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vendredi 29 mai 2009

"Le Cadran ligné", une nouvelle collection de poésie

 

 

Une nouvelle collection de poésie
entretien avec Laurent Albarracin

 

 

Beeckman Poezibao : vous êtes en train de créer une structure d’édition, Le Cadran Ligné, et je voudrais vous interroger sur ce qui vous a conduit à cette décision. J’ai employé spontanément le terme de structure d’édition plutôt que celui de maison, au vu de ce que je sais de votre projet. Est-ce justifié ?

 

Laurent Albarracin : plutôt que d'une maison d'édition, ou même d'une structure d'édition, je parlerais volontiers d'une collection de poésie, puisque l'idée, l'envie, est avant tout celle de créer une collection cohérente de poèmes qui reflèterait mes goûts, les tendances de mon seul bon plaisir ! Pas très envie d'emblée de développer économiquement la chose au-delà de la viabilité, de l'existence et du partage de ces petits livres limités chacun à cent exemplaires. La petite édition a en France une longue histoire et une vivacité qui suffisent à la légitimer. Il est assez naturel pour un poète de s'y intéresser (d'abord comme lecteur, afin de s'y repérer) puis peu à peu d'y venir, d'une manière somme toute fortuite. On noue des amitiés, on fait des rencontres, on a des lectures qui prennent vite l'allure d'un tout logique sinon harmonieux qu'il nous prend l'envie de donner à voir.
Mon parcours est d'abord celui d'un lecteur et je ne l'ai fait connaître, jusqu'à maintenant, qu'en donnant quelques notes de lectures (sur le site de Pierre Campion). Comme poète je crois pouvoir, je crois devoir me situer par rapport à d'autres, établir des préférences, dessiner quelques lignes de proximité entre certains d'entre eux. Ils ne sont pas si nombreux après tout ceux qui me semblent importants, qu'il faille les tenir éloignés les uns des autres. Je le répète, la décision de publier une collection de poésie vient tout naturellement je crois à qui en écrit. Pierre Peuchmaurd disait (en paraphrasant Maurice Blanchard) que « l'édition est une propriété de la poésie. »

 

 

Peuchmaurd

Poezibao : comment vous est venue l’idée du modèle que vous comptez adopter et pouvez-vous nous le décrire ainsi que les principales caractéristiques de cette collection ?

 

Laurent Albarracin : il s'agit concrètement d'une collection de plaquettes soignées, constituées d'un unique feuillet plié en quatre recouvert d'une couverture à rabats, le tout imprimé sur du papier vergé Conquéror. Le format étant petit (11 x 15 cm) et la pagination réduite à une seule page (sans compter la page de faux titre, la page de titre et la page de l'achevé d'imprimer), chaque titre de la collection correspondra ainsi à un seul poème court, très court même puisque ne devant pas excéder dix vers environ faute de place sur la page. Ce qui me plait dans cette contrainte en partie liée au choix de coûts réduits de fabrication et de port, c'est bien sûr l'obligation d'excellence du poème, le fait qu'il devra tenir debout isolément, faire livre si je puis dire à lui tout seul. Cela implique pour moi un fonctionnement au coup de cœur absolu, chaque poème devant m'émerveiller assez pour le publier tel quel et non pas j'allais dire mitigé dans un ensemble. J'aime assez en poésie les notions de densité, d'évidence pour penser qu'un poème seul, par l'éclat qui peut être le sien, puisse mériter une édition à l'unité.
Je ne m'interdis pas la publication d'autres formes courtes que le poème : fragments, aphorismes, notes spéculatives.
Quant à l'idée de cette collection, de ce modèle de publication, elle m'est venue simplement par la connaissance de tentatives similaires. Je pense particulièrement à un poème magnifique de Jean Malrieu, « Le Menuisier de l'air », publié, sur ce principe du poème court unique, par les éditions Castor astral en 1976 sur un papier verdâtre et avec une illustration horrible mais le poème est tellement beau que c'en est un bonheur.

 

 

Albarracin Poezibao : pouvez-vous dessiner un peu le paysage de ce « tout logique sinon harmonieux » dont vous parlez ?

L. A. : Il m'est assez difficile de dessiner les contours de ce paysage sans trop le restreindre. Disons que j'aime d'abord la poésie qui fonctionne à l'image, qui use de la métaphore comme d'un instrument de connaissance du réel. Ceci suffit à écarter pas mal de poètes d'aujourd'hui pour qui l'image est une chose démodée, ce que je ne m'explique pas, de même que je ne m'explique pas la désaffection que semble connaître toute la lignée poétique issue du surréalisme. Les plaisirs de la poésie et ceux de l'analogie se sont toujours confondus pour moi. La pensée poétique qui m'occupe me parait toujours aller par grands raccourcis, si l'on peut dire et concevoir cela, voyager de fulgurances en évidences sombres. Je ne cache pas également un goût pour une poésie philosophique qui oserait s'aventurer du côté des grandes et petites questions métaphysiques quand bien même celles-ci se réduisent à des riens. Je ne rejette pas non plus le lyrisme quand il est assez tendu pour ne pas se confondre avec une complaisance à soi-même. Les qualités d'humour d'un poème peuvent enfin m'émouvoir...

 

 

Viguié Poezibao : pouvez-vous parler des premiers contacts avec les poètes. Pour l’instant, c’est vous sans doute qui avez sollicité les poètes ? Avez-vous eu aussi à travailler avec les auteurs, les accompagner dans leur démarche, travailler le côté éditorial…?

 

L.A.  : pour le moment je n'ai fait que demander des poèmes aux amis les plus proches. Je ne pense pas devoir jamais « travailler » un poème avec des auteurs puisque j'ai bien l'intention de décider d'une publication selon le seul critère de l'enthousiasme immédiat. A la rigueur la question du titre peut ensuite se poser sur un poème appartenant à un ensemble qui me serait proposé, et serait en effet à décider avec l'auteur. Sans doute la collection accueillera dans un premier temps des poètes invités, sollicités, mais je n'ai rien non plus contre les candidatures spontanées, au contraire.

