Syndications pour Poezibao

dimanche 30 mars 2008

Reportage : un après-midi de lectures autour de la collection de poésie La Rivière échappée

Riviere_panneaux


 

 

Riviere_vitrine_troite C’est toute l’histoire d’une collection de poésie, « La Rivière échappée » qui a été retracée samedi 29 mars après-midi dans une toute nouvelle bibliothèque municipale à Paris, la bibliothèque Marguerite Audoux dans le 3e arrondissement[1] (occasion de rappeler aux lecteurs Riviere_brosseau parisiens du site qu’ils disposent, parfois sans le savoir, d’un réseau de 57 bibliothèques dans tous les arrondissements de Paris et que certaines proposent des rayons poésie plus qu’honorables, et que par Riviere_rannou_2 ailleurs, à ma connaissance, les bibliothécaires sont très accessibles aux demandes d’achat de livres...).
A l’invitation de Mathieu Brosseau, la bibliothèque Audoux avait ouvert son espace à une exposition autour de Riviere_steinmetz cette collection, dirigée par François Rannou et organisait cet après-midi d’évocation et de lectures autour de ses auteurs et de nombre de ses titres.
Cette rencontre intervient à un moment crucial où après un long parcours avec son premier éditeur, Apogée, « la Rivière échappée » a dû se trouver un autre asile. Riviere_ascal Elle est aujourd’hui accueillie par Henri Poncet et sa maison d’édition M’Act Mem qui désormais la diffusera et la défendra tandis que François Rannou en garde la direction littéraire[2]. Deux livres viennent de sortir, Riviere_chevais Vivremourir, précédé de Lieu de Cid Corman et Comme quoi de Dominique Quélen.
Et c’est une fort belle assemblée de poètes qui s’est consituée hier sur les rives de cette rivière : Marie Etienne, Anne de Staël, Esther Tellermann, Fabienne Courtade, Jean Pierre Chevais et Hélène Durdilly (de la revue Rehauts), Jean-Claude Schneider, Yves di Manno, Riviere_schneider Patrick Beurard-Valdoye, Elke de Rijcke, Jean-Luc Steinmetz, Sébastien Rongier et Sereine Berlottier de remue.net, Françoise Ascal, Monique Pétillon, deux jeunes auteurs qui publieront à l’automne leur premier livre Riviere_tellermann dans la collection, Olivier Goujat et Thomas Augais, Dominique Quélen (à la fois pour son livre et pour une traduction très attendue du poète Cid Corman), etc. Et bien d’autres encore, une bonne cinquantaine de personnes qui ont pu écouter les lectures de Jean-Luc Steinmetz, Françoise Ascal, Jean-Pierre Riviere_quelen_beck_2 Chevais, Jean-Claude Schneider, Fabienne Courtade, Esther Tellermann, Barbara Beck et Philippe Quélen (lisant Cid Corman), Dominique Quélen, Olivier Goujat, Thomas Augais
Riviere_quelen Pour des raisons de mise en page les photos sont insérées en très petit format dans l’article, mais toutes sont agrandissables par simple clic.

 

 

Riviere_goujat Photos, de haut en bas, Mathieu Brosseau, François Rannou, Jean-Luc Steinmetz, Françoise Ascal, Jean-Pierre Chevais, Jean-Claude Schneider, Barbara Beck et Dominique Quélen, Dominique Quélen, Olivier Goujat, Thomas Augais. Riviere_augais J’ai respecté la demande de Fabienne Courtade de ne pas la prendre en photo, raison pour laquelle elle ne figure pas parmi les photos des lecteurs.
On peut aussi découvrir deux photos de l’exposition.

photos ©florence trocmé

 

 


[1] Bibliothèque Marguerite Audoux, 10, rue Portefoin, 75003 Paris, 01 44 78 55 20
[2] François Rannou vient de prendre la direction d’une autre collection , « l’inadvertance », sur le site de l’éditeur électronique publie.net.

 

vendredi 04 janvier 2008

La poésie à la librairie Kléber à Strasbourg

Klber_mur_posie Lors d’un récent voyage à Strasbourg, j’ai eu le bonheur de visiter la librairie Kléber et surtout son rayon poésie dont je savais qu’il était exceptionnel.

Autant dire que je n’ai pas été déçue à la fois en raison de l’importance de l’espace consacré à la poésie mais aussi en raison de la composition de cet ensemble. Avec une belle présence des éditeurs dits petits et souvent oubliés des libraires. Je savais qu’Isabelle Baladine Howald, elle-même poète, Klber_table_posieétait très attentive à leur travail, mais j’ai pu constater de visu comment cela se traduisait dans sa pratique de libraire.

Deux choses m’ont particulièrement frappée lors de ma visite. La première est que le rayon poésie et le rayon littérature dont Isabelle Howald est également responsable sont construits, composés. Les livres ne sont pas disposés au hasard en fonction des arrivages ou des places libres, mais font l’objet de rapprochements  et derrière chacun de ces rapprochement on devine une raison d’être (affinités des auteurs entre Kleber_angletextes eux, thèmes transversaux, communauté d’esprit), une pensée en œuvre, une idée, toutes fondées sur une grande culture non seulement littéraire mais aussi philosophique. Un peu à la manière de ce que pratiquait le grand historien d’art Aby Warburg pour sa fameuse bibliothèque. On pourrait même dire qu’il y a là, ce qui semble paradoxal pour qui fait profession de vendre des livres, un certain goût de l’inédit (comme on est loin des abominables « coups de cœur » !!!).

