Syndications pour Poezibao

jeudi 18 octobre 2007

La revue Siècle 21 a un site

11_couverture_2 La revue Siècle 21 qui publie beaucoup de poésie française et étrangère (en traduction française) vient d’ouvrir un site. Les couvertures des anciens numéros y sont déjà disponibles, en attendant la mise en ligne prochaine des sommaires complets ainsi qu’un index de tous les auteurs qui ont collaboré à la revue depuis son premier numéro en 2002.
Je rappelle que le numéro 4 de la revue (tous renseignements sur le site) comportait un important dossier sur la littérature birmane avec notamment un texte de Aung San Suu Kyi. Il sera disponible au Salon de la Revue à Paris, les 20 et 21 octobre.

La revue sera en effet présente au Salon de la revue, avec un stand et un débat, autour de la littérature libanaise, objet de son dernier dossier de littérature étrangère. Avec pour ce débat la participation de Salah Stétié, de Nohad Salameh, du traducteur et journaliste Antoine Jockey. Le débat sera animé par Marilyn Hacker.

 

Le site de Siècle 21

 
Tous renseignements sur le salon de la revue sur le site Ent'Revues

dimanche 14 octobre 2007

Revue Pyro, n° 12

Pyro12 Jusque là, Pyro s’était plutôt tenu tranquille, c'est-à-dire que les cochons remuaient la terre beaucoup plus loin, à l’abri des regards accusateurs. Et les voilà débarquant sauvagement dans cette douzième livraison pour un saccage en règle : 1ière et quatrième de couverture, pages 1, 2, 3, 15, 16, 20, 30, 31, 42, 43, 51, 58, 61 et 62 . Cela sur les 64 pages que comporte le numéro, soit un quart souillé ! Les paysans sortiraient les fusils pour bien moins. Derrière les cochons, le meneur a nom Hubert Saint-Eve. Vous ne le verrez pas de face, ou plutôt, vous ne verrez pas sa face, troquée pour celle d’un cochon. Une tête de cochon, oui, sa mère déjà le lui reprochait, j’en suis témoin. Tout de même, des cochons dans une revue de poésie, ça n’arrive pas tous les jours, vous en conviendrez ! On avait l’habitude de quelques encres gentiment abstraites. Pour le coup, ça fait tache ! Et mettez-vous à la place de Jean-Marc Pelletier, de Jean-François Sené, de Mireille Disdero, de Jacques Houssay, de Stéphane Despatie, de Jérôme Nicolle, de Lise Lefebvre, qui voient leurs poèmes envahis de cochons ! Les avait-on prévenus ? Et nous avait-on prévenus que le Grand Incendie était devenu la Grande Porcherie ? Pyro nous jouerait-elle un tour de cochon ? Plus grave, l’humanité ne serait-elle qu’une vaste cochonnerie ? À y regarder de plus près, c’est la guerre partout dans ces pages, avec les mots du chaos, enchevêtrés et empilés comme les cochons humanoïdes de Saint-Eve : je suis des fosses communes / mes doigts griffent la terre qui a bu mon sang (Jean-Marc Pelletier), il ouvre les paupières / ne voit que sang / et poussière / n’entend que plaintes / et gémissements / ne sent que la douce puanteur / des holocaustes / toujours alimentés (Jean-François Sené), avec du plomb dans la voix / Des terres brûlées sous les ongles / Nous reviendrons / Par les routes de l’oubli / Nous reprendrons / les sentiers de l’exil (Yekta). Comme à son habitude, Pyro réussit à construire autour d’un thème non annoncé, un numéro d’une réelle homogénéité. Qui a dit que les cochons n’y avaient pas leur place ?