 

 

 

Le « Cadran ligné », une collection de livres « d’un seul poème », imprimés à 100 exemplaires sur papier vergé.

 

Première Série
Pierre Peuchmaurd, Le Papier
Anne-Marie Beeckman, La Mémoire de l’eau
Laurent Albarracin, Chaque horizon
Christian Viguié, Des Oiseaux

4 € l’ouvrage, 15 € la série, chèque à l’ordre de Laurent Albarracin, Le Mayne, 19700 Saint-Clément.

 

 

mercredi 22 avril 2009

Une rencontre avec Raymond Federman

 

 

Federman Hier soir à Paris, au Reid Hall de la rue de Chevreuse, rencontre avec Raymond Federman, à l’instigation des Editions Argol qui ont publié récemment dans la collection ″les Singuliers″ un livre d’entretiens de l’auteur avec Marie Delvigne, Federman hors limites. (note de lecture de Tristan Hordé)

 

Raymond Federman est interrogé par Bénédicte Gorrillot à qui ilFederman et Gorrillot répond sur un ton enjoué, dans un français magnifique, réponses qui vont former petit à petit un portrait par éclats. Le rire est sans cesse proche des larmes qu’amène à chaque fois l’évocation du trauma initial, la scène de l’adolescence où lors d’une rafle, sa mère le pousse dans un placard en lui disant chut. Père, mère, sœurs sont emmenés et ne reviendront jamais. Seul, il va survivre, passant d’abord trois ans à travailler dans une ferme, se Delvigne federman lisant forgeant un corps solide au contact de « la fornication et la mort permanentes » des animaux, alors qu’il n’était qu’un petit garçon chétif en 42 au moment de la disparition de sa famille. Il partira ensuite à 19 ans aux États-Unis, il y sera ouvrier de nuit, apprendra à jouer du saxo, arrivera à suivre des cours, puis à 26 ans, se mettra à lire, à tout lire, fera des études et un doctorat sur « Sam », comprendre Beckett (sa thèse fut la première publiée aux États-Unis sur l’auteur, dont il fut l’ami et dont il est un grand connaisseur). Bénédicte Gorrillot parle de prétérition, à propos d’une sorte de leitmotiv qu’elle relève dans le livre :  « ça c’est une autre histoire », leitmotiv qui semble écarter le sujet ou éviter la Flohic question proposés par Marie Delvigne alors qu’en fait Federman lui répond mais en une sorte de « narration reportée », autour du trou du trauma (voir le poème absence : shoah/absence/xxxx), Federman évoquera plusieurs fois ce xxxx. Il dit qu’il tourne autour du pot, l’absence : « quelque chose a été absenté de ma vie ». Il lit un autre poème qui commence par ces mots, « ma vie a commencé dans un placard », poème de 1957 dont il dit qu’il contient « tout ».

 

Federman perez prigent L’attention est ensuite attirée sur le thème du corps et Federman, citant son livre Mon corps en neuf parties, dit que sa « mère lui a donné un excès de vie » en le poussant dans le placard. Il ajoute qu’il ne peut pas se prendre au sérieux et que c’est le rire qui a sauvé sa vie. Puis Bénédicte Gorrillot aborde la question de la forme et souligne que ce qui fait écrire Federman, c’est bien cette question-là et le comment de l’écriture. Lui souligne l’importance de Beckett : « les histoires on s’en fout, mais comment les raconter ?». Il ajoutera plus tard que finalement son histoire est très banale et que ce n’est pas la raconter qui compte. Il cite aussi Yeats : « How can we know the dancer from the dance?», comment séparer le danseur de la danse ? et évoque la surfiction, titre d’un de ses livres et Federman et son épouse terme inventé par lui, disant que  « la réalité en tant que telle n’existe pas ou existe dans sa version textuelle ». Enchaînement sur le doute, d’abord le doute sur la capacité du langage à dire quoi que ce soit de juste sur le réel, mais doutes aussi sur lui-même, sur son travail, sur son statut d’écrivain ; il rapporte une anecdote concernant Beckett : ce dernier lui montre un texte que lui trouve admirable et dit « tu sais Raymond, c’est pas encore ça ».

 

La séance se termine par la question des langues, dont Federman faitDickow un emploi tout à fait saisissant et à la question « quelle est votre langue maternelle », il répond : « le français et l’anglais qui se mélangent où je veux quand je veux. » Il évoque son périple dans les langues, français de l’origine, puis argot de l’usine aux États Unis puis celui des jazzmen noirs à Detroit et même ces mots complètement oubliés de lui pendant des décennies et qui ressortent soudain à l’improviste comme guibole ou resquiller. Il est question du jazz aussi et de « la trace rhétorique » qu’il laisse dans l’écriture, du côté de l’improvisation : « mon écriture n’a pas de direction ». Il dit encore qu’il préfère « faire du non-sens que du sens » et rappelle Beckett lui disant à l’orée de ses recherches pour sa thèse : « faites attention à la forme plutôt qu’au sens ».

 

Prigent reid hall Le dialogue avec Marie Delvigne et Bénédicte Gorrillot sera suivi de deux lectures brèves et très réussies d’Alexander Dickow, une variation bilingue sur un formulaire de demande de naturalisation et de Christian Prigent qui lira deux textes de Raymond Federman.

 

 

 

Photos ©florence trocmé. Elles sont tout agrandissables par simple clic sur l'image. De haut en bas : Raymond Federman ;  Raymond Federman et Bénédicte Gorrillot ; Raymond Federman lisant avec Marie Delvigne ; l'éditrice Catherine Flohic (Argol Editions) ; Raymond Federman avec Mathias Pérez au centre et Christian Prigent ; Raymond Federman et Ericas, son épouse ; Alexander Dickow ; Christian Prigent.

