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lundi 18 mai 2009

La revue "Diérèse", n° 44 (lecture d'Alain Helissen)

 

 

COUV 44-1 Une fois n’est pas coutume, Diérèse consacre un numéro spécial à Jean-Claude Pirotte. Sur les 260 pages de la revue, le dossier « Pirotte » en occupe plus de 170, c’est dire qu’il permet de mieux cerner la personnalité de cet auteur d’origine belge qu’Alain Bosquet comparait à un clochard de l’absolu. Ecrire, en sachant que rien n’est à sauver, qu’il est trop tard et que le monde est trop vieux. (…) À quoi bon écrire, et pour qui donc, dans un monde où apprendre à lire est regardé comme superflu. Poésie, ramassis de vieilles lunes. Pourtant, Jean-Claude Pirotte n’a cessé d’écrire depuis son adolescence, dans un désoeuvrement boulimique qui l’a poussé ainsi à « jardiner sa misère », lui « le mal né » dont l’enfance n’a guère laissé qu’un éboulis impossible à reconstruire. Écrivain en fuite, d’abord pour échapper à la justice de son pays, il restera nomade de lui-même, sans cesse changeant d’environnement. Car je suis aussi loin de moi que tout mystère / ce que je cherche à saisir n’a de nom dans aucune langue. Une vingtaine d’auteurs viennent apporter leur contribution, sous forme de témoignage, d’entretien, de point de vue, d’échange ou de poème, à cet hommage qui devrait faire date. On y lira des textes et poèmes de Jean-Claude Pirotte ainsi que des extraits d’un roman en chantier. Des dessins de l’écrivain – qui mène en parallèle une activité plasticienne –  parsèment cet ensemble. Privé de son espace habituel, Diérèse n’a pas, pour autant, renoncé à ses rubriques régulières, même si elles ont été sensiblement réduites. Ainsi, « poésies du monde » nous fait découvrir le poète allemand Rolf Dieter Brinkmann (1940-1975), particulièrement virulent vis-à-vis de la société allemande de l’après-guerre. Quelques récits et notes de lecture complètent cette livraison printanière, toujours aussi volumineuse. Mais Daniel Martinez promet de ne pas dépasser 260 pages pour les suivantes. Dont acte.

 

 

Contribution Alain Helissen

 

 

Diérèse, n°44, c/o Daniel Martinez, 8 avenue Hoche 77330 Ozoir-la-Ferrière. 260 pages - 9 € (+ 3,02 €  frais de port ).

 

 

mardi 28 avril 2009

Le "Mensuel littéraire et poétique", dernière

 

 

Le Mensuel littéraire et poétique baisse le rideau

 

Mensuel littéraire et poetique Dans l’éditorial du Mensuel littéraire et poétique d’avril, Monique Dorsel annonce qu’il s’agit  du dernier numéro. Sans autre explication. Au moment où le Théâtre-Poème (Bruxelles) vient de faire peau neuve, non sans difficultés, on peut croire à des problèmes financiers. La perte, en tout cas, est cruelle. Et l’histoire de ce mensuel trop longue pour ne pas mériter un dernier hommage. N é en décembre 1968, au moment même où le Théâtre-Poème s’installait au 30, rue d’Écosse, cette adresse qu’il n’a plus quittée depuis, ce petit journal connut, au fil des années, des présentations diverses jusqu’en 1986 où Emile Lanc lui donna sa mise en page actuelle, reconnaissable entre toutes. S’il n’a jamais cherché à briller par des goûts de luxe, Le Mensuel littéraire et poétique a su privilégier son amour des textes littéraires, relayé en cela par l’admirable travail du Théâtre-Poème. La poésie y trouva un asile sûr, largement ouvert à tous les passionnés. Les premières pages du mensuel livraient chaque mois de multiples articles critiques ainsi que des notes de lecture consacrées aux dernières publications poétiques. Les meilleurs critiques belges et français collaboraient régulièrement au journal. Le plus étonnant, outre la périodicité mensuelle de cette publication, une gageure assurée par des bénévoles, reste ce tirage affiché de 12 600 exemplaires. Quand on sait qu’une revue de poésie dépasse rarement les 300 exemplaires, on peut être admiratif. Oui, Le Mensuel – les « habitués » abrégeaient ainsi son titre –, après plus de 40 ans de bons et généreux services à la création poétique, va laisser un grand vide. Peut-être la « retraite » annoncée de Monique Dorsel, cheville ouvrière du journal, y est-elle pour quelque chose ? Sur la couverture, son portrait apparaît, avec dans le regard cette luminosité rayonnante qui sait insuffler la vie au texte dit sur scène. Mais Le Théâtre-Poème continue de plus belle, affichant une programmation toujours aussi dense. Il propose d’ailleurs, en clôture de saison, une journée « portes ouvertes » le samedi 13 juin. À partir de 10h 30, après un colloque consacré à l’écriture à haute voix, une succession de spectacles gratuits illustrera quelques unes des « très riches heures » du théâtre. À ne pas manquer.