Kleber_isabelle_2 L’autre chose qui m’a frappée, c’est que de nombreux livres sont…. recouverts, non pas pour les fermer hermétiquement comme cela devient trop souvent le cas aujourd’hui, de telle sorte qu’on ne peut plus les feuilleter, emmaillotés qu’ils sont dans leurs plastiques, mais recouverts par la libraire d’un beau papier transparent, de qualité, dans le seul but de préserver les couvertures des traces de doigts et autres atteintes. Je trouve extrêmement émouvante cette « attention » au livre.

Florence Trocmé

en haut, aperçu général du rayon, avec au premier plan, une table où l'on distingue notamment le Narré des îles Schwitters de Patrick Beurard-Valdoye. Puis gros plan sur l'autre côté de la même table avec plusieurs livres présentés sur Poezibao, tels ceux de Claude Royet-Journoud, Eugenio de Signoribus, Julien Blaine, Emily Dickinson. Dans l'angle, Isabelle Baladine Howald (dernière photo) a disposé deux textes de Paul Celan et Hugo von Hoffmansthal.

vendredi 14 décembre 2007

Autour du CCP et autour de Jean Daive

Daive C’est autour du CCP, alias Cahier critique de poésie que l’on se réunissait hier soir au siège de l’association Ent’revues qui fait à longueur d’années un magnifique travail d’information en ce qui concerne les revues.
Faut-il redire à quel point le CCP a su devenir indispensable depuis sa fondation en 2000 par Emmanuel Ponsart et Jean-Pierre Boyer. Il était alors co-édité par Farrago qui a malheureusement cessé son activité l’an dernier de telle sorte que le cipM (centre international de poésie de Marseille) est désormais le seul éditeur de la revue.
Je mêlerai donc ici deux exercices critiques différents, le compte rendu d’une lecture et une note de lecture du numéro 14 du Cahier critique de poésie.
Cohen_lespiau Quelques chiffres pour situer celui-ci, 14 numéros à ce jour, deux livraisons annuelles de 300 pages bien tassées, environ 350 livres, revues, CD, DVD, manifestations, éditions numériques chroniqués dans chaque numéro par une centaine de collaborateurs.
De plus chaque numéro propose un dossier sur un écrivain (quelques dossiers parmi d’autres, Franck Venaille, Louis-René des Forêts, Anne-Marie Albiach, Jacques Roubaud) et pour les deux derniers parus Claude Esteban et Jean Daive. Jean Daive qui était l’invité principal de la lecture d’hier avec, pour parler du dossier et de son œuvre (prise en l’occurrence uniquement sous l’angle de la littérature, les activités d’homme de radio et de critique d’art étant laissées de côté) des intervenants tels que Jacques Roubaud, Francis Cohen, Isabelle
Pesty_roubaud_garronGarron, Eric Pesty et David Lespiau. Dans la salle étaient aussi présents, parmi beaucoup d’autres amis et fervents de l’œuvre de Jean Daive, Claude Royet-Journoud ou Yves di Manno, un de ses éditeurs (Flammarion).
Eric Pesty, éditeur et fin connaisseur de l’œuvre de Claude Royet-Journoud dont il a récemment publié le magnifique La poésie entière est préposition a expliqué comment avait été composé le dossier Jean Daive, avec pour idée principale de ne pas faire appel qu’à des habitués ou spécialistes de l’œuvre mais aussi à des auteurs qui en seraient moins familiers, et qui l’aborderaient avec un regard neuf. Je ne reprendrai pas ici le sommaire mais dirai que s’y croisent notamment les signatures de Anne-Marie Albiach, Jacques Roubaud, Isabelle Garron, Isabelle Baladine
Daive_garron_et_glace Howald, Werner Hamacher ou Marie-Louise Chapelle. Jean Daive a ensuite pris la parole, de cette voix si belle que les auditeurs de France Culture connaissent bien (avec aujourd’hui l’émission Peinture fraîche) pour évoquer la complicité qui a marqué la réalisation de ce dossier, notamment avec Emmanuel Ponsart et dire son bonheur de cette lecture « précise, dirigée, active » de son travail. Il a évoqué quelques mots clés pour lui, tels que "partition" et plus encore "partita" (point de départ de Décimale blanche et de Narration d’équilibre), ou bien encore "transfert" et "négatif" dans ses différentes significations, photographiques en particulier. Il évoquera aussi sa rencontre avec le philosophe allemand Werner Hamacher, ami de Jacques Derrida, et dont Michèle Cohen-Halimi a traduit une contribution sur le dernier livre paru de Jean Daive, Le grand incendie de l’homme (Le Seuil). Puis Francis Cohen intervient autour de la notion de « délinquant impeccable » mais ce que je retiendrai tout particulièrement de sa contribution, c’est un relevé qu’il a fait de tous les noms propres cités dans Sous la coupole (3ème volume de La Condition d’infini, P.O.L., 1996) et qu’il a lu en une véritable litanie où revenait sans cesse le nom de Paul Celan : Paul, Paul Celan, Gisèle, Kafka, Paul Celan, Paul Celan, Rilke, Buber, Hölderlin, Paul, Paul, Paul Celan, Gisèle, Paul, Paul Celan, trois pages serrées en un seul énoncé, bouleversant.
Roubaud_copie Interviendront encore David Lespiau qui lira "Partition jaune", sa contribution au dossier tout comme Jacques Roubaud qui dira ses "36 vues de Décimale blanche – I" également présentes dans la revue tandis qu’Isabelle Garron évoquera la question de l’image dans l’œuvre du poète et racontera, de façon très intéressante et émouvante, les suggestions qu’a pu lui faire Jean Daive qui l’a appelée à contribuer à son émission Peinture Fraîche.
On peut dire que la qualité de cette soirée et de ses intervenants est un juste reflet de l’importance du Cahier Critique de poésie, sans doute la seule revue à l’heure actuelle à proposer une vue aussi complète deux fois par an de tout ce qui s’est publié, sous quelle que forme que ce soit, dans le domaine de la poésie mais aussi toujours un dossier qui fait date, mettant en valeur une œuvre singulière et pas toujours suffisamment mise en évidence par ailleurs.
©florence trocmé