 

 

samedi 21 février 2009

Le spectacle "Ode Maritime" (Pessoa), un compte rendu de Claude Ber

 

 

Et vous, choses navales, mes vieux jouets de songe !
Composez hors de moi ma vie intérieure

 

Poezibao l’a signalé dans son dernier  « agenda », Frédérique Wolf-Michaux reprend pour un soir, à Cergy Pontoise, son spectacle autour de l’Ode Maritime de Fernando Pessoa. Claude Ber a vu ce spectacle et en rend ici compte.

 

L’Ode maritime est de ces très grands textes, qui plongent au plus profond de la complexité humaine, mêlant conscience la plus aigue et reflux de l’inconscient dans sa brutalité. Un texte qui bruit du murmure au tumulte et fait résonner, mêlé à la rumeur du port et de la mer, l’entier de nous-mêmes emporté dans les désirs, les rêves, les pensées, les tensions intimes dans la violence de notre univers intérieur traversé d’élans, d’images, de retombées et de fulgurances.  Il faut un très grand talent pour mettre cette parole en corps et en scène sans la minimiser ni risquer la redondance. C’est un pari, que la comédienne et metteur en scène Frédérique Wolf-Michaux a réussi au-delà de ce qu’on pouvait espérer. La qualité de son jeu comme celle de sa voix de contralto capable de passer avec autant d’aisance que de maîtrise du parlé au chanté, du murmure au cri, de l’intériorité à la puissance du chant, lui permet de donner à entendre le texte dans toute sa force et sa finesse, à entendre et à voir sa richesse dans une égale richesse d’interprétation et avec la présence physique qui est la sienne. La grande réussite de ce remarquable travail de comédienne – un travail rare comme chaque fois que l’acteur sait porter, incarner le texte sans jamais être ni en avant ni en deçà de lui- c’est le sentiment qu’a le spectateur de recevoir les mots pour la première fois, comme s’ils s’inventaient devant nous. Ils naissent là, sur scène, de cette fine silhouette à la fois androgyne et sensuelle, épurée et charnelle qui emplit tout le plateau, accompagnée par les guitares et l’image. Et plus qu’un accompagnement, la partition musicale créée par Alexandre Meyer et Frédéric Minière comme l’image, sont de véritables partenaires du jeu. L’imaginaire sonore des deux musiciens, qui font naître de leurs instruments des sonorités inattendues, colle au jeu sans jamais le redoubler ni l’agrémenter. Ce sont deux univers tressés, indissociables, résultat d’improvisations en commun des trois interprètes, le musicien et la comédienne-chanteuse. Des sons, des voix se répondent comme ils le font dans le texte et dialoguent avec lui sans l’illustrer. C’est ce qu’est parvenu à faire aussi Giney Ayme, dont on connaît l’exigence de plasticien. Au sol comme à la création chez Mathilde Monnier à Montpellier ou projetée sur un écran de 8 mètres de long lors des reprises au théâtre du Chaudron et au Théâtre 95, dans les deux cas, la vidéo prend la comédienne dans ces images d’une plasticité rigoureuse sans concession ni anecdote. Pari réussi pour ces quatre artistes, dont la rencontre crée un objet artistique à part entière, à la fois théâtral, sonore et plastique de cette originalité et de cette évidence qui signent les réussites. C’est là un grand moment de théâtre à la fois exigeant et immédiat, dense et dépouillé, subtil et puissant. Depuis Checkpoint Charlie en passant par Le Mer intérieure, Frédérique Wolf Michaux y affirme toujours aussi clairement sa singularité dans le paysage théâtral contemporain, où elle élabore dans un face à face exigeant avec les textes, dont elle renouvelle l’approche, une écriture théâtrale particulière, à la fois en prise avec les interrogations actuelles du théâtre et profondément originale.

 

Contribution de Claude Ber

 

Ode Maritime de Fernando Pessoa
Mise en scène et interprétation Frédérique Wolf-Michaux
avec Alexandre Meyer et Frédéric Minière, guitare et guitare basse, Giney Ayme vidéo
le 10 mars 2009 a 21h  au théâtre 95 a Cergy Pontoise
Réservations : 01 30 38 11 99 ou reservation@theatre95.fr

 

 

lundi 01 décembre 2008

Autour d'une thèse sur Christian Gabriel/Le Guez Ricord (un article de Dominique Sorrente)

 

 

Aux fontaines de l’inspirateur
Christian Gabriel/Le Guez Ricord
(Chronique d’une soutenance de thèse)


 

 

Peut-être ai-je assisté ce jeudi 20 novembre à l’École Normale Supérieure à Paris à ce qui se fait de mieux à l’Université en France aujourd’hui ou, du moins, de plus insolite…Une jeune étudiante roumaine, Ana-Maria Gîrleanu-Guichard soutient sa thèse de doctorat en Lettres Modernes à l’Université Paris IV. Le sujet porte sur « Négation et Transcendance dans l’œuvre de Christian Gabrielle Guez Ricord ».

