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samedi 29 mars 2008

Notes sur la poésie : Pierre Reverdy

 

 

La poésie est atteinte quand une œuvre d’art quelconque s’intègre, ne fût-ce qu’un moment, à la vie réelle de l’homme par l’émotion qu’elle provoque dans son esprit et comme dans sa chair. La poésie n’est dans rien d’autre que dans la mise en commun d’aspirations diverses auxquelles l’œuvre d’art peut donner la violente illusion de s’être rencontrées.

 

Le poète ne s’occupe pas et ne doit pas s’occuper de l’émotion que pourra provoquer son œuvre. Il ne doit et ne peut connaître ou reconnaître, dans son œuvre, que l’émotion qui lui a donné l’élan nécessaire à sa création. Mais, plus cette œuvre sera loin de cette émotion, plus elle en sera la transformation méconnaissable et plus vite elle aura atteint le plan où elle était, par définition, destinée à s’épanouir et vivre, ce plan d’émotion libérée où se transfigure, s’illumine et s’épure l’opaque et sourde réalité.

 

On ne fait pas de la poésie. On écrit des poèmes en risquant sa chance ; on peint des tableaux, on compose un morceau de musique et il s’en dégage de la poésie ou il ne s’en dégage pas, c’est-à-dire qu’on a écrit, peint, composé absolument pour rien, ou bien…

 

Le poète doit voir les choses telles qu’elles sont et les montrer ensuite aux autres telles que, sans lui, ils ne les verraient pas.

 

L’art et la poésie ne sont là que pour puiser dans la nature ce que la nature ne fait pas.

 

Je vis, d’abord — j’écris, parfois, ensuite. Mais il m’arrive de sentir davantage ce que veut dire vivre en écrivant.

 

 

Pierre Reverdy, En vrac, Flammarion, 1989, p. 33, 42-43, 78, 96, 99, 185.


contribution de Tristan Hordé

 

 

samedi 15 mars 2008

Notes sur la poésie : Jorge Luis Borges

 

 

Je me souviens d’une épigramme d’Oscar Wilde qui constate : « Si les formes classiques du vers n’existaient pas, nous serions à la merci du génie » ; ce qui arrive maintenant, puisque tout un chacun se considère génial, ce qui veut dire, irresponsable. Ici sont venus me voir des poètes, qui m’ont lu leurs poèmes, et quand je leur ai demandé une explication, ils m’ont rétorqué que non, qu’ils écrivaient ce qui leur arrivait. Loin d’eux l’idée de responsabilité ; et ce qu’ils publient ce sont les premiers brouillons — qui n’aboutissent pas à des seconds. Et ceci fait l’objet d’admiration. En plus, ils cherchent le vers libre, parce qu’ils le croient à tort plus facile que les formes classiques, et c’est tout le contraire : si vous ne prenez pas la précaution d’être, mettons, Walt Whitman ou Carl Sandburg, ce qu’on appelle vers libre est réellement de la mauvaise prose, disposée typographiquement comme vers. Néanmoins, on pourrait argumenter en faveur de ce vers libre — qui est réellement de la prose négligente ou une prose à laquelle se résigne l’auteur — qu’il convient peut-être d’imprimer comme vers, parce qu’ainsi le lecteur sait ce qu’il doit attendre de ces pages, c’est l’émotion, et non l’information et le raisonnement. Si l’on voit des lignes irrégulières, l’une au-dessous de l’autre, on sait derechef que c’est conçu pour l’émotion. En revanche, si quelque chose est ordonné comme de la prose on peut penser qu’il s’agit de convaincre ou de raconter ; ce qui signifie que le but est narratif ou polémique. (…) La forme classique donne à chacun un schéma, même illusoire, de ce que l’on va faire. Par exemple, si vous vous décidez à écrire un sonnet, vous avez déjà le plan du sonnet, qui peut être de deux tercets, de deux quatrains, ou de trois tercets et d’un distique. Finalement, vous avez déjà la structure, et plus tard cela peut vous aider ; quoique en réalité le sonnet ne dépende pas de ces deux constructions possibles, qui sont toujours identiques.

 

Jorge Luis Borges, Osvaldo Ferrari, Retrouvailles, dialogues inédits, José Corti, 2003, p. 160-161.

contribution de Tristan Hordé

 

 

lundi 10 mars 2008

Notes sur la poésie : Jean Follain

 

 

La raison de vivre du poète

 

 

Le poète demeure peut-être un de ceux qui auraient le plus tendance à dire que justement, la raison de vivre c’est la vie même. La raison de vivre d’un poète vrai consiste à vivre la poésie, à traduire l’expérience qui lui en est donnée. Je donne volontiers comme but au poète d’exprimer aussi souverainement qu’il le pourra faire cet ineffable que demeure l’existence en soi quand elle se trouve ressentie. Non seulement sa propre existence mais la totale existence, celle des êtres et des choses, celle de l’âme mystérieuse, celle de ce qu’on appelle sentiments et pensées toutes ces existences avant tout en soi et accordées à leurs multiples incidences et structures et même aux couleurs de l’utile. Exprimer la totale existence et les existences différenciées à la lumière de l’expérience poétique, hors des voies logiques et raisonnantes (raisonnées ?) devra être ce que je considère comme l’aventure du poète plutôt que ses raisons de vivre, car la raison et les raisons ne s’accordent pas directement avec poésie, avec cette réserve qu’il peut se créer une poésie des jeux mêmes de la raison.

