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vendredi 22 avril 2005

Commentaires

Je dispose en effet d'une très belle sextine qui respecte toutes les règles d'Arnaut Daniel. Il s'agit d'un texte d'une grande poétesse contemporaine. J'ai prévu de le mettre sous peu sur Terres de femmes.
Il me semblait avoir pourtant précisé très clairement que Jacques Réda "ne suit pas toutes les règles très contraignantes, notamment en ce qui concerne la rime". Si certains des lecteurs se réfèrent aux dictionnaires de poétique que je cite en référence, ils pourront constater que souvent on donne comme modèle soit une sextine de Pontus de Tyard dont on dit bien qu'elle comporte plusieurs irrégularités par rapport au modèle de base, soit une sextine de F. de Gramont qualifiée par l'auteur même de l'article de "bluette" (in Vocabulaire de la stylistique, p. 327). Par ailleurs, il m'est impossible de citer une sextine en entier (longueur incompatible avec les règles du droit à citation). Cela dit, si quelqu'un peut me proposer une sextine de qualité, écrite par un grand poète et qui respecte toutes les règles, je serais enchantée qu'elle me soit communiquée, via le mail. Je suis convaincue que le propre des vrais artistes, des grands créateurs est de s'approprier les règles, qu'ils connaissent souvent parfaitement, pour les plier à la nécessité de leur oeuvre. Ne sont-ils pas nombreux les plus grands musiciens à en avoir usé ainsi avec la forme sonate ? Et les formes poétiques, travaillées, retravaillées, repensées par certains des très grands poètes d'aujourd'hui, je pense à Roubaud, je pense à l'américaine Marilyn Hacker, je pense à Jacques Réda, et à bien d'autres ne sont-elles pas magnifiées bien plus que trahies et ces immenses artistes n'en montrent-ils pas l'extraordinaire potentiel. Alors que ceux qui en suivent rigoureusement les règles sont bien souvent de tristes poétaillons.
Cette remarque d'Yves est inscrite à l'aune du bon sens. Ou alors il ne faut pas créer de rubrique intitulée "Petit lexique de poétique", tout lexique ayant pour objet premier d'apporter des définitions. Avec, si possible, des exemples qui viennent illustrer "à propos" ces définitions. Ensuite, il est en effet possible de proposer d'autres exemples qui présentent des écarts par rapport à la norme. Encore faut-il avoir pris le soin de les signaler d'une manière ou d'une autre.
La règle, appliquée à la lettre, donne des exégètes rigoureux, certes, et dans le meilleur des cas des êtres talentueux. La trangression, elle, révèle parfois le génie, comme l'innovation. Ni l'une, ni l'autre ne s'initient sans risque... Là est l'Aventure.
Etes-vous vraiment certaine, Florence, que le poème que vous avez choisi pour illustrer la définition de la sextine soit réellement construit sur deux rimes ? Il me semble pour ma part que j’en vois cinq, réparties selon le schéma suivant : ABCD(A)E/ EA(A)BDC. N’y aurait-il pas quelque erreur dans votre formulation ? A quoi viendraient s’ajouter chez Jacques Réda quelques écarts (subtilement orchestrés) par rapport à la norme? Norme dont le schéma est très précisément celui présenté ci-dessous : 1 : ABCDEF 2 : FAEBDC 3 : CFDABE 4 : ECBFAD 5 : DEACFB 6 : BDFECA La sextine est en effet composée de six strophes de six vers (sizains), suivies d’un tercet (strophe de trois vers) ; la sextine lyrique italienne est quant à elle formée d’hendécasyllabes (vers de 11 syllabes ). Ces vers ne riment pas entre eux, mais toutes les strophes présentent à la rime les mêmes mots que ceux que l'on trouve dans la première strophe. Selon une succession complexe (comme on peut le voir ci-dessus). La sextine se clôt par trois vers qui doivent comprendre les six mot-rimes, trois à la fin des vers, trois à l’intérieur. Elle a généralement une connotation sentimentale et parfois même clairement érotique. Ou encore une note fantastique. Les visions qu’elle met en scène sont alors des «Impossibilia». Qui correspondent au caractère obsessionnel et incantatoire du poème, caractère obtenu grâce au jeu répétitif des mots-rimes.

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