 

Un beau parterre de têtes pensantes, professeurs et poètes, a pris place sur l’estrade, autour de Jean-Michel Maulpoix, président du jury ; l’héroïne du jour a élu domicile en contrebas, sans doute pour des raisons techniques, derrière une table de travail qui lui sert de chambre d’écho provisoire, il faut bien sacrifier aux usages de l’adoubement…À quatorze heures, la cérémonie commence ; elle s’achèvera à dix-huit heures par les applaudissements insistants d’un public d’une centaine de personnes qui pourrait bien être à lui seul un sujet d’investigation. Il faudra bien aller chercher l’explication de cette affluence, du côté du mystère de la parole irradiante d’un poète se pratiquant comme une étoile à retardement…Qui sont ces auditeurs ? Des étudiants, des passionnés de poésie contemporaine, sans doute, mais surtout des témoins, des proches, des personnes qui, à un moment ou à un autre, ont entendu la voix inimitable du poète de Maison Dieu, ont accroché ses mots à leur histoire, et ont choisi de l’honorer. Pierre Oster dont l’émotion était palpable ne fut pas le moindre des grands témoins présents, lui qui, dès 1976, avait mentionné « une des plus pures apparitions qu'il nous ait été donné d'observer en dix ans et à l'horizon de notre langue ». Mais ce serait être incomplet que de ne pas évoquer ces autres présences plus secrètes qui d’une génération à l’autre ont reconnu chez Christian une forme d’élection singulière qui déborde du simple objet de littérature.

 

La séance jouera les prolongations deux heures durant, dans la salle adjacente au milieu d’un buffet offert par la doctorante avant de traverser Paris jusqu’à la recherche de l’introuvable café Nerval, au bout de la rue Saint-Martin, à minuit passée, geste de quelques inqualifiables veilleurs dont Anik Vinay de l’Atelier des Grames ou le cinéaste Stéphane Sinde. Quelque chose s’est accompli, ce jour-là, qui n’en finit pas de vouloir se prolonger. 

 

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mercredi 26 novembre 2008

Les éditions isabelle sauvage, par Olivier Goujat

 

 

S'ouvre juste Isabelle Sauvage est éditrice typographe. Depuis 2002 elle réalise des livres d’artiste de petit format et à tirage restreint (entre 125 et 170 exemplaires). Une quinzaine de titres sont parus, en poésie et en prose ; des textes courts, car le temps de composition et de fabrication manuelles des ouvrages instaure une contrainte réelle qui fait de la typographie un art des limites. La plupart des textes dialoguent avec l’œuvre d’un artiste, l’ouvrage s’équilibrant au gré de cette double intervention. Le livre, tel qu’Isabelle Sauvage le propose, est donc bien le lieu bâti d’une rencontre autour de l’élément singulier que constitue un texte.

 

Comment faire un livre ? Le savoir-faire de typographe et d’éditrice d’Isabelle Sauvage est évident, il est remarquable. Mais en aucun cas il ne résout définitivement la question qui précède la réalisation de chaque nouvel ouvrage. Le livre est une solution matérielle unique au problème que pose l’exposition du texte. En cela, le travail d’Isabelle Sauvage s’inscrit dans la continuité de l’écriture, il assure sa lisibilité. Il offre (au texte) la lecture (du texte)… ce que l’écrivain ne saurait faire sans écrire, sans défigurer et reconfigurer indéfiniment son objet. Car si l’écrivain est bien son premier lecteur, l’éclaireur, écrire ne consiste-t-il pas à lire dans la plus complète obscurité la part mortelle qui, au sein de la langue, insiste à la manière d’un corps dépossédé de langage ? Le texte est cet infans, et en tant que tel il demeure tourné vers le fond obscur et sans partage, ce qu’il y a dans la pensée de profondément mêlé de chair, indistinct, non séparé jusque dans les mots qui tentent pourtant de faire la lumière sur cette animalité silencieuse. Le dégagement en quoi consiste le texte ne le laisse pas exempt de traces de déchirure, d’une souillure corporelle. Cette séparation qui est l’œuvre de la main et du regard justifie l’usage du mot crime pour qualifier l’opération au cours de laquelle l’écrivain se retranche du corps social, et détourne si violemment la langue qu’il se met en situation de réprouvé. Edmond Jabès parlait naguère de l’écriture comme d’une entrée en dissidence… Le texte doit donc être lavé de tout soupçon, se soumettre au pli et à la marge, être mis au fer (au plomb). Comment détourner l’écrit du Rien qu’il affronte et qui l’aveugle ? Il faut que s’avère un ordre de la lecture. Et c’est là qu’intervient, au gré d’un troublant mimétisme, le travail d’édition et de typographie, qui ramène le texte au sein du partage, le distrait de sa destinée tragique, et, une fois pour toutes, le blanchit au sein du livre. Cette opération, tout aussi silencieuse, relève également de la main et du regard et procède d’une technique rituelle. Laver le texte de tout indice corporel, décoller la langue de son emprise manuscrite et typer lettre à lettre les lignes d’écriture pour, négativement, imprimer une autre surface : la gestuelle du typographe transforme en le justifiant le texte, cependant respecté à la lettre, mais rendu au lien : il ne restera pas lettre morte.