photos ©florence trocmé (elles sont agrandissables par clic, simple ou double, sur l'image).
1. Jean Daive (Isabelle Garron au second plan) ; 2. Francis Cohen à gauche et David Lespiau ; 3. de gauche à droite, Eric Pesty, Jacques Roubaud et Isabelle Garron ; 4. de gauche à droite, Isabelle Garron, Jean Daive, Francis Cohen et David Lespiau (dans la glace on distingue Claude Royet-Journoud et Yves di Manno) ; 5. Jacques Roubaud

mercredi 05 décembre 2007

« La voix hors champ » d’Eugenio De Signoribus

C’était après l’Institut Culturel italien la veille, au tour de la Maison de la Recherche de la Sorbonne, d’accueillir ce 4 décembre 2007 Eugenio De Signoribus à l’occasion de la traduction aux éditions Verdier de Ronda dei conversi (Garzanti Milan 2005) - ouvrage accueilli comme un chef-d’œuvre à sa parution (cf Poezibao en date du 23 novembre).

 

Martin Rueff, qui a traduit, postfacé et annoté le livre, Jean-Yves Masson traducteur et connaisseur de l’œuvre de Mario Luzi, ont au cours des deux heures de dialogue, de lectures, de questionnements, très certainement amené les auditeurs à accéder à la demande d’Yves Bonnefoy « non tant de lire [cette œuvre] que de la méditer, de la recommencer en eux, de se convertir à elle » (préface du livre).

 

Ils le firent en situant tout d’abord l’auteur dans son époque et notamment par rapport à son grand aîné Mario Luzi, conscience morale de l’Italie après le « passage du millénaire », en évoquant la « poésie de la résidence » - Eugenio de Signoribus, soulignant que « ce sont les visages qui donnent le paysage » -, en explorant la thématique du oui et du non en référence à Paul Celan (cf. les poèmes « Ça ne sert à rien », « Oui, la mémoire » p. 33 , et en écho final « Bilan » p. 83), mais le poète intervenait « sans réserve » (la sienne est très grande ) avec (voix hors champ) défaisant presque les parenthèses ; nous laisserons le dernier mot donc à ce poème :

 

(voix hors champ)

 

vous
qui empiétez sur vous

 

à nuit déroulante
vous vous tourmentez encore
pour la conjuration du jour s'écoulant
du jour que vous voulez écoulé

 

avec votre non puissance
avec l'usure de vos désarmements
vous voulez toujours enrayer
la maladie du mal

 

vous ne voulez pas la vie destituée
la mort immortelle...
qu'on soit, vous voulez, que nous serons,
avant le dernier deuil

 

que ne se perde pas ce qui ne
peut jamais faire l'objet d'un troc
dans le sommeil ou dans la révolte:
l'innocence

 

de cette croyance
qu'on vous donne acte

 

©Ronald Klapka

dimanche 21 octobre 2007

La revue de création, entre auteur et lecteur, un débat du Salon de la Revue, samedi 20 octobre 2007

« La revue de création, entre auteur et lecteur », voici le thème choisi par la revue Rehauts[1] pour un débat qui s’est tenu samedi 20 octobre 2007, dans le cadre du Salon de la Revue, à Paris.

 

 

Jean-Pierre Chevais, poète, revuiste, rédacteur de Rehauts, éditeur (Rehauts et Atelier de la Feugraie) avait réuni quelques figures importantes du paysage poétique : Antoine Émaz, poète et rédacteur de la revue N4728[2], Yves di Manno, poète et éditeur de poésie chez Flammarion , Jean-Baptiste Para, poète et rédacteur de la revue Europe[3], Etienne Faure, poète[4], Hélène Durdilly et Jacques Lèbre, rédacteurs de Rehauts.