 

Contribution d’Alain Helissen

 

 

mercredi 10 décembre 2008

Les éditions Corlevour et la revue Nunc (un article de Bernadette Engel-Roux)

 

 

Courlevour15 C’est une œuvre de découverte, de création, de partage, que mène avec courage la collégiale fraternelle et amicale de la petite mais dynamique "maison" de Corlevour. Découverte, car de "jeunes" auteurs y ont trouvé place et accord. Création, car chaque livre comme chaque numéro est un bel objet en lui-même, très souvent accompagné du travail consonant d’un artiste peintre. Partage, car la revue, éclectique jusques en ses exigences et sa fidélité à une ligne fondatrice, assemble horizontalement une communauté d’écrivains et poètes très différents les uns des autres, et verticalement un chœur de voix qui s’élève pour une destination tour à tour enthousiaste pérégrine historique romantique charnelle spirituelle musicale nocturne explosive organique géographique sensuelle vagabonde… et ce n’est pas fini si Dieu lui prête vie (son seul autre soutien est aujourd’hui celui de ses lecteurs).
L’équipe d’édition marche l’amble avec la revue NUNC, dont le numéro 15 (avril 2008) double, est un numéro spécial, consacré à Salah Stétié. Les textes y sont augmentés de Cahiers iconographiques. Alexandre Hollan, Albert Woda, Marc-Henri Arfeux, Jean Anguera ponctuent de leurs dessins, photographies, peintures les lectures de Y. Bonnefoy, M. Deguy, A. Gamoneda, et alii, et les poèmes et entretiens inédits du grand poète libanais, voix vivante parmi les plus vives. En ses accents neufs, voix française et voix arabe, que NUNC sait écouter, toujours proche de ses intuitions initiales : la nécessité d’ouvrir notre tente à tous les fils d’Abraham, affirme noblement l’édito inaugural de ce n° 15.
Les numéros à venir forment le vœu de publier Louis Massignon, Lorand Gaspar (n° 17 tout récemment paru) avec la même liberté qu’un dossier consacré au Roman Policier.
La maison, qui a déjà publié poèmes, proses ou essais de D. Avon, H. Bauchau, X. Bordes, C.-H. Rocquet, A. Teyssiéras poursuivra, après un recueil de critique et d’hommage à Claude Louis-Combet, aussi longtemps que ses forces le lui permettront, ce courageux pari de découverte et de partage.