Tu dis.relief-2 Ce qui d’emblée retient l’attention, c’est la variété formelle des livres réalisés par Isabelle Sauvage. Peu nombreux sont ceux qui se ressemblent et ce malgré l’existence de collections impliquant une contrainte formelle : chaque ouvrage se soumet à la règle afin de mieux la plier à son tour au gré d’une variation outrepassant la semblance des formats ou des matériaux. Ainsi les livres de la collection « avec les mêmes mots » (inaugurée en mars 2002 par Juin juillet peu importe de Sarah Clément et Jean Yves Cousseau), Compagnies de Stéphane Crémer (2003) et Hypothèses de Joanna Mico et Stéphanie Chaillou (2003), se rapprochent par le format (15 x 15 cm), l’usage du Garamont et par une présentation quelque peu similaire. Cependant, le livre ne s’ouvre ni ne se déploie dans les deux cas de la même manière. Les pages du premier sont des feuilles pliées, non reliées mais collées bout à bout, qui forment un accordéon de papier au long duquel se développe – passée la présentation d’Yves Bonnefoy – un poème aux membres disséminés et rythmés par le battement des pages offertes à l’envol. Hypothèses s’ouvre comme un étui blanc dans lequel six grandes feuilles translucides sont pliées en six : davantage délicate et enfantine boîte à secret que livre. Le poème de Joanna Mico et les encres de Stéphanie Chaillou se partagent l’espace de façon singulière, le recto et le verso se trouvant utilisés de telle sorte que poème et encre sont tantôt mis côte à côte de face et tantôt se conjoignent adossés. Le livre de Juliette Fontaine, Tu dis, paru en 2005 dans la collection « au corps », (qui compte également un livre de Krzysztof Styczynski, Corps, 2003) se présente comme une pochette de tissu noir fermée par un scratch, qui nous égare un instant sur son identité : ne s’agirait-il pas plutôt d’un carnet ? Le livre, là encore, se déplie pour se dédoubler, accordéon d’images au recto, accordéon de texte au verso. Des images extraites de bandes contact présentent une jeune femme aux cheveux courts et aux yeux clos en train de dire. L’image est suspendue et avec elle la voix arrêtée par le texte qui, approximativement, s’inscrit en son défaut. Un mini CD permet de rétablir le tiers absent, le temps de la voix. A l’origine de ce livre, Juliette Fontaine avait imaginé un « livre nomade » : dix exemplaires, dont un reste à l’atelier et neuf accompagnent des « passeurs » dans leur itinérance, avec un système de tickets permettant à chaque voyageur de témoigner de son parcours, l’auteur/artiste établissant au fur et à mesure une carte des chemins empruntés par le livre. En 2006 est parue la collection « pliés, dépliés », constituée de cinq livrets oblongs, trois de couleur bleue (ceux-là pris dans la largeur) et deux, élancés, de couleur rouge, fermés par des élastiques à chapeau colorés. Les livres bleus recèlent une feuille volante pliée en deux ou en trois, comme une lettre au papier ou à la marge illustrés – parfois un peu à la manière de certaines lettres de Manet –, mais toujours de façon sensiblement différente, la part belle étant souvent laissée au plasticien (la gravure de Guillaume Crouzet couvre l’ensemble de la page sur laquelle se déploie le texte de Claire Le Cam, Que novembre me semble beau ; les vidéogrammes de Jean Yves Cousseau encadrent un court texte en forme de répétition cumulative, Rien à dire, de Sarah Clément). Précisément là, parfois, de Stéphanie Chaillou, réalisé en 2007 en coédition avec les Éditions opaques, constitue une autre fête des mains et du regard, un étonnement recommencé devant le livre : le texte se déploie linéairement (le plus souvent une ligne par page, qui se poursuit parfois sur la page en regard ; une autre fois, trois lignes s’étirent sur l’espace de deux pages ouvertes), sur quatre teintes différentes de papier, dans le plus complet dénuement, comme les bribes d’un récit d’enfance sans presque d’images, des mots simples qui tentent une approche, dans l’aveuglement hallucinatoire, dans l’alternance des encres qui re-tracent un semblable parcours d’intensive recherche du toucher vers la touche dans  le rêve « d’un espace où le temps serait nul » (R. Giroux). La reliure tissée (la toile de reliure qui recouvre normalement les livres est ici placée à l’intérieur, le carton étant laissé brut en extérieur) s’ouvre comme un contre-livre qui rejoue sur le mode d’une variation typographique virtuose les principaux accords du texte présenté. Quant à S’ouvre juste le geste de Violaine Guillerm et Aurélie Thiolat (qui inaugure la nouvelle collection « parenthèses », consacrée à des livres de circonstances, et dans laquelle doit également paraître en décembre 2008 Une pierre dans mon jardin de Sarah Clément, avec des images de Jean Yves Cousseau), il se développe le long d’une bande de papier chiffon d’apparence assez modeste, six fois pliée, avec au recto le texte et au verso une peinture originale de l’artiste… et, au niveau d’un pli singulier, l’incise d’un poème « échappé du texte » qui mime le passage à l’œuvre plastique. Le prochain livre à paraître en décembre 2008, Les Sept Mantras de la Box, de Franck André Jamme, se présente comme un sobre étui de carton renfermant neuf fragiles feuillets, dont sept sont occupés par un carré de texte en lettres capitales, comme sept stèles, « chaque carré étant accompagné de son double simplement estampé ». Ces quelques exemples mettent en évidence avec quelle attention la nature matérielle du support, la variété formelle de l’approche du livre, sans compter la lisibilité silencieuse, voire sonore, que lui confère chaque intervention artistique, sont mises à contribution par Isabelle Sauvage pour offrir au lecteur non seulement un texte, mais avec lui toute une potentialité scénique de lecture.

 

Hypotheses int A l’automne 2008, un versant offset (tirages à 600/800 exemplaires) voit le jour, qui offre aux éditions isabelle sauvage une autre dimension et une plus ample diffusion. La première collection, « Présent (im)parfait », dirigée par Alain Rebours, présente quatre ouvrages de petit format et de faible volume, à la couverture sobre et sombre. Elle (re)donne voix à quatre auteurs déjà publiés par Isabelle Sauvage, ce qui prouve la détermination de l’éditrice de défendre ses auteurs et d’accompagner leur œuvre. Une deuxième collection offset, « Chaos », dirigée par Séverine Weiss et basée sur des traductions sera inaugurée par la parution au premier semestre 2009 de Bosnie Élégie d’Adrian Oktenberg. Cette collection a pour vocation d’accueillir des récits et poésies parcourus par les « chaos du monde, soubresauts et révoltes, tensions et déchirures. Chaos de ces textes damassés déchirés dont les interstices brillent de pulsions et de rêves. »

 

Quelque chose se passe de Stéphanie Chaillou est un ensemble de petites proses, formant parfois des blocs courts et isolés. Comme pour Précisément là, parfois, on retrouve une phrase réduite à sa plus simple expression, des mots qui s’assemblent mais qui ont préalablement fait le désert autour d’eux, depuis longtemps, car la scène d’écriture trouve son socle dans l’enfance. Avec les mots, prendre le monde, entrer par sa meurtrissure, les détourner ainsi de la demeure, s’isoler et se retraire, écrire des phrases courtes comme des traits d’union et tenter, par le récit, dans le sillage des signes, de rejoindre ce moment de silence premier, où singulièrement, comme crevé sans éclats, le monde s’est ouvert.