 

Un lieu d’élection
En guise d’introduction, Jean-Pierre Chevais a justement rappelé les mots de Maurice Nadeau, « les revues sont le lieu d’élection pour la création » et il fut frappant tout au long de l’échange de voir comment tous, à travers leurs expériences, à la fois complémentaires et différentes, ont convergé vers cette évidence, mais aussi se sont alarmés de la fragilité de ce système qui depuis si longtemps permet aux débutants de gravir une sorte d’escalier, petite revue, moyenne revue, grande revue, plaquette, livre[5].
Ainsi par exemple d’Etienne Faure, dont le cas est assez singulier, puisqu’il a très longtemps publié uniquement en revues avant de sortir cette année son premier livre. Idéalement quelqu’un qui fait une revue, saisit quelque chose à sa naissance ; ce qui pose la question du temps pour la revue, pas seulement de son rythme de parution mais aussi de sa pérennité et de la trace qu’elle laisse. Avec ce plaisir que l’on peut avoir à relire de très anciens numéros de revues de poésie, dira Yves di Manno, et d’y découvrir quels poètes  s’y côtoyaient alors !
La revue étant aussi comme une "palette temporelle » puisqu’elle permet d’associer des auteurs vivants et des auteurs disparus. Une part de l’adresse est contemporaine, mais une part est impondérable, non contemporaine. Antoine Émaz ajoutera qu’il aime à découvrir dans les revues les textes de ses amis, que c’est bien sûr ceux qu’il lit en premier, et que cela lui permet de "savoir où en est l’autre avec son écriture" avec juste un léger décalage (il suivait ainsi de très près le travail d’André du Bouchet à travers les parutions en revue).

 

Une rosace
L’auteur, le revuiste, le lecteur représentent trois dynamiques, trois processus créateurs qui interagissent les uns sur les autres, une revue n'étant pas une simple "passeuse de textes", mais bien plutôt une "courroie de transmission". Une sorte de communauté est créée par la revue qui selon les mots de Jean-Baptiste Para n’est pas l’addition de 1 +1 +1. Par les rapprochements qu’elle opère entre auteurs et textes, la revue littéraire crée une sorte de rosace, d’ensemble, qui "dégage une couleur, un contour qui transcendent les unités alignées" ; et il y a dans ce travail de la revue et par ce temps d’exacerbation narcissique, une véritable "fonction utopique ».
Tous aussi d’insister sur le fait que la revue permet de découvrir de nouvelles voix, Jean-Baptiste Para disant même qu’on "prend un billet de loterie" quand on achète une revue, car on ne sait pas ce qu’on va y trouver.

 

Un sas
La plupart des livres de poésie ont été publiés en extraits et en revues dans presque trois cas sur quatre. Antoine Émaz dira d’ailleurs que la revue est une sorte de sas, qui permet de "mettre les textes dehors, pour voir si ça tient", et que c’est en fonction de son propre regard ultérieur mais aussi parfois des retours que le poète remet son ouvrage sur le métier. Yves di Manno ira même encore plus loin dans une formule choc disant que "la revue est le lieu de la vie pour le texte, alors que le livre est le lieu de sa mort". La revue permet l’état intermédiaire, provisoire. A ce sujet, Jean-Pierre Chevais citera Jean Starobinski qui décrivait l’article comme une étape obligée avant le livre et la revue comme un "camp de base".
La table ronde s’est terminée par une belle évocation du "montage" de Rehauts par Hélène Durdilly, montage qui se révèle ressortir sans doute davantage de l’accrochage d’une exposition, d’après ce qu’elle raconte de sa mise en perspective des textes.

 

Faire lire
Jean-Baptiste Para, comme il le fait souvent, prendra soin de tirer une sonnette d’alarme, invoquant la nécessité de faire connaître les revues aux bibliothécaires. Qui souvent ne savent même pas ce qu’est une revue, la confondant avec les autres périodiques (je renvoie à ce sujet à l’article récent de Pierre Maubé sur Poezibao).Il a sans doute fait naître une forme de rêve chez la plupart des présents, auteurs, revuistes et lecteurs, en suggérant la présence des revues de poésie dans les bibliothèques municipales

©florence trocmé

 


[1] Rehauts, revue semestrielle d’art et de littérature, 105 rue Mouffetard, 75005 Paris
[2] N4728 (latitude d’Angers), revue semestrielle de poésie, 6, quai de Port-Boulet, 49080 Bouchemaine
[3] Europe, revue mensuelle fondée en 1923 sous l’égide de Romain Rolland, 4 rue Marie Rose, 75014 Paris
[4] Légèrement frôlée, Champ Vallon, 2007
[5] Antoine Emaz

 

jeudi 04 octobre 2007

La soirée autour de Pierre Garnier, compte rendu et images

Pierre_garnier_1600x1200 Superbe soirée ce samedi 29 septembre à la Galerie nationale de la Tapisserie à Beauvais : du public, des participants avec au premier rang Pierre Garnier enchanté de découvrir les nouveaux poètes qui « projettent leur textes picards », de nombreux retours enjoués des auditeurs, éditeurs/trice, artistes, picards spécialistes ou non, qui parlent d'une soirée « chaleureuse », voire d'une « révélation ». Pierre Garnier fut impressionnant de présence (et de connaissance), Lucien Suel, Alain Marc, Christian Edziré Déquesnes, Jean-Michel Eloy, par leur lecture vivante et moderne, la voix picarde de Konrad Schmitt, les poèmes projetés sur écran et les autres intervenants que furent François Beauvy et Olivier Engelaere (passeur d'Ivar Ch'Vavar) donnèrent une vision actuelle et contemporaine de la littérature picarde d'aujourd'hui ainsi que de ses sources locales. Ou l’on découvre ou redécouvre l'énorme potentiel du picard.

