vient trop tard » est le fait d’un esprit sans force, ou que le monde ne surprend plus assez. Peu de choses, au contraire, ont été dites comme il le fallait, car la secrète vérité du monde est fuyante, et l’on peut ne jamais cesser de la poursuivre, l’approcher quelquefois, souvent de nouveau s’en éloigner. C’est pourquoi, il ne peut y avoir de répit à nos questions, d’arrêt dans nos recherches, c’est pourquoi nous ne devrions jamais connaître la mort intérieure, celle qui survient quand nous croyons, à tort, avoir épuisé toute possibilité de surprise. Si nous cédons à ce désabusement, bien proche du désespoir, c’est que nous ne savons plus voir ni le monde en dehors de nous, ni celui que nous contenons, c’est que nous sommes inférieurs à notre tâche (…)
    Quiconque s’enfonce assez loin dans sa sensibilité particulière, quiconque est assez attentif à la singularité de son expérience propre, découvre des régions nouvelles ; et il comprend aussi combien il est difficile de décrire à d’autres les pas effrayés ou enchantés qu’il y fait.
Philippe Jaccottet, Tout n’est pas dit, Le temps qu’il fait, 1994, p. 128.

Je crois n’avoir pas fait autre chose que creuser ainsi, tout près de moi ; refusant au souci de la mort de me faire lâcher mon outil.
Philippe Jaccottet, Nuages, Fata Morgana, 2002, p. 12.

Philippe Jaccottet est né à Moudon en Suisse en 1925. Après des études de lettres à Lausanne, il a vécu quelques années à Paris, comme collaborateur des éditions Mermot. Lors de son mariage en 1953, il s'est installé à Grignan dans la Drôme. Il a publié de très nombreuses traductions notamment d'Homère, Gongora, Hölderlin, Leopardi, Rilke, Musil et Ungaretti.
Quelques livres de Philippe Jaccottet :
l'Effraie et autres poésies,
Paysages avec figures absentes (proses),
Pensées sous les nuages (poèmes),
Ecrits pour papier journal.
Il faut signaler aussi la série de ses carnets publiés sous le titre de la Semaison. La plupart de ses œuvres ont été publiées chez Gallimard. On peut notamment trouver trois recueils dans la collection Poésie/Gallimard. Il a également publié quelques textes chez de petits éditeurs comme La Dogana ou Fata Morgana.
La présence, importante, de Philippe Jaccottet sur le net, ne cesse de s'étoffer. Cette liste contient plusieurs nouveaux liens : 
On peut lire un entretien
et découvrir un ensemble sur le poète
lire un article de Jean Michel Maulpoix :
un autre article intéressant
Un bel ensemble
:
Plusieurs articles intéressants sur ce site
un article intitulé Philippe Jaccottet, l'art de l'esquisse
Une page sur le site du Centre culturel suisse, avec notamment le compte rendu d'une exposition qui s'est tenue en 2001 autour de la femme de Philippe Jaccottet
Plusieurs liens intéressants, renvoyant notamment à un mémoire de licence sur Philippe Jaccottet, traducteur
et on peut lire la fiche livre de Et néanmoins sur zazieweb


lundi 14 mars 2005

Almanach poétique : Yves Leclair

140305cimetire_copie_1IDIOTS DU VILLAGE
Assis sur le muret du petit cimetière
blanc, la paix dans le dos que me soufflent les morts,
leurs tombes orientées vers le soleil. Surpris
par l’apparition de la vieille Zénobie
remontant de la combe au village, les bras
chargés de fleurs. Elle disparaît bientôt
dans les herbes, folle chantant les mots
d’une langue inconnue, poème étrange
et le seul absolu
Après avoir joué avec les enfants sur le fronton, à Bunus, 8 août 1998
Yves Leclair, Prendre l’air, Mercure de France, 2001, p. 23

Yves Leclair, né en 1954, a fait des études de lettres et de musique. Il a publié des journaux poétiques ainsi que des essais et des récits. Il a été l’invité d’émissions de télévision (Bouillon de culture, France 2, 1997) et de radio (Poésie sur parole, France Culture, 1997 et 2001). Certains de ses poèmes ont été traduits en italien et en anglais. Yves Leclair collabore à différentes revues, dont la Nouvelle Revue Française.
Bibliographie
Journaux poétiques :
L'Or du Commun, Mercure de France, 1993.
Bouts du monde, Mercure de France, 1997.
Six hands amongst the clouds (trad. M. Bishop), watercolours of Chan Ky-Yut, h.c., Lyric edition, Ottawa, 2000
Notes d'un moyen ermite, watercolours of Chan Ky-Yut, h.c., Lyric edition, Ottawa, 2000.
Prendre l'air
, Mercure de France, 2001.
A la Turque, avec des dessins de Nicolas Jolivot, éd. Le Petit Poëte illustré, n°8, 2001.
Récits :
La Petite route du col,
éd L'Etoile des limites (20, rue Coispine, 08000 – Charleville-Mézière), 1997
Bourg perdu, avec les peintures de Philippe Marie, éd Rencontre, Centre d'art et de littérature, Hôtel Beury, 08150. L'Echelle. (email : hotelbeury@hotelbeury.com), 2000
Job et les créatures, avec des illustrations de Nicolas Jolivot, éd. Cheminements, 2001
Essais et éditions critiques :
Les Sandales de paille de Pierre-Albert Jourdan, avec une préface de Yves Bonnefoy, éd. Mercure de France, 1987.·
Histoire de Matt, ours bilingue de Pierre-Albert Jourdan, éd. L'Ecole des loisirs, 1987.
Le Bonjour et l'Adieu de Pierre-Albert Jourdan, avec une préface de Philippe Jaccottet, éd. Mercure de France, 1991
Les Amours jaunes de Tristan Corbière, éd L'Ecole des Lettres - Seuil, 1992
Avec G.-L. Godeau, La Nouvelle Revue Française, n° 497, Gallimard , juin 1994·
Pierre-Albert Jourdan, éd. le Temps qu'il fait, 1997.·
Bonnes compagnies (essais sur la poésie d’Yves Bonnefoy à Joseph Brodsky), éd le Temps qu'il fait, 1997.
Collaboration à divers dictionnaires :
Dictionnaire des auteurs et des œuvres (éd. R.Laffont, 1994)
Dictionnaire de poésie de Baudelaire à nos jours ( éd. PUF, 2001).
Anthologie :
Poètes pour le temps présent, Folio junior, Gallimard, 2003.
A paraître :
Le Voyageur sans titre, éditions de la Librairie la Brèche, Bergerac (librairielabreche@tiscali.fr)

La fiche de Yves Leclair dans la Poéthèque
Sur le site de l’Hôtel Beury


vendredi 11 mars 2005

Almanach poétique : Kathleen Raine

110305camelia_copieCET ÉCLAIR de joie –
A moi, ou à quelqu’un d’autre, ou d’autre part, lointain
Telle la senteur de feuilles en bourgeons portées par le vent,
Ou pure note, claire,
Que le cœur tremble à entendre, telle de l’eau dans un verre,
Telle une flamme qui se penche et bondit
Comme des vagues de son se succèdent,
Poignant comme le souvenir du premier amour,
Ce qui est passé, ce qui est perdu, ce qui jamais ne sera
Entrevu entre l’à venir et le disparu.
C’était comme une chambre que j’avais habitée jadis
Et retrouvais exactement comme alors,
mais où ce pays hors du temps ?
Ce souvenir était-il à moi,
Ou l’être en lui-même, la vie dans toute sa suavité
Connue pour un instant, comprise.
Kathleen Raine, La présence, Poèmes 1984-1987, traduction de Philippe Giraudon, Verdier, 2003 , p. 62 et 63

THAT FLASH of joy –
Mine or anothers’s, or from elsewhere, far
Like scent of budding leaves borne on the wind,
Or pure note, clear,
Heart trembles to, like water in a glass,
Like a flame that bows and leaps
As sound-wawes pass,
Poignant as first love remembered,
The past, the lost, the never-to-be
Glimpsed between the coming and the gone.
It seemed a room that I had lived in once
And found again just as it was,
But where that country out of time ?
What that recollection mine,
or being itself, life in all its sweetness
Known for a moment, understood.

Kathleen Raine est née en 1918 dans la banlieue de Londres. Elle fait pendant son enfance de nombreux séjours dans le Northumberland. Elle est parmi les premières étudiantes admises à Cambridge (elle étudie les sciences naturelles). A partir de 1935 elle commence à publier ses poèmes. Elle est réputée également pour ses livres sur William Blake et W.B. Yeats. Elle est morte le 6 juillet 2003.
Extraits de sa bibliographie :
Le premier jour, Granit, 1985
La gueule du lion, Mercure de France, 1987
Sur un rivage désert, Granit, 1990
Visages du jour et de la nuit, Granit, 1990
La présence, Granit, 1990
Le monde vivant de l'imagination, Éditions du Rocher, 1998.
Sur le site des éditions Verdier, une courte biographie et la fiche de La présence
Un article intéressant sur l’autobiographie de Kathleen Raine

jeudi 10 mars 2005

La disparition de Serge de Beaurecueil

André Velter que je remercie de sa confiance, me transmet cet hommage à Serge de Beaurecueil qui vient de disparaître

Un mystique au regard clair
Sans doute y a-t-il un rêve d’enfant au coeur de toute destinée exceptionnelle. Ainsi le père dominicain Serge de Laugier de Beaurecueil, qui vient de mourir à l’âge de 87 ans, a-t-il su faire de sa vie une aventure à la mesure de l’irrépressible besoin d’évasion et d’ouverture aux autres qui avait hanté sa jeunesse. Né à Paris en 1917 dans une famille vite désunie, le garçon ne songeait qu’à des engagements décisifs qui le mèneraient le plus loin possible, et Dieu lui fut un maître libérateur. Choisissant la voie des Dominicains dès 1937, il apprit l’arabe et le persan, devint l’élève de Louis Massignon, fut ordonné prêtre en 1944, servit deux ans comme aumônier militaire avant de rejoindre l’Institut dominicain d’études orientales (IDEO) du Caire. Là, il découvrit l’oeuvre du poète qui allait souverainement l’orienter et changer sa vie : Ansârî.

Celui-ci ayant vécu au XIe siècle dans la ville de Hérat, Serge de Beaurecueil se rendit plusieurs fois en Afghanistan, puis obtint un poste d'enseignant à Kaboul en 1963. Traduisant et commentant Ansârî avec une érudition et une ferveur qui lui valurent le respect et la reconnaissance des exégètes et des soufis afghans, il étendit cependant son champ d’action bien au-delà de l’étude des textes. En fait, suivant le Chemin de Dieu qu’évoquaient en détail les traités spirituels d’Ansârî, il ne se mit nullement en marge du monde. Sa maison de Kaboul accueillit bientôt les orphelins et les enfants abandonnés de la capitale afghane. Pendant vingt ans il sauva, soigna et instruisit les plus déshérités.
Tous ceux qui ont approché Serge de Beaurecueil ont été frappé par l’alliance singulière en lui de la douceur et de la détermination, de la gaîté et du courage. Il avait son franc-parler et un rire désarmant. Il était intrépide, modeste, un peu excentrique et la bonté-même : tout cela sans une once d’ostentation. C’était à n’en pas douter une sorte de saint atypique que les instances religieuses n’ont guère idée de béatifier : un mystique au regard clair.   
André Velter

Serge de Beaurecueil a notamment publié des études et des traductions (Khwadja Abdullah Ansârî, mystique hanbalite ; Ansârî : Les Étapes des Itinérants vers Dieu ; Ansârî : Chemin de Dieu ; Ansârî : Cris du coeur), ainsi que des témoignages (Mes enfants de Kaboul ; Nous avons partagé le pain et le sel ; Un chrétien en Afghanistan ; Chroniques d¹un témoin privilégié).

Almanach poétique : Nelly Sachs

100305sachs_1Si loin dans le sommeil
couchant à la belle étoile.
Fuyant le pays
avec le lourd bagage de l’amour.

Une zone de papillon de rêves
telle une ombrelle
ouverte devant la vérité.

Nuit
nuit
le corps vêtement de sommeil
déploie son vide
tandis que l’espace grandit détaché
de la poussière sans chant.

Mer
aux langues d’écume pleines de présages
roule
sur le linceul
jusqu’à ce que le soleil de nouveau sème
la douleur lancinante de la seconde.
Nelly Sachs, Exode et métamorphose, traduction Nadine Gansel, Verdier, 2002, p. 107.


" Ses poèmes parlent de ce qui a visage humain : des victimes. C’est ce qui fait leur énigmatique pureté. Ce qui les rend inattaquables. » (Hans Magnus Enzensberger)

Nelly Sachs est née en 1891 dans une famille juive allemande. En 1940 elle se réfugie en Suède. A partir de 1957, elle correspond avec Paul Celan. Elle reçoit le prix Nobel en 1966. Elle meurt en mai 1970, quelques semaines à peine après le suicide de Paul Celan. Elle est considérée, avec ce dernier, comme l'un des plus grands poètes de langue allemande de l'après-guerre.
Extraits de sa bibliographie encore assez pauvre en langue française, par rapport à l'envergure et l'abondance de son œuvre dont on prend conscience en lisant sa biographie sur le site des éditions Verdier (lien ci-dessous) :
Brasier d’énigmes et autres poèmes, traduit par Lionel Richard, Denoël/Les Lettres Nouvelles, 1967.
Présence à la nuit, traduit par Lionel Richard, Gallimard, 1969.
Éli suivi de Lettres et d’Énigmes en feu, traduit par Martine Broda, Hans Hartje et Claude Mouchard, Belin, 1989.
Éclipse d'étoile, Verdier, 1999
Correspondance Nelly Sachs/Paul Celan, traduit par Mireille Gansel, Belin, 2000.
Exode et métamorphose, Verdier, 2002
Une belle page sur le site des éditions Verdier qui ont publié récemment le recueil Exode et Métamorphose. (bonne biographie ) :
sur le même site, fiches de présentation très riches de Eclipse d'étoile :
(extrait de l'article de Patrick Kechichian pour le Monde repris dans cette page :

"À côté de celle de Paul Celan, l’œuvre de Nelly Sachs est née de la Shoah. L’une et l’autre opposent la parole du poème à l’ordre de la mort. Comme Celan, dont elle fut l’amie, Nelly Sachs écrit en allemand. Juive, née à Berlin en 1891, elle réussit à fuir le nazisme en mai 1940. Grâce à Selma Lagerlöf, elle trouva refuge à Stockholm. Son œuvre, couronnée en 1966 par le Nobel, est postérieure à cet exil. De santé mentale vacillante, elle mourut en 1970, quelques semaines après le suicide de Paul Celan à Paris."

Un article intéressant complété de traductions inédites

mercredi 09 mars 2005

Almanach poétique : Emily Dickinson

090305galet_dickinson_1569
Je compte – quand cela m’arrive –
Un – le Poète ; deux – le soleil ;
Trois – l’été ; puis, le ciel de Dieu –
Et puis – c’est terminé.

Mais après tout le premier semble
Si bien englober le tout
Qu’il rend le reste superflu ;
Je n’écris donc que : Poète.

Son été dure tout un an ;
Il peut se permettre un soleil
Que l’Orient trouverait fastueux ;
Et si le ciel futur

Égale en beauté ce qu’il montre
A ses adorateurs –
C’est grâce trop ardue
Que d’éprouver ce rêve.

569
I reckon – when I count at all –
First – Poets – Then the Sun –
Then Summer – Then the Heaven of God
- And then, the List ist done.

But, looking back – the First so seems
To Comprehend the Whole –
The Others look a needless Show –
So I write – Poets – All –

Their Summer – lasts a Solid Year –
They can afford a Sun
The East – would deem extravagant –
And if the Further Heaven –

Be Beautiful as they prepare
For Those who worship Them –
It is too difficult a Grace –
To justify the Dream –
(1862 ?)

Emily Dickinson, Poems Poèmes, Bilingue Aubier Flammarion, traduction de Guy Jean Forgue, 1970, p. 144 et 145.

Emily Dickinson est née en 1830 à Amherst, village du Massachusetts aux États-Unis. Elle y a vécu quasiment recluse et a écrit environ 1800 poèmes dont elle a toujours refusé la publication. Elle est morte en 1886. D'importantes sélections de poèmes et de la correspondance sont publiées aux Editions José Corti.
On peut consulter une très belle page sur Emily Dickinson sur l'excellent site des Editions Corti
et trouver l’intégralité des poèmes (en anglais) sur
On peut aussi lire une page que j'ai réalisée autour d'Emily Dickinson sur le site remue.net avec notamment de nombreux liens
Emily Dickinson : biographie et poèmes sur American Poems (en anglais)

mardi 08 mars 2005

La mort de Pierre Torreilles

DEUIL DES ABEILLES

« Essaim porteur de deuil !
Dans l’incessant bourdonnement des étincelles de ce lierre
s’entrouvre
la mémoire déshéritée des dieux qui nous ont précédés.
Nous voici désormais égaux en altitude.

L’abrupte liberté qui nous réconcilie
ne connaît pas le choix
mais la lucidité de la mort reconnue.

Et nous te saluons, mélisse nourricière,
ombre odoriférante, ombre absente,
soirée.

Une enfance rieuse a surpris
la clef d’orage de ces voûtes.
(Extrait de Les dieux rompus, in Anthologie de la poésie française du XXe siècle, tome 2, Poésie/gallimard n° 345, 2000, p. 185)

 

Le poète Pierre Torreilles, fondateur de la librairie Sauramps, est mort à Montpellier le 22 février 2005. Il était âgé de 84 ans.
Né dans le Gard le 21 mai 1921, il avait fait des études de théologie puis avait été très actif dans les maquis du Vercors et de Haute-Loire. Il se lia d’amitié avec Guy Lévis Mano qui devint son éditeur. En 1959, il était devenu libraire dans l’entreprise de son beau-père, M. Sauramps et en 1960 il avait ouvert à Montpellier, sous ce nom de Sauramps, une vaste librairie qui est devenue une des plus renommées de France. Il fut ami de Ferdinand Alquié, René Char, André du Bouchet et d’Yves Bonnefoy.
Bibliographie :
Chez Gallimard :
Denudare, 1973
Les Dieux Rompus, 1979
La Voix désabritée, 1981
Territoire du Prédateur, 1984
Margelles du silence, 1986
Venant à stance, 1990
Où se dressait le cyprès blanc, 1992
Denudare, suivi de Ode, collection Poésie Gallimard, 1993
Seuil
Voir, 1969
Le désert croît, 1971, Prix de l'Académie Française
G.L.M
Solve et Coagula, 1953
L'arrière pays clos, 1961
Répons, 1961
Mesure de la terre, 1966
Errantes graminées, 1971. Lithographie de Joan Miro
Editions de la Baconnière
Corps dispersé d'Orphée, 1963
Grasset
Menace innominée, 1976. Prix international de Nice
Parages du Séjour, Prix Max Jacob 1990
Fata Morgana
Espace déluté, 1974. Pointes séchés de P.Tal Coat
Hommage à Bram Vam Velde, 1975
Pratique de la poésie, 1977
Laconiques, 1979
Ce qui heurte à nos mots, 1998
Échardes de lumière, eaux fortes de Louis Cordesse, 2001
Editions Thiery Bouchard
Toutes les Aubes conjuguées, 1978. Eaux fortes d'Olivier Debré.
On peut lire pendant quelques jours un article de Patrick Kechichian publié dans Le Monde le mardi 8 mars 2005 en hommage à Pierre Torreilles.
©florence trocmé

Almanach poétique : Valérie-Catherine Richez

080305almanach_copieLE DERNIER RÔLE (extraits)
Partition inconnue, on joue le dernier rôle. C’est la chair qui souffle les mots. Cachetée l’enveloppe. D’ici, nous regardons le large et l’infini des flux comme on fixe son doigt.