(…)

L’expérience poétique s’élève non pas certes contre les refuges mais contre un certain esprit de fuite hagarde ; elle s’élève aussi contre la rature du passé : on aime le passé parce qu’il décante et fait mieux percevoir sous la lumière pure de la réminiscence.
Il ne s’agit pas de sacraliser la poésie, elle reste à la mesure de l’homme, mais dans tous les domaines elle fait argent comptant, sauve dans leur essence et leur vérité toutes choses données.
Non, la raison et les raisons ne vont guère avec la poésie, mais quelle est la raison de vivre du poète ? On pourrait répondre, fût-ce approximativement : tout sauver par un verbe le plus exactement pur.

 

 

Jean Follain, Le Magasin pittoresque, préface de Hugues Labrusse, dessins de Jean Follain, Amiot-Lenganey, 1991, p. 84 et 88.

 

 

contribution de Tristan Hordé

 

 

mercredi 05 mars 2008

Notes sur la poésie : Bernard Noël

 

 

Quiconque s’engage dans l’écriture sent bien que le langage n’est pas toujours la mémoire des choses, mais plus souvent la rumeur d’un monde antélangagier, que nous sommes incapables d’articuler et dont nous traduisons seulement, ici et là, quelques images. Peut-être ce monde-là est-il trop entier et le nôtre trop fragmenté par le présent pour en refléter autre chose que des éclats. Peut-être n’est-il si entier que d’être le pays des morts. D’où notre angoisse au bord d’écrire, puis l’allégresse de le faire parce que, un instant, nous avons traversé le temps.
Si toute œuvre écrite, en effet, est une machine de langage, cette machine ne serait-elle pas une sorte de corps extérieur construit pour sortir du nôtre, afin de mettre hors de nous la rumeur de la mortalité et les hantises d’avant la langue ?
Une arche de souffle…
L’écriture chasse les dieux qui, de temps à autre, prenaient notre corps pour monture. Peut-être veut-elle tout ce corps ? Peut-être le veut-elle pour capter toute l’énergie des dieux qu’elle tue et leur sang noir…
Mais le langage est aussi la monture du sens…
À moins que, par le langage, le corps n’ait trouvé le moyen de se monter lui-même et de porter le sens. Et s’il ne peut tenir la course, alors il s’affole jusqu’à perdre le souffle et la raison…

 

Bernard Noël, Qu’est-ce qu’écrire ?, éditions Paupières de terre, p. 12-13.

 

contribution de Tristan Hordé

 

 

vendredi 29 février 2008

Notes sur la poésie : Jude Stefan

 

 

Et la poésie, elle ? Elle exige une distance dans le langage – on ne poétise pas comme on élabore un roman ou rédige un pamphlet –, elle ne peut répondre à un effort direct, né de la vie même, qui s’inscrirait sitôt en des données verbales propres au scandale ou à la rage de l’être : elle requiert une forme. (À l’opposé de cet artefact D.Collobert a écrit des instants vécus, ponctués de tirets, d’enchaînements de perceptions et sensations unissant vie et écriture, parce qu’elle souffrait cette incapacité d’engagement réel, de témoignage incarné dans le poème, qui l’a menée à son propre renoncement, à ce niveau extrême la littérature étant perçue impossible parce que générale, impersonnelle, négatrice du Soi).
Ces questions ne naissent que d’une croyance naïve en un sujet. Quel est le sujet dans le poème ou le texte – le substrat personnel et fictif ? Beaucoup se croient "auteurs", comme on dit dans les manuels, alors que la littérature est une puissance anonyme de langage, où j’"engage" ma propre mort originelle, en toute perte. Même pas contemporain de moi-même, selon Mallarmé, ailleurs, quelque part dans l’espace virtuel qu’est l’écriture vaine, un simulacre de vérité.

 

Jude Stéfan, "De l’engagement (ou la poésie, elle)", dans Grains & issues, La ligne d’ombre, 2008, p. 64-65.