 

Un numéro spécial Ed padzeur ell àyure... Pierre Garnier et ses amis picards de la revue Passages que dirige Christian Edziré Déquesnes est sorti à l'occasion de la soirée (Pierre Garnier, Lucien Suel, Ivar Ch'Vavar, Konrad Schmitt, Christian Edziré Déquesnes, Alain Marc).

On peut se procurer le numéro à cette adresse, prix 5 euros

Un enregistrement vidéo et sonore ainsi que des photographies restent à mettre en circulation, pour la mémoire et le patrimoine picards ainsi que sur Internet
Les premières photos de la soirée sont ici.

Contribution d'Alain Marc

jeudi 24 mai 2007

Une rencontre autour de la revue Rehauts, ce 22 mai 2007 à Paris


Rehauts_tortrat

Il est tout à fait symbolique au fond que la lecture proposée par la revue Rehauts le mardi 22 mai 2007 se soit tenue dans une galerie, la galerie Jacques Levy à Paris, dans le quartier du Marais. Car c'est l’un des grands axes de travail de la revue animée par Jean-Pierre Chevais, Hélène Durdilly et Jacques Lèbre que la rencontre entre artistes et écrivains. Et l’un de leurs bonheurs est d’avoir suscité plusieurs collaborations fécondes.
Rehauts_chevais Rehauts fait partie de ces revues dont la survie a quelque chose de miraculeux puisqu’elle « tient » dans le contexte extrêmement difficile que nous connaissons et qu’elle vient de publier son numéro 19 où l’on trouve des textes de Pierre Chappuis, Fabienne Courtade, Françoise Hàn, Sylvie Gouttebaron, Jean-Claude Schneider (parmi d’autres) avec en contrepoint des images de Joël Frémiot et de Monique Tortrat. Les murs de la galerie permettaient au demeurant de découvrir Rehauts_g_et_c les œuvres de ces deux derniers artistes. Parallèlement les éditions Rehauts publient quelques livres, on se souvient ainsi du magnifique Lichen, Lichen d’Antoine Émaz et je signale aussi le récent Le Démon d’antichambre de Christian Bachelin, un livre très intéressant et singulier dont je rendrai compte prochainement.
Et ce sont deux poètes publiées par la revue dans ce numéro 19 qui étaient invitées à lire leurs textes, ce qu’elles ont fait devant un public fourni de plus de trente personnes. Sylvie Gouttebaron a lu des extraits d’un livre à paraître chez Dumerchez et Fabienne Courtade également des passages de son prochain livre, à paraître chez Flammarion, Table des Bouchers.

Rehauts_g

 

Revues Rehauts
revue semestrielle d’art et littérature
24 rue du Bas, 62180 Airon-Notre Dame et 105 rue Mouffetard, 75005 Paris, abonnement à deux numéros, 20 € photos florence Trocmé, de haut en bas, trois oeuvres de Monique Tortrat, Jean-Pierre Chevais, Sylvie Gouttebaron (à gauche) et Fabienne Courtade et en bas Sylvie Gouttebaron

mardi 22 mai 2007

Hier soir, au Lundi des Poètes, Bernard Chambaz, William Cliff et Jacques Darras : reportage

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Deux nouvelles réjouissantes pour la poésie (elles ne sont pas si fréquentes) hier soir, lors d’un Lundi des Poètes réunissant rien moins que Bernard Chambaz, William Cliff et Jacques Darras. Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes (lequel organise avec le Lundi un rendez vous régulier tout au long de l’année), m’informe qu’il a constaté une hausse significative de fréquentation dans les lectures de poésie. Au moment du Printemps, il sillonne la France, de manifestation en manifestation, et constate qu’il y a rarement moins de cinquante personnes à chaque événement. Seconde bonne nouvelle, il arrive que des institutions privées s’intéressent à la poésie : il en est ainsi de l’hôtel Claret qui accueille, à titre de mécénat, la manifestation du Lundi des Poètes. Monique Pignet, propriétaire de l’hôtel annonce de plus la création d’un site où seront disponibles les fichiers audio des lectures

 

Lundi_simon Dommage que ce n’ait pas encore été le cas hier soir. Car le plateau était de choix, selon les propres mots de Jean-Pierre Siméon en son introduction. De Bernard Chambaz l’introverti à William Cliff le provocateur et à Jacques Darras le joueur. Trois styles complètement différents, trois lectures presque opposées.
Lundi_chambaz C’est Bernard Chambaz qui ouvre le feu. Et je retrouve ce que j’ai tant aimé dans Eté (voir toutes les références utiles en fin d’article), une narration ouverte, entrecoupée de plongées dans l’intime, presque des raptus de l’intime au cœur de ce qui se vit et qui est constamment attaqué par le souvenir, le deuil. On sait que Bernard Chambaz a perdu un fils et que cette perte informe toute son œuvre depuis lors, avec la figure poignante du « martin-pêcheur » et le sillage interminable du deuil. L’émotion est toujours aussi forte, même s’il ne faut pas réduire l’œuvre à cet aspect, elle fourmille de richesses, notes sur le vif, longue fréquentation significative des poètes américains, rendu très fin des perceptions extérieures et intérieures. Bernard Chambaz termine sa lecture par la dernière page du premier volume d’Eté, les larmes aux yeux. Nous aussi. Son corps a peu bougé, sa voix sourde s’est progressivement amplifiée, adoptant le rythme très particulier de cette poésie, à la fois continu et haché, narratif et troué.