« Fous, évadés, dites-nous seulement une fois comment vous avez supprimé vos prénoms de la liste ! Dites-le, et nous saurons mentir aussi… »
(…)
Échange d’archipels. Nous avons quitté le grenier pour la cave. Le couvreur ne viendra plus jamais. (Son pas de plume dans l’escalier…)

Nous avons remis en place les chaises. Rien n’aura bougé dans l’immeuble obscur. Les choses vont seules à la casse. Au fond, elle désirent la fin comme nous. Elles se dérobent le plus longtemps possible avant de libérer leur côté calciné.
(…)
Berceuse ou chant du coq…à chaque instant, nous entrons dans le cercle ensoleillé pour mourir.

Valérie-Catherine Richez, Faits d’ombre, Fata Morgana, 1993.

Poète et peintre, Valérie-Catherine Richez est née à Paris. Longtemps elle gagne sa vie dans l'édition avec de nombreux travaux de "nègre" et d'illustration, rédigeant les livres des autres mais ne dévoilant pas ses propres textes. Ce n'est que plus tard qu'elle publiera sous son propre nom, après avoir créé la revue de poésie Tout est suspect en 1985, et fait partie du comité de rédaction de la revue littéraire L'Autre au début des années 90. À partir de 1993, elle ne cessera plus de publier et comme auteur et comme illustrateur, liant régulièrement ses deux activités dans de nombreux tirages limités.
Extrait de sa bibliographie :
L'Étoile enterrée, Virgile/Ulysse Fin de Siècle, à paraître en 2004
Corps secrets, L'Atelier des Brisants, 2002
Des yeux de nuit, Arfuyen, 2001
Echappées, L'Improviste, 2000
Lieux de rien, Unes, 1998
Petite âme, Unes, 1998
Faits d'ombre, Fata Morgana, 1993
Sur le site du Printemps des poètes :

lundi 07 mars 2005

Almanach poétique : Heather Dohollau

En prélude au colloque qui se tiendra à Cerisy au mois de juin et à l’orée d’une semaine plus particulièrement dédiée aux femmes, pour Poezibao aussi.

070305gouttes_copieLUMIÈRE
Chaque jour la lumière
Jouant le la des yeux
Accorde sa note exacte
Même sur ces terres
Où le ciel cache
Si pudiquement sa gloire
Sous les draps ménagers
Un feu soudain
Avive le dos des livres
Ce matin Simone Weil
En vert et or
Se tenait comme un merle
Sur la haute branche
Heather Dohollau, Le point de rosée, Éditions Folle Avoine, 1999, p. 77.

Heather Dohollau, poète galloise d'expression française, est née en 1925. Elle a élu domicile en France depuis de très nombreuses années et vit actuellement en Bretagne. Parmi ses livres, on peut citer Pages Aquarellées, La Venelle des Portes, La Réponse, Matière de Lumière, Seule Enfance, l'Adret du Jour, La Terre Agée, Le point de rosée. La plupart de ses œuvres sont publiées aux Editions Folle Avoine.
On peut lire un très bel ensemble sur Heather Dohollau, rassemblé par Ronald Klapka, sur le site remue-net
Heather Dohaullau a fait partie de la sélection 2003 du Prix Zazieweb de la petite Edition avec son recueil Les Portes d'en Bas, publié chez Folle Avoine.
Le site de l’éditeur d’Heather Dohollau, Folle Avoine

vendredi 04 mars 2005

Almanach poétique : Fernando Pessoa

040305vague_copie

Le fleuve qui passe perdure
Dans les vagues de ce passage,
Et chaque vague figure
L’instant d’un lieu.

Suivant son cours, peut-être continue-t-il…
Mais la vague qui vient de passer
Dans sa course devient une autre.
Elle ne continue pas : elle a duré.

Quel est l’être qui subsiste
Derrière ces formes apparentes,
La vague qui en rien ne consiste,
Le fleuve qui n’est que passage ?

Je ne sais, et ma pensée non plus
Ne sait si elle est,
Comme la vague en son moment
Comme le fleuve (…)
Fernando Pessoa, Cancioneiro, traduit du portugais par Michel Chandeigne et Patrick Quillier, Bourgois, 198 , p. 121.. 

Pessoa est né en 1889 à Lisbonne. Pendant trente ans, de son adolescence à sa mort, il ne quitte pas sa ville de Lisbonne, où il mène l'existence obscure d'un employé de bureau. Mais le 8 mars 1914, le poète de vingt-cinq ans, introverti, idéaliste, anxieux, voit surgir en lui son double antithétique, le maître « païen » Alberto Caeiro, suivi de deux disciples : Ricardo Reis, stoïcien épicurien, et Álvaro de Campos, qui se dit « sensationniste ». Un modeste gratte-papier, Bernardo Soares, dans une prose somptueuse, tient le journal de son « intranquillité », tandis que Fernando Pessoa lui-même, utilisant le portugais ou l'anglais, explore toutes sortes d'autres voies, de l'érotisme à l'ésotérisme, du lyrique critique au nationalisme mystique. Pessoa, incompris de son vivant, entassait ses manuscrits dans une malle où l'on n'a pas cessé de puiser, depuis sa mort en 1935, les fragments d'une oeuvre informe, inachevée, mais d'une incomparable beauté.

Fiche auteur sur le site de l'éditeur Christian Bourgois qui est le principal éditeur de Pessoa en France. Présentation des livres disponibles, notamment le fameux Livre de l'Intranquillité.
Pessoa et ses fameux hétéronymes :
Le site de l'association française des Amis de Pessoa :
Une belle page aussi sur le site des éditions Corti avec une "biographie sommaire des principaux hétéronymes de Fernando Pessoa" :
Un bel ensemble sur Pessoa avec commentaire de nombre de ses ouvrages :

jeudi 03 mars 2005

Almanach poétique : Mario Luzi

0303305luziEn hommage à ce très grand poète italien qui vient de mourir à Florence, ce lundi 28 février, à l’âge de 90 ans.

Et maintenant, vers quelles latitudes inimaginables
son pèlerinage l’a-t-il entraîné ?
A ses côtés s’ouvrent
des paradis d’air et de lumière
                    s’affolent, chauve-souris
dans un labyrinthe de splendeur,
sa vue et sa mémoire,
                    se défont pour lui
durant sa chute
                    dans ce précipice
les contours : et pourtant c’est bien lui, un bref instant
Il se reconnaît et se confirme.
Il le sait, c’était arrivé mille fois,
ces plongées vertigineuses et ces remontées à la surface
dans le temps et dans l’identité.
Mais à présent le changement lui-même change
                                                            plus durement
grincent en s’ouvrant les grilles,
plus résolu est l’aboiement des chiens,
plus fort le contraste
entre les idiomes du langage
brisé des humains
et celui, universel et indivis, des oiseaux,
ou le vent, ou le chant des dauphins
aux quatre coins de la planète.
(…)
Mario Luzi, A l’image de l’homme, traduit de l'italien par Jean-Yves Masson. Verdier, 2004, p. 188.

Je remercie très vivement Jean-Yves Masson qui a eu la gentillesse de me faire parvenir l'original italien

E ora a che inimmaginate latitudini
l’ha trascinato il suo pellegrinaggio ?
Gli si aprono a fianco
paradisi d’aria e luce,
  gli impazziscono, nottole
in un larinito di fulgore,
la vista e la memoria,
  gli si disfano
durante il precipizio
  in quel baratro
i contorni ; pure è lui, ecco, un attimo
si riconosce e si conferma.
Li sa, era accaduto mille volte,
inabissamenti e riemersioni
nel tempo e nell’identità.
Ma muta adesso il mutamento,
   
Stridono
più aspri i cancelli quando s’aprono,
abbaiano più decisi i cani,
contrastano di più
i parlari del franto
linguaggio degli umani
con quello indiviso e universo degli uccelli,
col vento, con il canto dei delfini
del pianeta tutto quanto.
Moriva d’esperienza lui, nasceva
chi sa da che semenza
su quelle ceneri un virgulto,
lui da lui – lo intende
ora però come mistero soltanto.
(Mario Luzi, Sotto specie umana, Milan, éd. Garzanti, 1999)

Mario Luzi est né en 1914 près de Florence. Il passe son enfance à Sienne, fait ses études à Florence, se lie avec Eugenio Montale et soutient en 1936 une thèse consacrée à Mauriac.
Extraits de sa bibliographie en français.
Vie fidèle à la vie (Anthologie), Obsidiane/Villa Médicis, 1984
La nuit lave l'esprit, l'Alphée 1985
L'incessante origine, Flammarion 1985
Pour le baptême de nos fragments, Flammarion 1987
Cahier gothique, précéde de Une libation, Verdier, 1989
Mi-figue, mi-raison, l'Echoppe 1989
Voyage terrestre et céleste de Simone Martini, Verdier, 1994
A l’image de l’homme, Verdier, 2004
Une belle page Mario Luzi sur le site des éditions Verdier
En italien, un ensemble très complet sur le site de la RAI

La mort de Mario Luzi

Le poète italien Mario Luzi est mort à Florence où il vivait ce lundi 28 février 2005, à l'âge de 90 ans. L'almanach poétique de Poezibao lui rendra hommage un peu plus tard dans la journée.
On peut aussi lire le bel article de Patrick Kechichian dans le Monde daté jeudi 3 mars 2005.

mercredi 02 mars 2005

Almanach poétique : François Cheng

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(…)
Ce qui jaillit de l’intérieur
pétale après pétale
Semble déborder d’un trop-plein
de vouloir dire

Mais retenu aussitôt
Par la courbe de chaque pétale
tournée vers un centre secret
Les gouttes de pluie n’y peuvent rien

(…)
Combien pourtant de tout son être elle sait
Qu’une fois pour toutes, là, elle est
François Cheng, Le livre du vide médian, Albin Michel, 2004, p. 139.

François Cheng est né en 1929, en Chine, dans une famille de lettrés. Il arrive en 1949 à Paris, n'y connaissant âme qui vive et ne parlant pas un mot de français. Pendant dix ans, il y mène une vie précaire et se faisant "pèlerin de l'Occident" il s'initie à la culture européenne, notamment la philosophie et la mystique, la peinture et la musique. Vers 1960, il trouve son premier emploi stable à l'Ecole pratique des Hautes Etudes et commence à publier en Chine des traductions de poésie française. En 1968, il présente un mémoire de maîtrise sur la poésie à l'époque Tang, travail remarqué par Roland Barthes et Julia Kristeva. C'est le début de dialogues avec Lacan, Deleuze, Maldiney. Il épouse Micheline Benoit en 1963 et est naturalisé français en 1971. En 1977 paraît son premier livre L'écriture poétique chinoise, puis en 1979 Vide et plein, le langage pictural chinois. Au milieu des années 1980, à la suite d'une grave maladie, il écrit le Dit de Tianyi (publié en 1998) et fait paraître son premier recueil de poèmes.
De lui on peut citer également. Poésie : De l'arbre et du rocher (Fata Morgana, 1989), Saisons à vie (Encre marine, 1993), Cantos toscans (Unes 1999), Double Chant (Encre marine 2000, prix Roger Caillois), Qui dira notre nuit (Arfuyen 2001). Romans : l'Eternité n'est pas de trop. Livres d'art et monographies : D'où jaillit le chant (Phébus 2000), Et le souffle devient signe (Iconoclaste, 2000).
Il a reçu le Grand Prix de la Francophonie en 2001 et a été élu à l’Académie Française en 2002.
(Biographie et bibliographie d'après la notice de : François Cheng, Qui dira notre nuit, Arfuyen 2001). Il a été élu à l'Académie française en 2002.

Lire la biographie complète sur le site d'Arfuyen :
un intéressant entretien de François Cheng avec Catherine Argand sur le site de Lire :
sur le même site, biographie détaillée :
Fiche de l’académicien sur le site de l’Académie françaiseet son discours de réception

mardi 01 mars 2005

Almanach poétique : Kenneth White

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MARÉE BASSE À LANDRELLEC

1.
Mer pleine encore

mouettes immaculées
sur les hauts promontoires

calme océanique.

2.
Lente, très lente
la mer quitte les rochers

laissant une frange
d’algues archaïques

qu’un corbeau avide
fourrage avec fièvre.

3.
Les sables à présent dénudés
tantôt lisses, tantôt cannelés

la mer un scintillement bleu au loin
long après-midi de silence

brisé seulement par le cri des goélands
Kenneth White, Les rives du silence, traduit de l’anglais par Marie-Claude White, Mercure de France, 1997, p. 145.

1.
Tide still high

gulls immaculate
on lofty ledges

ocean quiet.

2.
Slowly very slowly
the sea quits the rocks

leaving a line
of ancient weeds

where a sharp-eyed crow
forages for goodies.

3.
Sands now laid bare
some smooth, some rippled

the sea a blue glitter in the distance
long afternoon silence

broken by gull-cries.

Poète, écrivain, fondateur du mouvement géopoétique, Kenneth White, d'origine écossaise, est né à Glasgow en 1936 et vit en France depuis trente ans.
Son œuvre immense et multiple est écrite à la fois en anglais (les poèmes, les récits) et en français (les essais)
Quelques livres disponibles en français :
Scènes d'un monde flottant, Grasset, 1983
L'esprit nomade, Grasset, 1987
Paroles du Nouveau Monde, Albin Michel jeunesse, 1997
Les rives du silence, Mercure de France 1997
Corsica, l'itinéraire des rives et des monts, 1998
Limites et marges, 2000
Le Rocher de diamant, Actes Sud, 2002

Un texte de Laurent Margantin sur la géopoétique de Kenneth White
Les références d'une société d'amis de Kenneth White
Une riche page sur la géopoétique
la géopoétique sur un site dédié à la géographie
A signaler, le fonds Kenneth White à la Bibliothèque centrale Meriadeck de Bordeaux

lundi 28 février 2005

Almanach poétique : Saint-John Perse

280205oies_bernaches_bonne_copie    "Ainsi va toute chair au cilice du sel, le fruit de cendre de nos veilles, la rose naine de vos sables, et l’épouse nocturne avant l’aurore reconduite…
    Ah ! toute chose vaine au van de la mémoire, ah ! toute chose insane aux fifres de l’exil : le pur nautile des eaux libres, le pur mobile de nos songes,
    Et les poèmes de la nuit avant l’aurore répudiés, l’aile fossile prise au piège des grandes vêpres d’ambre jaune…
    Ah ! qu’on brûle, ah ! qu’on brûle, à la pointe des sables, tout ce débris de plume, d’ongle, de chevelures peintes et de toiles impures,
    Et les poèmes nés d’hier, ah ! les poèmes nés un soir à la fourche de l’éclair, il en est comme de la cendre au lait des femmes, trace infime…
    Et de toute chose ailée dont vous n’avez usage, me composant un pur langage sans office
    Voici que j’ai dessein encore d’un grand poème délébile"
Saint-John Perse, Exil, in Œuvres Complètes, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1972, p. 129.

Saint-John Perse, de son vrai nom Alexis Léger, est né à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe le 31 mai 1887. Son père, Amédée Léger, avocat-avoué, un homme de progrès, est élu au Conseil municipal. Il sera un temps premier adjoint au Maire de la ville, comme avant lui le grand homme de la famille, Anatole Léger, notaire, dont une rue de Pointe-à-Pitre aujourd’hui encore porte le nom. La mère du poète, née Dormoy, appartient à une famille de propriétaires-exploitants. Alexis séjournera souvent sur leurs « habitations », essentiellement pendant les vacances scolaires, La Joséphine, près de Basse-Terre, et surtout Bois-Debout, près de Capesterre, mais le plus souvent il vit à Pointe-à-Pitre. La mer, la ville paternelle et les habitations maternelles sont très présentes dans ses premiers poèmes, assez directement inspirés de son enfance. Il y évoque par exemple la mort en bas âge de sa petite sœur, Solange, en 1894. En mars 1899 la famille s’installe en France à Pau. Alexis entre au lycée en cours d’année en classe de cinquième. Après son baccalauréat, il poursuit des études de droit à l’Université de Bordeaux, tout en s’intéressant à la médecine, à l’ethnologie, à l’anthropologie… et à la littérature. La mort de son père, en 1907, puis celle de sa grand’mère maternelle, à laquelle il était très attachée, l’obligent un temps à interrompre ses études, de même le service militaire. Grâce à Francis Jammes, son voisin d’Orthez, il sera introduit auprès de Gabriel Frizeau, riche mécène bordelais qui lui fait découvrir Dufy et Gauguin, mais aussi Paul Claudel et surtout André Gide, qui publiera plusieurs de ses premiers poèmes dans la Nouvelle Revue Française (à partir de 1909) sous son premier pseudonyme littéraire, Saintléger-Léger. Ceux-ci sont bientôt publiés en volume, Éloges (1911). Il fait aussi la connaissance de Valery Larbaud, Alain-Fournier, Jacques Rivière et Fargue. A partir de 1912, il prépare à Paris le concours des Affaires Étrangères en vue de devenir diplomate et réussit le concours des Consulats en 1914. En 1916 il est affecté comme secrétaire de la Légation française à Pékin. Ce sera de toute sa vie son seul poste à l’étranger. En 1921, il rentre en Europe via le Japon puis l’Amérique. Aristide Briand puis Philippe Berthellot, secrétaire du Ministère des Affaires étrangères, favorisent son ascension dans la hiérarchie diplomatique. A partir de 1925, date à laquelle il publie son recueil Anabase sous son pseudonyme définitif, Saint-John Perse, il s’interdit toute activité littéraire en raison de ses responsabilités officielles. De 1933 jusqu’en juin 40, il occupera le poste-clef de Secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères. En 1940, devenu suspect de vouloir s’opposer à la politique de Pétain, il part pour Londres puis pour les USA. Il est déchu de sa nationalité par le gouvernement de Vichy. De riches mécènes lui ont fait obtenir le poste de conseiller littéraire à la Library of Congress de Washington, où il habite. Il soutient la France libre mais est un ennemi personnel du général de Gaulle. A la Libération, il refusera de renter en France et obtiendra, en 1949, le statut de résident permanent aux États-Unis. Il publie alors essentiellement dans ce pays. En 1953 toutefois, publication de Œuvre poétique I chez Gallimard. En 1955 un volume de la collection « Poètes d’aujourd’hui » lui est consacré (d’Alain Bosquet). Il revient enfin en France en 1957. Ses amis américains lui offriront bientôt la propriété des Vigneaux, sur la presqu’île de Giens, où il séjournera désormais six mois par an. En 1957 il publie Amers et en 1959 Chronique. En 1960, il reçoit le prix Nobel. En 1967, 68 et 69, la plupart de ses poèmes sont publiés dans la collection de poche Poésie/Gallimard. En 1972 le volume de ses Œuvres complètes est publié dans la Bibliothèque de la Pléiade. Les informations biographiques publiées dans ce volume, qui a été entièrement conçu et orchestré par le poète lui-même, sont d’un grand intérêt poétique à défaut d’être toujours absolument fiables sur le plan scientifique. Saint-John Perse meurt à Giens le 20 septembre 1975.Pour une bibliographie de Saint-John Perse, on peut consulter le recueil de la Pléiade pour les années antérieures à 1972, mais aussi, pour les années suivantes, le volume Saint-John Perse de la collection « Bibliographie des écrivains français », Memini éditeur, publié en 2003 par Colette Camelin et Catherine Mayaux. On peut consulter aussi cette page