 

Contribution de Tristan Hordé

Rappel : note de lecture de Grains & issues

 

 

samedi 23 février 2008

Notes sur la poésie : Jules Supervielle

Chercher sa pensée

 

 

Il m’arrive souvent de me dire que le poète est celui qui cherche sa pensée et redoute de la trouver. La trouve-t-il qu’il pourrait bien cesser d’être un poète pour devenir un logicien, un prosateur, quelqu’un qui use d’abstractions pour s’exprimer.
C’est dans une image, à l’avant-garde de lui-même que le poète éprouve le besoin de fixer son esprit toujours en mouvement. Elle lui sert de relais jusqu’à ce que s’élève dans sa nuit personnelle une autre image qui se précise peu à peu. Ainsi se forme la chaîne de tout le poème.
L’image a pour le poète une autorité que n’a pas l’abstraction.Elle le rassure d’autant plus dans ses naturelles ténèbres qu’elle est une preuve d’existence et même d’invention. Par sa présence muette et inébranlable, elle affirme même son contraire et satisfait pleinement le poète, lui qui ne prétend rien démontrer mais tient simplement à se situer, à se révéler.
Alors que la pensée abstraite vieillit ou se dissipe, voyez comme les images des poètes sont restées jeunes et inépuisables. À l’abri des menaces de l’abstraction, elles se sont barricadées dans l’éternelle fraîcheur de l’évidence. Ces images peuvent fort bien avoir pour origine une pauvre réalité décrassée de sa gangue millénaire et devenue la proie d’une jeunesse toute neuve et d’autant plus convaincante qu’elle ne tend à prouver que sa présence.

Jules Supervielle, dans Prose et proses, dans Œuvres poétiques complètes, Pléiade, 1996, p. 653.

Contribution Tristan Hordé

vendredi 15 février 2008

Notes sur la poésie : Yves Bonnefoy

 

 

(…) en poésie la question du plagiat ne se pose pas, cette notion n’y garde même aucun sens. Car la poésie, ce ne sont pas des significations que l’on chercherait à communiquer, agréablement, efficacement, quitte pour un auteur à emprunter à quelque autre telle métaphore ou image qui aiderait à y réussir. Et moins encore est-ce un montage de figures ou d’autres sortes d’évocations au sein d’un objet verbal dont ces significations seraient faites le matériau sans qu’ait été approfondi leur ancrage dans la conscience de soi ou dans l’inconscient.

 

La poésie, c’est de constater que beaucoup de ce qui est signification dans la parole ordinaire est empiégé par sa formulation conceptuelle, laquelle implique l’oubli du temps vécu et du caractère absolu des situations de hasard que toute personne a à vivre. Et d’entrée de jeu elle cherche donc à transgresser cette sorte de signifiance, s’ouvrant pour ce faire à des notations qui montent des profondeurs de la personne : ce qui est vivre l’écriture comme une poussée du dedans aussi continuelle qu’irrésistible, et assure au tour qu’elle prend dans le poème quelque chose d’irréductiblement singulier, encore qu’à être telle elle n’en sera que plus riche d’universel. Voudrait-il prendre à un autre que soi, un poète — un vrai poète en son acte de poésie — ne le pourrait donc pas, son emprunt se transformerait sur le champ en un signifiant de lui-même. Qui oserait parler de plagiat dans le cas d’ « emprunts » de Shakespeare ou de Baudelaire ?

 

Yves Bonnefoy, Ce qui alarma Paul Celan, Galilée, 2007, p. 20-22.

 

contribution de Tristan Hordé

 

mercredi 06 février 2008

Notes sur la poésie : Pierre Chappuis

 

 

Dédicace muette
Aussi soucieux soit-on de ne pas en appeler en droite ligne aux sentiments, c’est vers autrui — "mon semblable, mon frère" — que le poème se tourne. N’existent, somme toute, que des poèmes d’amour (s’il s’agit essentiellement d’échange, de partage), les pires risquant bien d’être ceux trop ouvertement donnés comme tels.

Champ libre
À la poésie (lecture ou écriture), que demander d’autre qu’être guéri de soi-même, tiré vers autre chose aussitôt reconnu non comme étranger, mais comme intime ? Ouverture alors d’un vaste champ libre ?

 

Vide, manque
Impression reçue, choc émotionnel ou fulgurance verbale, le poème — nulle distinction à faire là-dessus — naît toujours d’un appel, d’un manque.
Seule certitude à propos de la poésie : elle ne procède nullement d’un trop-plein dont se décharger., mais d’un vide auquel, incapable de la combler, elle ne cesse de renvoyer.

 

Habiter en poète
Quelque chose — la poésie — sans quoi, désorientée, l’existence n’aurait plus de sens, en quoi peut se résumer, qu’il ait choisi de parler de soi ou non, la Vita d’un uomo, pour reprendre le titre choisi par Ungaretti au moment de rassembler son œuvre poétique.