Lundi_cliff Rythme aussi, mais si différent, avec William Cliff pour une promenade très déconstruite dans son dernier livre Immense Existence (dont Tristan Hordé a rendu compte très récemment sur Poezibao, voir ci-dessous), lecture comme théâtralisée, une anecdote, une adresse aux deux autres poètes ou au public et puis, soudain, immersion dans le poème, qui saute à la figure, qui accroche par ses images, ses allitérations, sa vigueur, sa crudité souvent. Et cette remarque de William Cliff, réponse à quelqu’un qui lui demandait comment il écrivait : « j’écris très lentement et j’essaie d’être le plus exact possible. Plus vous êtes exact plus vous dîtes des choses hors de ce qui est dit puisque nous sommes tous différents ». Il termine sa lecture par le poème « Le Sommeil du père » qui figure dans l’anthologie permanente de Poezibao

Lundi_potes_darras_2 Nouveau style encore avec Jacques Darras, brillant, pétillant (il lit d’ailleurs son fort tonique poème « La Chanson du Champagne »), dans un festival de jeux de mots, de jeux avec les mots, sur le son et le sens.

Trois styles très différents mais que deux choses unissent, il me semble : le travail sur le rythme et l’ouverture sur le monde, les trois écrivains étant des voyageurs, qui en Amérique, qui aussi en Amérique mais également en Espagne, qui en Belgique, en Hollande, etc.

©florence trocmé, Poezibao

Lundi_chambaz_et_cliff

Bernard Chambaz a lu des extraits de Eté, paru en 2005 aux Éditions Flammarion
Ainsi je continue d’écrire par rafales ou saccades depuis début 2000 afin de ne pas commencer sans toi (sans l’illusion dépourvue de la moindre illusion) ces années qui commencent par le chiffre 2 sans être tout à fait le troisième millénaire et font suite à Echoir. Rafales est judicieux pour sa discontinuité, pour la soudaineté et la violence de ses coups, pour les fusils et la mitraillette de Maïakovski …. (intégralité de cet extrait, demain, dans l’anthologie permanente de Poezibao)

Bernard Chambaz dans Poezibao
Note bio-bibliographique,
extrait 1, extrait 2, extrait 3 extrait 4 (Eté), extrait 5 (Eté), extrait 6,

le compte rendu d’une lecture,

fiche de lecture de Eté (Flammarion 2005),

 

William Cliff a lu des extraits de Immense Existence, tout juste paru aux éditions Gallimard

William Cliff dans Poezibao :
Note bio-bibliographique,
extrait 1, "Lecture" poétique 4, extrait 2,
note de lecture de Immense Existence (par Tristan Hordé)

 

Jacques Darras a lu des extraits de Tout à coup je ne suis plus seul, paru aux Éditions Gallimard / L’Arbalète en 2006
La littérature est la constitution de la loi du sens.
La constitution du sens dans le mouvement qui le constitue.
La littérature change les lettres change les sons change le sens.
La littérature change la loi change de loi change de constitution.
La littérature est la plus politique est activités.
La littérature est la politique à l’état pur
.

 

Photos ©Florence Trocmé (toutes agrandissables par simple clic sur l'image), de haut en bas, les trois poètes avec de gauche à droite sur l'image, Bernard Chambaz, William Cliff et Jacques Darras ; Jean-Pierre Siméon ; Bernard Chambaz ; William Cliff ; Jacques Darras ; Bernard Chambaz et William Cliff.

vendredi 11 mai 2007

René Char à la Bibliothèque Nationale, compte rendu d'une visite (par Tristan Hordé)

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Le centenaire de la naissance de René Char (né le 14 juin 1907, mort le 19 février 1988), célébré de diverses manières (1), l’est magnifiquement à la Bibliothèque nationale. Il faut, en premier lieu, se réjouir du parti pris de clarté et de pédagogie du maître d’œuvre, Antoine Coron, directeur de la réserve des livres rares : le visiteur ne fait pas que découvrir des merveilles, il les aborde en suivant un parcours chronologique, parcours présenté par des textes précis et clairs qui sont repris dans un petit livret disponible à l’entrée de l’exposition.
Il serait fastidieux d’énumérer l’ensemble des éléments présentés. Les amateurs de typographie et de manuscrits enluminés seront comblés : l’ensemble des recueils illustrés de René Char est là, et c’est un vaste panorama du travail de peintres et d’un poète — Miró, Matisse, Picasso, Victor Brauner, Braque, Max Ernst, Jacques Villon, Giacometti, Zao Wou-ki, Vieira da Silva…, et la liste est bien incomplète. En outre, des tableaux, des lithographies, des gouaches et des aquarelles de plusieurs de ces peintres ponctuent le parcours – par exemple, deux toiles de petit format de Nicolas de Staël, Paysage de Provence et Face au Havre, celle-ci offerte à René Char. Nicolas de Staël, qui travailla au projet de décor et de costumes pour L’abominable homme des neiges, grava aussi 14 bois pour des poèmes extraits du Poème pulvérisé. Il écrit à René Char, en préparant ses bois : « Tu m’as fait retrouver d’emblée la passion que j’avais enfant pour les grands ciels, les feuilles en automne et toute la nostalgie d’un langage direct que cela entraîne » (8 novembre 1951).
Bel hommage que cette lettre à un ami pour qui la poésie était ancrée dans le réel. Ce réel est bien présent dans l’exposition : engagement dans les activités du groupe surréaliste au début des années 1930, soutien à la République espagnole (Placard pour un chemin des écoliers, puis Dehors la nuit est gouvernée), responsabilités dans la Résistance, plus tard accord avec Albert Camus qui publiait L’Homme révolté, lutte contre l’installation d’ogives nucléaires sur le plateau d’Albion…Il est aussi présent dans les poèmes de Char.