Saint-John Perse sur le net :
Je recommande tout particulièrement le site conçu par Loïc Céry. C’est le site le plus complet sur Saint-John Perse, une mine de références, d'informations et de liens et l'actualité de la recherche sur le poète ; il est constamment mis à jour.
On peut consulter aussi le site de la fondation Saint-John Perse
Il existe une Association des Amis de la Fondation Saint-John Perse, à laquelle on peut adhérer et dont le but est de contribuer à faire connaître le poète-diplomate.
Tous renseignements à l’adresse association-sjp@wanadoo.fr 
Une liste de diffusion (ou de discussion) est spécialement dédiée à Saint-John Perse. Voir à l’adresse : http://listes.u-picardie.fr/wws/info/sjpinfo

dimanche 27 février 2005

Création d'une société des Lecteurs de Pierre Jean Jouve

La parution simultanée d’un numéro de la revue Europe et d’un livre de Franck Venaille sur Pierre Jean Jouve l’attestent : près de trente ans après la mort de l’écrivain (1887-1976), son oeuvre ne cesse d'intéresser toujours davantage de lecteurs, qu'ils soient enseignants, chercheurs, étudiants ou simples amoureux de poésie et de littérature. Et la pensée de Jouve exerce sur de nombreux écrivains d'aujourd'hui une influence qui reste largement méconnue.
C'est pour rendre cette influence visible et pour donner une nouvelle impulsion aux recherches sur Jouve que vient de se créer La Société des Lecteurs de Pierre Jean Jouve. Tous ceux qui s'intéressent à l'oeuvre de Jouve sous tous ses aspects (poétique, romanesque, critique) et qui souhaitent contribuer à élargir son audience en France et à l'étranger peuvent donc y adhérer.
La Société des Lecteurs de Pierre Jean Jouve se propose notamment de créer un centre de documentation universitaire sur son oeuvre, d'ouvrir une base de données accessible en ligne (comprenant par exemple une bibliographie régulièrement actualisée), de favoriser la réédition de ses oeuvres, de susciter des traductions à l'étranger et d'encourager en général tous les travaux sur Jouve et son temps.
La Société organisera notamment chaque année une journée de conférences accueillant de jeunes chercheurs et des spécialistes confirmés ; la première de ces journées aura lieu à la Sorbonne (Paris IV, amphithéâtre Milne Edwards) le 11 mars 2006, sur le thème : Pierre Jean Jouve et la poésie européenne. On y étudiera aussi bien l'oeuvre de traducteur de Jouve que ses relations avec quelques unes des grandes figures de l'Europe littéraire de son temps (Rilke, Ungaretti, entre autres).
Les présidents de la Société :
Beatrice Bonhomme, professeur de littérature française à l'Université de Nice.
Jean-Yves Masson, professeur de littérature comparée à l'Université Paris 4 Sorbonne.
Société des Lecteurs de Pierre Jean Jouve (Association Loi de 1901), siège : 29 avenue Primerose, 06000 Nice.
Figurent au comité d'honneur, notamment, Yves Bonnefoy, Jean Starobinski, Christiane Blot-Labarrère, Catherine Jouve, Bernard Vargaftig, Franck Venaille, Pierre Oster, Salah Stétié, Claude Louis-Combet
La cotisation 2005 est fixée à 30 (tarif étudiant : 10 € , sur photocopie de la carte d'étudiant). Chèque à l'ordre de la « Société des Lecteurs de Jouve » à envoyer à :
Laurence Llorca, trésorière, 8 rue Durand de Sartoux, 06370 Mouans-Sartoux.
Pour tout renseignement supplémentaire : bb.nopasaran@wanadoo.fr
ou jean-yves.masson@paris4.sorbonne.fr
FT

vendredi 25 février 2005

Almanach poétique : Jacques Dupin

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TREMBLEMENT

Des colonnes d’odeurs sauvages
Me hissent jusqu’à toi,
Langue rocheuse révélée
Sous la transparence d’un lac de cratère.

Fronde rivale, liens errants
Une vie antérieure
Impatiente comme la houle,
Se presse et grandit contre moi

Et, goutte à goutte, injecte son venin
Aux feuillets d’un livre qui s’assombrit
Pour être mieux lu par la flamme.

De ce ramas de mots détruits
Entre les ais de la mort imprenable
Naîtra la plante vulnéraire

Et le vent noueux au-delà
Jacques Dupin, Le corps clairvoyant, 1963-1982, Poésie/Gallimard n° 340, 1999, p. 109.

Jacques Dupin est né le 4 mars 1927 à Privas, Ardèche. Il vit à Paris depuis 1944.
Rencontre René Char en 1947. Grâce à son soutien, publie poèmes et textes sur l'art dans Botteghe Oscure, Cahiers d'art, Empédocle. Secrétaire des Cahiers d'art en 1952, il entre en relation avec des artistes (Brancusi, Picasso. Brauner, Lam. Calder. hélion, Braque, De Staël. Miro, Giacometti). Début d'une collaboration avec les artistes qui occupera le plus clair de son temps. Se lie d'amitié avec André du Bouchet. Francis Ponge, Pierre Reverdy, André Frénaud.
Devient en 1956 directeur des éditions de la galerie Maeght continuée par la galerie Lelong en 1981. Amitié avec Alberto Giacometti marquée par un livre. un film, l'organisation d'expositions. Étroite collaboration amicale avec Joan Miro, textes, expositions dont douze rétrospectives, établissement du catalogue des gravures, du catalogue des peintures, activités d'expert. Un des fondateurs de la revue l'Ephémère en 1966, avec André du Bouchet, Yves Bonnefoy, Gaëtan Picon, Louis-René des Forêts, Michel Leiris et Paul Celan.
Collaboration et liens d'amitié, avec Tapies, Riopelle, Chillida, Rebeyrolle, Adami, Capdeville, Joan Mitchell, Francis Bacon. Henri Michaux. Prix national de poésie, 1988.
Bibliographie : Cendrier du voyage. G.L.M., 1950. Art poétique. P.A.B., 1956. Dessin de Giacometti. Les brisants. G.L.M., 1958. Eau-forte de Miro L'épervier. G.L.M.., 1960. Eau-forte de Giacometti. Mirô. Flammarion, 1961. Édition augmentée, 1993. Alberto Giacometti, textes pour une approche. Maeght, 1962, réédition par Fourbis en 1995. Gravir. Gallimard, 1963. L'embrasure. Gallimard, 1969. L'embrasure précédé de Gravir. Poésie/Gallimard, 1971. Dehors. Gallimard, 1975. Histoire de la lumière. L'Ire des vents, 1978. Une apparence de soupirail. Gallimard, 1982. De singes et de mouches. Fata Morgana. 1983. Matière du souffle (Tàpies). Fourbis, 1994. Le grésil. P.O.L., 1996.Ainsi que des livres à tirage limité illustrés par des artistes contemporains.
Bio et bibliographie tirées de Le corps clairvoyant. 1963- 1982. Poésie/Gallimard, 1999
quelques liens
Un article de Bernard Simeone sur le site de Jean-Michel Maulpoix
Un bel ensemble sur Jacques Dupin disponible sur remue.net (taper Dupin dans le moteur de recherche en bas de page d’accueil)
Une biographie très détaillée et une bonne bibliographie sur le site des éditions P.O.L
Un bel entretien avec Jacques Dupin

jeudi 24 février 2005

Almanach poétique : Leonardo Sinisgalli

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LA LUMIERE D’UNE CHANDELLE. - La lumière d’une chandelle reflétée dans un miroir prend un air de connaissance que je voudrais m’efforcer de mieux définir. C’est une flamme spirituelle, c’est une âme qui brûle dans un royaume, celui des miroirs, où nous avons rarement vu se refléter les couleurs de choses naturelles. Il semble que les miroirs, avec leur puissance d’illusion, plus que tout autre objet, nous donnent l’idée du temps, autant dire celle d’une profonde immobilité, d’un chemin que nous sentons clos quoiqu’il soit infini, sous nos yeux. Nous regardons la flamme, et nous ne pensons pas qu’elle n’est plus celle que nous avons regardée un instant auparavant (ces mots en italiques sont de Léonard de Vinci).
Leonardo Sinisgalli, Horror Vacui, traduction Jean-Yves Masson, Arfuyen, 1995, p. 43.

Leonardo Sinisgalli, poète, ingénieur, peintre, critique d'art, est né en 1908. Il fit de brillantes études d'ingénieur et tout en poursuivant son activité littéraire travaillera pour des firmes italiennes comme Olivetti ou Alitalia ; il créa en 1964 une revue de design, la Botte et il violino. Il se lia entre les deux guerres avec Mario Luzi, Ernesto Saba, Eugenio Montale au sein du groupe « hermétiste ». Il est mort en 1981.
Bibliographie
Jour après jour traduit par Odette Kaan. Aralia, 1996
Horror vacui (Horror vacui, 1945), traduit et préfacé par Jean-Yves Masson. Arfuyen, 1995
L’Age de la lune (extrait de L’età della luna, 1962), poèmes traduits par Gérard Pfister. Arfuyen, 1980
Le Devin (L’indovino, dieci dialoghetti), traduit par Jean-Yves Masson. Aralia, 1996
Poèmes d’hier (Poesie di ieri, 1966), édition et traduction d’Odette Kaan. La Différence « Orphée » n° 99, 1991
Une courte bio-bibliographie sur le site de la librairie Compagnie :
Annonce d'un colloque Sinisgalli organisé par Jean-Yves Masson en novembre 2003, avec une courte mais excellente synthèse de son art :
une belle interview de Jean Yves Masson sur la traduction de la poésie italienne :
La fiche zazieweb du recueil Horror Vacui :

mercredi 23 février 2005

Almanach poétique : Valérie-Catherine Richez

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DES GRIFFES AUX MAINS

Égarée, la lente ascension des porteurs de trésors vers les nids. Ils ont oublié leur mission. Ils ont dessiné dans l’argile d’étranges alphabets révélés.

Était-ce bien la Vision qui leur fit face au soir, embrasant leurs prunelles comme un soleil levant terrible ?

Qui peut savoir ? … Dédale est le nom du chemin

Oreilles, oreilles, qui nous trompent. Mille voix partout se chevauchent.

si obscurs nos désirs : des griffes encore à nos mains vieilles, des masses sombres assoupies sur les berges, d’étranges silhouettes traçant en l’air des cercles. Très loin, fiché en nous, le chant des morts. Sifflant !
Valérie-Catherine Richez, Faits d’ombre, Fata Morgana, 1993, p. 48.

Poète et peintre, Valérie-Catherine Richez est née à Paris. Longtemps elle gagne sa vie dans l'édition avec de nombreux travaux de "nègre" et d'illustration, rédigeant les livres des autres mais ne dévoilant pas ses propres textes. Ce n'est que plus tard qu'elle publiera sous son propre nom, après avoir créé la revue de poésie Tout est suspect en 1985, et fait partie du comité de rédaction de la revue littéraire L'Autre au début des années 90. À partir de 1993, elle ne cessera plus de publier et comme auteur et comme illustrateur, liant régulièrement ses deux activités dans de nombreux tirages limités.
Extrait de sa bibliographie :
L'Étoile enterrée, Virgile/Ulysse Fin de Siècle, à paraître en 2004
Corps secrets, L'Atelier des Brisants, 2002
Des yeux de nuit, Arfuyen, 2001
Echappées, L'Improviste, 2000
Lieux de rien, Unes, 1998
Petite âme, Unes, 1998
Faits d'ombre, Fata Morgana, 1993
Sur le site du Printemps des Poètes

mardi 22 février 2005

Almanach poétique : Michel Butor

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4) TRIO

Dans les touffes de baisers, le palais des coquilles ; dans les plumes des pierres, la fontaine des langues ; dans l’éventail des seins, le sentier des regards.

Sur les flammes effeuillées, la paupière d’ombre ; sur les ruissellements ébahis, le mot de passe ; sur les chevelure en opéra, la pluie de sucs.

Un nuage de griffes arrache la peau du ciel ; un geyser de frelons écorche doucement le vent ; un cyclone de pétales déshabille le temps qu’il fait.
Tableaux vivants, in Troisième Dessous, matière de rêve 3, in Michel Butor, Anthologie nomade, Poésie/Gallimard n ° 391, 2004, p. 199.

Michel Butor est né le 14 septembre 1926 dans la banlieue de Lille. Associé vers 1955 à Nathalie Sarraute, à Claude Simon, à Robert Pinget, à Alain Robbe-Grillet, dans un groupe littéraire appelé le «nouveau roman», Michel Butor n’a cessé depuis d’œuvrer solitairement. Ses réflexions sur le rôle de la littérature l’ont conduit loin de ce qui était présenté, ou imposé, comme une norme d’écriture. Les livres s'accumulent apportant chaque fois la surprise ; essais, récits du jour ou de la nuit, poèmes, nouvelles combinaisons de tout cela, ils font le désespoir des esprits routiniers ; les collaborations se multiplient avec peintres, musiciens, photographes.
Après une vie d'écriture, de voyages et d'enseignements en France et à l'étranger, Michel Butor vit aujourd'hui en Haute-Savoie.
Il est totalement impossible de donner une bibliographie de Michel Butor ici, tellement celle-ci est abondante. Je renvoie à l'extraordinaire travail de Henri Desoubeaux, cité ci-dessous en lien, qui publie notamment une liste des ouvrages par ordre alphabétique et une autre par ordre chronologique.

Trois sites incontournables
Le site de Michel Butor, créé par lui-même :
Les passionnés de Michel Butor se régaleront sur l'extraordinaire site-index d'Henri Desoubeaux :
tout un dossier Butor sur remue-net :
et aussi un entretien avec Michel Butor

lundi 21 février 2005

Almanach poétique : André Frénaud

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DEPLACEMENT DU VILLAGE

Linteaux et corbeaux, voûtes et clés,
demeures inébranlables articulées….
et embarras de pierres taillées aujourd’hui,
entraînées là, entassées là, recouvertes,
carrière mal famée, offert
à qui veut fouir sous les amas,
- avec amour – à la dépote
Lucenay-le-Duc, août 1975.

André Frénaud, Alentour de la montagne, in Haeres, Gallimard, 1982, p. 150.

André Frénaud est né en 1907 à Montceau-Les-Mines. Lecteur de français en Pologne en 1930, il est mobilisé en 1939 et fait prisonnier. Il passe deux ans en captivité. Il a appartenu à la Résistance. Il est mort en 1993.
Extrait de sa bibliographie (quatre recueils parus dans la collection Poésie/Gallimard) :
Les rois mages suivi de L'étape dans la clairière
Il y a pas de paradis
La Sainte Face
La sorcière de Rome
- depuis toujours déjà.

Présentation du recueil des actes du Colloque de Cerisy consacré à André Frénaud en 2000. Ce recueil vient de paraître aux Éditions Le Temps qu’il fait :
« Depuis toujours déjà » Association André Frénaud
Un bel ensemble sur André Frénaud
Trois poèmes de Frénaud sur le thème de la maison

vendredi 18 février 2005

Almanach poétique : Jean Tardieu

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PETITE SUITE VILLAGEOISE, 2 ET 3

2
quelle couleur aimez-vous
le bleu le vert le rouge
le jaune qui saute aux yeux
le violet qui endort ?

- j’aime toutes les couleurs
parce que mon âme est obscure.

3
Autrefois j’ai connu des chemins
ils se sont perdus dans l’espace
je les retrouve quand je dors
je vais partout rien ne m’arrête
ni le temps ni la mort
Jean Tardieu, Une voix sans personne, in Œuvres, Quarto Gallimard, 2003, p. 506.

Jean Tardieu est né dans l'Ain en 1903. Il a travaillé aux Musées Nationaux puis chez Hachette et après la guerre à la Radiodiffusion française. Traducteur de Goethe et de Hölderlin, il reçoit le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres en 1986. Il est mort en 1995.
Extraits de sa bibliographie :
Poésie : Accent, Le Témoin invisible, Jours pétrifiés, Monsieur Monsieur, Formeries, Comme ceci comme cela.
En Poésie/Gallimard : l'Accent grave et l'accent aigu, Poèmes 1976-1983 (Formeries, Comme Ceci comme cela, Les Tours de Trébizonde) ; Le Fleuve caché, poésies 1938-1961 (Accents, Le Témoin invisible, Jours pétrifiés, Monsieur Monsieur, Une voix sans personne, Histoires obscures) ; La part de l'ombre suivi de la Première personne du singulier et de Retour sans fin, Proses 1937-1967.
On lui doit aussi du théâtre, de nombreux textes sur les peintres (Hartung, Ernst, Bazaine, Estève, etc.).
A signaler la parution toute récente chez Gallimard d'un gros Quarto, 1596 pages, 27,50 €, regroupant tout l'œuvre poétique, les écrits sur les arts, un large choix du théâtre, des articles, des lettres, entretiens. 
Un bel article sur Jean Tardieu, et l'adresse de l'Association Jean Tardieu
Plus d'information sur l'Association Jean Tardieu
L'analyse d'un poème
de Jean Tardieu
quelques textes de Tardieu :
Des photos et un entretien avec Jean Tardieu
Un article à l'occasion de la parution de Le professeur Froeppel dans la collection Imaginaire de Gallimard
Le compte rendu de l'exposition "Jean Tardieu : comment parler musique"


jeudi 17 février 2005

Almanach poétique : Gérard Titus-Carmel

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2.

Comme une fine coulée de lave
durcie au col du pichet
le gobelet d’argent et le poêlon déjà empénombrés

les bouteilles aussi le pot de grès pâle
et toute image évanouie de soi plus d’obstacle
à la surface du miroir c’est autrement nommer
l’effacement et bientôt l’oubli
qui lancinent le cœur
d’un taraudant sentiment d’impermanenc
telle blettissure sournoise sur la peau des pêches
qui pourtant fraîchit les temps éphémère fraîcheur
avant le doute
la perfidie
Gérard Titus-Carmel, Épars, Le Temps qu’il fait, 2003, p. 152.