 

En prise directe
Ce n’est pas a pensée qui se fait dans la bouche (Tzara), c’est la poésie, en dépit de la pensée. Rien à attendre sinon , mais l’esprit y a — y aura — sa part.
Quelque nécessaire qu’elle soit par ailleurs, la réflexion fait obstacle à la poésie dont elle prétend saisir le sens et la portée, la destination, la pratique.
Pour être en prise directe avec ce qui l’a suscité, le poème n’a besoin que du champ de la page blanche.

 

Pierre Chappuis, La rumeur de toutes choses, José Corti, 2007, p. 11, 19, 41 et 70.


Une contribution de Tristan Hordé

 

 

vendredi 25 janvier 2008

Notes sur la poésie : Georges Perros

Il y a toujours quelque chose d’illisible dans un poème (digne de ce nom). L’illisible, c’est le poème lui-même, rendu équivalent à la nature. Incueillable. On se donne des gants en semant.

 

La culture fait des perroquets. Une partie de la poésie moderne — mais qu’entends-je par là ? — est le fait de type pas bêtes qui ont lu jusqu’à la garde, et peuvent à leur volonté singer tel ou tel prédécesseur de leur choix.

 

Tout le monde est capable d’écrire n’importe quoi en se réclamant de la poésie.

 

Un poème, c’est l’intérieur et l’extérieur, quelque chose au cœur de laquelle on peut habiter. Et quand l’intérieur est trop confortable, permet une pose, voire un repos, ça se sent tout de suite. Un poème fait partie du monde, il s’intègre à tout l’invisible, à tout l’ailleurs, à ce que Bonnefoy appelle l’arrière-pays. Il y a des choses qui passent en nous, qui nous traversent, nous travaillent, comme on dit que la mer est travaillée, sans que nous en soyons les maîtres. Ni les esclaves. Le matériau nous ignore, nous lui sommes parfaitement indifférents. À prendre ou à laisser. L’art n’est pas autre chose que la récupération difficile de ces signes qui échappent au quotidien élémentaire, mais comme le tout échappe au détail.

 

Ce qu’on entend généralement par poésie est devenu la tarte à la crème de notre délicieuse société. On va même jusqu’à l’enseigner — l’ensaigner ? — dans les universités, ce qui pourrait suffire à incendier l’immeuble si l’exercice professoral n’était de longue date voué au ridicule de l’inefficacité absolue. Mais il est vrai, vérifiable, que pas mal d’individus diplômés continuent d’expliciter Rimbaud, Cummings, etc. En tout rien toute horreur. Les étudiants n’y voient que du feu, mais ce feu ne prend pas. Nulle part. Ils connaîtront trois vers de X. Y. Z., juste assez pour les citer de travers quand ils seront devenus députés, ministres, président de je ne sais quelle république.

 

Georges Perros, Papier collés 3, Gallimard, 1978, p. 15, 46, 46, 69, 169.

une contribution de Tristan Hordé

vendredi 11 janvier 2008

Notes sur la poésie : Antoine Emaz (2)

Mais les mots, le besoin des mots. Le silence est une forme de sainteté sans dieu, sans adeptes véritables. Et pour cause. Quand on tient debout grâce aux béquilles, les ranger au placard demande un effort surhumain.

 

Me paraissent importer l’émotion (produite par l’expression au plus près possible d’une expérience), et le sens comme connexion possible, même intermittente, entre la langue arrêtée du livre et celle, vive, du lecteur. Partant de là, tout trajet poétique juste devient défendable.

 

Écrire, c’est peut-être risquer une parole en deçà de la question, avant ce qui deviendrait question si l’on travaillait dans l’ordre de la pensée, peut-être. Saisir sans comprendre ? La formulation ne va pas, mais ce qu’elle vise est juste. Il s’agit bien de saisir un mouvement de vivre, comme un remous, une convulsion, un soubresaut, une tension brusque…On ne localise pas forcément ce qui se passe, mais il y a bien cet essorage brutal et sans mots. Le poème, alors, c’est tenter de voir.

 

Dans la lumière de la lampe, dehors, la nuit tombée autour. Pas un insecte, rien. C’est ce  « rien » que j’écoute, longtemps.

 

Tout poème a une portée politico-morale, de façon manifeste, ou bien par son refus d’interroger directement ces questions. Le « dégagement » est aussi significatif que « l’engagement ». Je ne demande aucunement au poète d’expliciter ses choix ; je dis simplement qu’il doit les assumer vis-à-vis de lui-même et de son lecteur. Si la poésie n’est que très peu un mode d’action, elle n’est pas façon de fuir ; elle n’est pas non plus exclusivement de l’ordre du privé passé dans le domaine public. Idéalement, elle devrait pouvoir investir tous les domaines d’une vie d’homme, ici et maintenant.

Antoine Émaz, Lichen, lichen, dessins d’Anne Mark, éditions Rehauts, 2003, p. 8, 13, 22, 60 et 89.

contribution de Tristan Hordé