 

©Alain Helissen

Pyro, N°12
Le Grand Incendie, 13 rue de la Tour des Dames
75009 Paris.
site internet

vendredi 05 octobre 2007

Le n° 4 de Temporel en ligne

Le quatrième numéro de la très belle revue en ligne Temporel vient d'être publié

Temporel dans Poezibao
Temporel (revue internet), numéro 2

samedi 15 septembre 2007

La revue Passage d'encres, n° 28

Passage_dencre L’association Passage d’encres se donne pour but la promotion, le développement et la diffusion des arts graphiques. Si la revue qu’elle édite laisse une place de choix aux « arts graphiques », l’écriture n’est pas en reste. De fait, cette superbe publication constitue pour partie la plate-forme de projets culturels divers, menés avec le concours d’acteurs extérieurs sollicités par la très dynamique Christiane Tricoit, maîtresse des lieux. Avec un peu d’avance sur 2008 déclarée année du dialogue interculturel par la Commission européenne, ce numéro 28 présente la deuxième phase du projet amorcé dans le N°23 : un paysage européen – 3e et dernière phase prévue en 2008 –. Les intervenants Guy Champagne et Jef Gravis ont animé des ateliers (lecture/écriture et art visuel) dans les locaux de la revue à Romainville. Y participaient des adolescents volontaires, d’abord au nombre de 10 puis réduits à 3. On lira et verra ici quelques « exercices d’application ». Les frontières sont aussi des fictions – des pointillés sur la carte –, souligne Patrick Suter dans une intéressante étude portant sur la reconfiguration de l’imaginaire littéraire géographique en Suisse romande. Qu’en est-il, par ailleurs, des frontières entre le réel et la fiction ? Où commencent et finissent-ils ? Poèmes, nouvelles, articles viennent répondre à leur manière. La machine à poèmes de Pascal Sauchet s’est installée à la bibliothèque de Romainville le temps pour des enfants du primaire de composer quelques textes insolites. Passage d’encres a pris l’habitude d’inviter un artiste à chacune de ses livraisons. C’est ici Antoine Gamard, dont les compositions figuratives mêlent photo et peinture. Autre artiste à l’honneur, Eric Dubuc, qui n’aura œuvré que quatre années avant de se donner la mort.

©Alain Helissen

 

Passage d’encres, n°28 ;
isnn : 1271-0040 ;  isbn : 978-913640-78-8
20 €

 

site de la revue

mercredi 12 septembre 2007

Résonance générale, Cahiers pour la poétique : une nouvelle revue

Rsonance_gnrale Jeune maison d’édition sise dans le Massif Jurassien, l’Atelier du Grand tétras – c’est presque un poème – vient de rajouter à ses deux collections (fictions et poésie) la publication d’une nouvelle revue dont la singularité est largement développée en ouverture par « les rédacteurs de la revue », Serge Martin, Laurent Mourey et Philippe Païni. D’emblée, Résonance Générale revendique son statut de revue manifeste. Elle annonce son « refus de la séparation lire-écrire-penser-vivre », cet agglomérat constituant pour elle une résonance générale : …la résonance est à penser comme une poétique plurielle de la voix et des voix dans chaque voix. Chaque poème est une voix pleine de voix, « une subjectivité en train de se faire de tous ses accords… » Refus encore de la séparation entre le poème et la théorie. D’où ce sous-titre cahiers pour la poétique. Le sujet s’inscrit dans une « relation, un rythme, une pensée du mouvement. » Du rythme, maintenant, titre ce premier sommaire empruntant le sillage théorique d’Henri Meschonnic, auteur ici du manifeste pour un parti du rythme. « Les rédacteurs de la revue » – toujours le trio cité plus avant – prennent parti dans quatre études. Le chantier Meschonnic, écrit Serge Martin, c’est un opérateur pour autant de chantiers que de situations…Résonance Générale, on l’aura compris, concilie poème et poétique dans une relation plurielle, un champ « d’ouverture et de passages », une fusion langage/homme qui accepte tous les mouvements plutôt qu’un seul. Peu de poètes invités, mais non des moindres : Bernard Noël, Laurent Mourey, Dominique Maillard, Sandro Penna – l’un des grands poètes italiens du XXe siècle (1906-1977) –, Louise Herlin. L’Atelier du Grand Tétras dispose de ses propres presses et réalise avec le respect des traditions artisanales une revue de belle facture composée de quatre cahiers cousus. Souhaitons-lui de résonner le plus longtemps possible aux sons rythmés de la langue.
Alain Helissen