 

 

 

Chaillou quelque chose se passe

Elle a peur de n’être personne. Avec sa haine, son corps, ses membres bien accrochés et ses cheveux qui poussent, elle ne se sent personne. Elle se sent ahurie. Défaite.

 

 

 

 

 

 

 

Prolégomènes à toute poésie de Stéphane Crémer est un recueil de 54 aphorismes et 5 apartés qui semble se jouer sur la scène de l’idéalisme allemand que nous ont appris à relire Jean-Luc Nancy et Philippe Lacoue-Labarthe dans L’Absolu littéraire. Il ne s’agit pas pour autant de répertorier les conditions philosophiques préalables à l’avènement du poème, et ce pour au moins deux raisons : d’abord, si tout arrive, comme le relevait Dominique Fourcade dans l’en-tête d’une lettre de Manet à Mallarmé, on ne voit pas venir la poésie, fût-ce sous la forme du poème : la poésie n’est pas une « métaphysique future », pour achever de paraphraser Kant, et Stéphane Crémer d’ajouter : « Le présent étant infini, le temps ne s’y voit pas passer ; mais nous aurons tout vécu et ce futur nous est donné puisqu’il est acquis que nous y sommes infiniment engagés. » D’autre part, et ici Stéphane Crémer rejoint les préoccupations de tout un courant de la modernité poétique, toute la poésie est prolégomènes. Sa nature est adventice, elle ne vient pas mais se précipite (Bernard Noël), elle est « la pensée devancée » (Jean Daive), la « poésie intensive » (Michèle Cohen-Halimi/Francis Cohen), ou bien, pour le dire encore autrement : « La poésie tout entière est préposition » (Claude Royet-Journoud), titre auquel cette dernière phrase d’Emmanuel Hocquard fait écho : « la langue tout entière est élégie ».

 

 

 

Cremer prolégomenes


Que trouver ? Peut-être rien que l’ombre : Le corps même de la lumière.

 

 

 

 

 

 


Prêts longtemps de Violaine Guillerm est un recueil de poèmes au présent où l’on retrouve le vers, sa césure. Il y a tout au long du livre, dans la simplicité du verbe, recherche réitérée d’accords. Ceci, au sens musical, au sens des êtres et du mouvement, des saisons temporelles, du passage sur la peau, de toutes les délivrances.

 

 

 

Guillerm Prets longtemps

Dans ce corps nos temps
Particuliers se joignent
Mis au monde encore
Tout à coup

 

 

 


Raccommoder me tourmente de Claire Le Cam affronte « l’il y a du rapport » au féminin, le désir qui s’empare des corps, des corps saisis comme les mots dont les sonorités glissent, s’égarent, comme des mains s’avancent, s’aventurent, n’hésitent pas à s’amuser, à recommencer sans cesse un autre moment, une autre rencontre, avec ou sans acmé.

 

 

 

Le Cam

Le poreux endormi, en image sur mon sein, corps emmiellé de contour à prendre à revêtir. Remous Trémolos Pas ramollis du tout Ronds mous Motus en mielleux mélo Éclat d’eau dans ta voix. Une mer. Un océan de boue dans le pore bleu de ton œil.



 

 

Téléchargement Catalogue des éditions isabelle sauvage 

 

 

Contribution d'Olivier Goujat


mercredi 19 novembre 2008

Soirée Christophe Tarkos à Paris

 

 

Ecrits poetiques Emouvante soirée ChristopheTarkos hier soir à la librairie Le Divan, à Paris, à l’occasion de la sortie du premier volume de ses œuvres chez P.O.L. La soirée tournait autour d’un film réalisé par David Christoffel et a été introduite par Valérie Tarkos, la femme de Christophe, qui a pris en charge l’œuvre de son mari. Elle raconte comment Paul Otchakovsky-Laurens, très tôt, lui a dit êtDivan imbaud 1re prêt à prendre en charge une édition des œuvres de son mari et comment elle a choisi de commencer non par des inédits mais par la réédition d’une  série de textes devenus introuvables. Lesquels ont été complétés de notes et d’entretiens, l’ensemble ne cherchant toutefois pas à constituer une édition savante. Le deuxième volume (il y en aura trois en tout pour cette édition en plus des quatre déjà publiés par P.O.L*) qui portera sur le travail oral et les performances du poète est déjà en cours d’élaboration. Valérie Tarkos a tenu à Divan imbaud 2 remercier en particulier Christian Prigent, présent dans la salle, pour le soutien qu’il a toujours apporté à son mari et pour la préface qu’il donne à ce premier volume (intitulée « Sokrat à Patmo »). Puis a été projetée une vidéo d’une vingtaine de minutes réalisée par David Christoffel sur un scénario de Katalin Molnar et Valérie Tarkos, vidéo proposant des extraits de lectures et improvisations de Christophe Tarkos, ainsi que des extraits Valérie Tarkos et Katalin Molna du spectacle Le Cri de l’Oie de Thierry Poquet et de divers textes lus par Valérie Philippin. On se souviendra en particulier de deux temps forts du film : l’ouverture avec la voix off de Christophe Tarkos disant posément « la poésie est la chose la plus importante du monde », puis ce second moment où le mot oui apparaît seul sur une double page ouverte, puis grandit pour finir par occuper tout l’écran tandis que le poète parle du oui et du non, ce dernier décrit comme une belle posture poétique n’excluant pas une certaine complaisance.