Gérard Titus-Carmel est né à Paris en 1942. Peintre, dessinateur, graveur et écrivain, il a participé à plus de 400 expositions collectives et près de 160 expositions personnelles lui ont été consacrées à travers le monde où son œuvre est représentée dans une centaine de musées et collections publiques.
Il a illustré bon nombre d'ouvrages de poètes et d'écrivains (M. Bénézet, D. Roche, P. Quignard, J. Frémon, B. Noël, J. Dupin, H. Meschonnic, D. Grandmont, P. Jaccottet, B. Vargaftig,…) et a lui-même publié à ce jour une trentaine de livres, des essais sur l'art et des recueils de poésie chez Fata Morgana (La tombée, 1987 ; Le motif du fleuve, 1990 ; Instance de l'Orée 1990 ; Gris de Payne, 1994 ; Ceci posé, 1996) et Brandes (L'entrevue, 1988 ; Forge, 1991 ; Feuillets détachés des saisons, 1991 ; Obstinante, 1995) notamment. Un recueil de poèmes Demeurant a paru chez Obsidiane en novembre 2001, éditeur qui avait déjà publié La rive en effet (2000).
Gérard Titus-Carmel collabore à diverses revues : L'animal, Le Mâche-Laurier, Le Nouveau Recueil, L'Atelier contemporain.

Notice extraite du site
une autre page sur le peintre, poète, graveur :
Fiche sur le site de Champ-Vallon avec une photo de l’artiste et la reproduction d’une de ses toiles

mercredi 16 février 2005

Prigent à Calais

160205prigent

Le Jeudi 10 mars 2005 18h30 à l’École d'Art de Calais

Lecture-et-video poésie

avec Christian Prigent (lecture), Philippe Boisbard (vidéo-poésie), Thierry Rat (lecture)
École D'Art de Calais
, 8, rue des Soupirants, 62100 Calais
Site de l’école d’art de Calais

Almanach poétique : Pablo Neruda

160205neruda

ODE À LA TYPOGRAPHIE (EXTRAITS)

typographie
laisse-moi
te célébrer
dans la pureté
de tes
purs profils,
dans la fiasque
de la lettre O,
dans le frais
vase à fleur
de l’
Y
grec,
dans le
Q
de Quévédo
(comment ma poésie peut-elle
passer
devant cette lettre
sans avoir le vieux frisson
du sage moribond ?)
dans le lys
multi
multiplié
du
V
de victoire,
dans le
E
échelonné pour monter au ciel,
dans le
Z
et sa face d’éclair
(…)
Pablo Neruda, Nouvelles odes élémentaires, traduction Jean-François Reille, Gallimard, 1976 p. 224 et 225.

Pablo Neruda est né en 1904 au Chili, d'un père cheminot et d'une mère institutrice qui mourra quelques mois plus tard. Il est étudiant en français à Santiago du Chili. En 1924 il publie Vingt poèmes d'amour et une Chanson désespérée Il abandonne les études pour se consacrer à la littérature.
1927-1935 : début de sa carrière de diplomate (consul à Rangoon, Colombo, Batavia, Singapour, Buenos-Aires, Barcelone, Madrid).
1935 : A Madrid, il habite la "Maison des fleurs" où il se lie d'amitié avec les poètes espagnols, et notamment Lorca. Pendant la guerre d'Espagne, il prend partie pour les républicains. Il est relevé de ses fonctions consulaires et part pour Paris En 1941, il est attaqué par un commando nazi au Mexique. Il se rapproche de plus en plus du parti communiste auquel il adhérera en 1945. En 1947, Videla, président du Chili, organise la répression contre ses anciens alliés communistes. Neruda prend position contre lui et, menacé d'emprisonnement, entre dans la clandestinité. En 1952, il rencontre Mathilde, qui lui inspirera entre autres La centaine d'amour. En 1970, il soutient la campagne d' Allende, qui le nommera ambassadeur du Chili à Paris (1971). Il obtient le Prix Nobel. En 1973, putsch militaire de Pinochet au Chili, mort d'Allende, saccage des maisons de Neruda par les putschistes. Il meurt le 23 septembre 1973.
Plusieurs recueils Poésie/Gallimard sont consacrés à Pablo Neruda :
Résidence sur la terre
Mémorial de l'île noire
suivi de Encore 
Chant général
La centaine d'amour (édition bilingue)
Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée, suivi des Vers du Capitaine (bilingue).

Une page très riche avec plusieurs poèmes
Une autre biographie, également très complète
Une page avec une belle bibliothèque de liens

mardi 15 février 2005

Almanach poétique : Andrée Barret

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Chaude encore
et poussiéreuse entre mes mains
Je rapporte la rue d’automne

Une brassée de dahlias rouges

Des figues mauves

Deux mystérieux livres de poche

Et puis et puis ce désir
Qui me rend pesante et secrète
(paru dans la revue Europe)
Andrée Barret, Progrès des signes sur l’esquisse, Comp’Act 2004, p. 68.

Andrée Barret est née en 1933 dans les Vosges. Normalienne, elle est professeur de lettres. Aragon a publié ses premiers textes dans Les lettres françaises. Elle est membre des comités de rédaction d’Action poétique et de Promesse et collabore à des revues comme La nouvelle critique, Europe, Actuels, l’Infini
Elle a écrit de nombreux essais et articles critiques sur Baudelaire, Tortel, Prigent, Rossi, Denis Roche).
Bibliographie (d’après le site Ecrivosges)
Poésie
Pour la joie d'aimer, Ed. de la Revue moderne, IV/1958.- 20 cm, 32 p.
Le Cœur partisan, Armand Henneuse éd., 1959
L'Effort, Ed. Didier-Richard, 1962P.4
Jugement par le feu, Pierre Jean Oswald, P.5
Méthode, Actuels", 1984
Progrès des signes sur l'esquisse, Éditions Comp'Act, 2004. Préface de Louis Dalla Fior, postface de Jacques Chatain. Collection dirigée par Henri Poncet.
Dans la première partie de cette anthologie, on pourra lire de larges extraits des recueils de poèmes publiés par l’auteur de 1959 à 1965, Le Cœur partisan (Éd. Armand Henneuse), L’Effort (Éd. Action poétique), Jugement par le feu (Éd. Pierre-Jean Oswald). Dans la deuxième partiedes textes écrits de 1966 à 1972 et publiés seulement dans des revues devenues pour la plupart introuvables. Enfin dans la troisième et dernière, très courte, l’annonce d’un “après”, poèmes et proses, à paraître : ces deux dernières parties n’étant en rien, pour l’essentiel, étrangères à ce qui est dit de la première.
Théâtre
La Statutaire Z, Théâtre Ouvert, 1988.
Récit
Des gens qui ne partaient jamais, Éditions Comp'Act, 2000
La fiche d’Andrée Barret sur le site du Centre international de poésie de Marseille
Un portrait sur le site écrivosges

lundi 14 février 2005

Almanach poétique : Wystan Hugh Auden

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Extrait de Funeral blues, poème d’Auden, adieu de l’amant à l’ami décédé, inclus dans le film Quatre mariages et un enterrement


Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et Ouest
Ma semaine de travail, mon repos du dimanche,
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant ;
Je pensais que l’amour durerait toujours : j’avais tort.

N’importe les étoiles à présent : éteignez les toutes ;
Emballez la lune et démontez le soleil,
Videz l’océan et balayez la forêt
Car rien de bon désormais ne peut plus advenir
Poème cité, avec l’aimable autorisation des éditions Bourgois, dans la préface, signée Guy Goffette, de W.H. Auden, Poésies choisies, Poésie/Gallimard n° 401, 2005, p. 9

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,

My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever; I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;

Pour away the ocean and sweep up the wood,

For nothing now can ever come to any good.

 Wystan Hugh Auden est né à York, en Grande-Bretagne, en 1907. Il passe son enfance à Birmingham et fait ses études à Oxford. Influencé dans sa jeunesse par Thomas Hardy, William Blake, Emily Dickinson et Gerard Manley Hopkins, il se lie à Oxford avec Stephen Spender et Christopher Isherwood.
Après avoir voyagé en Allemagne, en Islande et en Chine, et participé à la guerre civile en Espagne, il s’établit aux Etats-Unis en 1939. Il y rencontre son grand amour Chester Kallman. Il devient le défenseur du socialisme et de la psychanalyste. Il meurt à Vienne en 1973 et est considéré comme un des plus importants poètes de langue anglaise du XXe siècle.

Bibliographie en français :
Poésies choisies, traduction Jean Lambert, Gallimard, 1976
Dis-moi la vérité sur l’amour, Traduction GG Lemaire et Jean Lambert, Bourgois, 1995.
Essais critiques, suivis de « En souvenir de W.H. Auden par Hannah Arendt, Belin, 2000.
Journal de guerre en Chine (en collaboration avec C. Isherwood), traduction B. Vierne, Le Rocher, 2003.
Quand j’écris je t’aime, traduction B. Vierne, Le Rocher, 2003
Shorts, suivie d’un essai d’Hannah Arendt, traduction F. Lemonde, Rivages, 2003
Poésies choisies*, préface de Guy Goffette, traduction de Jean Lambert, Poésie/Gallimard, 2005.

Sur Auden :
Guy Goffette, Auden ou l’œil de la baleine*, Gallimard 2005.

Peu de choses en français sur Auden sur Internet

Entendre Auden lire un de ses poèmes

Le site de la société Auden (en anglais)

*la chronique du Poésie Gallimard consacré à Auden

*Une chronique sur le livre de Guy Goffette

samedi 12 février 2005

Hommage à Jean Cayrol

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Le poète, romancier, cinéaste et éditeur Jean Cayrol est mort ce jeudi 10 février 2005.

Il était né le 6 juin 1911 à Bordeaux où il fait des études de droit. Résistant, il est dénoncé, incarcéré à Fresnes puis déporté à Mauthausen. Cette épreuve décidera de toute sa vie et son œuvre. Pour Alain Resnais, il écrit le commentaire de Nuit et Brouillard puis le scénario de Muriel. Je vivrai l’amour des autres reçoit le prix Renaudot en 1947. Il est élu en 1973 à l’Académie Goncourt. Il mène parallèlement à son œuvre un très important travail d’éditeur au Seuil de 1950 à 1970 où il publie notamment Roland Barthes, Philippe Sollers, Denis Roche et Marcelin Pleynet.

Extrait de sa bibliographie
Je vivrai l’amour des autres, 1947
Le feu qui prend, 1948
La noire, 1949
Lazare parmi nous, 1950
L’espace d’une nuit, 1954
Nuit et brouillard, 1955
Le froid du soleil
, 1964
Les corps étrangers, 1964
Je l’entends encore
, 1968
Les enfants pillards, 1978
Il était une fois Jean Cayrol, 1982
Poésie Journal
biographie et bibliographie
Un bel article de Michel Braudeau dans le Monde (à lire rapidement, les articles du Monde n’étant accessibles gratuitement que quelques jours).
FT

vendredi 11 février 2005

La mort de Jean Cayrol

Le poète, romancier, cinéaste et éditeur Jean Cayrol est mort, jeudi 10 février, à Bordeaux (Gironde). Il était âgé de 93 ans.
Lire un bel article de Michel Braudeau dans Le Monde
FT

Almanach poétique : Vitorino Nemésio

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VERS POUR UNE PETITE CHEVRE QUE J’AI EUE

De son museau humide
Cette petite chèvre cueille
Chaque signe de la nuit
Dont l’herbe se mouille.

Dans cette fleur penchée
Vers où son pas se dirige,
Les graines ressemblent
Au battant de sa clochette.

(…)

De silence, forêts et faim
Elle compose dans ses mamelles pleines
Toute la raison de son nom
Et le fruit de ses promenades.

Ainsi elle avance déjà grave
Comme les navires qui arrivent
Alourdie par les pensées
De sa vie suave.

Et enfin sous la roche pur
De son crâne un peu fêlé,
Elle est comme l’œuf et l’oiseau :
Un grande secret
Équilibré.
Vitorino Nemésio, L’animal harmonieux et autres poèmes, traduction de Violante Picon, Orphée La Différence 1994, p. 61.

Romancier, poète, essayiste et critique, Vitorino Nemésio est né en 1901 dans l’archipel des Açores. En 1921 il devient journaliste, puis fait des études universitaire à Coimbra où il se spécialise en philologie romane. En 1934 il est chargé de cœurs de littérature italienne et espagnole à l’Université de Lisbonne. En 1935 il est pendant un an lecteur de Portugais à l’université de Montpellier et il rencontre Valéry Larbaud. Il est une des grandes figures de la vie culturelle à Lisbonne après-guerre ; son œuvre est dominée par la thématique de l’insularité. Il meurt à Lisbonne en 1978.
Il n’est pratiquement pas traduit en français sauf son grand roman Gros temps sur l’archipel (La Différence, 1990) et un recueil anthologique, La voyelle promise et autres poèmes, l’Escampette, 2000.

Brève biographie

« Cette nostalgie est la marée que je suis… »

et pour les lecteurs du portugais, un dossier complet sur le site de l’Institut Camoës


jeudi 10 février 2005

Almanach poétique : Marie-Claire Bancquart

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Rappel : Marie-Claire Bancquart donnera une lecture le 25 février à Paris.

SOUS TES PIEDS LES OISEAUX

Ciel inverse
dans la flaque, c’est toi
qui t’allonges sur lui.

Sous tes pieds les oiseaux
coursent l’ombre.

Tu n’es plus déserté.

L’arbre dessine
        autour de toi
        l’essentiel de ta vie.

Le corps traversé par une envolée
vibre de feuilles.

L’arbre entier passe.

La nuit venue
tournent des étoiles dans nos fentes.

On ne fait qu’un. On ne sait plus distinguer notre corps des astres.

Marie Claire Bancquart, Avec la mort, quartier d’orange entre les dents, Obsidiane, 2005, p. 37.

Marie-Claire Bancquart est née dans l'Aveyron en 1932. Membre de l'Académie Mallarmé, elle est poète, romancière et auteur d'ouvrages critiques notamment sur les surréalistes. Elle est professeur émérite à la Sorbonne (Paris IV)
Mais, Vodaine, 1969.
Projets alternés, Rougerie, 1972.
Mains dissoutes, Rougerie, 1975.
Cherche-terre, Saint-Germain des prés, 1977.
Mémoire d'abolie, Belfond 1978
Habiter le sel, Pierre Dalle Nogare, 1979.
Partition, Belfond, 1981.
Votre visage jusqu'à l'os, Temps Actuels, 1983.
Opportunité des oiseaux, Belfond, 1986.
Opéra des limites, José Corti , 1988.
Végétales, Les cahiers du Confluent, 1988.
Sans lieu sinon l'attente, Obsidiane, 1991.
Dans le feuilletage de la terre, Belfond, 1994.
Énigmatiques, Obsidiane, 1995.
La vie, lieu-dit, chez Obsidiane en coédition avec Noroît (Canada), 1997
La paix saignée, précédée de Contrées du corps natal, Obsidiane, 1999.
Rituel d’emportement (anthologie), Obsidiane, 2002, en co-édition avec Le Temps qu’il fait, 2003.
Avec la mort, quartier d’orange entre les doigts, Obsidiane, 2005.
Des textes de Marie-Claire Bancquart et une bonne bibliographie sur le site de Jean-Michel Maulpoix :
« Je suis quant à moi très attirée par les « choses de rien » couleur de légumes tombés sous les étals du marché; flaques-miroirs; odeurs d'un porte-monnaie ; détail de sculpture, très soigné malgré la grande improbabilité qu'on le regarde, tout en haut d'une colonne d'église; insectes fragiles et de structure complexe qui vous tombent sur un doigt, l'été. Tout cela vit fort, à la dérobée, et nous fait crier: « Terre! »
Marie Claire Bancquart a publié un important recueil, Rituel d'Emportement, regroupant son œuvre poétique de 1969 à 2001 aux Editions Le Temps qu'il fait. Fiche
Lire aussi la fiche de ce livre sur zazieweb :
Fiche de Marie-Claire Bancquart sur le site du Centre international de Poésie de Marseille

mercredi 09 février 2005

Almanach poétique : Octavio Paz

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EXTRAITS DE COURANT ALTERNATIF

La poésie est une lutte perpétuelle contre la signification. Deux extrêmes : le poème embrasse tous les sens, il est le sens de toutes les significations ; le poème dénie toute signification au langage. A l’époque moderne, la première tentative est celle de Mallarmé ; la seconde celle de Dada. Un langage au-delà du langage ou la destruction du langage au moyen du langage.

(…)

Il revient aux jeunes poètes d’effacer la distinction entre créateur et lecteur, de découvrir le point de rencontre entre celui qui parle et celui qui entend. Ce point est le centre du langage : non pas le dialogue, le je et le tu, ni le je redoublé, mais le monologue pluriel – l’incohérence originelle, l’autre cohérence. La prophétie de Lautréamont : la poésie sera faite par tous.
Extrait cité dans Serge Pey, Octavio Paz, lettres posthumes à Octavio Paz depuis quelques arcanes majeurs du tarot, Jean-Michel Place Poésie 2002, p. 96.

Octavio Paz est né à Mexico en 1914. Poète et théoricien de la littérature, il fut pendant de nombreuses années ambassadeur du Mexique en Inde. Ses œuvres qui, outre la poésie, touchent des domaines comme l'anthropologie, l'histoire, l'art, la biographie, la critique politique et littéraire, ont été traduites en une trentaine de langues. Prix Nobel de littérature en 1990, il est mort en 1998.
Extrait de sa bibliographie en français :
Pierre de soleil (1962),
L'arc et la lyre (1965),
Liberté sur parole (1966);
Versant Est (1971),
Conjonctions et disjonctions (1972),
Courant alternatif
(1972)
Le labyrinthe de la solitude (1972),
La fleur saxifrage (1984),
le Singe grammairien.
Trois recueils sont disponibles en Poésie/Gallimard :
Le feu de chaque jour, précédé de Mise au net et de D'un mot à l'autre,
Liberté sur parole,
Versant Est et autres pièces.

"La poésie est l’antidote de la technique et du marché. Dans les temps à venir, voilà quelle pourrait être sa fonction. Rien de plus ? Rien de moins."
Octavio Paz, L’autre voix,  Paris, Gallimard,coll. Arcades, 1992, p.172.

Lire sur Zazieweb la fiche du recueil que vient de lui consacrer Serge Pey dans la collection anthologie Jean Michel Place/Poésie
J’en profite pour rappeler les menaces qui pèsent actuellement sur le magnifique travail de cet éditeur
Une très riche bibliographie partiellement commentée

mardi 08 février 2005

Almanach poétique : Yves Bonnefoy

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Je ne sais si Yves Bonnefoy a écrit sur le peintre et sculpteur Paul Rebeyrolle dont on annonce le décès, mais leurs noms furent, me semble-t-il, associés parfois, notamment au sommaire de la revue Derrière le miroir

PEINTURE, POÉSIE : VERTIGE, PAIX.