 

Résonance Générale, cahiers pour la poétique, N°1 ; Ed. L’Atelier du grand Tétras, Au-dessus du Village 25210 Mont de Laval. latelierdugrandtetras@wanadoo.fr
Périodicité, semestrielle. Prix de vente au numéro, 15€, prix de l’abonnement, trois numéros, 40€

dimanche 29 juillet 2007

Poésie, esthétique, éthique dans la Revue Des Sciences Humaines

Rsh_vignette_claircie Peut-on introduire à la poésie en universitaire? La question est peut-être moins incongrue qu’il n’y paraît. Certes, nombre d’universitaires ont produit de la réflexion sur la poésie et sont aussi poètes : Maulpoix, Doumet, Pinson, Deguy, Meschonnic pour ne citer que les noms qui surgissent à la mémoire, pardon pour les oublis. Mais s’expriment-ils encore en poètes en ce cas ? Vaste débat.

 

Jasmine Getz – lire les questions posées à Christian Doumet dans l’entretien Par Océan (Obsidiane, 2004) – s’est attelée à cette tâche impossible en réunissant quelques uns de ses collègues dans une journée d’études en décembre 2002 : poésie, esthétique, éthique (vaste programme), que la Revue des Sciences Humaines (2007/2, Lille III) nous donne à lire.

 

Le ton de son introduction, brillante, savante, est assez comparable à celui du grand article donné à la revue Les Temps Modernes (Éducation Nationale, les faits et les mythes, n° 637-638-639, mars-juin 2006) : « enseigner la poésie » : grande beauté des citations, vive sensibilité, enthousiasme et entrain, mais à le relire me revient cette réflexion de la gouvernante de Susanna (Gertrud Kolmar, Titres, Bourgois, 2007, p. ) : « l'instinct de l'enseignante était encore trop fort en moi pour être renié » mais Jasmine Getz est ici une enseignante ! et on ne saurait que souscrire à ce propos :

 

Sans doute est-ce cela que je désire finalement faire entendre en poèmes à mes étudiants : des paroles qui disent la fragilité des êtres, les épreuves de l'existence, et montrent comment certains les ont surmontées en n'abdiquant pas, malgré toutes les menaces, leur souveraineté d'être humain libre. « Les meilleurs, a écrit Ponge, ne sont pas ceux qui ont choisi de se taire. » Ceux-là se sont faits sujet d'une parole et non pas d'une chose, ils n'ont pas acquiescé à l'injustice, ne fût-ce qu'en se taisant. Ils ont parlé, écrit, créé, et le sens de leurs œuvres, quand elles sont vraies, s'est réfléchi et se réfléchira encore dans la condition de ces « frères humains, qui après nous vivez ». Notamment dans la condition de ces jeunes gens à qui l'on n'a pas encore, pas tout à fait, « volé leur ciel ».

 

Oui, oui, oui et oui. Mais gare aux flonflons. Il est bien des manières de parler et de créer, et le dernier Ponge aurait mieux fait de se taire.

 

Le public étudiant fera donc son miel des contributions réunies dans la R.S.H. Les collègues apprécieront en professionnels la solidité des copies de leurs confrères. Je souhaite dire que la réflexion sur les sujets proposés est toujours bien vivante. Deux exemples, proches :

 

-Christian Prigent, lire les entretiens avec Hervé Castanet (Cadex) et les livres d’essais (POL) en répons de l’œuvre poétique et fictionnelle.

-Philippe Beck : la poésie même inclut cette réflexion, voir le finale de Chants populaires, ou les Poésies didactiques, et dernièrement L’Impersonnage (Argol) avec les judicieuses questions de Gérard Tessier .

 

Mais tout comme la vraie morale se moque de la morale, la poésie peut débouter l’étude tout en en ne rejetant pas celle-ci dans les limbes professorales.