 

 

Contribution de Bernadette Engel-Roux

 

 

Le site des éditions de Corlevour

 

NUNC n° 15 : ISBN : 9 782915 831245
revue NUNC - éditions de Corlevour
97 rue Henri Barbusse
92110 Clichy

 

La revue vient de publier un nouveau numéro, voir sa présentation ici

 

 

samedi 14 juin 2008

La revue Il particolare, dossier Patrick Beurard-Valdoye

 

 

Il_particolare La revue Il particolare (toute française malgré ce joli nom italien, voir cette note de présentation) n’est sans doute pas parmi les plus connues mais c’est à mon sens une des plus remarquables, notamment du fait de sa grande régularité dans la qualité et par les cahiers qu’elle consacre régulièrement à des auteurs ou des artistes (on peut citer par exemple Arno Schmidt pout le numéro 12.13.14 ou Mathias Pérez pour le numéro 15.16).
C’est avec  grande impatience que Poezibao attendait cette nouvelle livraison puisque le dossier de ce numéro 17&18 est consacré à Patrick Beurard-Valdoye.


Composer un dossier sur un écrivain dans le cadre d’une revue, on sait que l’exercice est difficile. Et c'est un vrai bonheur de découvrir ici tant de grands lecteurs de Patrick Beurard-Valdoye (mais je pense qu’il suscite les bons lecteurs, certes trop rares, mais passionnés et particulièrement  aptes à faire partager leur admiration pour cette œuvre très importante)...
Ils sont dix-sept, dix-sept auxquels il faut ajouter Pierre Alechinsky et Dimitry Orlac pour les dessins et Bernard Loiseau pour les photos.
Impossible donc de détailler chaque contribution, mais je voudrais cependant m’arrêter sur certaines d’entre elles.

Ouverture en fanfare avec un beau poème de Jean-Luc Nancy évoquant ces « Langues charriées à grande flottaison/ A l’allure de bois flottés » si caractéristiques du travail de Patrick Beurard-Valdoye.
C’est d’ailleurs à ce travail sur la langue que nombre de contributeurs sont particulièrement sensibles, par exemple Jean-Pierre Bobillot qui démontre comme le poète se fait « scribe de tout ce qui se narre, ou tente de se narrer, une dernière fois, peut-être, de témoignages oraux en registres de bibliothèques, avant de disparaître, par les interstices ou les oubliettes de la grande Narration publique, normée, admise. » (On peut lire aussi sur le site, tout récemment publié, le cinquième des entretiens infinis avec Patrick Beurard-Valdoye).
Ce qui frappe aussi dans ce dossier, c’est le nombre et la qualité des contributions étrangères, ce qui renvoie bien sûr au travail d’arpenteur et d’explorateur des exils et des frontières que poursuit inlassablement l’écrivain. Belle rencontre dans ces pages avec Ulrike Draesner découvrant les strates du travail de Patrick Beurard-Valdoye, qui « par-dessus le réseau visuel qu’il trouve (déjà là) dans un "paysage", pose un double réseau de mots et d’images ponctuelles issues d’autres lieux ». Devenant ainsi un « donneur d’images, quelqu’un qui travaille sur des images qu’il rend visibles, faites de choses vues et pensées » et qui font « éclater le temps ».
Après une réflexion de Joseph Mouton sur les noms, voici celle d’Alain Frontier expliquant que « l’aventure poétique consiste dans le rapport métonymique qui relie l’histoire à l’espace », dans ces textes où « les noms comme les choses foisonnent », allant jusqu’à « ramper clandestinement entre les barbelés de l’Histoire (des prisonniers de la Grande guerre à l’exécution du facho Laval), dans les zones frontalières (dangereuses) »,  là où se vivent les « passages problématiques d’un bord à l’autre, d’une langue à l’autre ».
Très belle et émouvante contribution de la poète Elke de Rijcke, un poème qui évoque une itinerrance commune au pays noyé de Saeftinghe.... « déjà dans le temps vous enfoncez le pied ».
Itinerrance, titre du livre sur lequel revient Pierre-Yves Soucy qui retient notamment que ce travail ne se fait « au nom de personne, au service d’aucune cause instrumentalisée, l’auteur ne s’associant qu’à la perspective d’exclure toute exclusion », qu’il n’est jamais ici question d’une « simple affaire de forme, de recherches formelles » mais de « creuser l’événement, les brèches des évènements »,  ce qui est aussi « creuser la langue, en portant préjudice aux porteurs de paroles affûtées en verbalisme de prétextes, en rhétorique de chemin de fer » !
Et si l’on regarde la théorie des noms des autres signataires, on découvre qu’ils viennent d’Amsterdam, de Belfast, d’Helsinki... démontrant une fois encore que la plupart des projets de Patrick Beurard-Valdoye sont basés, très concrètement, sur « l’itinéraire et la migration, sur le repérage de terres inconnues ou étrangères, sur l’enquête et le témoignage » comme le dit le poète lui-même dans un entretien avec deux plasticiens, Christophe Berdaguer et Marie Péjus.
On pourrait continuer encore à extraire et citer de nombreux passages de ce très remarquable dossier, qui propose maintes clés de lecture pour l’œuvre foisonnante de Patrick Beurard-Valdoye. Et nul doute, c’est un signe, que ce numéro de revue ira se ranger tout naturellement auprès des livres de Patrick qu’il me semble accompagner magnifiquement.
Terminer en évoquant la contribution de Pierre Le Pillouër, non seulement pour son intérêt intrinsèque mais parce que sans l’obstination de ce dernier l’œuvre de Patrick Beurard-Valdoye n’aurait peut-être jamais été publiée. Pierre a porté en son temps Diaire qui « recrée-ressuscite-revisite-revitalise le Genre épique à l’ère de la démocratie, d’où son refus de toute mythification, sa volonté de chanter les destins (forcément pluriels) du collectif et sa mise en gestes de chroniqueur (intermé-diaire) en formation de non-combat. ».
Le dossier se clôt par quelques pages d’extraits du livre sur lequel P. Beurard-Valdoye travaille actuellement, Gadjo-migrant, nouveau volet de son grand "Cycle des Exils" et par une émouvante lettre de Claude Ollier : « peut-être inventez-vous là l’Histoire poétique, plus vraie que l’autre, une poétique de l’Histoire en tout cas, par ses correspondances, ses bifurcations, ses raccourcis, ses épanchements ».
Retenir ici tout particulièrement le terme de correspondances qui rend bien compte de la pluralité des mondes mais aussi de l’unité de l’œuvre de Patrick Beurard-Valdoye.
©florence trocmé