I.
Écrire, ne serait-ce qu’un mot : et déjà une langue est là, et s’affaire, et avec elle toutes les ambiguïtés, tous les faux-semblants – tout le passé – du langage. Jamais d’immédiat pour l’écrivain, même s’il est passionnément attentif à ce qui n’a pas de nom, pas de figure encore définissable. Il sait, d’intuition, la qualité de vérité autre que propose une branche en fleurs, ou une pierre qui roule, de rebords en rebords, dans un ravin. .Mais vouloir en recréer dans les mots la densité infinie, ou le vide pur, ce n’est qu’un voeu d’emblée insensé, que la poésie, qui en vit, doit abandonner page après page.
Peindre, comme certains le font, et même aujourd’hui, prenant à la couleur qui, dès que posée sur la toile, se lève au-delà du sens, dissipe nos souvenirs, n’est rien que soi, dirait-on : on peut penser que c’est là de l’immédiat, et qu’a été déchiré le voile.
Yves Bonnefoy, Le nuage rouge, Mercure de France, 1977, p. 319.

Yves Bonnefoy est né à Tours en 1923. Il fait des études de mathématiques et de philosophie. Il s'installe à Paris en 1944. Il effectue de nombreux voyages. Il est professeur au Collège de France de 1981 à 1993.

Quelques-unes de ses œuvres :
Du mouvement et l'immobilité de Douve,
Hier régnant désert,
Pierre écrite et dans le leurre du seuil,
ces quatre recueils regroupés sous le titre Poèmes en Poésie/Gallimard.
Rue traversière
(1977, repris en Poésie/Gallimard),
Ce qui fut sans lumière (1987)
et tout récemment les Planches Courbes (2001).
Il est aussi l'auteur de très nombreux essais sur la poésie, sur Giacometti, sur le théâtre, la peinture et notamment de l'important recueil le Nuage Rouge qui regroupe des études sur Rimbaud, Mallarmé, Bellini, Mondrian, Morandi, etc. Il a également réalisé des traductions de Shakespeare.

Biographie et bibliographie très complète sur le site de la BNF
Un important article de Jean-Michel Maulpoix
sur les parutions récentes de Yves Bonnefoy
Une bio-bibliographie
Sur le site du Mercure de France
Sur le site zazieweb.com, fiche de lecture de Les planches
Une belle page avec citations
sur le site de chantiers.org

lundi 07 février 2005

Exposition Mallarmé

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Mallarmé mais aussi ses enfants Geneviève et Anatole, Paul Verlaine, Pierre Louÿs, Joris-Karl Huysmans, Paul Valéry pour les portraits, Nadar, Carjat, Dornac mais aussi…Edgar Degas pour les photographes : tels sont, énumérés, quelques-uns des documents les plus frappants de l’exposition Mallarmé qui se tient actuellement et jusqu’au 20 mars 2005 au Musée départemental Stéphane Mallarmé. La plupart des portraits sont accompagnés de documents familiaux, de correspondances et de livres.

Mallarmé et compagnie. Portraits photographiques des collections du musée Mallarmé.
Exposition du 15 janvier au 20 mars 2005.
Musée départemental Stéphane Mallarmé, 4 quai Stéphane Mallarmé,77870 Vulaines-sur-Seine.
Tél. : 01 64 23 73 27 ; fax : 01 64 23 78 30 e-mail : mallarme@cg77.fr
Le musée est ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h. à 12 h. et de 14 h. à 17 h.
FT

Photo : portrait de Stéphane Mallarmé de profil, par Nadar, vers 1884.


Almanach poétique : Pascal Quignard

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Les hommes ont un cœur de pierre.
Malheureux comme les pierres.
Muets comme les pierres.
Les pierres ne sont ni historiales ni historiques.
Galets et cailloux travaillés par le fleuve du temps.
Gravats d’une autre rive.
Petites pierres sans forme définitive.
Le vent les érode. Le courant les roule.
Petites formes sans plus aucune aspérité et dont les veines étranges luisent sans cesse davantage.
Petits signes complètement ininterprétables.
La taille de la falaise autant que le sable en menacent les restes de dessins.
Les hommes ni les guerres ni le langage ni l’oubli ne taillent ni ne polissent les pierres comme le temps lui-même.
L’homme aima le temps en ramassant les pierres.
Pascal Quignard, Sordidissimes, Grasset, 2004, p. 162.

Pascal Quignard est né en 1948 dans l'Eure dans une famille de grammairiens et de musiciens. Il a d'abord vécu au Havre avant de commencer une licence de philosophie. Il devient membre du comité de lecture puis secrétaire général pour le développement de Gallimard, préside le Festival international d'opéra et de théâtre baroque au château de Versailles. En 1994 il se démet de toutes ses fonctions.

Extrait de sa bibliographie (source Les Ombres errantes, premier volume de Le dernier Royaume, Grasset 2002).
L'être du balbutiement, essai sur Sacher-Masoch, éd. Mercure de France, 1969.
Lycophron, Alexandra, éd. Mercure de France, 1971.
La parole de la délie, essai sur Maurice Scève, éd. Mercure de France, 1974.
Michel Deguy, éd. Seghers, 1975.
Écho, suivi d'Epistolè Alexandroy, éd. Le Collet de Buffle, 1975.
Sang, éd. Orange Export Ldt, 1976.
Le lecteur, récit, éd. Gallimard, 1976.
Hiems, éd. Orange Export Ldt 1977.
Sarx, éd. Aimé Maeght, 1977.
Les mots de la terre, de la peur, et du sol, éd. Clivages, 1978.
Inter Aerias Fagos, éd. Orange Export Ldt, 1979.
Sur le défaut de terre, éd. Clivages, 1979.
Carus, roman, éd. Gallimard, 1979 (Folio 2211).
Le secret du domaine, conte, éd. de l'Amitié, 1980.
Les tablettes de buis d'Apronenia Avitia, roman éd. Gal limard, 1984 (L'Imaginaire 212).
Le voeu de silence, essai sur Louis-René des Forêts, éd. Fata Morgana, 1985.
Une gêne technique à l'égard des fragments, éd. Fata Morgana, 1986.
Éthelrude et Wolframm, conte, éd. Claude Blaizot, 1986.
Le salon du Wurtemberg, roman, éd. Gallimard, 1986 (Folio 1928).
La leçon de musique, éd. Hachette, 1987.
Les escaliers de Chambord, roman, éd. Gallimard, 1989 (Folio 2301).
Albucius, éd. POL, 1990 (Livre de Poche 4308).
Kong Souen-Long, sur le doigt qui montre cela, éd. Michel Chandeigne, 1990.
La raison, éd. Le Promeneur, 1990.
Petits traités, tomes 1 à VIII, éd. Adrien Maeght, 1990 (Folio 2976-2977).
Georges De La Tour, éd. Flohic, 1991.
Tous les matins du monde, roman, éd. Gallimard, 1991 (Folio 2533).
La frontière, roman, éd. Michel Chandeigne, 1992 (Folio 2572).
Le nom sur le bout de la langue, éd. POL, 1993 (Folio 2698).
Le sexe et l'effroi, éd. Gallimard, 1994 (Folio 2839).
L'occupation américaine, roman, éd. Le Seuil, 1994 (Point 208).
Les septante, conte, éd. Patrice Trigano, 1994.
L'amour conjugal, roman, éd. Patrice Trigano, 1994.
Rhétorique spéculative, éd. Calmann-Lévy, 1995 (Folio 3007).
La haine de la musique, éd. Calmann-Lévy, 1996 (Folio 3008).
Vie secrète, éd. Gallimard, 1998 (Folio 3292).
Terrasse à Rome, roman, éd. Gallimard, 2000 (Folio 3542).
Ombres errantes; Grasset 2002
Sur le jadis, éd. Grasset, 2002.
Abîmes, éd. Grasset, 2002.
Les Paradisiaques, Grasset, 2004
Sordidissimes, Grasset, 2004

A signaler tout particulièrement :
Une interview de Pascal Quignard par Catherine Argand parue dans le numéro de Lire de septembre 2002. Cet article, absolument passionnant, est disponible en ligne :
sur le même site, décidément très généreux, plusieurs autres articles et entretiens avec Pascal Quignard.
Une fiche Quignard sur le site de l'éditeur P.O.L.
Une fiche avec de nombreux articles à consulter sur le site du Matricule des Anges
Un article sur les trois premiers volumes de Le Dernier Royaume sur le site du Nouvel Observateur :
Les Paradisiaques, premier chapitre sur le site de Grasset et note de lecture

 

vendredi 04 février 2005

Almanach poétique : Jacques Réda

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NOSTALGIE DE L’HIVER

C’est facile d’aimer les printemps, les automnes,
Et de se souvenir des lumineux étés.
Mais les hivers par rime et raison monotones,
Plus d’une fois aussi je les ai regrettés.

Les jours, les ans auront tourné comme un manège
De plus en plus rapide (il est devenu fou)
Et j’aimerais revoir, rime, tomber la neige
Sur l’heure qu’elle endort, l’espace qui se fout

Alors d’être une rue ou les plaines d’Asie,
Car il est devenu pleinement ce qu’il est,
Tandis que l’âme sous la blanche anesthésie
Rit de ne plus sentir la pointe du stylet
[…]
Jacques Réda, L’adoption du système métrique, poèmes 1999-2003, Gallimard, 2004, p. 71.

Jacques Réda est né à Lunéville en 1929. Rédacteur en chef de la NRF de 1987 à 1995, il a notamment publié
Amen (1968),
Les Ruines de Paris (1977),
L'herbe des talus (1984),
Châteaux des courants d'air (1986),
Le sens de la marche
(1990).
Parmi ses plus récentes parutions, on peut citer chez Verdier, Le lit de la reine (2001) et Les Fins fonds (2002).
L’adoption du système métrique, Gallimard, 2004.
Un site qui propose un bel ensemble sur Jacques Réda (mais le site semble malheureusement en sommeil actuellement)
Un lien avec quelques poèmes :
Une bonne bibliographie et les publications récentes de Jacques Réda :
De bons commentaires de lecture sur plusieurs livres de
Un autre poème de Réda extrait de L’adoption du système métrique

jeudi 03 février 2005

Almanach poétique : Jean-Pascal Dubost

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Entrée de Jean-Pascal Dubost dans l’almanach poétique à l’occasion de la sortie de Monstres morts, chez Obsidiane.

LES SANS DOUTE FATIGUES
D’ex-maîtres queux de cantines ou preux
émondeurs, terrassiers atterrés avec rien, bepc,
cap, bep ou bac pro fin fond de la poche eux,
qu’on enjambe crashés sur une moelleuse plaque
d’égout la tête dans les gouffres ou qu’on entend
(surpris) sous un porche se prendre de bec, qui
ni célestes ni du rail ne portent aucun paletot
constellé (ou que de trous de clopes) ni pensées
religieuses aux sorties de messes et s’aggravent
de sommeil en retard en chacun qu’on est –
Jean-Pascal Dubost, Monstres morts, Obsidiane, 2005, p. 55.

Jean-Pascal Dubost est né à Caen en 1963 et vit à Tours de puis 1992. Il a animé la revue Le Guide céleste et a publié à La Bartavelle, L'Arbre,Cheyne éditeur et Obsidiane. Il fait de nombreuses lectures publiques de poésie. Critique, il collabore aux revues Europe, La Polygraphe, C.C.P. Il participe à l’action de la Maison de la Poésie de Nantes et anime des ateliers d'écriture et de lecture.
Bibliographie
Carnet celtique, La Bartavelle, 1992.
Les Vieux Costumes, L'Arbre, 1993
Poèmes ravis, La Bartavelle, 1995.
Les Quatre-Chemins, Cheyne éditeur, 1995/1997
Les Cochons prosaïques, L'Arbre, 1996
Des lieux sûrs, Tarabuste, 1998.
C'est corbeau, Cheyne éditeur, 1998.
L'Ardoise Wigwam, 2000.
Les Nombreux, éd. Le Dé Bleu, 2001
Fondrie, Cheyne éditeur, 2002.
Les Loups vont où ? , éd. Obsidiane, 2002
Monstres morts, éd. Obsidiane, 2005

une page de présentation

Sur le site du Printemps des Poètes

Sur le site du Centre international de poésie de Marseille

Présentation et extraits de Monstres morts sur le site de remue.net

mercredi 02 février 2005

Almanach poétique : Nelly Sachs

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Traverser la mort comme l’oiseau traverse l’air
jusqu’en l’âme des forêts
qui s’étrécit dans la violette,
jusque dans les ouïes en sang du poisson,
finale douloureux de la mer –

Jusque dans le pays advenu
derrière le masque de la démence
où la fontaine à l’issue souterraine
mène peut-être derrière le lit de douleur
des larmes.

 

Nelly Sachs, Exode et métamorphose, traduction de Mireille Gansel, Verdier, 2003. p. 37.

" Ses poèmes parlent de ce qui a visage humain : des victimes. C’est ce qui fait leur énigmatique pureté. Ce qui les rend inattaquables. » (Hans Magnus Enzensberger)

Nelly Sachs est née en 1891 dans une famille juive allemande. En 1940 elle se réfugie en Suède. A partir de 1957, elle correspond avec Paul Celan. Elle reçoit le prix Nobel en 1966. Elle meurt en mai 1970, quelques semaines à peine après le suicide de Paul Celan. Elle est considérée, avec ce dernier, comme l'un des plus grands poètes de langue allemande de l'après-guerre.
Extraits de sa bibliographie encore assez pauvre en langue française, par rapport à l'envergure et l'abondance de son œuvre dont on prend conscience en lisant sa biographie sur le site des éditions Verdier (lien ci-dessous) :
Brasier d’énigmes et autres poèmes, traduit par Lionel Richard, Denoël/Les Lettres Nouvelles, 1967.
Présence à la nuit, traduit par Lionel Richard, Gallimard, 1969.
Éli suivi de Lettres et d’Énigmes en feu, traduit par Martine Broda, Hans Hartje et Claude Mouchard, Belin, 1989.
Eclipse d'étoile,Verdier, 1999
Correspondance Nelly Sachs/Paul Celan, traduit par Mireille Gansel, Belin, 2000.
Exode et métamorphose, Verdier, 2002
Une belle page sur le site des éditions Verdier qui ont publié récemment le recueil Exode et Métamorphose. (bonne biographie ) :
sur le même site, fiches de présentation très riches de Eclipse d'étoile :
(extrait de l'article de Patrick Kechichian pour le Monde repris dans cette page :
"À côté de celle de Paul Celan, l’œuvre de Nelly Sachs est née de la Shoah. L’une et l’autre opposent la parole du poème à l’ordre de la mort. Comme Celan, dont elle fut l’amie, Nelly Sachs écrit en allemand. Juive, née à Berlin en 1891, elle réussit à fuir le nazisme en mai 1940. Grâce à Selma Lagerlöf, elle trouva refuge à Stockholm. Son œuvre, couronnée en 1966 par le Nobel, est postérieure à cet exil. De santé mentale vacillante, elle mourut en 1970, quelques semaines après le suicide de Paul Celan à Paris."
Un article intéressant complété de traductions inédites

mardi 01 février 2005

Almanach poétique : Marie-Claire Bancquart

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Pour saluer la parution d’un tout nouveau livre de Marie-Claire Bancquart aux Éditions Obsidiane, Avec la mort, quartier d’orange entre les dents.

SE DESQUAME

Oui, le temps se desquame
nous brûlons nos passeports trompeurs, nos photographies,
nous prenons possession du passage.

Sommes-nous seulement nos contemporains ?

Rebrousser jusqu’à l’orque et l’algue, s’attendre à passer hors
limites, supposer la réversibilité des organismes…

Nous nous citons à comparaître, au péril de l’échange.
Marie-Claire Bancquart, Avec la mort, quartier d’orange entre les dents, Obsidiane, 2005, p. 71.

Marie-Claire Bancquart est née dans l'Aveyron en 1932. Membre de l'Académie Mallarmé, elle est poète, romancière et auteur d'ouvrages critiques notamment sur les surréalistes. Elle est professeur émérite à la Sorbonne (Paris IV)
Mais, Vodaine, 1969.
Projets alternés, Rougerie, 1972.
Mains dissoutes, Rougerie, 1975.
Cherche-terre, Saint-Germain des prés, 1977.
Mémoire d'abolie, Belfond 1978
Habiter le sel, Pierre Dalle Nogare, 1979.
Partition, Belfond, 1981.
Votre visage jusqu'à l'os, Temps Actuels, 1983.
Opportunité des oiseaux, Belfond, 1986.
Opéra des limites, José Corti , 1988.
Végétales, Les cahiers du Confluent, 1988.
Sans lieu sinon l'attente, Obsidiane, 1991.
Dans le feuilletage de la terre, Belfond, 1994.
Énigmatiques, Obsidiane, 1995.
La vie, lieu-dit, chez Obsidiane en coédition avec Noroît (Canada), 1997
La paix saignée, précédée de Contrées du corps natal, Obsidiane, 1999.
Rituel d’emportement (anthologie), Obsidiane, 2002, en co-édition avec Le Temps qu’il fait, 2003.
Avec la mort, quartier d’orange entre les doigts, Obsidiane, 2005.
Des textes de Marie-Claire Bancquart et une bonne bibliographie sur le site de Jean-Michel Maulpoix :
« Je suis quant à moi très attirée par les « choses de rien » couleur de légumes tombés sous les étals du marché; flaques-miroirs; odeurs d'un porte-monnaie ; détail de sculpture, très soigné malgré la grande improbabilité qu'on le regarde, tout en haut d'une colonne d'église; insectes fragiles et de structure complexe qui vous tombent sur un doigt, l'été. Tout cela vit fort, à la dérobée, et nous fait crier: « Terre! »
Marie-Claire Bancquart a publié un important recueil, Rituel d'Emportement, regroupant son œuvre poétique de 1969 à 2001 aux Editions Le Temps qu'il fait. Fiche :
Lire aussi la fiche de ce livre sur zazieweb :
Les parutions récentes chez Obsidiane

lundi 31 janvier 2005

Almanach poétique : Joël Bastard

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J’imagine écrire d’un balcon dans une langue
étrangère. La mer en bas des marches. Son haleine
déchirée sur la pointe des agaves. L’oiseau qui se
poserait au blason de la façade ne porterait pas
de nom pour alléger ses ailes. Un lézard passerait sur
la carte au trésor. L’enfance serait entière dans
le petit tiroir d’un moulin à café de brocante. Sous la
scène d’un labour à l’ancienne. J’imagine écrire
d’un balcon sur la mer. De la vie dans les jambes
et la tête en arrière. Je pourrais écrire à ma mère.
Tout va bien. Je mange des tomates… Et le ciel te ressemble.
Joël Bastard, Se dessine déjà, Gallimard 2002, p. 17.

Joël Bastard est né à Versailles en 1955. Il vit dans le Jura. Auteur de théâtre, de nouvelles et de chansons, il a publié plusieurs livres de poésie dont Mémorandum de porcelaine, Biologie de l’ombre, Le terme du roc, Beule et Se dessine déjà.

Une page sur le site de l’éditeur Le Dé bleu

samedi 29 janvier 2005

Radio : Ingeborg Bachmann

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Dimanche soir, 30 janvier 2005, 20h30 sur France Culture, ne pas manquer l’émission Une vie, une œuvre consacrée à la poète, nouvelliste et philosophe autrichienne Ingeborg Bachmann (1926-1973). Avec notament Barbara Agnese, spécialiste de Wittgenstein, Musil et Bachmann, Françoise Rétif, germaniste, Jean-Yves Masson.