Pol et Prigent Il y avait aussi quelque chose d’émouvant à voir se succéder dans ce même lieu, à une dizaine de jours d’intervalle, Lucien Suel qui fut un ami très proche du poète qu’il évoque à au moins deux reprises dans son livre Mort d’un jardinier et les proches et amis et Christophe Tarkos, rassemblés pour rendre hommage à l’œuvre et à l’homme, disparu il y a quatre ans, le 30 novembre 2004, à l’âge de 41 ans.


Photos 1, 4 et 5 : ©florence trocmé, au milieu Valérie Tarkos au micro et à droite, Katalina Molnar, en bas de dos, Paul Otchakovsky-Laurens et à droite, Christian Prigent.

Photos 2 et 3, ©Annie Imbaud (photo 2 : Valérie Tarkos, Valérie Philippin et Katalin Molnar ; photo 3, David Christoffel et Katalin Molnar)

 

*Christophe Tarkos sur le site de son éditeur P.O.L

 

Ecrits Poétiques, présentation du livre sur le site de l’éditeur

 

Christophe Tarkos
Ecrits poétiques
432 pages, 20 €

 

 

lundi 13 octobre 2008

A consulter en ligne, quelques photos prises au Salon de la Revue de Paris

 

 

Poezibao  propose quelques instantanés photographiques du Salon de la revue qui s’est tenu à Paris, ce dernier week-end.

On pourra découvrir ici notamment des photos de Mathieu Bénézet, d’Henri Meschonnic, Esther Tellermann, Michel Deguy et de nombreux autres poètes et responsables de revues.

Reportage photo, octobre 2008, ©florence trocmé

 

 

samedi 04 octobre 2008

Une lecture de Carlo Bordini à Paris, le 3 octobre 2008

 

 

Bordini_portrait Hier soir, au centre culturel italien, rue des Prêtres Saint Séverin (le centre culturel italien est totalement indépendant et se subventionne via les cours et conférences qu’il organise régulièrement), une très belle rencontre avec l’écrivain italien Carlo Bordini.

 

Bordini_parutions Une double parution attire l’attention sur le poète italien qu’Olivier Favier s’attache à faire découvrir (ce qui semble une urgente nécessité !) : un dossier "hors-cadre" dans la revue Siècle 21 qui propose une trentaine de pages de textes en prose de Carlo Bordini et des poèmes dans la revue Décharge, dans le contexte d’un autre dossier, consacré à trois poètes italiens, qu’Olivier Bordini_lecture_cci Favier rapproche sous le terme de « poésie narrative » : Carlo Bordini donc, ainsi que Mauro Fabi et Andrea Di Consoli. On peut aussi rappeler que l’excellent éditeur Alidades a fait paraître il n’ya a pas si longtemps le poème Polvere, Poussière, de Carlo Bordini.

 

Après un chaleureux accueil d’Antonio Francica qui dirige le centre culturel italien, Jean Guiloineau directeur de Siècle 21 présente la revue et introduit le dossier. Puis un dialogue s’établit entre Olivier Favier, le Favier_olivier_2 traducteur de Carlo Bordini, le poète lui-même et la salle, Olivier faisant la traduction simultanée (mais C. Bordini comprend bien le français et le parle un peu).

 

Ensuite, lecture d’un des textes parus dans Siècle 21, l’impressionnant « Zone Grise » où Carlo Bordini évoque les années 60 et 70 en Italie, texte Bordini_et_favier extrait et traduit  de Renault 4, scrittori a Roma prima della morte di Moro (2007). Seront lus également des poèmes donnés dans la revue Décharge, un de Andrea di Consoli, l’autre de Carlo Bordini. Puis Carlo Bordini lira lui-même un extrait de Polvere, dont Oliver Favier lire ensuite la traduction.

 

Bordini_portait_2 Une thématique extrêmement riche donc qui débouchera sur une discussion sur la poésie italienne, la place de Dante (dont Bordini dit qu’il ne joue aucun rôle dans la poésie récente en Italie sauf chez Pasolini, et il en profite pour dire que, contrairement à beaucoup de ses collègues italiens, il pense que Pasolini est un grand poète), la politique mais aussi la poésie française, que Carlo Bordini connaît très bien et suit très attentivement (c’est un lecteur de Poezibao !) et il aura des mots magnifiques concernant Apollinaire.

 

Carlo Bordini sera encore présent ce soir, samedi 4 octobre à la Librairie Equipages, 61 rue de Bagnolet, 75020 Paris. Je ne saurais trop conseiller de se précipiter à cette dernière d’une série de trois lectures parisiennes.

 

 

Photos ©florence trocmé (toutes agrandissables par clic sur la photo), de haut en bas Carlo Bordini ; les dernières parutions en français ; le cadre de la lecture avec de gauche à droite, Jean Guiloineau, Olivier Favier, Carlo Bordini et le directeur du Centre Culturel italien, Antonio Francica ; Olivier Favier ; Olivier Favier et Carlo Bordini et un dernier portrait de Carlo Bordini

 

 

vendredi 18 juillet 2008

Après une lecture d'été au musée Zadkine, à Paris

 

 

La présence de la poésie ne s’éteint pas tout à fait à Paris après le Jrme_maucheMarché de la place Saint Sulpice ! Grâce notamment à Jérôme Mauche qui organise une série de lectures au Musée Zadkine, du 17 juillet au 7 Août, à l’heure du déjeuner.
Hier, jeudi 17 juillet 2008, il recevait Cole Swensen, Nicolas Pesquès et Maïtreyi. Ces rencontres sont organisées en association avec Paris Quartiers d’été et elles tournent en général autour d’un thème.