 

Il particolare, n° 17 & 18 - 2007 ; cahier Patrick Beurard-Valdoye
Art- littérature. Théorie critique.
Abonnements, 2 numéros, 35 €, quatre numéros, 62 €. Le numéro, 22 €
1, rue de Lorraine - 13008 Marseille.

 

 

mardi 15 avril 2008

Boudoir & autres

 

 

Boudoir3 À l’enseigne des éditions Ragage, la revue Boudoir & autres mérite tout d’abord la mention « très honorable » pour la qualité de sa présentation. Mais ce « bel objet » s’accompagne d’un projet éditorial tout aussi exigeant, même si Mathieu Nuss, son pilote attitré, le formule de manière assez laconique : ne nous trompons pas, il faut à travers Boudoir & autres voir et lire ce que l’on doit y voir et y lire, c’est-à-dire une revue de poésie. « Place à la poésie », cela pourrait constituer l’unique mot d’ordre de Boudoir, qui consacre la totalité de ses pages – 132 pour ce numéro – à des chantiers poétiques, en cours ou autres. Une manière somme toute respectable de valoriser le travail d’écriture de quelques auteurs singuliers – ils ne sont ici que sept – dont l’œuvre se trouve plus qu’amorcée. On regrettera que ces auteurs ne soient pas présentés, mais ne boudons pas ce boudoir riche de créations poétiques bénéficiant d’un large espace d’expression. On y lira en avant-première des extraits de Pré-journal, ouvrage de Philippe Beck à paraître chez Flammarion en 2008. Un bond en Corée nous fait découvrir le poète Ki Hyong-do : Sur l’eau passent des phrases illisibles. / Moi non plus je ne donne pas signe de présence humaine. Les béements de Christian Hubin interrogent le langage humain : gargarismes, glossolalies. En toute exténuation : l’inflatoire, le branle de zombies. » Vient Bruno Fern, que j’ai eu le plaisir d’accueillir dans ma collection Vents Contraires (111 points de contrôle, VOIX éditions, 2007). Ses extraits de Jours confirment la singularité d’une écriture fragmentée : l’issue paraît inévitable mais bon / en attendant les mots couvrent le ressac la tension artérielle / alimentent même le silence / est bombé. » On découvrira encore de larges extraits du journal de Gérard Pesson, musicien de son état. Et c’est Jean-René Lassalle, poète par trop discret et excellent traducteur de poètes allemands, qui ferme le boudoir. Mais il suffit de pousser la porte…