Je rappelle l’important numéro que la revue Europe a consacré en 2003 à Ingeborg Bachmann
Lire la recension du numéro d’Europe consacré à Ingeborg Bachmann

Ingeborg Bachmann est née en 1926 à Klagenfurt en Autriche (la ville de Musil). Elle était de la génération de Günter Grass, Martin Walser, Thomas Bernhardt, Paul Celan et elle fut liée à beaucoup d’entre eux par l’amour ou l’amitié. C’est ainsi notamment qu’elle eut une très profonde relation avec Paul Celan et c’est un des mérites du numéro de la revue Europe, un numéro passionnant qui vient de lui être consacré, que d’explorer ce lien.
Ingeborg Bachmann est morte en 1973 à Rome dans un accident (un incendie au cours duquel elle fut si gravement brûlée qu’elle succomba à ses blessures).
Lire la très belle introduction de Françoise Rétif à ce numéro d’Europe :
Pour les germanistes, un site très complet avec nombreux liens (dont renvois à des sites en langue anglaise)
©FT

La disparition d'Aurélie Nemours

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Aurélie Nemours  est morte jeudi 27 janvier, à Paris. Elle était âgée de 94 ans. Peintre, elle avait choisi l’abstraction géométrique et le Centre Pompidou lui avait consacré une vaste rétrospective entre juin et septembre 2004. Mais il lui est aussi arrivé d’écrire et son premier manuscrit, Midi La lune, avait séduit Adrienne Monnier. Le livre avait été édité dans les années cinquante mais jamais diffusé. Il a été réédité en 2002 par Seghers.

©FT

Bras blanc
Immobile
Main de sirène
Inutile
Semence d’ébène
Forme humaine
Amour
Plume d’une aube chaude
Je t’appelle
Équité sereine
Cristal
Il est des eaux de source calmes
L’horizontale
Ô le falot
mes mains dans la nuit
Le radeau qui balance
Et toi vague peuple bulle
Tu es silence
Aurélie Nemours, Midi La lune, Seghers, 2002, p. 31.

vendredi 28 janvier 2005

Almanach poétique : Louis-René des Forêts

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Un grand merci à Angèle Paoli qui a attiré mon attention sur le fait que c’est aujourd’hui l’anniversaire de la naissance de Louis-René des Forêts.

Feindre d’ignorer les lois de la nature,
Réincarner en songe la forme abolie,
Prêter au mirage les vertus d’un miracle
Est-ce pour autant faire échec à la mort ?
Tout au plus douter qu’elle nous sépare,
Que soit un fait le fait de n’être nulle part

Irréparable cassure. Prenons-en acte.
Nous voilà désolés la vie durant,
notre mémoire ouverte comme une blessure,
C’est en elle que nous la verrons encore
Mais captive de son image, mais recluse
Dans cette obscurité dévorante
Où, pour lier son infortune à la nôtre,
Nous rêvions d’aller nous perdre ensemble
Toute amarre tranchée, et joyeux peut-être
Si le pas eût été moins dur à franchir,
Ne faire qu’un avec elle dans la mort
Choisie comme la forme parfaite du silence.
Louis-René des Forêts, Poèmes de Samuel Wood, Fata Morgana, 1988, p. 14

Louis-René des Forêts est né le 28 janvier 1918.Il publie son premier roman, les Mendiants en 1943. Il s'engage dans la Résistance. En 1946, parution de Le Bavard, puis la Chambre des enfants en 1960, Voix et détours de la fiction en 1985, Le Malheur au Lido en 1987, Poèmes de Samuel Wood en 1988, Face à l'Immémorable en 1993 et Ostinato en 1997. Il est mort en 2001.

Lire aussi sur le site le compte rendu de son dernier livre, Pas à pas jusqu' au dernier

un bel ensemble sous la direction de Dominique Rabaté
voir la fiche d'un essai de Dominique Rabaté sur le site de José Corti
ainsi qu'une fiche de lecture du même essai sur Zazieweb.com
sur le site remue.net
Un extrait vidéo d’un film de Benoît Jacquot
voir la note d’Angèle Paoli avec un autre extrait de poèmes de Samuel Wood


jeudi 27 janvier 2005

Almanach poétique : Paul de Roux

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si tu pouvais t’enrouler dans ce voile de pluie,
gouttes sur les paupières et au creux de la main,
peut-être pourrais-tu te reposer : la déchirure
c’est d’être là et de voir la pluie
qui ruisselle sur les carreaux, qui cingle
les arbres et leurs bourgeons, savoir
entrer dans une goutte de pluie est un secret
que bien peu connaissent sans doute :
c’est celui qui délie les membres
et rentre la création dans la mer
comme au premier jour, quand tout
n’était qu’en puissance dans l’écume.
Paul de Roux, Poèmes de l’aube, Gallimard,1990, p. 42.

Paul de Roux est né à Nîmes en 1937. Il a publié :
Entrevoir (1980),
Les pas (1984),
Le front
contre la vitre (1987),
Poèmes des saisons (1989),
Poèmes de l'aube (1990),
La halte obscure (1993),
Le soleil dans l'œil (1998).
Allers et retour (2002)
Fondateur de la revue La Traverse (1969-1974), il est également l'auteur de Carnets (Au jour le jour 1984, Les intermittences du jour, 1989) et a traduit l'Hypérion de Keats.
Une page sur le site de l'éditeur Le Temps qu'il fait
Une autre sur le site de la Maison de la Poésie de Nantes


mercredi 26 janvier 2005

Gérard de Nerval

Un dossier très complet sur Gérard de Nerval en ce jour anniversaire de son suicide par pendaison (26 janvier 1855), rue de la Vieille Lanterne, à Paris.

Almanach poétique : Paul Celan

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Paul Celan, en mémoire de la Shoah et d’Auschwitz.

GLOIRE DE CENDRES derrière
tes mains nouées-ébranlées
au trois-chemins.

Naguère Pontique : ici,
simple goutte,
sur
la pale d’aviron noyée,
tout au fond
du serment pétrifié,
on entend soudain sa rumeur.

(Sur la corde de souffle
verticale, autrefois,
plus haute qu’en haut,
entre deux nœuds de douleur, tandis
que la luisante
Lune des Tatares grimpait vers nous,
je me suis affouillé en toi et en toi.)

Gloire de
cendres
derrière vous mains
de trois-chemins.

Les dés jetés, de l’Est, avant et
devant vous, terribles.

Personne
ne témoigne pour le
témoin.

Paul Celan, Renverse du Souffle, in Paul Celan, Choix de poèmes réunis par l’auteur, traduction et présentation de Jean-Pierre Lefebvre, Poésie/Gallimard n° 326, Gallimard, 1998, p. 262 et 263.


ASCHENGLORIE hinter
deinen erschüttert-verknoteten
Händen am Dreiweg.

Pontisches Einstmals : hier,
ein Tropfen,
auf
dem ertrunkenen Ruderblatt,
tief
im versteinerten Schwur,
rauscht es auf.

(Auf dem senkrechten
Atemseil, damals,
höher als oben,
zwischen zwei Schmerzknoten, während
der blanke
Tatarenmond zu uns heraufklomm,
grub ich michi in dich und in dich.)

Aschen-
glorie hinter
euch Dreiweg-
Händen.

Das vor euch, vom Osten her, Hin-
gewürfelte, furchtbar.

Niemand
zeugt für den
Zeugen.

Paul Celan, Renverse du Souffle, in Paul Celan, choix de poèmes réunis par l’auteur, traduction et présentation de Jean-Pierre Lefebvre, Poésie/Gallimard n° 326, Gallimard, 1998, p. 262 et 263.

Paul Celan est né en 1920 à Czernowicz en Bucovine. Ses parents disparaissent en camp de concentration. Il publie ses premiers poèmes en 1947 et s'installe en France en 1948. En 1952 il épouse Gisèle de Lestrange qui illustrera plusieurs de ses œuvres. Il traduit Cioran. Il met fin à ses jours en 1970 (son corps est découvert dans la Seine à 10 kms de Paris).
Parmi ses œuvres on peut citer :
Enclos du Temps, Clivages 1985,
Pavot et mémoire, Bourgois 1987,
De seuil en seuil, Bourgois 1991
Grille de parole, Bourgois 1991,
Poèmes, traduction André du Bouchet, Mercure de France 1995
et un Choix de poèmes en collection Poésie/Gallimard.
L'entretien dans la montagne a été publié en 2001 chez Verdier :
A signaler aussi la toute récente parution de la monumentale correspondance avec Gisèle de Lestrange son épouse. Lire la chronique sur zazieweb.com :
Et un petit ouvrage de Laurent Cohen, biographie et anthologie de Paul Celan, Paul Celan, chroniques de l'antimonde, Jean Michel Place 2000.
On peut lire un important article d'Enzo Traverso sur Paul Celan à l'adresse suivante :
Recension par Denis Thouard
de Jean Bollack, Poésie contre poésie, Celan et la littérature, PUF, 2001
Présentation d’un numéro Celan de la revue Europe en janvier-février 2001
La fiche Paul Celan sur le site du Centre international de poésie de Marseille


mardi 25 janvier 2005

Robert Desnos

Très beau projet du créateur du blog Grapheus Tis : donner recension, semaine après semaine, de tous les recueils qu'il possède dans l'ancienne collection Poètes d'aujourd'hui de Seghers. Il ouvre le feu  avec robert Desnos, en profonde symbiose avec les commémorations en cours.

Almanach poétique : Lalla Romano

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Déjà dans les vitrines obscures humides
comme dans des grottes les jacinthes exsangues
apparaissent avec une douce stupeur

Mais, printemps, nous ne sommes pas prêts

Sommes comme l’arbre encore
alourdi de ses feuilles mortes
amour de l’été passé

Lalla Romano, Jeune est le temps, traduction Philippe Giraudon, Orphée La Différence, 1994, p. 91.

Già nell’umide oscure vetrine
come in grotte gli esangui giacinti
affiorano con dolce stupore

Ma noi son siamo pronti, primavera

Siamo come l’albero ingombro

ancora delle sue morte foglie
amore della passata estate

Lalla (Graziella) Romano est née en 1906. Après des études littéraires et artistiques à Turin, elle enseigne jusqu'en 1959. Elle publie son premier livre de poèmes en 1941, Fiore. Peintre, elle ne s'impose vraiment qu'après la guerre comme écrivain. Elle est l'auteur de nombreux romans publiés chez Einaudi. D'autres livres portent témoignage de son intérêt pour la photographie. Elle a aussi beaucoup traduit Flaubert (Trois contes et l'Education sentimentale) et Delacroix (choix et présentation du Journal).
Elle est morte en 2001.
Trois livres ont été publiés aux Editions de la Différence
L'Homme qui parlait seul
(1992) ;
La Pénombre (1992) ;
Une jeunesse inventée (1992).

Lire la fiche de l'auteur sur le site des éditions de la Différence

Une biographie un peu plus détaillée (en italien)

Une présentation et une bibliographie en français un peu plus complète sur l'excellent site de la librairie Compagnie

sur le site du Matricule des Anges


lundi 24 janvier 2005

Almanach poétique : Henri Michaux

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La mouche est si bien organisée qu’elle a pu assidûment fréquenter l’homme depuis des milliers d’années, sans être mise à la porte, ni mise à travailler. Le tout sans se gêner et ne cherchant nullement comme le chat à feindre d’être apprivoisée. Allant même jusqu’à s’installer au bord de ses yeux et à puiser dans ses larmes admirablement salées l’appoint chloré nécessaire à son régime. Avec la même aisance elle fréquente aussi de plus gros mammifères aux yeux confortables et nul doute qu’elle ne rêve d’yeux plus parfaits encore, creusés au lieu de bombés, pareils à des soucoupes, soucoupes vivantes, distillant le liquide exquis.
Voilà l’être que tout homme, dans une époque qui rend esclave, se doit de bien étudier au lieu des aigles, des lions et des chevaux, ou des princes qui ne lui apprendront jamais ce qui lui importerait tellement de savoir : « Comment cohabiter sans servir ? »
Henri Michaux, Notes au lieu d’actes, in Passages, Œuvres complètes, T II, la Pléiade, Gallimard, 2001, p. 380.

Henri Michaux est né en 1899 à Namur. Il arrive en 1924 à Paris où il côtoie les peintres surréalistes et se lie d'amitié avec Jules Supervielle. Nombreux voyages en Asie et en Amérique du Sud jusqu'en 1937. Michaux est souvent décrit comme explorateur de "l'espace du dedans" : "J'écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire: me parcourir. Là est l'aventure d'être en vie".
On peut citer de lui notamment
Un Barbare en Asie
(1933),
Misérable miracle
(1956)
l'Infini turbulent
(1957), inspirés par ses expériences avec la mescaline,
Connaissance par les gouffres
(1961),
Face à ce
qui se dérobe(1976).
Il a fait l'objet de très nombreuses expositions (encres, aquarelles).
Plusieurs recueils sont disponibles en Poésie/Gallimard, notamment Ailleurs, Connaissance par les gouffres, Face aux verrous, La nuit remue, La vie dans les plis, etc.

Pour tout savoir sur Henri Michaux, l'espace réservé à la Société des lecteurs d'Henri Michaux sur le site de Jean-Michel Maulpoix :
On peut aussi lire un bel article ancien de Georges Henein, tiré des archives du Magazine Littéraire :
Un bel ensemble sur Michaux avec une bibliographie conçue de façon très intéressante (+ lien sur une liste de discussion)

vendredi 21 janvier 2005

Almanach : Jacques Roubaud

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Pour célébrer la parution d’un très passionnant ouvrage sur Jacques Roubaud, Véronique Montémont, Jacques Roubaud : l’amour du nombre (compte rendu à venir sur ce site).

Le sens du passé

Le sens du passé naît
                        d’objets-déjà.

Dans tous les moments évidents
                                    Je t’ai cherchée

Aussi dans de ténus
                      interrègnes.

Cherchée qui ?
                où
                es-tu ?

qui ?

qui, n’a plus de sens

ni quoi            (sans nom, dans nulle langue)

Je reviendrais, de quelques pas en arrière, je serais
                            dans un espace
                            différent, en un sens précaire.

Comme si le son traversant l’eau
                         tombait d’une quarte
Jacques Roubaud, Quelque chose noir, Poésie/Gallimard n° 366, 2001 (©Gallimard , 1986), p. 30.


Jacques Roubaud est né en 1932. Mathématicien et poète, membre de l'Oulipo (Ouvroir de Littérature potentielle). Dans son œuvre très diversifiée on peut citer notamment des recueils de poèmes,
Quelque chose noir (1986),
La pluralité des mondes de Lewis
,
La forme d'une ville change plus vite, hélas que le cœur des humains
ainsi qu'une anthologie du sonnet français de Marot à Malherbe, publiée sous le titre Soleil du soleil en Poésie/Gallimard (1999).
Il est auteur aussi d'essais, de romans et d'un grand cycle autobiographique inauguré avec
le Grand incendie de Londres,
puis poursuivi avec Mathématique : (1997)
et Poésie : (2000). 

La fiche de Jacques Roubaud sur le site de l'Oulipo

Une autre très complète

Un article
sur le site de Le matricule des anges

Une page Roubaud sur le très riche site de Fatrazie

Un texte à contraintes de Roubaud sur Perec en ligne sur le site remue.net

Une très sérieuse étude (en anglais) du livre Le Grand incendie de Londres


jeudi 20 janvier 2005

Vient de paraître : Goffette et Auden

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L’écrivain Guy Goffette vient de publier dans la collection L’un et l’autre, chez Gallimard, Auden ou l’œil de la baleine.

« Je ne pouvais imaginer que vingt ans de ma vie allaient d’un coup me remonter à la tête quand je découvrirais le visage de l’homme qui avait en quelque sorte changé le cours de mon existence ; et que cet homme dans la neige, non seulement je ne l’avais jamais vu et ne le rencontrerais jamais, puisque Wystan Auden est mort en 1973, mais je ne m’étais même pas soucié d’en apprendre davantage sur lui, et son nom même, je l’avais laissé peu à peu s’endormir dans ma mémoire à l’ombre du seul poème de lui comme un arbre qui me portait sur l’amer des jours.
Pas étonnant que je l’aie pris pour une baleine.
G.G. (rabat de couverture du livre)

Note de lecture à venir ultérieurement.

Guy Goffette
Auden ou l’œil de la baleine
Gallimard, 2005-01-20 17,50 €
isbn :  2-07-077335-3

Almanach : Mireille Fargier-Caruso

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tu suis du doigt le scarabée
cueilles le rire arrêté sur l’églantine
peu de bruit peu de place
tu vis dans un espace las
où resplendit l’humble force de croire
entre distance et fécondité tu oscilles.


où irons après nous
tous nos trésors d’argile ?
sur quels cadastres
à jamais inscrits ?
Demeureront le livre
et ses métamorphoses
Mireille Fargier-Caruso, Silence à vif, Paupières de Terre, 2004, p. 88.

Mireille Fargier-Caruso est née en Ardèche en 1946 ; elle vit à Paris où elle est bibliothécaire. Elle collabore régulièrement à de nombreuses revues, dont Poésie Rencontres et Neige d'Août.

Bibliographie
Entres les points et la parole, le Cherche-Midi Éditeur 1981
Limites, Le Pont de l'Épée, 1984
Visage à édifier, Le Méridien, 1988
Contre-ciel, Le Pré de l'Age, 1990.
Séquences au loin, Prix Poésimage, 1991.
Heures d'été ou l'envers de l'ombre, Arclettres, Lyon, 1991.
Blues notes
, Le Pré de l'Age 1992.
Lettre à L. Prix Froissart, 1993.
Même la nuit, persiennes ouvertes, Le Dé bleu, 1998.
Quelques gouttes de soleil et après, avec des collages de Sarah Wiame, Editions Céphéïdes, 2000.
Revers de voix, avec des encres et des aquarelles de Chan Ky-yut. Editions Lyric, Canada, 2001.
La fiche de Même la nuit, persiennes ouvertes :
sur le site du Printemps des poètes, fiche bio-bibliographique


mercredi 19 janvier 2005

Almanach : Marilyn Hacker

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Doublement présente, dans le numéro 22 de la revue Le Mâche-Laurier aux Éditions Obsidiane et dans la revue Europe qui lui consacre une note de lecture, Marilyn Hacker, poète très renommée aux Etats-Unis mais encore très peu connue ici.


Comment c'est, dans cette chair provisoire
de retourner à ma table de travail,
de voir par la fenêtre le soleil rougeoyant
aviver la pierre frottée d’en face,
illuminer les chambres inconnues d’un voisin familier,

[…]
Je suis lasse de la terreur et du désespoir,
d’avoir à me montrer courageuse.
Je veux les jours de travail ennuyeux
et les nuits de vie que rien d’exceptionnel
ne marque, avec des cils et des cheveux.
Il est exceptionnel de mourir dans son lit
à quatre-vingt-dix-huit ans sans avoir été
gazée, fusillée, essorée à sec
par la dysenterie, noyée à la naissance
dans une bassine pour filles non désirées.
[…]
Je ne sais que l’instant en expansion
présent, infinitésimal, infini,
où le soleil tardif pénètre sans commentaire
dans huit rangées de fenêtres vis-à-vis.