 

Ainsi, la contribution de Laurent Cassagnau, à partir du Méridien (Paul Celan exprime sa vision de la dialectique Art/Poésie en s’appuyant –exercice obligé, il s’agit du discours de réception du prix Büchner – sur les œuvres de l’auteur de Lenz). Le conte Gockel et Hinkel de Clemens Brentano, convoqué à cette occasion permet de mettre en valeur cette dialectique qui peut être exprimée en deux phrases simples :

 

De l’art, il fait beau dire.

 

Mais le poème, il parle !

 

Plus encore, le parcours de quelques sorts (qui plongent dans l’effroi) jetés par Antonin Artaud à des femmes aimées puis rejetées, mis en valeur par Jacob Rogozinski, inscrit la dimension poétologique non pas dans un éther lointain, mais au plus proche du proche : le corps de l’auteur même.

 

S'il y a chez lui une éthique de la poésie, elle s'inscrit dans cette expérience singulière, ce découvrement d'une vérité qui sous-tend son retour à l'écriture, et elle implique une modification de son rapport à son corps et à l'Autre. « Ne plus viser d'ennemis, / viser les blocs du corps » (XIV/2-197) : dans cette formule lapidaire s'énonce la vérité majeure qu'il a découverte - que l'Autre malfaisant qui était la cible de sa haine n'est rien d'autre que lui-même, « quelque chose de moi (qui) s'est révolté contre moi » (XVII-33), un fragment corporel, un résidu de sa chair qui s'est arraché à lui, projeté au-dehors et revient le hanter comme une Chose étrangère. Lorsqu'il reconnaîtra que cet Autre, cet Être qui le persécute et lui soutire sa jouissance n'est qu'un fantasme, une « vieille cinématographie de catastrophe », un simple « repli » de son propre corps, les prête-noms de l'Autre cesseront d'être des objets de haine.

 

Dimension que Jean-Louis Chrétien a su dire en poète et philosophe, dans un essai au titre « parlant » : L'Effroi du beau (éditions du Cerf ,1987 [1997)].

 

©Ronald Klapka

 

Revue des Sciences Humaines
Université Charles-de-Gaulle – Lille 3
BP 601149 – 59653 Villeneuve d’Ascq Cedex
e-mail : chantal.legrandarrobaseuniv-lille3.fr
Le numéro : 23 euros + frais de port (non précisé)

lundi 16 juillet 2007

La revue Le bateau fantôme, retour et site

Couv_lbf6_ok_petite Le rôle étrange du Bateau Fantôme consiste à mener une errance attentive ou un parcours intuitif, afin de se faire le reflet de quelque chose d’intimement humain : les grandes figures archaïques de représentation de l’existence. Dans cette logique de sens du Bateau Fantôme, et après le travail du numéro sur « la nuit », le thème de « l’enfance », c’est l’autre nuit. Une nuit non plus à traverser, dans l’angoisse cauchemardesque sécrétée sur le réel, mais à laquelle on retourne. Neuf mois de vie aquatique utérine, puis notre découverte du monde atmosphérique, puis ce retour vers notre origine. On y retourne toujours comme par instinct, mais aussi par nécessité, pour se mieux comprendre et vivre : par la méditation, le plaisir érotique, l’extase, l’écriture et le rêve, parfois, et par la mort, toujours
Un format italien facilement reconnaissable, des illustrations originales, une mise en pages soignée : …
…avec au sommaire  des écrivains parlant de l’enfance (le poète Pierre Dhainaut ou le psychanalyste et essayiste Bernard This, à travers deux essais bigarrés sur les mythes de l’enfance), des universitaires spécialistes de la poésie contemporaine (Michel Collot et Jean-Charles Vegliante, sur la question de l’enfance et du paysage) et de jeunes auteurs à découvrir (comme Cécile Dudouyt avec un essai brillant sur Lolita ou Julien Grandjean et ses proses acerbes). Et d’autres encore.