 

Contribution d'Alain Helissen

 

Boudoir & autres, N°3 ; 90 av. Charles de Gaulle 92200 Neuilly
site

 

 

mercredi 09 avril 2008

La revue LGO, n° 2

 

 

Couvlgo2 Malgré un lectorat qui diminue comme peau de chagrin quand il ne se rabat pas sur la poésie en ligne, d’un accès moins coûteux, de nouvelles revues-papier apparaissent toujours – tandis que d’autres, il est vrai, disparaissent –, affichant même un certain luxe de présentation. C’est le cas de Lgo, publiée par les éditions Le Grand Os. Joli format carré, reliure spirale, quelques dessins couleurs, la nouvelle venue a belle allure. Son sommaire n’est pas en reste. Il faut remarquer, tout d’abord, que Lgo n’a rien de ces périodiques qui ressemblent davantage à une anthologie qu’à une revue, en accumulant à la suite une ribambelle d’auteurs, chacun bénéficiant d’un espace limité. Ici, ils ne sont que cinq à se partager les 80 pages de texte de ce second opus. On n’y trouvera aucun nom inconnu mais le choix des contributeurs révèle une réelle exigence de qualité littéraire. D’emblée, surprise de découvrir l’étonnant Jean Monod, à la personnalité multiple – ethnologue, cinéaste, acteur, éditeur de poésie expérimentale, « aventurier des signes », « chercheur au laboratoire de la vie quotidienne ». On pourra lire ici des textes inédits et des travaux graphiques s’y rapportant. Découvrir à la suite, le poète italien Andrea D’Urso, qu’on a pu lire déjà dans une quinzaine de revues françaises. Puis un petit hommage à Alain Degange, retrouvé mort chez lui en mars 2003, la tête fracassée. Cosima Weiter, membre du collectif BOXON, publie 2 textes : Limbes suivi de Se taire. On la retrouve aussi sur le CD joint à ce numéro et qui donne à entendre quelques unes de ses lectures publiques ainsi que des entretiens. Pour clore cette deuxième livraison, Lgo ouvre une trentaine de pages à Onuma Nemon, auteur d’une œuvre d’envergure dont l’intitulé général, la cosmologie, recouvre cinq continents. Les éditions Verticales ont publié, en 2004, Quartiers de ON ! épais volume proposant une traversée de ces cinq continents. On lira ici le premier chapitre de Maison Lulu, ouvrage à paraître en 2009 chez Verticales ainsi que Présentation de CON (Cosmologie Onuma Nemon), visible également sur le site Publie.net Bonne route à Lgo.

 

Contribution Alain Helissen

 

 

Lgo n°2 ; c/o éd. Le Grand Os, 7 rue Charles Baudelaire 31200 Toulouse.