Marilyn Hacker, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Emmanuel Moses in Le Mâche-Laurier, n° 22, juin 2004, p. 74.

Marilyn Hacker est née à New York city en 1942.Elle est l’auteur de neuf recueils de poésie, dont le plus récent est Desesperanto, paru chez W.W. Norton à New York en 2003, et d’une anthologie personnelle parue chez Norton en 1995. Aux États-Unis, elle a reçu de très nombreux prix.
Également traductrice de la poésie française contemporaine (notamment de Guy Goffette, Hédi Kaddour, Vénus Khoury-Ghata, et Claire Malroux), elle a édité un numéro spécial de la revue américaine Poetry sur la poésie française contemporaine en 2000.
Elle partage son temps entre Paris et New York, où elle est professeur de littérature anglo-américaine et de traduction littéraire à la City University of New York.
Elle vient de publier La Rue Palimpseste aux Éditions La Différence
Voir et entendre Marilyn Hacker

fiche auteur
sur le site des Éditions La Différence

Biographie (en anglais)

Extrait d’une note de lecture d’Emmuel Moses parue dans la revue Europe n° 907-908 :
« Le monde de Hacker s’est d’emblée ouvert à nous : espace minutieux et palpitant, entre l’extérieure t la maison, entre le regard et la mémoire. Un univers où le quotidien est don, c’est-à-dire radicalement autre, acte gratuit à déchiffrer, symbole et singularité »

mardi 18 janvier 2005

Almanach : Attilio Bertolucci

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LES PAPILLONS
Pourquoi les papillons vont-ils toujours par deux
et si l'un se perd à l'intérieur du buisson violet
de giroflées, l'autre ne l'abandonne pas mais
vole au-dessus, affolé, et l'on dirait qu'il se heurte
aux murs d'une prison alors qu'il ne s'agit
que de l'or du jour déjà sur le point de s'assombrir
à cinq heures de l'après-midi, octobre s'approchant ?

- Peut-être croyais-tu l'avoir perdu, mais le voici de nouveau
suspendu dans l'air, qui reprend son mouvement irrésistible
[...]
tu n'as qu'à le suivre, au-devant de la nuit,
comme tu l'as attendu dans la lumière inquiète du soleil
jusqu'à ce qu' il fût rassasié du suc de ces fleurs d'automne
Attilio Bertolucci, Voyage d'hiver, traduction de Muriel Gallot, Verdier 1997, p. 27.

LE FARFALLE
Perché le farfalle vanno sempre a due a due
e se una si perde entro il cespo violetto
delle settembrine l’altra non la lascia ma sta
sopra et vola confusa che pare si sbatta
contro i muri di un carcere mentre non è che questo
oro del giorno gia in via d’offuscarsi
alle cinque del pommeriggio avvicinandosi ottobre ?

- Forse credevi d’averla perduta ma eccola ancora
sospesa nell’aria riprendere l’irragionevole moto
[...]
tu non hai che a seguirla incontro alla notte
come l’attendesti nel lume inquieto del sole
finché fu sazia del succo di quei fiori d’autunno.

« Né à San Lazzaro, près de Parme, trois ans avant la Première Guerre mondiale, Attilio Bertolucci appartient à une génération de poètes qui compte d’autres grandes figures : Giorgio Caproni, Vittorio Sereni et Mario Luzi. Quatre voix unies par une amitié de plusieurs décennies, et dont les écritures, si complémentaires, ont dessiné, malgré les convulsions du siècle, un possible âge d’or pour la poésie de l’autre côté des Alpes. » (bibliographie publiée sur le site des éditions Verdier, lien ci-dessous)
Il a suivi les cours de Roberto Longhi et a enseigné l’histoire de l’art avant de travailler pour l’édition et la RAI. Il est mort en 2000. Il est le père du cinéaste Bernardo Bertolucci.
Extraits de sa bibliographie :
La capanna indiana (1929-1955)
Viaggio d’inverno (1955-1970)
La camera da letto (1974)
En français :
La chambre, Verdier 1988.
Voyage d’hiver, bilingue, Verdier 1997.

Une très belle page sur le site des éditions Verdier :

Une courte biographie (en italien) :

un article du Matricule des Anges sur le Voyage d’hiver :

une page sur le site de la librairie Compagnie

voir aussi le portrait de la photographe et poète Anna Toscano qui écrivit une thèse sur Bertolucci

lundi 17 janvier 2005

Almanach : Antoine Emaz

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Pour saluer la parution du recueil d’Antoine Emaz, Os (Tarabuste) : une lecture bouleversante, une note de lecture à venir dans très peu de temps sur Poezibao.com

s’il y a des visages dessous
plus guère personne pour voir

un mouvement d’ombres comme de feuilles

peu à peu une mousse
ou du lierre
dans la tête

on distingue mal

les noms lèvent seuls
les figures les dunes
les coins de rues les ciels
par vagues
et puis retombent
sans plus de bruit
dans l’œil


vie sans vie
qui reste
Antoine Emaz, Os, Tarabuste, 2004, p. 50.

Antoine Emaz est né en 1955. Il vit à Angers.
Bibliographie :
Poème en miettes, avec Robert Christien, Éd. Tarabuste, 1986
En deçà, Éd. Fourbis, 1990
Poème, l'élan l'impacte, avec Pierre Emptaz, Éd. Les petits classiques du grand pirate, 1991
C'est, Éd. Deyrolles, 1992
La nuit posée là, avec Anik Vinay, Éd. Atelier des Grames, 1992
Poème : trois jours l'été, avec Sophie Bouvier, Éd. PAP, 1992
Poème, va, Éd. de, 1993
Peu importe, Éd. le dé bleu, 1993
Poème corde, Éd. Tarabuste, 1994
Entre, Éd. Deyrolles, 1995
Voix basse, avec Marie Alloy, Éd. Le silence qui roule, 1995
Fond d'œil, Éd. Théodore Balmoral, 1995,
De près, de plus loin, avec Jean-Marc Scanreigh, 1996,
Personne, avec Guillaume Guintrand, Éd. Unes/Détroits, 1996,
Poème Loire, avec Bernard-Gabriel Lafabrie, Éd. Lafabrie, 1996,
Boue, Deyrolle éditeur, 1997,
Sans faire d'histoire, avec Jean-Marc Scanreigh, 1997,
A, avec Pascale Willem, Éd. Noir d'ivoire, 1997,
Sable, Tarabuste éditeur, 1997,
Donc, livre d’artistes avec Joël Leick, éditions Dana, 1998,
Sang, livre d’artistes avec Jean Chollet, éditions Ficelle, 1998,
Ciel bleu ciel, livre d’artistes avec Matthew Tyson, éditions Imprints, 1998,
Un de ces jours, avec Jean-Marc Scanreigh, 1999,
Soir, avec Anne Slacik, 1999,
Soirs, Éd. Tarabuste, 1999,
D'une haie de fusains hauts, avec Marie Alloy, Éd. Le silence qui roule, 2000,
Nuit d'eau, avec Mikyung Jung et Xueqing Wang, Éd. Balthazar, 2000,
"Je ne", version française, allemande, arabe, Éd. Verlag im Wald, 2001,
RAS, Éd. Tarabuste, 2001. Il a obtenu le prix Yvan Goll pour ce dernier livre.
Lichen lichen, Éditions Rehauts
André du Bouchet, debout sur le vent, Jean-Michel Place
K.-O., Éditions Inventaire-Invention
Os, Tarabuste, 2004.
Un grand dossier Emaz sur le site remue.net :
Paru sur le site de JM Maulpoix, des notes d'Antoine Emaz :
Je ne pense pas, je note ” (Pierre Reverdy)
A lire aussi, sur Antoine Emaz :
Sur le site zazieweb.fr, la note de lecture consacrée à un précédent ouvrage d’Emaz, Ras :
et un article du magazine consacré à une lecture d’Antoine Emaz à la librarie Tschann


vendredi 14 janvier 2005

Almanach : Gustave Roud

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« La terreur de rien retirer du torrent confus de ma pensée (et pourtant, sans tant d’eau vaine et de sable les quelques paillettes précieuses ne brilleraient jamais au soleil intérieur le temps même d’apparaître et de disparaître) s’apaise parfois : je rencontre un dessin d’idées qui se relie à telle ou telle certitude en moi-même brièvement perçue. Saurai-je conduire un jour ce flux indiscipliné ? Qui m’en prouvera l’importance ? Ou jusqu’à la fin devrai-je le regarder passer, fiévreux, pêcheur moqué les mains vides ?

Gustave Roud, feuillets, in Écrits de Gustave Roud, I, Bibliothèque des Arts, 1978, p. 50. »

Gustave Roud (1897-1976) est l’un grands noms la littérature suisse romande au XXe siècle. Écrivain solitaire, il passa toute sa vie dans le Haut Jorat, un pays de collines douces évoqué dans les proses somptueuses du Petit Traité de la marche en plaine ou de l’Essai pour un paradis. Poète nomade dans une vie sédentaire, Roud a relié, par son amour des routes et sa culture à la fois romantique et classique, des mondes antinomiques : les sensibilités germanique et latine, les brumes et la lumière, l’obscurité de l’invisible et la clarté du monde tangible. De famille paysanne, mais lui-même universitaire et intellectuel, en constant décalage avec son milieu, il va chercher par la poésie à rassembler ces deux parts de lui-même, invoquant dans une même prose le proche et le lointain, l’ici et l’ailleurs, le charnel et le spirituel.
(Notice rédigée par Angèle Paoli et Florence Trocmé)
Consulter un numéro de la revue Europe (octobre 2002) entièrement consacré à Gustave Roud
Pour la bibliographie de Gustave Roud consulter le site suisse des amis de Gustave Roud :
sur le même site, voir une note sur le Journal de Gustave Roud, réédité en cette année 2004 :
Consulter aussi cette page
Un très bel article du poète James Sacré sur Gustave Roud
De très nombreuses informations aussi et une analyse de la relation fondamentale entre les poètes Gustave Roud et Philippe Jaccottet :

jeudi 13 janvier 2005

Almanach : Pierre Jean Jouve

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MUSIQUE
Souvent, tel un printemps répandu sur la mer
J’ai suivi les remous des cordes bois et cuivres :
Sauvage allait la cavalière de la mort
Sonnant l’orage pour le malheur de la terre ;

Ou douce de ses oiseaux déchirants, un soleil
Dans les pleurs, et le chant raisonnable des anges
Ayant séduit la bête avec un œil soyeux
Pour l’idylle du temps l’éternelle louange ;

Discours infiniment tu par l’intime étrange
Ô gloriole des sons esprit de vision
Mystère entier comme est cette humaine saison
Pierre Jean Jouve, in Mélodrame, 1957, in Franck Venaille, Pierre Jean Jouve, l’Homme grave, Jean-Michel Place/poésie 2004, p. 111.

Poète et romancier, Pierre-Jean Jouve est né à Arras en 1887. Son œuvre est profondément influencée par la psychanalyse. Après une crise spirituelle qui le conduit en 1924 à une conversion au catholicisme, il renie toute sa poésie antérieure pour faire commencer son œuvre en 1925.
Parmi ses œuvres poétiques, on peut citer les trois anthologies publiées en Poésie/Gallimard.
Dans les années profondes – Matière céleste – Proses ;
Diadème suivi de Mélodrame ;
Les Noces suivi de Sueur de Sang.
Parmi ses œuvres romanesques,
Aventure de Catherine Crachat ;
Paulina 1880 (1925),
le Monde désert (1927).
Il est également l'auteur de plusieurs essais sur la musique, en particulier :
le Don Juan de Mozart (1942),
Wozzeck ou le nouvel opéra (1953)
et sur l'art,
Tombeau de Baudelaire (1942).
Grand Prix national des Lettres en 1963, Pierre-Jean Jouve meurt en 1976.

Une page très complète avec biographie date par date, bibliographie complète et plusieurs articles critiques dont un de Mandiargues et un de Daniel Leuwers 

Pierre Jean Jouve et la musique

un site très riche sur le style et l’imaginaire dans les romans de Pierre Jean Jouve
, bibliographies dont une bibliographies des livres critiques, nombreux liens.

mercredi 12 janvier 2005

Almanach : Jacques Izoard

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Suivons des yeux les ligatures
(frontières, sutures, limites).
Observons espaces nus
pour oublier que, désormais,
nous n’avons plus d’ailes.

A la volée d’herbes hautes,
j’oppose une toux bleue
qui nous emmène en nuage
vers l’ombrage ou vers l’orage.
Cœur dru et foudre
nous laissent pantois.
Jacques Izoard, Tout mot tu, tout est dit, suivi de Traquenards, corps perdus, Le Taillis Pré, 2004, p. 17.

Poète et essayiste, Jacques Izoard est né à Liège en 1936. Son œuvre, publiée notamment chez Grasset, Belfond ou La différence, comprend plus d’une cinquantaine de livres et plaquettes. Il a reçu le prix Mallarmé en 1979 pour Vêtu, devêtu, libre (Belfond).
Bibliographie
Ce manteau de pauvreté - poèmes et autres récits, Liège, Éditions de l'Essai, 1962. Coll. Essai-Poésie. Préface de Paul Gilson.
Les sources de feu brûlent le feu contraire, Bruxelles, Société des Écrivains, 1964. Dessin d'Ossip Zadkine.
Aveuglement Orphée, Paris, Guy Chambelland, 1967. Dessin de Leonor Fini.
Des lierres, des neiges, des chats, Bruxelles, Henry Fagne, 1968. Dessin de Robert Varlez.
Un chemin de sel pur (suivi de) Aveuglément Orphée, Paris, Guy Chambelland, 1969. Lithographie de Leonor Fini.
Le papier, l'aveugle, Liège, Éditions de l'Essai, 1970.
Voix, vêtements, saccages, Paris, Bernard Grasset, 1971.
Des laitiers, des scélérats, Paris, Saint-Germain-des-Prés, 1971. Coll. G.C. (Guy Chambelland).
Six poèmes, Liège, Tête de Houille, 1972. Gravure de Robert Varlez.
La Maison des cent dormeurs, Paris, Gaston Puel, 1973. Gravures et maquette de Starisky.
La Patrie empaillée, Paris, Bernard Grasset, 1973.
Bègue, bogue, borgne, Waremme, Éditions de la revue Donner à voir, 1974. Couvert. avec dessin de Robert Varlez.
Le Poing près du cœur, dans Verticales 12, nE 21-22, Decazeville, 1974.
Poèmes, Saint-Gengoux-le-National, Louis Dubost, 1974. Coll. Fond de tiroir.
La Maison dans le doigt, dans Cahiers de Roture, nE 4, Liège, 1974.
Poulpes, papiers, Paris, Commune Mesure, 1975. Gravure de Jean Coulon.
Rue obscure (avec Eugène Savitzkaya). Liège, Atelier de l'Agneau, 1975.
Le Corps caressé, Paris, Commune Mesure, 1976. Gravure de Jean Coulon.
La Chambre d'Iris, Awan-Aywaille, Fonds de la Ville, 1976.
Andrée Chédid (essai), Paris, Seghers, 1977, Coll. Poètes d'aujourd'hui.
Vêtu, dévêtu, libre, Paris, Pierre Belfond, 1978.
Plaisirs solitaires (avec Eugène Savitzkaya), Liège, Atelier de l'Agneau, 1979.
Avec la rouille et les crocs du renard, dans Douze poètes sans impatience, Paris, Luneau-Ascot, 1979.
Enclos de nuit, Senningerberg (Grand-Duché de Luxembourg), Origine, 1980.
Petites merveilles, poings levés, Herstal, Atelier de l'Agneau, 1980. Photos.
Frappé de cécité dans sa cité ardente. Liège, Atelier de la Soif étanche, 1980. Illustr. de Lucien Massaert.
Le Corps et l'image. Liège, «Aux dépens de l'artiste», 1980. Eaux-fortes de Jean Luc Herman. .
Pavois du bleu, Saint-Laurent-du-Pont (Isère), Le Verbe et l'Empreinte, 1983. Huit dessins à l'encre de Chine de Marc Pessin.
Voyage sous la peau, Nantes, Pré Nian, 1983. Gravures de Bracaval.
Corps, maisons, tumultes, Paris, Belfond, 1990.
Poèmes (avec Andrée Chédid), Épinal, Ville d'Épinal, 1991.
Sulphur, Banff (Canada), Odradek, 1994 ;
Traquenards, corps perdus, Châteaulineau, Le Taillis Pré, 1996 ;
Entre l’air et l’air, Charleville, Mont Analogue, coll. “État des Lieux”, 1997 ;
Le Bleu et la poussière, Paris, Éditions de la Différence, 1998 ; Coll. “Clepsydre” (Prix Alain Bosquet, 1999 ; Prix triennal de Poésie, 2001)
Dormir sept ans, La Différence, 2001.
Tout mot tu, tout est dit, suivi de Traquenards, corps perdus, Le Taillis Pré, 2004

biographie et bibliographie détaillées
une bonne bibliographie sur le site du CIPM

mardi 11 janvier 2005

Almanach : Franck André Jamme

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Pour saluer la parution récente de La Récitation de l’oubli de Franck André Jamme

En fait, tout venait ainsi :
elle me contait les jours, jetait
des graines dans l’oubli –
qui poussaient, me peuplaient.
Le fleuve changeait de sens.
Choses : les revenantes.
Franck André Jamme, La récitation de l’oubli, Flammarion, 2004, p. 129.

Le poète Franck André Jamme est né en 1947. Traducteur du poète bengali Lokenath Bhattacharya et éditeur de René Char dans la Pléiade, il a beaucoup voyagé, notamment aux Etats-Unis et en Inde, où il a effectué d’importantes collectes de peintures brutes, tantriques et tribale.

Plus d’informations bibliographiques sur le site du Centre international de Poésie de Marseille
Bibliographie
L’Ombre des biens à venir, Thierry Bouchard, 1981.
Absence de résidence et pratique du songe, Granit, 1985.
La Récitation de l’oubli, Fata Morgana, 1986.
Pour les simples, Fata Morgana, 1987.
Bois de lune, Fata Morgana, 1990.
De la multiplication des brèches et des obstacles, Fata Morgana, 1993.
Un Diamant sans étonnement, Unes, 1998.
Encore une attaque silencieuse, Unes, 1999.
L’Avantage de la parole, Unes, 1999.
La récitation de l’oubli, Flammarion 2004
Extraits de la vie du scarabée, Melville, 2004.
Près d’une cinquantaine de tirages limités, la plupart illustrés par des peintres : Nicolas Alquin, Pierre André Benoit, François Bouillon, James Brown, Francesca Chandon, Marc Couturier, Olivier Debré, Suzan Frecon, Monique Frydman, Madame Ladho, Marcel Miracle, Valérie-Catherine Richez, Raja Babu Sharma, tantriques anonymes, Richard Texier, Jan Voss, Acharya Vyakul, Yang Jiechang, Zao Wou-Ki, Jean Zuber...
et quelques poèmes musicaux et livrets avec Frank Royon Le Mée, Steve Lacy et Claire Renard – cette dernière pour l’opéra Col Canto, créé en 1995.
Traductions :
Le Danseur de cour, Les Marches du vide, Débris reconstruits, La Danse et Dieu à quatre têtes de Lokenath Bhattacharya (du bengali, avec l’aide de l’auteur, chez Granit et Fata Morgana, entre 1985 et 1993 ; les deux premiers titres repris en 2000 chez Gallimard).
Vie invisible de Udayan Vajpeyi (du hindi, avec l’aide de l’auteur, Cheyne éditeur, 2001).
Trois poèmes de John Ashbery, en cours.

lundi 10 janvier 2005

Franck André Jamme, La récitation de l'oubli

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Franck André Jamme
La récitation de l’oubli
Flammarion, 2004
isbn : 2080687174

La cime et le fond ne diffèrent. Sauvés,
perdus et le contraire, nous resterons les
égarés. Ce qui n’a pas encore de nom
viendra. Amande offerte, promesse devenue
vivante. Plus tard, quelquefois, le partage.