Le Bateau Fantôme inaugure également  un site internet voué à se développer : accueillir des textes d'auteurs publiés chez nous ou non, échanger sur les thèmes de la revue, mettre en valeur nos auteurs, etc. Un forum vient d'être ouvert : le "carnet de bord"

La revue Le Bateau Fantôme n° 6 est disponible en librairie ou à défaut peut être achetée en ligne

jeudi 21 juin 2007

Henri Bauchau, la vie en bleu

Le fonds Henry Bauchau, inauguré récemment à l’Université Catholique de Louvain, s’est enrichi il y a peu du dernier numéro de la revue NU(e).

 

Au sommaire, je repère par affection spéciale une contribution de Yun Sun Limet.

Un fragment pour dire la rencontre :

 

La succession de hasards qui fait ouvrir La Déchirure. Et la lecture d’un seul trait d’un seul souffle. Et plus tard cette réflexion : pourquoi la douleur écrite d’un autre est-elle un onguent sur celle du lecteur ? L’écrivain servirait-il à cela ?

 

Prolonger par l’entretien Nous ne sommes pas séparés, et une note sur L’enfant bleu .

 

Myriam Watthee-Delmotte, spécialiste de l’œuvre, dont elle a souligné autrefois la dimension orphique, a coordonné et relié les diverses propositions : entretiens, témoignages, poèmes, analyses etc. en les rythmant par d’élégantes interventions plastiques.

 

Ce 21 juin est diffusé dans le cadre de l’émission « Affinités électives » un entretien avec Francesca Isidori (France-Culture, podcast possible).

 

On y rappelle notamment :

 

Bauchau_journal_2 Parallèlement, la publication de son Journal (1989-1997) éclaire sa création, permet de comprendre l'importance que représentent pour lui la poésie, les rêves, l'inconscient et l'écriture. Proche de la pensée d'Ernst Jünger, Bauchau mêle l'enthousiasme mystique et la connaissance de l'Antiquité à la psychanalyse, aux philosophies asiatiques et à la foi chrétienne. Dans le dernier volet de son journal : "Le présent d'incertitude : journal 2002-2005", paru aux éditions Actes sud en avril, évoque la période au cours de laquelle il élabore, achève et publie son roman "L'enfant bleu". Il partage sa pensée, ses rêves, ses échanges, ses moments de doutes, ses intuitions et ses nouveaux projets.

©Ronald Klapka

 

Bauchau_nue Revue NU(e), n° 35, Henry Bauchau, 20 € (abonnement pour 3 numéros, 50 €, Association NU, 29, avenue Primerose, 06000 Nice.

 

mardi 29 mai 2007

Conférence et Il particolare, double note de lecture (par Ronald Klapka)

Deux revues au long cours : Conférence, Il particolare

par Ronald Klapka

 

manquent les mots pour parler comme il faudrait des revues Conférence et il particolare ; ne peut suffire d’être simplement informatif ou obligeamment laudateur : juste donner quelques poteaux indicateurs en espérant que ce seront les bons …

 

en voici un, leur distribution ne se fait pas essentiellement par la librairie, encore moins par la publicité, mais plutôt par le bouche à oreille, le passage de la main à la main et les abonnés …

 

il va sans dire que sans l’appui du CNL, sans le bénévolat et la ferveur de ceux qui les réalisent, Christophe Carraud pour la première, Hervé Castanet et Françoise Santon pour l’autre, elles ne verraient même pas le jour

 

et pourtant elles durent, malgré leur périodicité « anachronique » ou mieux « intempestive » : la semestrialité, malgré leur format, leur épaisseur (sur papier bible, Conférence avoisine souvent les 700 pages), malgré leur éclectisme et leur exigence

 

sur ce dernier point respect absolu du lecteur, il en a vraiment pour son argent ! et assurément le chant des sirènes « communicationnaires » n’est pas pour lui, il ne s’agit pas « d’en être » à peu de frais, mais de se livrer (la livre de chair !) à un échange véritable