 

mardi 01 avril 2008

La revue Inculte : dossier spécial poésie contemporaine

 

 

Inculte_15_2 Inculte n’est pas une revue de poésie, mais honore son intitulé, « revue littéraire et philosophique » en se posant en son numéro 15 la question de la poésie contemporaine et de la lecture de la poésie contemporaine. Selon une approche très intelligente et dont on va voir qu’elle est étonnamment féconde : proposer à des auteurs contemporains non familiers de l’univers de la poésie de lire un titre de poésie contemporaine[1]
Le paradoxe, très productif, est que cette lecture est à la fois naïve et informée. Neuve plutôt que naïve, chaque écrivain abordant sans a priori sa lecture et faisant souvent part des difficultés rencontrées, de la déstabilisation de ses habitudes de lecture mais aussi recevant de plein fouet la force, la beauté des textes, leur nouveauté (intrinsèque mais aussi nouveauté pour lui, lecteur non régulier de poésie)
Informée puisque le fait d’écrivains, qui ont leur pratique et leurs idées sur la création littéraire, qui vivent de l’intérieur le processus créatif dans leur propre travail et l’on sait à quel point cette position-là est souvent déterminante pour la façon dont on lit.
Impossible ici de détailler chacune des huit rencontres. Je propose de suivre par exemple Arno Bertina lisant Basse Continue de Jean-Christophe Bailly et faisant part, honnêtement, de ses difficultés et bonheurs de lecture. Je cite Bertina citant Bailly : « l’araignée quand elle n’est pas au centre de sa toile, est reliée à elle par un fil d’alerte – D’où cette incroyable conclusion "le fil d’alerte de l’homme, c’est le langage" ». Dans cette contribution, Bertina ressasse : « Bailly m’apprend », « Bailly m’apprend » et que lui apprend Bailly ? « À ne pas avoir peur » ou « la souplesse, l’art du décentrement, du débordement ».
Où l’on constate que la poésie peut être lieu d’apprentissage pour les écrivains mêmes qui ne la pratiquent pas.
Suit une contribution de Joy Sorman sur Bernard Heidsieck, véritable petit roman de sa découverte de Le Carrefour de la Chaussée d’Antin, avec ses aléas de lecture, ses emballements, ses questions. On se voit (ou se revoit) aux prises avec ces livres de poésie qui résistent (et dieu sait !).
Voici encore Oliver Rohe sur Jean Louis Giovannoni (L’Élection). Il y est question d’une lecture qui « guérit le lecteur de cette maladie du recouvrement d’un texte par le sens. Que veut me dire ce texte ? Que me dit l’auteur ? Quelle est la signification de ces phrases. Voilà le genre de plis que le livre nous force à suspendre au profit d’une expérience nouvelle, autre, de la lecture » (49)
Très intéressante contribution aussi de Maylis de Kerangal à propos d’ Outrance Utterance de Dominique Fourcade.
Je note chez tous ces auteurs qui sont (ou se disent) peu familiers de la poésie contemporaine une belle pertinence dans l’analyse comme si d’aborder ces livres d’un œil neuf, de considérer des écritures qui travaillent différemment de la leur, leur permettaient de détecter bien des choses. Avec cette sensibilité particulière de ceux qui écrivent donc qui savent (un peu) mais qui ne sont pas accoutumés au langage poétique et en découvrent les ressources, la force.

 

 

Inculte, revue littéraire et philosophique bimestrielle, 8,50 €, abonnement (tous les deux mois, 160 p. une affiche détachable, un an, 5 numéros, 40 €. Dans chaque numéro, un large panorama sur la littérature, la philosophie et la pensée contemporaine à travers un long entretien, des interventions et fictions d’écrivains et un dossier complet. Site

 

 


[1] Arno Bertina, Basse continue de JC Bailly ; Joy Sorman, Sur le Carrefour de la Chaussée d’Antin de B. Heidsieck ; Camille de Toledo, Définitif Bob de A. Portugal ; Oliver Rohe, Sur l’élection de JL Giovannoni ; Hélène Gaudy, Modèle habitacle de P. Parlant ; François Bégaudeau, Les Elégies d’E. Hocquard ; Maylis de Kerangal, Outrance Utterance de D. Fourcade ; Mathieu Larnaudie, Le Signe = de C. Tarkos.