Franck André Jamme, Absence de résidence et pratique du songe, in La récitation de l’oubli, Flammarion, 2004, p. 99.

Note de l’éditeur : faite de courts paragraphes d’une étonnante densité, la poésie de Franck André Jamme développe une tension constante entre une narration qui semble viser à une sorte de neutralité et l’enchaînement des visions froides qui le hantent – ou dont elle est traversée. Des contrées ici dépeintes – et des créatures de lumière qui les peuplent – émane cette certitude venue des songes que l’écriture sait fixer sans en dissiper le trouble, ni l’énigme essentielle. Sous la fine surface de ce qu’il montre, le poème suggère une présence plus indécise : dans le vertige ou le vacillement du réel ;

La Récitation de l’oubli redonne à lire les premiers poèmes en prose de Frank André Jamme, autrefois réunis chez Granit (1985) et Fata Morgana (1986). A cet ensemble inaugural, épuisé depuis longtemps, l’auteur a adjoint un titre plus récent, paru chez Unes en 1998.

Le poète Franck André Jamme est né en 1947. Traducteur du poète bengali Lokenath Bhattacharya et éditeur de René Char dans la Pléiade, il a beaucoup voyagé, notamment aux Etats-Unis et en Inde, où il a effectué d’importantes collectes de peintures brutes, tantriques et tribale.
Plus d’informations bibliographiques sur le site du Centre international de Poésie de Marseille
Bibliographie
L’Ombre des biens à venir, Thierry Bouchard, 1981.
Absence de résidence et pratique du songe, Granit, 1985.
La Récitation de l’oubli, Fata Morgana, 1986.
Pour les simples, Fata Morgana, 1987.
Bois de lune, Fata Morgana, 1990.
De la multiplication des brèches et des obstacles, Fata Morgana, 1993.
Un Diamant sans étonnement, Unes, 1998.
Encore une attaque silencieuse, Unes, 1999.
L’Avantage de la parole, Unes, 1999.
La récitation de l’oubli, Flammarion 2004
Extraits de la vie du scarabée, Melville, 2004.
Près d’une cinquantaine de tirages limités, la plupart illustrés par des peintres : Nicolas Alquin, Pierre André Benoit, François Bouillon, James Brown, Francesca Chandon, Marc Couturier, Olivier Debré, Suzan Frecon, Monique Frydman, Madame Ladho, Marcel Miracle, Valérie-Catherine Richez, Raja Babu Sharma, tantriques anonymes, Richard Texier, Jan Voss, Acharya Vyakul, Yang Jiechang, Zao Wou-Ki, Jean Zuber...
et quelques poèmes musicaux et livrets avec Frank Royon Le Mée, Steve Lacy et Claire Renard – cette dernière pour l’opéra Col Canto, créé en 1995.
Traductions :
Le Danseur de cour, Les Marches du vide, Débris reconstruits, La Danse et Dieu à quatre têtes de Lokenath Bhattacharya (du bengali, avec l’aide de l’auteur, chez Granit et Fata Morgana, entre 1985 et 1993 ; les deux premiers titres repris en 2000 chez Gallimard).
Vie invisible de Udayan Vajpeyi (du hindi, avec l’aide de l’auteur, Cheyne éditeur, 2001).
Trois poèmes de John Ashbery, en cours.

Almanach : Jacques Dupin

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Qui que quoi dont d’où
la cantilène expulsée

atteindrait le point
où se peut écrire
sans penser

il casse une lettre
il ébruite trois
la lettre cassée s’endort

quoi relire quoi
merveille
à l’instant de l’air
déchiré

et recommence ou commence
à ouvrir la boucle, à éreinter
la monture

à piaffer de rire
dans la glu du marigot

si je le dois je le fais

je ne dois rien je le fais

l’encre devient invisible

l’espace de l’écriture
une cage électrifiée

qui soude persécuteur
et persécuté
Jacques Dupin, Sept poèmes, revue Action Poétique n° 172, juin 2003, p. 4.

Jacques Dupin est né le 4 mars 1927 à Privas, Ardèche. Il vit à Paris depuis 1944.
Rencontre René Char en 1947. Grâce à son soutien, publie poèmes et textes sur l'art dans Botteghe Oscure, Cahiers d'art, Empédocle. Secrétaire des Cahiers d'art en 1952, il entre en relation avec des artistes (Brancusi, Picasso. Brauner, Lam. Calder. hélion, Braque, De Staël. Miro, Giacometti). Début d'une collaboration avec les artistes qui occupera le plus clair de son temps. Se lie d'amitié avec André du Bouchet. Francis Ponge, Pierre Reverdy, André Frénaud.
Devient en 1956 directeur des éditions de la galerie Maeght continuée par la galerie Lelong en 1981. Amitié avec Alberto Giacometti marquée par un livre. un film, l'organisation d'expositions. Étroite collaboration amicale avec Joan Miro, textes, expositions dont douze rétrospectives, établissement du catalogue des gravures, du catalogue des peintures, activités d'expert. Un des fondateurs de la revue l'Ephémère en 1966, avec André du Bouchet, Yves Bonnefoy, Gaëtan Picon, Louis-René des Forêts, Michel Leiris et Paul Celan.
Collaboration et liens d'amitié, avec Tapies, Riopelle, Chillida, Rebeyrolle, Adami, Capdeville, Joan Mitchell, Francis Bacon. Henri Michaux. Prix national de poésie, 1988.
oeuvres : Cendrier du voyage. G.L.M., 1950. Art poétique. P.A.B., 1956. Dessin de Giacometti. Les brisants. G.L.M., 1958. Eau-forte de Miro L'épervier. G.L.M.., 1960. Eau-forte de Giacometti. Mirô. Flammarion, 1961. Édition augmentée, 1993. Alberto Giacometti, textes pour une approche. Maeght, 1962, réédition par Fourbis en 1995. Gravir. Gallimard, 1963. L'embrasure. Gallimard, 1969. L'embrasure précédé de Gravir. Poésie/Gallimard, 1971. Dehors. Gallimard, 1975. Histoire de la lumière. L'Ire des vents, 1978. Une apparence de soupirail. Gallimard, 1982. De singes et de mouches. Fata Morgana. 1983. Matière du souffle (Tàpies). Fourbis, 1994. Le grésil. P.O.L., 1996.Ainsi que des livres à tirage limité illustrés par des artistes contemporains.
Biographie et bibliographie tirées de Le corps clairvoyant. 1963- 1982. Poésie/Gallimard, 1999

Un article de Bernard Simeone sur le site de Jean-Michel Maulpoix

Un bel ensemble sur Jacques Dupin disponible sur remue.net (taper Dupin dans le moteur de recherche en bas de page d’accueil)

Une biographie très détaillée et une bonne bibliographie sur le site des éditions P.O.L

Un bel entretien avec Jacques Dupin

jeudi 06 janvier 2005

Pierre Jean Jouve

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« J’ai dû en somme me confier toujours à la puissance affective de mon lecteur, chaque fois que l’expression élucidée était impossible »*

Pierre Jean Jouve est à l’honneur en ce début d’année 2005 avec deux parutions importantes. Un nouveau recueil dans la très belle collection dirigée par Zéno Bianu chez l’éditeur Jean Michel Place : Pierre Jean Jouve, l’Homme grave, un essai et une anthologie signés Franck Venaille, selon le principe de la collection qui consiste à demander à un poète d’écrire sur un autre poète.

La revue Europe dans le même temps a choisi Pierre Jean Jouve comme sujet principal de son numéro de novembre-décembre 2004 avec notamment des contributions de Salah Stétié ou Bernard Vargaftig ainsi que de Franck Venaille ici encore.
Second dossier de ce numéro, Psychanalyste et écrivain ? :  thème d'autant plus pertinent que Jouve fut marqué par la psychanalyse et que son épouse Blanche Reverchon-Jouve était analyste. On peut y lire en particulier des articles de Michel Schneider ou Jean-Bertrand Pontalis, avec en contrepoint quelques pages tirées de l’Enfant bleu, que Henry Bauchau a publié récemment chez Actes Sud (Henry Bauchau qui fit une analyse avec Blanche Reverchon-Jouve !)

Je rendrai compte ultérieurement de façon plus approfondie de ces deux livres.

*PJJ, cité par Audrey Large, in Europe p. 96
©Florence Trocmé




samedi 25 décembre 2004

La mort d'André Verdet

Disparitions

Le poète André Verdet  est mort dimanche 19 décembre 2004 à l’âge de 91 ans. Né en 1913 à Nice, il fut l’ami de Jean Giono, fut arrêté et déporté à Auschwitz avec Robert Desnos. Il était également peintre et sculpteur et fut lié à Picasso, Matisse, Léger, Chagall, Miro, Braque. Il a été publié notamment aux Éditions Galilée.
Liste de titres de André Verdet
On peut citer notamment dans sa bibliographie
Seul l’espace s’éternise, Galilée, 1994
Brefs en vrac et dans le désordre, Galilée, 1997
Poèmes et ballades, Melis Éditions, 2003

Radio : Christophe Tarkos

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« Hommage à Christophe Tarkos » (1964-2004), le poète récemment disparu dans l’émission Les mardis littéraires, France Culture, ce mardi 28 décembre à 9h10. Avec (sous réserve) Philippe Beck et Christian Prigent.

jeudi 16 décembre 2004

Radio, Lionel Ray

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Alain Veinstein recevra jeudi 23 décembre à  0 heures dans son émission Du jour au lendemain (France Culture) le poète Lionel Ray qui vient de publier Matière de Nuit chez Gallimard après avoir fait récemment son entrée dans la collection Poésie/Gallimard avec le recueil Comme un château défait, suivi de Syllabes de Sable.

Lire le compte rendu d’une lecture par Lionel Ray dans le magazine de zazieweb.fr.

Lionel Ray est né en 1935. Professeur de lettres, il publie d'abord sous le nom de Robert Lorho avant de prendre le pseudonyme de Lionel Ray. il a reçu en 1981 le prix Mallarmé et en 1993 le Grand prix national de poésie pour l'ensemble de son oeuvre.
Extraits de sa bibliographie : Les métamorphoses du biographe (1971), L'interdit est mon opéra (1973), Partout ici même (1978), Nuages, nuit (1983), Une sorte de ciel (1990), Le nom perdu (1987), Syllabes de sable (1996).
Une note critique sur Syllabes de sable :
une note bio bibliographique :
un beau commentaire de l’œuvre :
une analyse très intéressante sur le site de la revue Poésie/première

 

Parution : Tomas Tranströmer

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photo Jacques Outin

L’éditeur le Castor Astral et Jacques Outin, traducteur, s’attachent depuis de nombreuses années déjà à faire connaître une œuvre poétique de premier plan, trop méconnue en France, celle de Tomas Tranströmer. Leur travail est également disponible aujourd’hui en édition de poche Poésie/Gallimard qui reprend l’essentiel de la traduction et des notes de l’édition 1996 de Le Castor Astral en l’enrichissant de quelques nouveaux textes.

Né en 1931 en Suède, où il vit aujourd’hui sur une île, à l’écart du monde et des médias, Tomas Tranströmer, psychologue de formation, a rédigé une quinzaine de recueils en cinquante ans d’écriture. Sur les premiers temps de sa vie, vient d’ailleurs d’être publié, au Castor Astral encore, Les souvenirs m’observent (Le Castor Astral, 2004).
Il a reçu de très nombreux prix et son nom est cité régulièrement pour le Prix Nobel de Littérature. Il est traduit en 55 langues.
Il a été victime en 1990 d’une attaque cérébrale qui le laissa en partie aphasique et hémiplégique. Il a néanmoins publié encore trois recueils depuis lors dont les 45 haïkus de La Grande Énigme (Le Castor Astral, 2004).

Une fiche sur le site de la librairie Decitre
Une fiche dans la Poéthèque du Printemps des poètes
Un article ancien de la revue le Matricule des Anges

Transtrmer_le_posie_gallimard le nouveau recueil paru en collection Poésie/Gallimard

samedi 11 décembre 2004

Dominique Meens, suite

[ o co
libris brillez
limailles mes yeux
glacés lassés
voudraient vos doux
baisers zébrés
d’éclairs roc
oco ]

Comme une invite à une petite visite qui ne sera pas qu'ornithologique au blog de Dominique Meens

vendredi 10 décembre 2004

La voix de Christophe Tarkos

Expérience forte et émouvante, ce soir, après la mort du poète Christophe Tarkos le mardi 30 novembre (voir Poezibao du 4 décembre)  En effet, pour lui rendre hommage, le cipM (centre international de poésie de Marseille) publie aujourd’hui sur son site internet l’enregistrement de sa première lecture, qu’il donna à l’occasion de la « Soirée des Inédits », le 14 mai 1993.

Ecouter Christophe Tarkos

Le site du centre international de poésie de Marseille


jeudi 09 décembre 2004

Une vie ordinaire ?

Perros_bandeau_gallimard

« On m’a bien dit que j’étais né »
ainsi s’ouvre, en fanfare, ce texte qui s’il prétend conter une vie ordinaire a quant à lui quelque chose d’extra ordinaire. Ce roman-poème qu’on s’en veut de découvrir si tard, passé déjà le mitan de la vie (et qui sait peut-être beaucoup plus…). Car quelle leçon ! Leçon de vie, leçon d’écriture, leçon de poésie et des plus magistrales. D’un seul jet, tendu comme un arc du premier au dernier octosyllabe, le récit d’une vie d’homme, présentée comme dérisoire, sans histoires : bref une "vie ordinaire" habitée non sans étonnement par le « taciturne goût de vivre », le récit d’une vie qui vous happe et ne vous lâche plus jusqu’à son terme. Il déroule donc le fil de son existence ce « Georges Machin/qui pendant sa vie ne fut rien ». Naissance, enfance, parents, vacances, école, peu de mots mais décochés, des formules lapidaires qui n’en finissent pas de ricocher dans la conscience « ma mère me disait toujours/toi tu n’arriveras à rien/Elle avait raison quoique tort/Comme c’est si souvent le cas/J’y suis arrivé à ce rien » ; évocation du métier d’acteur « mais quel ennui dès que sur scène/il fallait aller débiter/texte qui m’était étranger/loin de mémoire naturelle » ; amours, quelques grandes figures ramenées à juste proportion (Valéry, Isou, Pichette…). Et la vie continue, et les octosyllabes se suivent sans faiblir « j’avance en âge mais vraiment/je recule en toute autre chose ». « Georges Machin » ne se prend pas au sérieux, ne prend rien ni personne au sérieux, se moque de ses confrères écrivains avides d’honneurs et ses formules bien affûtées font mouche à tout coup.
Roman-poème d’une vie, d’une vie ordinaire, d’une vie banale mais « la photographie dépend/bien plus de celui qui la prend/que de celui qui pose » : en fait ici les deux sont confondus, d’où un jeu de dédoublement. Si c’était une autopsie, Perros serait à la fois le médecin-légiste et le cadavre. Son amertume, son scepticisme n’ont d’égal que son humour. Sans illusions sur lui-même ou sur les hommes ou le monde, il nous remet les yeux en face des trous, orbites vides de la Vanité.


Une biographie détaillée  pour accompagner la lecture

Perros_une_vie_ordinaire
 



Almanach : Claude Esteban

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DR Flote

Cœurs divisés, cœurs
dévastés.

Là où les autres
n'ont plus faim, plus
soif de vous


qu'une demeure
soit
qui vous rassemble.

cœurs inhabiles
pour la vie

cœurs immobiles
dans la mort.

Cœurs sans murmure.

Claude Esteban, Le nom et la demeure, Flammarion 1985, p. 72.

Claude Esteban est né en 1935. Poète, préfacier et essayiste, traducteur de l'espagnol (Quevedo, Gongora, Machado, Garcia Lorca, Octavio Paz), il a dirigé pendant plusieurs années la collection Poésie chez Flammarion.
Chez Flammarion :
Terres, travaux de coeur, 1979 ;
Conjonctures du corps et du jardin, 1983 ;
Le Nom et la Demeure, 1985 ;
Élégie de la mort violente, 1989 ;
Quelqu'un commence à parler dans une chambre, 1995 ;
chez Fourbis :
L'insomnie, journal, 1991 ;
Sept jours d'hier, 1993 ;
Sur la dernière lande, 1996 ;
Essais :
chez Galilée :
L'immédiat et l'inaccessible, 1978 ;
Un lieu hors de tout lieu, 1979 ;
Traces, figures, traversées
, 1985 ;
chez d'autres éditeurs :
Critique de la raison poétique, Flammarion, 1987 ;
Le Partage des mots, Gallimard, 1990 ;
Soleil dans une pièce vide, Flammarion, 1991 ;
Le Travail du visible, Fourbis, 1992 ;
D'une couleur qui fut donnée à la mer, Fourbis, 1998.
Peu de choses actuellement sur le web sur Claude Esteban
Une courte fiche avec une photo :
Sur le site du Centre international de poésie de Marseille

samedi 04 décembre 2004

La mort de Christophe Tarkos

Le poète ChristopheTarkos est mort mardi 30 novembre 2004. Né le 15 septembre 1964 à Marseille, il avait fondé une revue, Poési prolétèr et co-dirigé une autre revue Quadermo. L’essentiel de son œuvre, publiée à partir de 1990, l’a été chez POL ou Al Dante (Caisses, 1996 ; Le signe =, 1999 ; PAN, 2000 et Anachronismes, 2001).

On peut lire un article court mais bien documenté sur le site du journal Le Monde

http://abonnes.lemonde.fr/web/recherche_articleweb/1,13-0,36-389590,0.html

mais aussi un bel hommage sur le site remue-net, avec une superbe photo.

http://mediaplan.ovh.net/~remue/index.html

                            

                           

jeudi 02 décembre 2004

Raul Rivero libéré

Fidel Castro vient de remettre en liberté, ce 30 novembre, le poète et journaliste Raul Rivero, détenteur du Prix mondial 2004 de la liberté de la presse de l'Unesco. En Une du journal Le Monde, daté du jeudi 2 décembre 2004, un dessin de Plantu montre Fidel Castro, au bord de la mer où flotte une bouteille avec un papier. Et pour une fois Plantu placarde un texte, de Rivero, sur son dessin "Fermer les portes est toujours/un moment de barbarie/Preuve de notre frayeur.