 

Le thème retenu ce jour-là : la marche. Prétexte à différentes lecturesCole_swensen choisies dont l’ordre fut décidé par tirage au sort, à partir d’un grand chapeau de paille ! C’est ainsi qu’on put entendre notamment des pages de Thoreau, de Rousseau, Borges, Walser.
J’ai toutefois regretté que n’aient pas été donnés plus de textes des deux auteurs présents et tout particulièrement de Cole Swensen qui avec beaucoup d’élégance s’est fait le porte parole des autres... ! Il était pourtant bien intéressant d’entendre ces quelques magnifiques extraits de Si Riche heure, son livre récemment paru chez Corti, portés par sa diction en anglais, puis lus dans leur traduction française par Maïtreyi (auteur avec Nicolas Pesquès de la version française parue chez Corti).
Nicolas_pesqus Quant à Nicolas Pesquès, il a lu des extraits des deux derniers parus dans sa longue série La Face Nord de Juliau, les livres 5 et 6.

Un moment de partage poétique très agréable dans un cadre merveilleux, même si hier l’atelier du musée Zadkine n’était pas disponible pour cause de travaux et que lecteurs et auditeurs se trouvaient installés qui  dans le musée, en compagnie des œuvres de Zadkine, qui dans le très joli jardin. C’était bien une lecture d’été et on se réjouit que celle-là soit parisienne.

 

Rappel des parutions récentes des auteurs :
Cole Swensen, Si Riche Heure, Éditions José Corti, 2007 : fiche de lecture par Tristan Hordé (traduction Nicolas Pesqués et Maïtreyi
Nicolas Pesquès, La Face Nord de Juliau 5, La Face nord de Juliau 6, André Dimanche éd.


Photos © florence trocmé (agrandissables par clic sur la photo). De haut en bas, Jérôme Mauche avec à sa gauche Cole Swensen, Nicolas Pesquès et Maïtreyi ; Cole Swensen ; Nicolas Pesquès

 

 

dimanche 30 mars 2008

Reportage : un après-midi de lectures autour de la collection de poésie La Rivière échappée

Riviere_panneaux


 

 

Riviere_vitrine_troite C’est toute l’histoire d’une collection de poésie, « La Rivière échappée » qui a été retracée samedi 29 mars après-midi dans une toute nouvelle bibliothèque municipale à Paris, la bibliothèque Marguerite Audoux dans le 3e arrondissement[1] (occasion de rappeler aux lecteurs Riviere_brosseau parisiens du site qu’ils disposent, parfois sans le savoir, d’un réseau de 57 bibliothèques dans tous les arrondissements de Paris et que certaines proposent des rayons poésie plus qu’honorables, et que par Riviere_rannou_2 ailleurs, à ma connaissance, les bibliothécaires sont très accessibles aux demandes d’achat de livres...).
A l’invitation de Mathieu Brosseau, la bibliothèque Audoux avait ouvert son espace à une exposition autour de Riviere_steinmetz cette collection, dirigée par François Rannou et organisait cet après-midi d’évocation et de lectures autour de ses auteurs et de nombre de ses titres.
Cette rencontre intervient à un moment crucial où après un long parcours avec son premier éditeur, Apogée, « la Rivière échappée » a dû se trouver un autre asile. Riviere_ascal Elle est aujourd’hui accueillie par Henri Poncet et sa maison d’édition M’Act Mem qui désormais la diffusera et la défendra tandis que François Rannou en garde la direction littéraire[2]. Deux livres viennent de sortir, Riviere_chevais Vivremourir, précédé de Lieu de Cid Corman et Comme quoi de Dominique Quélen.
Et c’est une fort belle assemblée de poètes qui s’est consituée hier sur les rives de cette rivière : Marie Etienne, Anne de Staël, Esther Tellermann, Fabienne Courtade, Jean Pierre Chevais et Hélène Durdilly (de la revue Rehauts), Jean-Claude Schneider, Yves di Manno, Riviere_schneider Patrick Beurard-Valdoye, Elke de Rijcke, Jean-Luc Steinmetz, Sébastien Rongier et Sereine Berlottier de remue.net, Françoise Ascal, Monique Pétillon, deux jeunes auteurs qui publieront à l’automne leur premier livre Riviere_tellermann dans la collection, Olivier Goujat et Thomas Augais, Dominique Quélen (à la fois pour son livre et pour une traduction très attendue du poète Cid Corman), etc. Et bien d’autres encore, une bonne cinquantaine de personnes qui ont pu écouter les lectures de Jean-Luc Steinmetz, Françoise Ascal, Jean-Pierre Riviere_quelen_beck_2 Chevais, Jean-Claude Schneider, Fabienne Courtade, Esther Tellermann, Barbara Beck et Philippe Quélen (lisant Cid Corman), Dominique Quélen, Olivier Goujat, Thomas Augais
Riviere_quelen Pour des raisons de mise en page les photos sont insérées en très petit format dans l’article, mais toutes sont agrandissables par simple clic.

 

 

Riviere_goujat Photos, de haut en bas, Mathieu Brosseau, François Rannou, Jean-Luc Steinmetz, Françoise Ascal, Jean-Pierre Chevais, Jean-Claude Schneider, Barbara Beck et Dominique Quélen, Dominique Quélen, Olivier Goujat, Thomas Augais. Riviere_augais J’ai respecté la demande de Fabienne Courtade de ne pas la prendre en photo, raison pour laquelle elle ne figure pas parmi les photos des lecteurs.
On peut aussi découvrir deux photos de l’exposition.

photos ©florence trocmé

 

 


[1] Bibliothèque Marguerite Audoux, 10, rue Portefoin, 75003 Paris, 01 44 78 55 20
[2] François Rannou vient de prendre la direction d’une autre collection , « l’inadvertance », sur le site de l’éditeur électronique publie.net.