samedi 05 janvier 2008

La revue Passage d'encres, n° 29

Couverture_scenes_75 Passage d’encres entre en « scènes » en consacrant sa 29ème livraison au théâtre. Que cherche-t-on au théâtre ? s’interrogent Marion et Yves Boudier, coordinateurs de ce dossier qui propose surtout des réflexions de praticiens et de chercheurs, en laissant peu de place à l’écriture théâtrale proprement dite. On retiendra, parmi d’autres, l’intervention de Guillermo Pisani, insistant sur les « matériaux du théâtre » ainsi que l’entretien avec Noëlle Renaude, auteur d’une quinzaine de pièces. Elle remet en question l’idée préconçue selon laquelle c’est le dialogue qui fonderait le théâtre. Elle évoque encore ses réserves quant à l’intrusion de poètes sur scène et de leurs « performances » plutôt douteuses même si elle reconnaît, pour certains, comme Charles Pennequin, une mise en voix redonnant au texte une énergie qui n’apparaît pas à sa seule lecture sur la page. Patrick Suter affirme la nécessité d’une nouvelle poétique président à l’écriture théâtrale fondée désormais non plus sur la logique de l’action mais sur une logique que j’appelle « chorale » donnant naissance à des entrelacs de voix organisés selon un principe musical. À relever encore, le très beau texte « à mettre en bouche » de Barbara M. Chastanier : Moi, dans mes bottes. Si cette jeune étudiante en théâtre n’a pas écrit sa première pièce à douze ans, le monologue déchirant d’une carotte défigurée par un chien devenu végétarien, ni publié « les quelques textes qui traînent sur son bureau », gageons que son talent ne devrait pas tarder à l’extraire de cette présente discrétion. Passage d’encres, comme à l’accoutumée, invite un artiste. Il s’agit cette fois de Luc-François Granier. Il n’est pas seulement peintre mais également écrivain, notamment pour le théâtre. On a pu lire récemment Je suis un bonobo (conférence avec projection) et Lovni, BD, tous deux publiés chez Passage d’encres. On découvrira ici d’excellentes reproductions de ses œuvres peintes, dont plusieurs en couleurs. Je ne saurai trop insister sur la nécessité de soutenir Passage d’encres, revue d’une exceptionnelle qualité dont l’activisme, au bout du 29ème numéro, ne se dément nullement. Bonne année 2008.

Passage d’encres, N°29 ; site de la revue

une contribution d'Alain Helissen

mardi 04 décembre 2007

Revues de poésie en danger (suite) : un appel de N4728

Poezibao a reçu cet appel de N4728, l’excellente revue de poésie d’Angers (qui compte notamment parmi ses animateurs Antoine Émaz). Les nouvelles conditions d’attribution de subvention aux revues posées par le CNL (un minimum de 250 exemplaires de diffusion payée) risquent de mettre son existence en jeu.

La lettre de N4728 :
Chers amis lecteurs, poètes, collaborateurs, anciens, actuels, futurs abonnés à N4728, revue de poésie
Il n’y a plus guère de place, aujourd’hui, en France, pour la création désintéressée.
Il y a encore moins de place pour la création en poésie contemporaine, abandonnée des médias. Aujourd’hui, petits et moyens éditeurs et rédacteurs de revues de poésie, courageux et talentueux pourtant, se maintiennent très difficilement et, de plus en plus, hélas, mettent la clé sous la porte ; dernier en date : Le Nouveau Recueil, chez Champ Vallon, animé par Jean-Michel Maulpoix.
À N4728, nous avons commencé avec 30 abonnés en 2001, progressé d’année en année pour, en 2007, atteindre 130 abonnés ; la courbe (mathématiciens à vos calculettes !) indique une prévision de 150 abonnés en 2008. Mais il en faut 250 ! Soit un déficit de 100 pour être subventionnés par le CNL (1000 € cette année, soit 1,7 € par exemplaire). Bon an mal an, nous vendons jusqu’à 50 exemplaires (librairies amies, séances des Dits de la poésie, commandes…) Il en manque encore au moins cinquante…
Et si nous perdons la subvention du CNL ? D’abord, nous perdons un soutien moral… nos lecteurs ne seront pas insensibles à cette considération. Nous devenons surtout fortement déficitaires. Et le Chant des Mots, direz-vous ? L’association, fondée en 1998, a prioritairement pour but de proposer une saison littéraire de lectures publiques en Anjou et, elle-même, peu subventionnée, ne peut nous renflouer à cette hauteur. Il n’y a d’ailleurs que des bénévoles à l’association, de même, la revue est entièrement faite de manière bénévole (hormis son impression).
Nous avons donc absolument besoin de nos abonnés car nous voulons continuer !
Plus précisément, nous avons besoin d’au moins cent abonnés de plus. Où donc aller les chercher ?