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Il est bon de s’arrêter dans sa visite ; on s’assied ici ou là pour écouter des lectures de poèmes, les plus nombreuses par René Char lui-même, et par de grands diseurs qui restituent sans emphase la densité des textes : Maria Casarès, Laurent Terzieff et Jean Négroni. On écoute également des extraits des « mises en musique » de Pierre Boulez (pas seulement Le Marteau sans maître ou Le soleil des eaux), dont on voit les partitions. On s’attarde dans une petite salle pour trois films tournés du vivant de René Char, de Michel Soutter (1966), Jean-Paul Roux (1968) et Lüfti Özkök (1972), un quatrième de Jérôme Prieur en 2007 (René Char, nom de guerre :Alexandre). On reprend le parcours, et l’on prend le temps de lire quelques-uns des manuscrits de René Char, pour son écriture vive et les traces du travail de l’écriture, les lettres (Gilbert Lely, Bataille, Camus, etc.), les documents sur la résistance. On retrouve la photographie du poète par Brassaï et par Jacques Robert, mais aussi dix autres, mais encore les ensembles sur le Vaucluse de Pierre André Benoit (présent également par ses gouaches) et d’Henriette Grindat. On a passé ici l’après-midi et l’on sait que l’on reviendra.
Le catalogue, sous la direction d’Antoine Coron, répertorie et présente les quelque 400 documents de l’exposition ; il s’ouvre sur un texte d’amitié de Dominique Fourcade, qui avait dirigé l’important Cahier de l’Herne consacré en René Char en 1971.
©Tristan Hordé

 

(1) Signalons : l’exposition qui aura lieu en juillet 2007 à la Maison René Char, Hôtel de Campredon, à L’Isle-sur-la-Sorgue ; le colloque international René Char en son siècle, qui aura lieu du 13 au 15 juin 2007 organisé par les Universités de Paris-III Sorbonne Nouvelle (UMR Écritures de la modernité, dirigée par Michel Collot) et de Paris IV Sorbonne (équipe Littératures du XXe siècle, dirigée par Michel Murat).

 

Exposition René Char (4 mai – 29 juillet) à la Bibliothèque nationale, Quai François Mauriac, Paris, 13e, Hall Est ; mardi-samedi, 10h à 19h, dimanche, 13h-19h, sauf lundi et jours fériés, 5€.

photos ©ADAGP, René Char, A la Santé du serpent, illustré par Wilfredo Lam, 1951-1952 et René Char, le Terme épars, illustré par Arpad Szenes, 1966.

 

René Char dans Poezibao

bio-bibliographie de René Char (complètement remaniée et actualisée, mai 2007)
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5extrait 6, extrait 7,
Lettera Amorosa en Poésie / Gallimard

lundi 30 avril 2007

Une rencontre avec Jacques Dupin à Paris, hier dimanche 29 avril 2007

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Pour la deuxième fois en quelques jours, la librairie Tschann à Paris organisait hier, dimanche 29 avril 2007, une lecture d’importance. Que l’on en juge, une rencontre avec Jacques Dupin, pour marquer la sortie de deux livres, 04.03 : mélanges pour Jacques Dupin et M’introduire dans ton histoire. Double parution après celle, relativement récente, du dernier recueil de poèmes de Jacques Dupin, Coudrier, paru également chez P.O.L. De ces trois livres il aura été question dans un échange lumineux dominé par la présence du poète.

 

Vitrine_gnral Mais il faut d’abord s’arrêter un moment à l’extérieur de la librairie pour parler des très belles vitrines que compose la libraire Muriel Bonicel. Composition non seulement très réussie sur le plan esthétique mais qui permet aussi de mesurer l’ampleur et la portée de l’œuvre de Jacques Dupin, en particulier dans ce qui est si fondamental pour lui, son rapport avec les peintres. La vitrine assemble ainsi autour d’un portrait du poète par Garache les dernières parutions, ces trois livres cités plus haut mais aussi le très beau numéro spécial Jacques Dupin de la revue Faire Part dont Poezibao a déjà rendu compte, les autres œuvres poétiques de Dupin, quelques exemplaires encore disponibles de certains numéros de la célèbre revue l’Éphémère, les ouvrages de J. Dupin consacrés à Miro, Giacometti, Tapies et bien d’autres trésors encore.

 

Nicolas_pesqus La rencontre s’est déroulée en deux temps : une présentation des livres par Nicolas Pesquès, Francis Cohen et Valéry Hugotte, puis une lecture par Jacques Dupin d’extraits de M’introduire dans ton histoire et de Coudrier.