*

Conf Conférence, consulter son site à l’austérité intelligente, en est à son 24ème numéro. Composé, structuré comme de coutume : thème, cahier (textes et « illustrations », essais et documents, traductions et inédits. Puisque nous sommes sur Poezibao, je pointe donc en priorité et en toute injustice dans le cahier :

Lire la suite "Conférence et Il particolare, double note de lecture (par Ronald Klapka)" »

mercredi 02 mai 2007

Hommage à Jean Grosjean dans la NRF, une lecture de Tristan Hordé

Jean_grosjean001 La Nouvelle Revue Française publie en son numéro 581 d’avril 2007 un hommage à Jean Grosjean dont Tristan Hordé propose ici une lecture :

 

Les vrais textes sont ceux qui nous font survivre à l’usure quotidienne. Ils transforment la mort de chaque jour en cette vie qu’on lui arrache
(J. Grosjean, Ce qu’on ne sait pas ne nuit pas", dans NRF, « Vie ou survie de la littérature », octobre 1970)

 

Vingt écrivains rendent hommage au grand poète et traducteur qu’était Jean Grosjean, disparu en avril 2006. Quand on cherche des lignes de force dans son œuvre trop peu connue, il faut dire avec Gérard Bocholier qu’elle « nous ramène toujours à l’inévitable disparition des choses, au fatal déclin de tout ». Si l’on tente de qualifier l’homme, il faut retenir qu’il était d’une extrême discrétion, « plus discret et solitaire et silencieux qu’une graminée au bord de la route » (Guy Goffette). Tous les témoignages réunis dans cette livraison de la NRF insistent sur son extrême curiosité, sur son attention à autrui, sa générosité : prêt à donner ce qu’il savait. Tous aussi présentent un Jean Grosjean malicieux, à l’esprit vif, dont les digressions étaient de passionnants détours qui le ramenaient toujours à ce qui le préoccupait.

Ancien prêtre, connaisseur en soldats de plomb (comme Réda), membre du Comité de lecture de Gallimard, ce marcheur infatigable était aussi un savant, qui lisait le grec, l’hébreu, l’araméen, le syriaque, qui commentait inlassablement les Évangiles. Connaisseur du Moyen Orient, il traduisait le Coran et l’Ancien Testament et, dans cette tâche, il privilégiait le vocabulaire le plus simple, refusait la métaphore, montrant son goût de l’ellipse : ses traductions sont un éloge de la vivacité et de la nudité. Mais sa quête de Dieu défait l’idée qu’un poète empli par les textes sacrés ne puisse être apprécié par un athée : « paradoxe de toute poésie filée sur une trame de croyance religieuse sans pour autant tourner à la prière : elle rappelle, elle maintient la croyance, mais comme tout art, elle en laïcise les actants. » (Hédi Kaddour).

Jean Grosjean était, plus que tout, poète, hors des modes, à côté, la poésie n’étant jamais pour lui simple jeu de langage. Jacques Réda insiste sur la « limpidité mélancolique » de sa métrique et réfléchit à la « poétique de Dieu » qui lui est propre. Constatant qu’il y a « autant de poétiques de Dieu […] qu’il y a de poètes », il conclut : « Cette identité de Dieu et de son langage, qui le dépossède de soi, n’est-ce pas ce qu’a toujours observé (modestement ou pas) dans son domaine chaque poète ? ». Belle invitation à lire ou relire une œuvre riche, non d’un "croyant" mais d’un écrivain. On peut commencer par les recueils rassemblés en un volume dans la collection Poésie/Gallimard (La Gloire précédé d’Apocalypse, d’Hiver et d’Élégies), poursuivre avec Cantilènes (1998) et, pour les récits, Clausewitz, pour les traductions, L’Évangile selon Jean.

©Tristan Hordé pour Poezibao

 

« Hommage à Jean Grosjean (1912-2006) » dans La Nouvelle Revue Française, n° 581, avril 2007.


 

Jean Grosjean dans Poezibao :
Bio-bibliographie de Jean Grosjean, sa mort, extrait 1,