 

Voici quelques pistes, auxquelles vous avez sûrement pensé comme nous :
1. Se réabonner ou s’abonner pour 2008, ce mois-ci ou en janvier (avant communication de nos chiffres),
2. Offrir un abonnement à un ami, un proche, en famille (le temps des cadeaux de fin d’année approche),
3. S’abonner à 2 exemplaires ou plus dont un qu’on offre, comme une bouteille ou des fleurs, à ses hôtes,
4. En parler avec conviction autour de soi et faire de nouveaux abonnés,
5. Répercuter cet appel à ses propres réseaux de relations (professionnelles, associatives, amicales…),
6. Promouvoir la revue aux manifestations littéraires, artistiques auxquelles on participe (ex. sur demande),
7. Se procurer la revue, amis poètes, qui lui adressez des textes pour publication (c’est déjà souvent le cas)

 

Il faut sauver les revues de poésie, l’un des lieux possibles de la création contemporaine…
Merci de soumettre toute autre idée de promotion à la revue qui, à son tour, les répercutera.
Pour l’équipe de N4728, Paul Badin.

 

N4728, revue de poésie (semestrielle)
est née, en septembre 2001, des rencontres de poésie, les Dits de la poésie, organisées à Angers (lat. 47° 28’ Nord) par Le Chant des Mots, depuis 1992.
Parvenue au n°13 (200 poètes et graphistes déjà publiés), N4728, soutenue par le Centre National du Livre, est grandement appréciée par ses lecteurs et auteurs.
Pour vivre, les revues, surtout les revues de poésie, ont besoin du plus large soutien possible…

 

Abonnez-vous aux deux n° de l’année 2008 (n°13, janvier ; n°14, juin), 20€, port compris ; étudiants, chômeurs : 10€ ; vente au n° : 10 € (+ port : France 1,50€ ; autres pays 3€) – tarifs inchangés - et, pour nous aider, faîtes des abonnés autour de vous. Merci.


NOM, prénom :
Adresse :

Tél, courriel :
Date, signature

Joindre le chèque de 20 €, à l’ordre du Chant des Mots, et l’adresser à Paul Badin, directeur de la publication, 6 Quai de Port-Boulet, F 49080-Bouchemaine.

PS. Compléter votre collection : n° 1-5 : 5€ (n° 3 épuisé), n°6-12 : 10€, franco de port pour les abonnés.

dimanche 11 novembre 2007

Un bel exemple de revue en ligne, Fili d'Aquilone (en italien)

A l'heure où il est beaucoup question du passage à Internet de nombreuses revues littéraires, parmi les plus importantes parce qu'elles n'arrivent plus à faire face au poids matériel de l'impression et plus encore des frais de routage de leurs différentes livraisons, je signale aux italianisants la belle revue en ligne animée par Viviane Ciampi et j'invite tout particulièrement à parcourir le sommaire du numéro 8, exemplaire d'une ouverture sur l'Europe. De quoi regretter amèrement de ne pas lire couramment l'italien !

Je le signale aussi pour tous ceux qui réfléchissent à la question de la forme et du contenu d'une revue en ligne.
FT