Nicolas Pesquès intervient le premier pour raconter de façon très vivante l’histoire de 04.03 dont on comprend tout de suite que le titre est une date, celle de l’anniversaire de Jacques Dupin qui vient d’avoir 80 ans en ce mois de mars 2007 et que ce livre est un cadeau. A l’origine en effet, l’idée de faire une « surprise » à Jacques Dupin, ce qui représentait une sorte de défi car des livres sur lui, il y en a déjà eu plusieurs et de haut vol. D’où l’idée originale de rassembler en ces Mélanges des contributions d’auteurs n’ayant encore jamais écrit sur lui, pari tenu à une ou deux exceptions près, les délais impartis à la réalisation étant un peu courts et la foi des réalisateurs en la faisabilité de leur projet pas tout à fait entière ! N’empêche : les trois quarts des textes sont un premier écrit de leur auteur sur le poète. Il faut noter aussi, Poezibao en a déjà parlé, que dans le même temps se montait en Ardèche un fort numéro spécial de la revue Faire Part, toujours pour cet important anniversaire.

En ce qui concerne 04.03, l’autre idée, qui semble très naturelle quant il s’agit de Jacques Dupin qui a tant travaillé avec les peintres, fut de donner une large part aux artistes en leur demandant un portrait du poète. Nicolas Pesquès dit le bonheur de leur petite équipe devant les « documents étonnants » qu’elle a reçus et en quoi ces contributions graphiques l’ont aidée à construire le numéro par séquences, sorte de sous-ensemble de textes associés à un dessin, les uns et les autres, ensembles, textes et dessins, se « réverbérant les uns les autres ».

Francis_cohen Francis Cohen s’arrête ensuite sur les auteurs de ces Mélanges pour…. : Yves Bonnefoy, Anne-Marie Albiach, Claude Royet-Journoud, Emmanuel Hocquard. Ou Jacques Roubaud qui raconte comment jeune poète, voulant se débarrasser du surréalisme, il se tourne d’abord vers André du Bouchet et Philippe Jaccottet avant de se concentrer sur Jacques Dupin et Roger Giroux. Plus inattendue peut-être dans ce livre, la présence de Marcel Moreau ou de Jean-Pierre Verheggen.

 

 

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Avant de commencer à lire Jacques Dupin dira son bonheur de ces mélanges et soulignera aussi l’intérêt de ce qu’il appelle, à deux reprises, le « cahier ardéchois », autrement dit le numéro spécial de Faire Part, qu’il a reçu, dit-il, en même temps que 04.03.

 

C’est par un très bel extrait de M’introduire dans ton histoire qu’il ouvre le feu, des pages consacrées à Pierre Reverdy (« La Difficulté du Soleil », préface d’un catalogue Pierre Reverdy, à la fondation Maeght et au musée d’Art Moderne de la ville de Paris en 1970 et repris dans Ancres. Pierre Reverdy, Éditions Maeght, 1977) : quand on refuse les tentations d’un ailleurs, les illusions d’un au-delà, les mirages d’un futur. Et qu’on se tient sur la terre, au plus près des choses, à l’écoute de soi, les yeux ouverts, et qu’on persiste….. ». Suivront plusieurs poèmes de Coudrier (brunissoir / un outil de poésie) avant que la parole soit donnée à Valéry Hugotte.
Hugotte Ce dernier revient sur M’introduire dans ton histoire, dont le titre est en fait le premier vers d’un sonnet de Mallarmé. Valéry Hugotte qui est le préfacier de ce livre et qui parle en un court et brillant exposé de la « passion du commencement » à l’œuvre chez J. Dupin. Premières lectures (Mallarmé donc, Baudelaire, Rimbaud), premier vers d’un poème qui n’a pas de titre, quelques indices pour les lecteurs du poète qui tous savent sa capacité à se réinventer de façon continue (cette dimension avait aussi été soulignée de façon intéressante dans l’émission de la veille sur Radio Aligre). Importance de la rencontre aussi démontrée par les textes et poèmes de ce recueil, rencontre avec Reverdy, Jabès. La première fois de rencontres. L’importance de la première fois et chaque livre, chaque poème étant une première fois,  « ce commencement auquel la poésie de Jacques Dupin n’en finit pas de nous convier ».
Je noterai pour finir l’importance de l’assemblée, une bonne cinquantaine de personnes, au milieu des tables de livres, et la présence de très nombreux poètes.
« Le poème est une attente « (Jacques Dupin).
© florence trocmé, Poezibao, 2007

 

Dupin_tous

Jacques Dupin dans Poezibao :
Bio-bibliographie de Jacques Dupin
extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6,
hommage à Claude Esteban,
numéro spécial de Faire Part,

 

Photos ©florence trocmé. De haut en bas et de gauche à droite :deux photos de la vitrine de la librairie Tschann, Nicolas Pesquès, Francis Cohen, Jacques Dupin, Valéry Hugotte et en bas, Jacques Dupin à gauche en compagnie de Nicolas Pesquès, Francis Cohen, Valéry Hugotte. Au premier plan à droite, Jean-Louis Giovannoni. Ces photos sont toutes agrandissables par simple clic sur l'image.